• April
« Chanyeol. »
L'interpellé se retourna, réticent. Le sac pesant sur son dos courbé, il souhaitait juste rentrer chez lui et dormir. Il était 17 h 30 et les cours venaient de toucher à leur fin, alors il n'avait pas vraiment envie de rester dans la classe à parler à un professeur qu'il venait de se coltiner deux heures pendant que ses amis quittaient le bâtiment, moqueurs.
« J'ai remarqué que la mort de Baekhyun t'attriste encore vraiment beaucoup… » déclara d'un ton hésitant l'instituteur de Sciences Physiques.
Ouah. Quelle bonne observation.
Chanyeol le toisa lentement avant de s'appuyer contre l'encadrement de la porte, impatient de pouvoir rentrer.
Debout près de son bureau, l'homme se sentant mal à l'aise par cette longue distance, décida de s'avancer.
« Tu devrais peut-être contacter une psychologue qui t'aiderait à passer ce cap. » il poursuivit en essuyant ses mains moites contre son jean. « Il y en a une dans l'établissement, près de la vie scolaire. »
Chanyeol parut ahuri. Ses poings se refermèrent sous la colère. De quoi se mêlait-il, d'abord ? Il n'avait pas besoin d'une stupide psychologue pour guérir ses blessures, c'en était presque agressif de lui avoir proposé ce genre d'aide. Une femme qu'il ne connaissait n'avait pas les moyens de lui retirer cette peine qui lui lacérait le corps.
« Ah oui ? Elle m'aiderait à passer ce cap ? » soupira-t-il finalement d'une voix faussement amusée.
L'adolescent tourna subitement la tête vers son professeur, l'expression du visage devenue effrayante.
« Elle arriverait à faire revenir Baekhyun ? » demanda-t-il bien qu'il connaissait déjà la réponse.
« Non, bien sûr que non mais… »
« Très bien. » le coupa-t-il. « Cette discussion ne nous mène à rien alors. Au revoir, monsieur. »
Chanyeol tourna les talons et se fit violence pour ne pas claquer la porte. D'un pas énervé, il prit le chemin pour rentrer à la maison.
Une psychologue ?
Il se mit à rire, doucement, les dents serrées. Son ton aurait pu glacer le soleil, tellement il était froid, sans pitié. Il n'était pas comme ça dans le passé.
Sauf que, avant il y avait Byun Baekhyun.
Maintenant qu'il n'était plus là, beaucoup de choses avaient changées. Il s'était finalement rendu compte. Il avait prit la décision d'accepter la vérité : Baekhyun était mort.
Il pinça son nez qui commençait à le démanger et songea que cette phrase sonnait comme la plus triste au monde.
Chanyeol regardait tranquillement une émission de variétés dans le salon désert lorsque sa mère entra violemment. Il ne prit pas la peine de relever le menton et continua de fixer l'écran, en disant entre temps « Baekhyun aurait sûrement adoré faire ça. Pas vrai, Baekkie ? » comme s'il était réellement présent dans la pièce.
Sa génitrice, énervée, prit la télécommande et éteignit la télévision d'un geste sec. Chanyeol décida enfin de la regarder et déclara d'un ton moqueur :
« C'est pas grave, je l'avais déjà vu. »
Madame Park inspira profondément. Ce garçon avait le don de la mettre dans sa colère la plus noire. Elle déposa l'objet rectangulaire sur la table où son fils avait installé ses pieds nus, puis le pria d'aller travailler.
« Okay. J'y vais dans deux minutes je t'ai dis. »
« Tu l'as dis il y a une heure. »
Voyant que le lycéen se contentait de fixer l'écran sans trace de vie, elle soupira.
« Chanyeol, tu ne réussiras jamais tes examens à ce train-là. »
« Je sais. »
« Pourquoi ne fais-tu rien, dans ce cas ? Si tu le sais très bien, tu devrais t'accrocher au lieu de gober les mouches ! »
« Maman, je l'ai vu mourir. » répondit-il quelques secondes après.
Surprise, madame Park s'approcha de son fils et lui caressa doucement la joue, toute colère évanouie. Parlait-il de cet accident de la nuit du 25 Décembre ? Elle sentit un frisson désagréable lui parcourir le long de l'échine. Chanyeol avait toujours refusé d'en parler, alors pourquoi maintenant ?
