Sirius se tenait devant la porte des appartements de Snape, attendant de réunir tout son courage avant d'affronter le monstre qui s'y terre. Selon d'aucuns, notamment un vieux Directeur fouineur, les excuses n'avaient jamais tué personne... mais il était probable que personne n'ait déjà essayé d'en présenter à un Snape furieux.

Cependant, quelque soit le degré de mauvaise foi qu'il y mettait, il savait bien au fond que son geste avait été puéril. Alors, après un soupir théâtral, il toqua à la porte.

Moins d'une minute plus tard la porte s'ouvrit et laissa voir brièvement Snape, qui recula aussitôt pour la refermer. Mais Sirius, qui s'attendait à cette réaction, s'était déjà faufilé dans l'entrebâillement pour se retrouver dans un petit salon plongé dans l'obscurité.

Difficile de croire que Snape habitait ces lieux depuis plus de quinze ans tant le mobilier était sommaire et la décoration inexistante. Toutefois, la « douce » voix du Serpentard le tira rapidement de ses réflexions :

« Black, sors de chez moi !, hurlait-il à plein poumon.

- Ce serait avec joie mais j'ai une mission », répondit Sirius avec un calme olympien sans cesser de détailler son environnement comme si la présence de son ennemi juré lui était complètement indifférente.

« Albus m'a demandé…ordonné serait plus juste, de m'ex…m'excuser »

Sirius eut une grimace éloquente en butant volontairement sur le mot. Puis il prit sa voix la plus formelle possible et surtout la moins convaincante et se lança de mauvaise grâce en soupirant :

« Je m'excuse pour t'avoir embrassé tout à l'heure »

Puis il se décida enfin à regarder son vis-à-vis pour observer sa réaction pendant le bref silence qui suivait sa déclaration.

« Sors de chez moi. »

La voix glaciale et sans appel retentit dans la pièce, aussi tranchante qu'un rasoir. Mais Sirius l'entendit à peine, quelque chose l'interpellait, quelque chose sur le visage de Snape, lequel fulminait de le voir aussi impassible.

« Qu'est-ce que tu regardes ! Sors d'ici ! », cria-t-il perturbé malgré lui par l'attitude de son ancien condisciple qui le fixait avec curiosité.

« Tu…Tu as pleuré… », murmura Sirius, troublé.

Snape se figea pendant un court instant sous l'effet de la surprise et de la panique naissante.

« Qu'est-ce que tu racontes…je… »

Mais Sirius n'était pas dupe, même s'il avait du mal à croire ce qu'il voyait, et il commençait à se sentir un peu coupable. Il n'était pas un monstre et il était évident qu'il ne s'agissait pas que de quelques larmes de rage passagères. Les yeux de Snape étaient gonflés et rouges, ses cheveux légèrement en bataille et malgré la pénombre il était certain de discerner des traces salées sur ses joues.

« Tu as pleuré…pour un baiser », répéta-t-il plus haut, avec un sourire incrédule, face à l'absurdité de cette réaction.

« LA FERME ! », hurla Snape excédé par ce sourire qu'il pensait moqueur et par la honte qui le submergeait et colorait traitreusement ses joues.

- Mais pourquoi ?, continua Sirius qui peinait à reprendre ses esprits.

- LA FERME, LA FERME, LA ferme…, sa voix s'était cassée et il sentait la panique l'envahir.

- Qu'est-ce qu'il pouvait bien avoir de spécial ce baiser ! », dit Sirius avec un léger sourire

Snape se figea de nouveau tant il se sentait blessé. Bien sûr, pour Black ce n'était qu'une blague sans importance. Cette brève lueur douloureuse, Sirius la vit et un éclair de perspicacité lui fit réaliser la raison de cet étrange comportement. Après un court instant de silence choqué, il parla de nouveau avec une expression provocatrice :

« Alors comme ça tu as aimé… »

Le rose qui envahit les joues du maitre de potion répondit à sa question bien mieux encore que le « Dehors » paniqué qu'il lui hurla de nouveau. A cette vue inhabituelle, étrangement touchante, une drôle de réflexion vit le jour dans la tête de l'Animagus : Pourquoi pas ? Et presque inconsciemment, il prit une attitude séductrice, espérant que quinze ans sans pratiquer la chose n'allaient pas trop le gêner pour relever ce challenge. Avec une démarche féline, il s'avança vers un Snape totalement dépassé :

« S'il te plaisait tant, il suffisait d'en redemander...

