L'issue d'un cauchemar
Deuxième partie
Cinq jours plus tard, je n'en pouvais plus. J'aurais en temps normal dû oublier ce fâcheux incident et poursuivre ma vie de couple « normal » avec Bill, mais le silence d'Eric me tuait. Il n'avait pas cherché à entrer en communication avec moi d'aucune façon. Pas d'appel, pas de texto, pas de lettre ni même de messager anonyme. Étrangement, j'en étais blessé, car peu importe ce qu'avait été l'issue de notre tête-à-tête, il n'en restait pas moins que mon rêve m'obsédait encore et me tirait parfois de mon sommeil en pleine nuit. Et puisque j'avais, une fois, pratiquement hurlé son prénom alors que Bill était à mes côtés et tentait de m'apaiser, je me suis dit que je devais mettre fin à cette situation grotesque avant qu'elle ne me rende folle et qu'elle pousse mon petit ami à se poser de sérieuses questions.
Je m'étais donc rendue à Shreveport et patientait dans ma petite voiture devant le Fangtasia en me demandant comment je pourrais bien amener le sujet sur le tapis sans évoquer de trop gros détails qui sauraient tendre l'atmosphère que je désirais neutre. Tant que je me montrais plus loquace que lors de notre dernière rencontre, tout devrait se dérouler comme sur des roulettes, non? Cela dit, je n'avais aucunement l'intention de me laisser amadouer par la prestance du Viking. Pas cette fois. Mon désir premier était de m'assurer qu'Eric ne me reprochait ni mon silence ni ma fuite suite à sa révélation. Je détestais croire que quelqu'un m'en voulait, quelle que soit la raison.
C'est donc en m'armant du légendaire courage des Stackhouse que je me suis extirpée de ma voiture et me suis dirigée vers les portes principales. Il y avait une file de clients qui me promettait au moins dix minutes d'attente. J'ai juré mentalement en maudissant cette hâte de me débarrasser de cette pression qui devait m'avoir alourdie de vingt kilos durant les cinq derniers jours – j'allais devoir angoisser encore un bon moment avant de pouvoir classer cette affaire. Les pieds lourds, je me suis ajoutée à la file et ai croisé les bras. Au moins, la musique que les portes fermées feutraient allait me tenir compagnie.
Des bruits singuliers ont attiré mon attention en direction du mur latéral gauche de la boîte de nuit. C'était des bruits mats, des gémissements et des pleurs. Hé bien. Quelqu'un se faisait tabasser et le doorman n'avait pas l'air de s'en formaliser le moins du monde. J'ai en donc déduit que se devait être un des clients du Fangtasia qui se faisait « sermonner » pour un comportement qui ne correspondait pas à la charte du bar. J'ai décidé d'aller jeter un coup d'œil pour m'en assurer. Dans le cas contraire, j'irais avertir le colosse près de la porte pour qu'il se charge de dégager la place.
J'ai rapidement constaté que l'intervention du doorman n'allait pas être nécessaire, car le tortionnaire n'était nul autre qu'Eric, qui tenait entre son pouce et son index la gorge d'un jeune homme sonné. Il semblait extrêmement blasé, comme s'il exécutait une besogne particulièrement lassante. Une fille en pleurs dans la jeune vingtaine était écrasée par terre et suppliait Eric de sa voix agressante d'épargner son petit ami en lui assurant qu'ils ne remettraient plus jamais les pieds à Shreveport. Le sang sous le nez de la jeune fille m'a signalé que le Viking ne s'était pas montré plus indulgent envers elle qu'envers le petit ami rebelle.
Je me suis approchée dans la pénombre, me sentant en parfaite sécurité, et ai pénétré dans une aire qu'un lampadaire illuminait. La jeune victime étant de dos à moi, Eric me faisait donc face.
- Bonsoir, Sookie, m'a-t-il salué d'un flegme impressionnant.
Je me suis alors aperçue que les pieds du jeune homme captif étaient soulevés de terre d'au moins six pouces. J'ai grimacé. J'espérais qu'il avait mérité sa punition.
- Qu'ont-ils fait? lui ai-je demandé comme s'il ne lui infligeait qu'une bonne fessée.
- Ils ont mordu une de mes précieuses danseuses avec un dentier doté de véritables canines de vampire. Double infraction à mes principes.
- Juste une fois! a sangloté la jeune femme en se trainant dans la poussière pour me rejoindre. Pitié, laissez-nous partir!