« T-Tu parles de Baekhyun, n'est-ce-pas ? »
« Maman, je l'ai vu mourir. » répéta le jeune homme en essuyant maladroitement les larmes qui ne cessaient de tomber partout sur ses joues, et le regard tétanisé par ces visions qui refaisaient surface.
« Tu veux m'en parler ? »
Chanyeol hoqueta. Il avait encore cette impression qu'on lui écrasait le coeur et les poumons à la fois.
Tournant négativement la tête, il se leva et monta dans sa chambre.
Il tremblait. Il revoyait tous ces flashbacks effrayants comme l'œuvre d'une mauvaise plaisanterie. Il l'avait vu.
Il avait vu Byun Baekhyun mourir.
Et pourtant, il n'avait rien pu faire.
Soufflant péniblement, il prit l'ancien journal intime du petit brun et s'installa sur son bureau. Une fois la lumière allumée, il se mit à lire les mots qui étaient soigneusement écrits. Parfois, Baekhyun parlait de ce qu'il faisait au quotidien, et si ce n'était pas le cas, c'était lui, Park Chanyeol, qui avait l'honneur d'être inscrit sur ces pages abimées.
" Aujourd'hui, j'ai encore demandé à Chanyeol de m'apprendre à jouer de la guitare. J'ai l'impression que c'est la centième fois qu'il me dit non. Je ne comprends pas. Pourquoi Lay et pas moi ? Je sais que ça ne veut rien dire, mais ne peux pas m'empêcher de me sentir blessé. Peut-être que Channie ne tient pas autant à moi que ce qu'il prétend ? Mais ça m'énerve. Réellement. Surtout lorsqu'on est en groupe, et qu'eux deux se mettent à parler musique. Je ne comprends rien, je ne peux même pas m'imiscer dans leur conversation. Je me sens abandonné. C'est terrifiant. "
Chanyeol passa une main dans ses cheveux, rencontrant au passage son front transpirant. Baekhyun aurait dû le lui dire. Chacune de ces petites insatisfactions le tuait aujourd'hui, dans le présent. Il pensait que le petit brun était tout le temps heureux, mais à vu d'oeil ce n'était pas le cas. Il avait lui aussi ses faiblesses, sauf qu'il ne le montrait pas, même à lui, Park Chanyeol, son meilleur ami.
D'un geste vif, il tira un stylo noir de sa trousse ouverte, et se rendit à la dernière page où Baekhyun avait écrit. Il ne possédait le carnet que peu de temps avant sa mort, du fait qu'il y restait encore la moitié des feuilles.
S'appliquant et reproduisant du mieux qu'il pouvait l'écriture de la personne qu'il aimait, Chanyeol se mit à écrire.
" Aujourd'hui, je suis allé chez Chanyeol. Nous avons regardé des émissions de variétés, et lorsque j'ai dû rentrer chez moi, il m'a enfin dit ces mots que j'attendais tant : « Je t'aime. ». "
Des larmes retombèrent sur la feuille de papier froissé. Il se sentait lamentable là, à essayer tant bien que mal à redonner à Baekhyun une lueur de vie.
Assis sur l'une chaise de l'hôpital, les genoux tremblants, Chanyeol attendait les parents de Baekhyun. Il se préparait mentalement à les voir souffrir par sa faute, à devoir leur expliquer en détails tout ce qu'il s'était passé. Il appréhendait. Il voulait juste mourir, passer sous terre ou disparaître tout simplement. Il ne voulait pas l'assumer, mais il n'avait pas d'autres choix. Après tout, tout était de sa faute.
« Ch-Chanyeol. Où est Baekhyun ? Est-il réellemment… ? Que s'est-il passé ? » retentit une voix peinée qui se rapprochait de plus en plus.
Les mots restaient coincés dans sa gorge. Les larmes n'arrêtant pas sortir de ses yeux, Chanyeol prit la main de madame Byun qui, comme à son habitude, était vêtue d'une façon très élégante. Le père du petit brun, quand à lui, semblait plus en colère qu'autre chose. Il força Chanyeol à lâcher sa femme, puis le tira par le col.
« Tout ça, c'est de ta faute Park Chanyeol. Je savais que Baekhyun n'aurait jamais dû te fréquenter. » cracha-t-il.
Chanyeol ressentit ces mots comme s'il était question de poignards qui s'enfonçaient et tournaient dans son ventre.