- Quoi ! », bafouilla le Serpentard en reculant sous le regard carnassier.

Mais Sirius continuait à avancer et Snape ne savait plus comment gérer cette situation. Pourtant il fallait qu'il réagisse.

« Pourquoi tu ferais ça ? », demanda-t-il avec hargne, espérant le déstabiliser.

Sirius réfléchit un court instant. Il ne pouvait tout simplement pas lui répondre qu'en cet instant il le trouvait touchant, et que ses lèvres étaient assez douces pour lui donner envie de recommencer. Il doutait franchement que Snape apprécie le « sentimentalisme » propre à cet argument. Non, Snape ne coucherait pas avec lui — car c'était bien le but de la manœuvre qui se dessinait dans sa tête — par sentiment, mais plutôt par « arrangement » pour satisfaire leurs libidos frustrées respectives. C'était triste, mais c'était encore le meilleur moyen de le convaincre. Après tout, vivre dans une école ne devait pas lui fournir nombre d'occasions de se « divertir ». Sirius prit donc l'expression la plus détachée et la plus sexy à sa disposition pour lui répondre :

« Disons simplement que quinze ans d'abstinence c'est très long… »

C'était donc ça. Black était simplement trop frustré pour être regardant sur la marchandise…il voulait baiser, que ce soit avec lui ou un autre importait peu.

Severus sentit une colère destructrice se déverser dans ses veines. Il aurait voulu hurler! Le frapper ! Le frapper très fort ! Est-ce qu'un jour on le traiterait avec la moitié du respect qu'on réservait aux autres êtres humains ?

La fureur était sur le point de lui faire commettre une énorme bêtise, mais heureusement ses pensées furent violemment interrompues quand il heurta le mur à force de reculer. Sirius sourit en le voyant acculé et la seule idée qui parvint à prendre forme dans l'esprit de ce dernier, altéré par ses larmes trop récentes, fut le souvenir de ces lèvres sur les siennes. Le désir de retrouver cette sensation que personne n'avait jamais souhaité partager avec lui le laissa sans réaction quand Sirius profita de son trouble pour se rapprocher et presser son corps fébrile contre le mur, avant de l'embrasser pour la deuxième fois de la soirée.

Cette fois encore, Snape ne répondit pas au baiser.

Parce qu'il en avait envie… mais qu'au fond ce n'était qu'une autre blague… n'est-ce pas ? Parce qu'il y avait trop en jeu… trop à perdre… trop à gagner… Parce que c'était Sirius… Parce qu'il ne savait pas comment réagir à ce baiser impérieux et empressé…

De son côté Sirius trouvait Snape difficile à convaincre. Bon d'accord, son physique de jeune premier n'était plus qu'un lointain souvenir…mais il n'était pas si repoussant… si ? Et puis Snape aurait dû trouver délicieuse l'idée de baiser un homme dont il souhaitait se venger depuis si longtemps…

Il ne valait mieux pas penser à cette éventualité, et le contact de cette peau douce et chaude, de ce corps pressé contre le sien, de ce souffle sur son visage, l'aidait à l'oublier. C'était tellement inespéré… que ça en valait la peine.

Foi de Black il le ferait céder ! Abandonnant sa bouche, il entreprit de déposer une série de baisers brûlants sur le cou du corps anormalement crispé. Il avait toujours été doué pour ça et il continuerait jusqu'à le rendre fou.

Le maître de potion fut soulagé de voir Sirius délaisser ses lèvres, mais oublia de respirer quand il s'attaqua à son cou. Il ne fallut pas cinq secondes au Gryffondor pour le faire perdre pied dans cette nouvelle sensation, oubliant tout ce qui l'entourait.