Comme si j'avais un tel pouvoir sur la décision finale! Je lui ai lancé un regard dégoûté lorsque j'ai analysé son visage ; le sang sous son nez était en fait les conséquences d'un lunch illégal sur le corps d'une danseuse, pas de la colère d'Eric. J'ai soupiré. J'avais espéré qu'il ne soit pas devenu un batteur de femmes. J'ai préféré ne pas penser à la façon dont ces jeunes s'y étaient pris pour mettre la main sur d'authentiques canines de vampire.
Lorsque je me suis intéressée de nouveau à Eric, il me dévisageait avec les sourcils haussés. Ma parole, c'est qu'il m'offrait la liberté de décider de leur sort! Bien que révulsée par leur inconduite, je n'ai pas hésité une seule seconde avant de prononcer le verdict des criminels :
- Laisse-les partir. Je ne crois pas qu'ils recommenceront après t'avoir eu sur leur chemin.
La fille a couiné en se relevant, a trébuché et s'est redressée aussitôt. Eric m'a souri.
- Tu es trop bonne, Sookie.
Il a lâché le jeune homme qui s'est effondré en toussotant violemment. Les deux fautifs se sont alors enfui bras dessus bras dessous en titubant en direction d'Industrial Drive. Bon vent!
La nervosité m'a frappée lorsque j'ai enregistré les détails en lien avec ma situation : seule, dehors, en compagnie d'Eric Northman, le propriétaire du bar de vampires à côté duquel nous nous tenions. Pas beaucoup de gens ne se risqueraient à venir à mon secours si les choses ne se produisaient pas comme elles le devaient.
- Que me vaut l'honneur de ta visite? m'a-t-il demandé en léchant son pouce couvert de sang.
- Pouvons-nous parler?
Il a écarté ses bras de chaque côté de son corps pour m'indiquer que nous étions bien partis pour ça. J'ai roulé les yeux. Il faisait plutôt frais et j'avais oublié de me mettre une petite laine sur les épaules. J'ai regretté de ne pas avoir troqué ma mini-jupe pour un jogging de coton disgracieux avant mon départ. C'est maintenant que j'en souffrais.
- À l'intérieur, ai-je précisé.
Il a hoché la tête et s'est dirigé vers la porte qui communiquait avec le couloir réservé au personnel du Fangtasia. Je lui ai emboîté le pas. Comme j'allais pénétrer à mon tour dans le bâtiment, Eric m'a fermé la porte au nez.
Consternée, je suis restée figée pendant quelques secondes à attendre qu'il m'ouvre. Inutile ; j'ai entendu ses pas s'éloigner de l'autre côté du mur.
- Eric! ai-je vociféré en martelant la porte de ma paume.
Pas de réponse. J'étais sciée. J'ai tenté de me convaincre que son attitude n'avait rien à voir avec la finale de notre dernier face à face. J'ai ravalé mon orgueil et repoussé l'envie de rentrer chez moi puis j'ai contourné le bâtiment pour rejoindre la façade. La file d'attente s'était allongée d'environ dix minutes supplémentaires. Joie.
Pam m'a saluée lorsque je suis finalement parvenue à pénétrer dans le bar. Elle était toutefois trop occupée pour m'étreindre comme elle avait l'habitude de faire depuis quelque temps. Tant mieux. Je n'avais aucune envie d'être tendre depuis la petite scène d'Eric. J'avais peine à croire que j'avais attendu près d'une demi-heure pour m'entretenir avec lui. Tandis que je fulminais, j'ai rejoint le couloir qui donnait accès aux pièces réservées au personnel en ignorant les trucs bizarres que les clients fabriquaient autour de moi. Le Fangtasia n'était certainement pas réputé pour sa bénignité.
Une fois devant la porte de l'office d'Eric, j'ai tourné la poignée. Verrouillée. J'ai sentie une immense vague de colère me submerger.
- Eric Northman, espèce d'enfant!
Non mais à quoi jouait-il? Tout en confondant sa porte avec un tam-tam, j'ai commencé à croire que je devais faire un effort pour calmer mes nerfs. J'ai perdu le fil de mes pensées et ne me suis plus souvenue de comment devait se passer cette rencontre. Plus tôt, chez moi, j'avais su quoi lui dire afin d'arrondir les angles, mais plus maintenant. Je voyais noir, et Eric était l'unique responsable.