« J-Je suis désolé. » trembla-t-il non de peur, mais de culpabilité.
Rapidement, Monsieur Byun leva son poing et l'abatit sur l'oeil de l'adolescent. Émettant un cri de douleur, Chanyeol porta une main à l'endroit où la douleur était la plus ressentie.
« Ch-Chéri arrête ça… Ça ne changera rien, ce que tu es en train de faire. Et… Et Baekhyun n'appréciera pas ça non plus. »
« Il a tué notre fils ! » hurla l'homme en relâchant violemment le lycéen qui retomba lourdement sur le sol.
Des docteurs et infirmières arrivèrent afin de lui réclamer le silence et de lui prier de faire moins de bruit avant de lui proposer une quelconque aide.
Sur le sol glacial, pleurait un jeune garçon, les bras serrés autour de ses hanches, la chevelure sombre masquant toute expression de son visage déformé par la tristesse.
« Baek, je suis désolé bordel. » étaient les seuls phrases qui franchissaient la barrière de ses lèvres tremblantes.
• May
Chanyeol fixait le calendrier depuis une bonne vingtaine de minutes maintenant. Son corps devenu faible depuis quelques mois tremblotait désagréablement.
Il relut la date qui était inscrite sur l'objet.
6 Mai 2014.
« Chanyeol, qu'est-ce que tu fiches ? Vas en cours ! » grogna la voix de sa mère qui passait dans le couloir.
« Ouais… »
Ce jour qu'il avait tant appréhendé depuis la mort de Baekhyun était finalement arrivé, et le pointait du doigt d'un air moqueur.
Lorsqu'il arriva au lycée, une troupe d'élèves se mit à le regarder de haut en bas, le plaignant de son malheur. Il les toisa et poursuivit son chemin, tentant de faire abstraction de toutes ces oeillades indiscrètes. Il avait l'impression qu'il retournait à son premier jour de cours après la mort de Baekhyun. Celui où tout le monde tentait d'être gentil avec lui alors que ces actions l'enfonçaient encore plus que s'ils l'insultaient. Franchement, qui avait besoin de pitié dans ce genre de situation ?
« Channie ! Tu te sens bien ? » murmura Luhan qui venait de se glisser à ses côtés.
« Ouais. » souffla le grand. « Je vais appeler Lay, je reviens. »
« D'accord. Je serais dans la classe, si tu me cherches. »
Chanyeol hocha la tête et composa le numéro qu'il connaissait par cœur de son ami. Tandis que la sonnerie retentissait dans son téléphone à intervales réguliers, il se rendit aux toilettes qui se trouvaient être désertes à cette heure matinale.
Le second guitariste ne tarda pas à répondre et décrocha joyeusement.
« Channie ! Ça fait un bail. » s'écria-t-il.
Chanyeol l'imaginait en train de sautiller sur place, le sourire pendant aux lèvres.
« C'est vrai. » sourit ce dernier. « Je suis désolé de ne pas avoir appelé plus tôt, ces temps-ci c'est… compliqué. Depuis que t'as déménagé, c'est vraiment chiant, tu sais ? »
« M'en parle pas. J'aurais préféré finir l'année que me casser un mois après la rentrée. Mais je me sens bien ici, en Chine. »
« Tu m'étonnes, tu es chinois, Yixing. »
Chanyeol émit un petit rire faussement joyeux. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas appelé son ami par son véritable prénom. On le surnommait Lay en Corée, mais en Chine, c'était Yixing.
« Haha ! Alors ? T'as passé de bonnes vacances ? » enchaîna la chinois.
Chanyeol se tut. Lay était vraiment une âme fragile, lui dire que Baekhyun était mort pourrait lui faire beaucoup de mal, mais il avait besoin de son écoute.