Sirius jubilait. Il avait réussi au-delà de ses espérances, peut-être davantage encore, car lui aussi devenait fou. Fou de l'odeur entêtante de son vis-à-vis, de ses gémissements étouffés et de ce corps abandonné à lui dont les hanches venaient lascivement rencontrer les siennes, aiguisant ses sens à un degré presque douloureux. Il n'avait pas réalisé à quel point ces sensations grisantes lui avait manqué. Sentir la chaleur d'un autre corps serré contre le sien et son propre désir le parcourir comme une force impérieuse, qui le rendait plus vivant que jamais. Pressé de lui donner plus encore, il passa ses mains sur le bassin de l'homme pour les glisser sous les encombrants vêtements et atteindre ce corps si bien dissimulé. Mais à peine avait-il effleuré la peau de Snape que ce dernier se crispa et se dégagea de l'étreinte avec tant de force qu'il était déjà à deux mètres avant que Sirius ait pu réaliser ce qui se passait.

« Sors d'ici. »

La voix de Snape tremblait encore trop sous le coup du plaisir, pour être aussi impressionnante qu'il l'aurait voulu, mais la défiance qui y résonnait suffit à ébranler Sirius.

Il ne comprenait décidément plus rien à tous ces revirements de situation. Il était totalement dépassé par l'attitude inexplicable d'un Serpentard qu'il pensait mieux connaître… à moins que… à moins qu'il ait tout mal interprété depuis le début…

D'un seul coup tout s'éclaira : le mystère avait bien un sens.

Qui perd tous ses moyens, ne répond pas à un baiser alors qu'il en a manifestement envie, se montre hypersensible à la moindre caresse, ou encore n'ose pas prendre d'initiative et devient mal à l'aise quand son partenaire en prend trop et surtout trop vite… Vu sous cet angle cela devenait tellement évident ! Et il s'en serait douté beaucoup plus tôt, si seulement ça n'avait pas semblé si invraisemblable venant de Snape.

Sirius sentit sa culpabilité croître ainsi qu'un réel besoin de s'excuser cette fois. Personne ne devrait se faire voler son premier baiser, du moins pas de la manière dont il l'avait fait. Encore moins se faire sauter dessus de cette façon quand on n'en a pas l'habitude.

Il s'était comporté comme un abruti.

Cependant, s'il restait une chance infime pour qu'il puisse se rattraper il était bien décidé à la saisir, ne serait-ce que pour prouver à Snape que cet épisode n'était pas au final qu'une humiliation de plus.

Un bref instant il se rendit compte que rien de tout cela n'était normal, ni leurs actes, ni ses pensées, tous étaient inconcevables ! Il se promit d'y réfléchir plus tard… Il avait mieux à faire pour l'instant.

« Je suis désolé », dit Sirius avec sincérité.

Dépourvu de son sourire aguicheur, son visage affichait un sérieux dont Snape ne l'aurait pas cru capable. Ce changement d'attitude prit au dépourvu le Serpentard qui ne savait plus quoi penser de l'animagus.

« Tu tiens tant que ça à me baiser. », répartit-il avec aigreur.

Sirius accusa le coup. Évidemment, au vu des récents événements il avait très mal choisi ses mots tout à l'heure, mais il refusait de repartir sur cette erreur. Il voulait montrer à Snape qu'il n'était pas un obsédé et qu'il n'avait pas de mauvaises intentions. Enfin, pas vraiment… Pour cela il devait être honnête, c'était le seul moyen pour sortir de ce malentendu.

« Je ne pensais pas que tu me laisserais t'approcher pour autre chose »

Sirius était atterré d'entendre la timidité qui avait envahi sa voix, il devait être ridicule. Il aurait tant voulu dire les milles autres mots qui se mélangeaient dans sa tête mais il avait trop peur d'être encore maladroit pour parler.

De son côté Snape ne comprenait pas à quel nouveau jeu jouait Sirius et il se haïssait. Il se haïssait d'hésiter encore, alors que la seule chose intelligente à faire était de le chasser de chez lui avant que tout dégénère à nouveau. Mais il avait envie de le croire, quitte à chuter d'encore plus haut au moment où l'autre finirait par éclater d'un rire moqueur. Il se sentait d'autant plus perturbé qu'en règle générale, jamais il n'avait ce genre de pensée.