Lorsqu'il a ouvert la porte, il souriait. J'ai serré les poings. J'avais autant envie de le ruer de coups que j'avais eu envie de son corps cinq jours plus tôt. Mais je me suis retenue ; il n'allait certainement pas m'accueillir dans son bureau si je débutais notre entretien de cette façon. Je l'ai bousculé en passant dans l'ouverture qu'il gardait délibérément étroite afin de me provoquer et me suis postée en plein centre de la pièce. Au moment où il nous enfermait et faisait volteface, je me suis sentie projetée dans le passé. J'ai croisé les bras et contracté les muscles qui me jouaient des tours entre les cuisses. Non mais quel moment inopportun!
J'ai pris la décision d'ignorer son comportement puéril et de sauter directement à l'essentiel : l'objet de ma visite. C'était toutefois très difficile, car Eric gardait sur son visage une expression frondeuse. Il était d'humeur sarcastique, à jouer avec mes nerfs comme un chat après une souris. C'était indubitable. Quel incroyable timing. Et moi qui voulais parler sentiments.
- Eric.
Et le prix Nobel d'éloquence revient à Sookie Stackhouse! Je n'avais plus du tout envie d'aborder le sujet. Néanmoins, contre toute attente, son sourire s'est évanoui. Oh. Mon petit doigt me disait que ces cinq derniers jours n'avaient pas été ses favoris non plus.
- Sookie, si tu veux bien procéder. J'ai de la paperasse à faire.
Il s'est dirigé vers moi mais m'a contourné comme si j'étais un vulgaire pilier pour aller s'asseoir à son bureau. Bon, j'avais maintenant affaire avec Eric le bureaucrate. C'était tout de même mieux qu'Eric le cynique. J'ai pivoté sur moi-même et l'ai regardé s'installer sur sa chaise à roulettes qui a couiné sous son poids.
- Je suis venue te parler au sujet de notre dernière… confrontation, lui ai-je dit.
Il a sobrement hoché la tête en joignant l'extrémité de ses dix doigts au-dessus de son bureau. Je n'avais plus qu'à sortir une mallette de nulle part et lui faire part de mes prix de vente. J'ai serré les dents.
- Te souviens-tu de ce qui s'est passé? lui ai-je assené sur un ton à la fois ironique et agressif.
- Sookie, viens-en aux faits.
J'ai inspiré à pleins poumons. Finalement, ma mallette imaginaire servirait plutôt à l'assommer qu'à lui balancer quelques chiffres. C'est qu'il mettait ma patience à rude épreuve, le joli Viking!
- Pour ça, il faudrait que tu répondes à ma question, Eric, ai-je craché.
- Évidemment que je me souviens de ce qui s'est passé, a-t-il répondu en souriant.
Pas un sourire goguenard ; un beau sourire. Un sourire doux, nostalgique. Il ne se souvenait sûrement pas, en revanche, de ce qui avait suivi ce qui s'était passé. Il était franchement dur à suivre. J'ai senti ma gorge se nouer.
- Et de ce que tu m'as dit? ai-je poursuivi.
Oh. Son sourire s'est de nouveau éclipsé. Bon sang, il avait l'air flippant. J'ai dégluti. Eric ne s'énerverait jamais contre moi. Il a hoché la tête, mais ce que j'étais venue lui dire ne collait plus du tout avec le ton de notre rencontre. Je le ressentais encore, certes, mais ne ressentais plus le besoin de le lui partager. J'ai trouvé dommage qu'il ne se montre pas aussi insistant que lors de la dernière fois ; ça m'aurait peut-être aidé à cracher le morceau.
- Tu n'as pas envie de savoir ce que j'ai à te dire à ce sujet? lui ai-je demandé.
Il a haussé les épaules.
- Sookie, tu n'as pas eu l'air d'apprécier mon insistance lors de ta dernière visite au Fangtasia. Dis ce que tu as à dire si tu en ressens l'envie, car je n'ai nullement l'intention de me mettre à genoux pour te supplier de le faire.
Ça a jeté un froid. Je me suis sentie encore plus humiliée que lorsqu'il m'avait fermé la porte au nez. Je n'allais toutefois pas le lui montrer et j'irai droit au but. C'était tout de même déstabilisant de le voir aussi indifférent face à l'évocation de l'aveu de ses sentiments à mon égard. Mais je devais garder en tête qu'il l'avait fait. Eric Northman était amoureux de moi ; ce que j'avais à lui dire n'allait donc pas le laisser de marbre. Du moins, c'est ce que j'osais espérer. Ai-je mentionné que je le trouvais dur à cerner?