« Lay, je vais pas passer par quatre chemins inutiles, hein. Baekhyun est mort sous mes yeux, le 25 Décembre. Ne crois pas à une mauvaise blague parce que ce n'est pas le cas… Depuis qu'il ne fait plus partie de ce monde, je te jure que j'ai l'impression d'errer comme un fantôme, Yixing. Je sais pas si tu comprends, mais je peux pas vivre sans Baekhyun. Je peux pas. J'essaye mais j'y arrive pas. C'est comme si mon âme était reliée à la sienne et que le fait qu'il puisse mourir m'avait tué, moi aussi, à mon tour. Je suis complètement détruit. Je ne savais pas que j'étais aussi attaché à lui. J'essaye chaque jour de le rendre vivant par son journal, des flash-backs ou n'importe quoi d'autres mais je me rends compte que ça ne change rien et qu'il reste mort. Je deviens fou ! J'ai besoin de Baekhyun. Je pourrais tout abandonner du moment où je pourrais l'avoir encore à mes côtés. Lay… » Chanyeol étouffa un sanglot. « Je veux Baekhyun. Je te l'ai jamais dis avant, mais la personne avec qui je voulais faire ma vie et être heureux c'était lui. Ouais, t'as bien entendu, Yixing. Moi, Park Chanyeol suis amoureux de Byun Baekhyun. »
" Baekhyun t'aimait aussi. Il me le disait tout le temps. J'arrive pas à croire qu'il soit mort Channie. Je peux vraiment pas accepter ça. Comment on est censé accepté un décès ? "
« Baekkie, comment t'arrives à te rendre aussi vivant juste par ta mort ? »
Parfois, Chanyeol voulait juste l'oublier. Puis il revoyait ces beaux traits, ce visage d'ange, ce sourire innocent… et il se disait que pour rien au monde il ne voulait tourner la page sur Byun Baekhyun.
Se mettant accroupi, il déposa délicatement un bouquet de roses qui prit place parmi d'autres. Le guitariste posa sa main fébrile contre la pierre tombale du cimetière.
Celle de Baekhyun.
C'en était trop pour lui, il savait qu'il n'aurait jamais dû venir ici, mais il s'était senti obligé.
Le lycéen se releva maladroitement et souffla en entrant ses mains froides dans ses poches :
« Joyeux Anniversaire, petit ange. »
La pluie s'abattait contre eux, comme si Dieu pleurait également la mort de ce jeune garçon à la peau laiteuse, au visage parfait et aux cheveux noirs. Chanyeol n'eut aucune réaction durant tout l'enterrement. Il se disait seulement que tout ce qu'il vivait actuellement disparaîtrait le lendemain. Lorsque sa mère l'interrogea du regard, il se contenta de répondre :
« Baekhyun ne peut pas mourir. Tu sais, il m'a promis qu'on avait cent ans à vivre ensemble. Il m'a dit qu'il l'avait prédit grâce à ses dons divinatoires. Il a dit aussi qu'il allait mourir dans un grand huit, parce qu'il voulait que ses jours prennent fin au moment où il souriait comme un idiot. Il m'a promis qu'on vivrait heureux parce que vivre malheureux c'est mourir petit à petit selon lui. Et tu sais, Byun Baekhyun tient toujours ses promesses. »
Madame Park, les larmes aux yeux se força à ne pas sangloter au milieu de la cérémonie.
« Chanyeol… réalises-tu que Baekhyun est mort ? » demanda-t-elle d'une voix affolée.
« Maman, il n'y a rien à réaliser. » des larmes coulèrent sur ses joues déjà trempées par la pluie. « Ce cauchemar est vraiment réaliste, hein ? Qu'est-ce que je ne ferai pas pour m'en sortir…»
• June
« Mai est passé tellement vite. » remarqua Luhan d'un ton surpris.
« T'es chanceux. J'ai l'impression que le temps se ralentit de plus en plus. » grogna Chanyeol en posant son plateau sur une des tables du réfectoire. « En fait, j'ai même l'impression qu'il n'y a plus de temps du tout. »
Luhan le suivit en souriant tristement. Il but une gorgée d'eau fraîche, l'esprit embrouillé. Il ne savait pas quoi faire pour aider son ami à se sentir mieux, et ça l'embêtait considérablement.
« Monsieur Lee me gonfle toujours avec son histoire de psychologue. » souffla le plus grand en remuant le contenu de son assiette avec ses baguettes, ennuyé.
« J'y suis allé. »
Chanyeol leva des yeux surpris vers son ami chinois.
« Toi ? Chez un psy ? »
« Ma mère m'y a forcé. » se rattrapa le blond avec une mine boudeuse. « Mais sinon, ouais, ça m'a pas mal aidé. »
Chanyeol haussa les épaules tandis qu'un sourire fleurit son visage. Baekhyun avait horreur des psychologues, il n'arrêtait pas de dire qu'ils étaient effrayants.