Un mouvement de Sirius vers lui le ramena à la réalité, enfin il n'en était plus si sûr, quand il entendit sa voix incertaine :

« Laisse-moi une chance de me rattraper…s'il te plait… »

Il était posté à dix centimètres de Severus, ses yeux bleus inquiets plantés dans les siens, quêtant une réponse à sa requête. Severus avait la tête trop pleine de doutes et de questions pour penser à répondre. Si seulement il reculait un peu… il pourrait sûrement dévisser son regard de ses lèvres et penser clairement. Au lieu de quoi, Sirius se rapprocha lentement, guettant chaque réaction pour être sûr d'avoir son autorisation cette fois. Il s'arrêta à quelques millimètres de la bouche pâle, le cœur au bord de l'explosion pour lui donner une dernière chance de le repousser. Mais les yeux clos et la respiration erratique, Severus était très loin d'avoir la moindre pensée cohérente, aussi Sirius posa-t-il délicatement ses lèvres sur les siennes.

C'était tendre et doux, si différent des deux précédents baisers, comme une caresse. Après quelques instants, il entrouvrit légèrement la bouche, invitant Severus à approfondir leur baiser, et le Serpentard l'imita sans réfléchir. Une langue chaude vint à la rencontre de sa timide partenaire, l'entraînant dans une danse lente et sensuelle rendue un peu maladroite par l'inexpérience de Snape. Celui-ci retrouva brusquement les pieds sur terre en réalisant que si Sirius était si tendre tout d'un coup, c'était probablement parce qu'il avait deviné qu'il était vierge : si par hasard le moindre doute avait subsistait, il venait de lui en fournir la preuve sur un plateau d'argent. Oh Merlin, il se sentait si bête et ridicule ! Mais on ne peut pas mourir de honte, et franchement en cet instant il pensait sincèrement que c'était très regrettable, il ne lui restait donc que la fuite.

Sirius sentit que Severus se crispait, cherchant à s'éloigner, si bien qu'il attrapa son poignet et glissa son autre main derrière sa nuque pour l'attirer plus près, tout en l'embrassant avec plus d'insistance et un plaisir évident.

Que ce soit grâce aux caresses rassurantes de ses mains, aux décharges d'excitation et de plaisir, ou au manque d'oxygène, Sirius vint encore une fois à bout de cette résistance maladroite. Pendant un temps indéfini ils continuèrent à s'embrasser sans plus réfléchir à rien, jusqu'à ce que le manque d'air et le plaisir rendent leurs jambes trop faibles pour les porter, ce qui les amena tout naturellement dans le seul canapé de la pièce.

Sirius essaya bien une ou deux fois de détacher ne serait-ce qu'un seul des innombrables boutons de la robe austère mais il comprit rapidement qu'il valait mieux remettre ça à un autre jour. La capacité d'apprentissage surprenante de Severus lui sortit de toutes manières rapidement l'idée de la tête. Encore une heure à ce rythme et c'est lui qui serait réduit à une masse gémissante, terrassée par le plaisir.

Mais ils n'en arrivèrent jamais là, car Sirius se trouva irrésistiblement attiré par le cou étonnamment sensible de son partenaire, auquel il entreprit d'infliger de délicieuses tortures que, dans ses rares moments de lucidité, Severus lui rendait avec application.

La pièce ne résonnait plus que de plaintes sourdes et de gémissements depuis ce qui leur semblait des heures quand on toqua à la porte. Les deux hommes se figèrent instantanément.

« Severus ? Je suis navré de vous déranger mais j'attends Sirius pour le ramener au QG depuis presque une heure et je commence à m'inquiéter. Vous ne sauriez pas où il est ? »

La voix inquiète de Dumbledore fit bondir Sirius sur ses pieds. D'un seul sort, il retrouva une tenue correcte, trahissant par ce geste une certaine habitude de ce genre de situation. Après un sourire d'excuse et une phrase inintelligible pour Severus, il sortit de l'appartement avant que Dumbledore ait pu rajouter un seul mot.


NOTE : Pour tout dire, ce chapitre me laisse un peu perplexe, d'autant que je n'ai jamais écrit de yaoi auparavant. Et puis je l'ai lu et corrigé tellement de fois que je suis incapable de déterminer l'effet qu'il peut produire. J'aurais donc sincèrement besoin de vos commentaires !

J'ai conscience d'avoir une journée de retard sur mes prévisions mais je posterais le prochain chapitre jeudi comme convenu, il est déjà prêt.

Merci pour toutes vos reviews, c'était totalement inattendu pour ce premier chapitre tout simple. Ça m'a motivé pour reprendre l'écriture d'autres histoires !