- Très bien. Je voulais simplement que tu saches que je suis très flattée, et également te dire que… que je ne te suis pas… tu sais, indifférente.
- Je le sais.
Hé bien ça! Ça m'a mise dans une colère bleue. Pour qui il se prenait, celui-là? J'ai éclaté. J'aurais bien voulu me montrer plus digne, mais cet homme me faisait perdre la tête – dans tous les sens du terme.
- Oh! Alors si tu le sais, je suis désolée de venir de déranger sur ton lieu de travail alors que monsieur Northman a de la paperasse à faire! Merci de m'avoir reçue par l'entrée des clients, Eric!
Puis j'ai tourné les talons, fière de ma tirade, et me suis dirigée vers la porte en gardant en tête que je devais d'abord la déverrouiller si je ne voulais pas rater ma sortie. Cependant, j'ai à peine fait deux pas qu'Eric s'est interposé entre elle et moi et m'exposait bestialement ses crocs. Il n'avait pas l'air content. Pas content du tout. J'ai même reculé en couinant tant il m'effrayait. Celui-ci, qui ne croyait pas être suffisamment terrifiant comme tel, s'est mis à s'approcher de moi à petits pas lents. J'ai été tenté de lui mettre mon pied entre les deux jambes et détaler, mais je tenais trop à la vie pour céder à mes désirs du moment.
- Que veux-tu que je te dise, Sookie Stackhouse? Crois-tu franchement que j'ignore que je ne te laisse pas indifférente? Dois-je écarquiller les yeux de stupeur, feindre la surprise, alors que tu étais parfaitement consentante lorsque nous nous sommes perdus dans ce tourbillon de passion, cinq jours plus tôt? Es-tu vraiment venue à Shreveport pour me dire quelque chose que tu sais pertinemment que je sais déjà?
S'il avait pratiquement susurré sa dernière phrase, elle n'en avait pas été moins saisissante. J'ai senti que j'allais éclater en sanglot. Ça avait été plus poignant que s'il avait crié, j'en étais certaine. Si je n'avais pas été faire un tour au petit coin avant de quitter ma demeure à Bon Temps, je me serais certainement pissé dessus. Sans blague. Je suis restée sans voix pendant de longues secondes, les jambes aussi molles que du coton.
J'ai finalement secoué la tête, et Eric, qui s'était ressaisi, a rétracté ses canines. Il n'en était pas moins rouge de colère.
- Alors énonce l'objet de ta visite, m'a-t-il ordonné les lèvres pincées.
À vos ordres.
- Je suis amoureuse de toi.
Il a tressailli. J'ai même cru pendant une fraction de seconde que je l'avais giflé en raison du tic qu'il eut. C'était apparemment un contrecoup de ma révélation pour le moins explicite. Du rouge, il a viré au blanc. Il faut dire que je ne m'étais pas attendue à ce qu'elle se formule aussi aisément, alors bien franchement, nous étions deux à être surpris.
Longtemps, nous sommes restés immobiles l'un en face de l'autre. Le silence avait pris le dessus sur nous. Eric fouillait mon regard à la recherche de… sincérité? Il y avait cette intensité, cette avidité, cette urgence dans ses yeux. Les mêmes émotions que son visage avait laissé transparaître avant qu'il ne se prenne un pieu dans le cœur, dans mon rêve. L'enfant devant la maison de bonbon n'était plus aussi certain si c'était du véritable sucre.
Je fondais. Eric avait l'air si… vulnérable.
Puis j'ai vu du mépris dans son regard avant qu'il me contourne et se dirige de nouveau vers son bureau. Je n'ai pas bougé. Quand je n'ai plus entendu le bruit de ses pas, j'ai pivoté sur moi-même et une larme a roulé sur ma joue. Eric me tournait le dos, posté devant le meuble, perceptiblement à cheval entre deux émotions contradictoires. Son corps voûté rendait sa confusion criante. Un choix a dû l'emporter sur l'autre car il s'est retourné au bout de quelques secondes pour me faire face. Il avait l'air bouleversé. Bon sang! Dans quel état l'avais-je mis?
- Et Bill? est-il parvenu à me dire.
- Encore sienne, ai-je rétorqué d'une voix déformée par l'affliction.