Comme s'il lisait dans son esprit, Luhan ajouta en riant faiblement :
« Elle n'était pas si horrible que ça. »
Et ils se sourirent.
« Je voudrais un chocolat chaud, s'il-vous-plaît. » demanda poliment Chanyeol en sortant son porte-feuilles.
Après avoir écouter le caissier du Starbuck lui énoncer le prix, Chanyeol ouvrit l'objet et y sortit un billet froissé.
En attendant sa commande, les coudes appuyés contre le comptoir, il commença à se distraire en maltraitant son porte-feuilles, arrachant le cuir usé. Après quelques minutes, ne trouvant plus cette occupation aussi drôle qu'au début, il s'apprêta à le refermer lorsqu'une photo attira son attention. Il la retira et l'observa avec plus d'attention, la poitrine serrée.
Une fois de plus, Baekhyun avait utilisé son stock d'aegyos afin de pouvoir se rendre pour la seconde fois de l'année à Disneyland. Le soleil tapait fort mais le petit brun était en pleine forme, excité comme une puce en voyant toutes ces attractions combler l'espace.
« Channie, je veux faire ça ! » se plaignit Baekhyun en tirant l'interpellé par le bras.
« Encore ? » rit Yixing, amusé
« Oui, encore. » répondit le petit coréen, hautain.
Il adorait Lay, ce garçon à l'Ouest de tout, mais le fait qu'il soit aussi proche de son Chanyeol le rendait fou de jalousie, bien qu'il avait conscience que ce dernier n'était pas un objet et ne lui appartenait donc pas.
« Aah, je sais pas trop Baekkie. Tu sais, ce genre de truc ne me va pas. » frissonna le plus grand en scrutant d'un oeil soucieux le grand huit qui s'étendait devant lui.
« Bah on le fera pas, je ne veux pas te rendre malade. » soupira-t-il en souriant.
Baekhyun tira Chanyeol par l'index vers les mascottes de Disney. Ce dernier se retint d'éclater de rire en entendant Baek demander à Luhan de leur prendre en photo avec la mascotte du célèbre Mickey.
« T'es pas sérieux là ? » s'esclaffa Chanyeol.
« Alleeeez. Je veux vraiment une avec toi ! »
« Baekkie, tu es vraiment le fan numéro un de Chanyeol. » se moqua le chinois aux bouclettes blondes, tout en se préparant à immortaliser le moment.
La mascotte de Mickey Mouse placée au centre, les tint tous les deux par les épaules, ce qui faisait rire Lay pour une raison inconnue. Et avant que Luhan ne puisse prendre la photo, Baekhyun attrapa secrètement la main du guitariste aux grandes oreilles derrière le dos de la souris.
« Un, deux, trois ! »
Ils se mirent à sourire, dévoilant leur dentition lorsque le flash leur fouetta les yeux. La personne déguisée en Mickey leur fit un signe de main avant de s'occuper d'autres visiteurs.
Voyant Baekhyun tituber en riant, Chanyeol s'approcha, inquiet, et posa son bras sur l'épaule de celui-ci en attendant des explications.
« Le flash m'a atteint. Je vois trouble. » ricanna Baekkie, qui avait la fâcheuse manie d'être toujours hilare pour un rien.
Apercevant un angle extrêmement mignon du petit brun, le guitariste le suivit dans ses rires et lui pinça rapidement les joues.
« Chanyeol… »
« Oui ? »
« Lorsque je mourrais, je voudrais être dans un grand huit avec pour dernière vue ce ciel bleu et les gens qui s'y amusent. »
« Pourquoi ? »
Il sourit, et s'arrêta pour mieux observer l'énorme construction qui s'imposait au milieu du parc d'attraction.
« Parce que je sais d'avance qu'à ce moment précis, je serais en train de sourire comme un idiot. » répondit-il avant de se retourner vers son meilleur ami. « Mais je voudrais que tu sois avec moi. »
« Tu veux que je meurs avec toi ? » plaisanta Chanyeol, les bras croisés sur son ventre.
« Évidemment que non. » Baekhyun ricanna. « De toute manière, lorsque ça arrivera, tu ne pourras pas continuer à vivre sans moi. » plaisanta-t-il d'un ton taquin.