Je n'étais pas triste d'être à Bill, ça non ; j'étais simplement aussi bouleversée qu'Eric. Et je prenais tranquillement conscience de la position dans laquelle je m'étais mise en me rendant ici ce soir.
- Encore amoureuse? m'a-t-il demandé en s'approchant de moi.
- Oui.
Mes traits se sont tendus, et j'ai eu cette envie incroyable d'éclater en sanglots. J'aurais voulu lui annoncer que je ne ressentais plus rien pour Bill, mais je ne pouvais me résoudre à mentir simplement pour lui faire plaisir.
- Tu es venue me voir uniquement pour m'indiquer que tu ne seras jamais mienne?
Ma bouche close s'est ouverte et j'ai poussé un soupir peiné. Il était doué pour tourner le couteau dans la plaie. J'ai alors su que j'étais aussi amoureuse d'Eric que de Bill. Et que j'avais fait une immense bêtise en lui partageant cette information.
- Ceci dit, tu ne peux pas me blâmer si je désire tant t'embrasser, m'a-t-il averti en glissant une main dans mon cou.
J'ai secoué la tête. J'avais besoin de réconfort, et je voulais que ce soit Eric qui me le procure. Il s'est approché de moi et a embrassé ma pommette. J'ai fermé les yeux. C'était d'une douceur épouvantable. Je pouvais à peine croire que j'avais un Viking devant moi. J'ai senti son souffle s'approcher de mon oreille.
- Tu ne peux pas non plus me blâmer si je désire te faire l'amour, a-t-il ajouté.
Oh, bon sang. J'ai frissonné. On y était. Les muscles entre mes jambes ont retrouvé leur vigueur. J'ai posé mes mains contre ses avant-bras, comme j'avais voulu le faire dans mon rêve avant qu'il n'explose. La musique du bar que j'entendais en sourdine s'est feutrée tandis que la bouche d'Eric trouvait la chaleur de mon cou. J'ai soupiré par saccades, et Eric a reculé son visage pour croiser mon regard.
- Tu ne me blâmeras pas non plus si je fais ces deux dernières choses ici, dans ce bureau, maintenant.
- Oh, non. Prends-moi, Eric Northman! m'ai-je exclamée en entourant son cou de mes bras.
À peine avais-je eu le temps de terminer la formulation de mon ordre qu'Eric s'était déjà débarrassé de son chandail. La fraction de seconde suivante, j'étais comprimée dans un étau de fer et ma bouche était obstruée par la sienne. Ses mains pesantes m'ont rappelé à quel point j'étais d'une faiblesse notable vis à vis de lui, tout comme elles m'ont rappelé la facilité avec laquelle il aurait pu abuser de moi quand bon lui avait semblé dans le passé. Cet homme si mâle, si viril, si homme, allait me faire l'amour là, maintenant, parce que j'en avais incroyablement envie et que je me foutais du reste.
Je cherchais comment exprimer davantage mon désir et mon excitation pour lui mais je n'avais aucune idée de comment y parvenir. Mes mains et ma bouche s'activaient au mieux de leur capacité. J'avais tant envie de lui que le point névralgique situé entre mes jambes me faisait mal. Il a glissé mes mains sous ma jupe juste en dessous de mes fesses et m'a soulevée afin de m'inviter à entourer sa taille de mes jambes.
Mais la rigidité du tissu m'en a empêché et j'ai reposé mes pieds au sol. Eric, qui n'a pas apprécié cette tentative échouée, a trouvé comme solution de littéralement me l'arracher de sur le corps. Bon. J'imagine que j'étais d'accord avec la procédure. Tandis que je disais au revoir à mon vêtement préféré et que je nouais mes jambes autour de sa taille avec grand succès, j'ai extatiquement découvert qu'il avait trouvé le temps de défaire sa braguette durant notre fusion. Conséquence : je pouvais parfaitement sentir son érection contre moi. J'avais pourtant sentie ses deux mains sous mes fesses durant l'intégralité des secondes qui avaient filées… Peu importe. Les vampires étaient capables de tout.