« Aish, ne parle pas de mort maintenant. En plus ma mère dit que ça porte malheur de parler de ce genre de trucs, crétin. »
« C'est des conneries tout ça. Si une chose doit arriver, elle arrivera. La poisse n'a rien à voir avec tout ça. » répliqua Baek en suivant son ami qui se dirigeait déjà vers leurs deux autres compagnons.
« Chanyeol, un de tes professeurs m'a appelé quand tu es sorti. » déclara Mr. Park en voyant son fils rentrer par l'entrée principale, un chocolat chaud en main.
« Monsieur Lee ? Le prof' de Sciences ? » devina celui-ci en s'approchant.
Comme à sa sale habitude, son père lisait un journal, assis, dans la salle à manger, un café se refroidissant sur la table devant lui. Chanyeol déposa délicatement sa timbale de chocolat chaud et prit place près de son géniteur.
« Il t'a dit quoi ? »
Monsieur Park rabaissa son journal sur ses genoux et lança un regard déçu à son enfant.
« Il m'a dit que tu devrais voir un psychologue qui t'aiderait à aller mieux et donc, à augmenter tes notes qui, au passage, ne sont pas brillantes du tout. » attaqua-t-il.
Chanyeol baissa les yeux vers le carrelage blanc. Ce fichu professeur n'avait pas fini de lui gâcher la vie, apparemment. De toute façon, il ne comptait pas passer son bac. Il savait d'avance qu'il devait redoubler l'année de terminale : aucune de ses notes n'atteignait la moyenne, et il ne comprenait jamais rien aux cours.
« Honnêtement, au début, je te soutenais quand ta mère t'engueulait, mais Channie… Baekhyun est mort, ça fait aujourd'hui 5 mois pile. Tu ne peux vraiment pas te ressaisir un peu ? C'est ton avenir qui est en jeu ! »
Chanyeol se sentait agressé, rabaissé. Il était d'accord sur le point qu'il ne faisait aucun effort pour sa scolarité, mais du fait qu'on parle si mal de la mort de Baekhyun. Comme s'il était question d'un véritable fardeau… Ça le rendait fou de rage.
Il se leva brusquement, manquant de faire tomber sa chaise. Surpris, le journal de Monsieur Park retomba sur le sol dans un bruit de battement d'ailes. Chanyeol fit rebondir son index contre la surface en verre de la table, le regard venimeux.
« C'est la dernière, mais la dernière fois que tu prononces le nom de Byun Baekhyun de cette façon. » cracha-t-il avant de tourner les talons, laissant son père dans la confusion.
Des pas retentirent derrière l'homme d'âge mûr qui se baissait afin de récupérer sa lecture.
« Tu as fais du mieux que tu pouvais, merci. » chuchota Madame Park en posant une main délicate sur l'épaule de son mari qui laissa échapper un soupir contrit.
Tout cela n'aurait jamais dû arriver. Sérieusement. À cause d'un stupide coup de fil, sa vie à basculée. Si le téléphone de Baekhyun était déchargé cette nuit-là, s'il avait eu la chance de ne pas répondre, il serait sans doute encore en vie au moment où il pensait. Chanyeol poussa un soupir de frustration. Il avait tellement pleuré au début de sa dépression que maintenant, les larmes lui venaient naturellement. Il sanglotait aussi facilement qu'un autre individu pouvait rire.
" Tu veux que je meurs avec toi ? "
" Evidemment que non. "
Chanyeol passa ses deux mains sur son visage et tomba à genoux en repassant ces répliques dans sa tête.
" De toute façon, si ça arrive un jour, tu ne pourras pas continuer de vivre sans moi. "
Baekhyun était mort.
Il était enterré, pas loin d'ici, à Séoul.
Alors, pourquoi sa présence devenait de plus en plus forte ? C'était comme si Baekhyun était devenu encore plus vivant en mourant, il ne saurait l'expliquer avec des mots corrects ou des phrases qui avaient un minimum de sens.
« Chanyeol, je t'aime. »
Il aurait pu jurer l'avoir entendu. Cette voix qui ne retentissait que dans les vidéos prises dans le passé, ou dans ses rêves incontrôlables la nuit, s'était glissée là, dans la réalité. Un petit souffle qui était entré dans ses oreilles et avait caressé sa peau avant de s'en aller de la même façon discrète dont il était arrivé.
« Moi aussi, Baek. Je t'aime. »