J'ai gémi lorsqu'il a ondulé le bassin pour caresser nos intimités. Mon clitoris était drôlement sensible. Aussitôt, il a reculé son visage et ses canines ont surgies en émettant un son de lame contre un fourreau. Ça m'a fait frissonner. Bon sang, bon sang, bon sang! Il était si sexy! Je lui ai lancé le regard le plus provocateur que j'avais la possibilité de reproduire et j'ai profité du soutien de ses grandes mains pour faire passer mon débardeur par-dessus ma tête et retirer mon soutien-gorge. J'ai subitement senti un mur derrière moi et j'ai compris qu'Eric nous y avait plaqué en se déplaçant à la vitesse des vampires. Pourrait-il s'activer à une telle vitesse lorsqu'il serait en moi?
J'allais lui ordonner de poursuivre ses caresses lorsque j'ai réalisé qu'il attendait ma permission pour me mordre.
- Oh, vas-y. Mords-moi. Fais ce que tu veux de moi!
Je n'ai pas eu à le répéter une deuxième fois. J'ai senti ses canines percer ma peau et j'ai hurlé – oui, hurlé. J'ai cru que j'avais eu un orgasme! Une de ses mains a saisi mon sein droit qu'il a palpé comme un pamplemousse. Il a grogné contre mon cou tandis que je marmonnais des mots précipités du genre « Oh oui, vas-y, vas-y, vide-moi, prends-moi, fais-le, c'est bon, c'est bon » et autres balivernes de la sorte. Lorsqu'il a pris une pause, j'ai embrassé ses lèvres enduites de mon sang et j'ai senti son doigt écarter ma culotte. Il m'a aussitôt pénétré.
J'ai su qu'il pouvait effectivement s'activer à la vitesse des vampires une fois en moi. Excusez le terme, mais j'ai pris mon fucking pied. J'ai hurlé à tue-tête du début à la fin et jamais Eric ne m'a intimé de me taire bien qu'il enfouissait parfois un doigt ou deux dans ma bouche pour faire grimper le degré d'érotisme. Je ne compte plus le nombre d'orgasme que j'ai eu durant l'heure qui a suivie, et pour être honnête, il avait tant malaxé mes fesses lors de ses furieux coups de bassin que je ne les sentais plus. Mes aines protestaient virulemment. Je ne pouvais pas les blâmer ; jamais je n'avais eu à tenir mes cuisses grandes ouvertes durant soixante minutes d'affilées, et encore moins à leur faire subir le choc incessant du bassin d'Eric contre elles. À vrai dire, lorsqu'il a éjaculé pour la septième fois dans un gémissement bestial, je n'étais plus qu'une loque sans volonté ni énergie.
- Je me sens… si faible, ai-je gémi tandis que les bras d'Eric me déposaient sur son bureau dans le sens de la longueur. Tu m'as achevée, Eric Northman.
Je l'ai vu sourire, puis il s'est allongé auprès de moi en repoussant d'une main les quelques objets qui encombraient la surface. Il avait fermé la braguette de ses pantalons qui étaient restés accrochés à ses hanches durant l'heure qui avait précédée. Non mais vous y croyez, vous? Nous avons fait l'amour debout pendant une heure!
Je me suis blottie dans ses bras, mais il s'est écarté.
- Tu as besoin de sang, Sookie. Laisse-moi t'abreuver.
Oh. Voilà qui expliquait sûrement mon état anormalement léthargique. Je n'avais pas la force nécessaire pour procéder à une analyse complète, mais si mes souvenirs étaient exacts, Eric m'avait mordu à six emplacements différents sur mon corps, dont une particulièrement proche de mon entrejambe, et ce, au-delà de vingt fois. Je ne devais plus avoir beaucoup d'hémoglobine dans le corps. J'allais devoir jouer les prudes avec Bill le temps que ces marques disparaissent…
Eric a porté son poignet à sa bouche et a déchiré sa chair de ses canines. J'ai saisi son bras avant même qu'il ne me le présente et ai commencé à boire goulument. J'avais l'impression d'être sur un petit nuage. La main libre de mon Viking, passée autour de mon cou sans tonus, caressait nonchalamment mes cheveux fous près de mon front. J'ai ouvert les yeux lorsqu'il a embrassé ma tempe. Oh. Je vivais un rêve. Et je m'assoupissais lentement.
- Je crois que ça suffira, a-t-il déclaré au bout d'un certain temps.
J'ai abandonné son poignet à regrets et ai laissé ma tête retomber contre son bras. Sa langue a glissé le long de ma joue jusqu'à ma bouche ; un filet de sang devait s'être échappé d'entre mes lèvres.
- Endors-toi, Sookie. Je veille sur toi.
J'étais enveloppée de ses bras puissants lorsque je me suis endormie.
