Installée à son bureau, pensive, Tallulah contemplait le tas de paperasse qui devrait bientôt contenir ses rapports d'arrestations, une procédure dont elle se serait bien passé mais qui faisait parti du système. Elle ne soupira pas. Les coudes posés sur les accoudoirs de son fauteuil, son menton reposant sur ses mains jointes, elle ne parvenait pas à se mettre au travail, ce qui trahissait chez elle une très grande distraction, ou on contraire une concentration intense. Dans son esprit cogitait des dizaines d'informations à priori sans aucun rapports mais qu'elle ne pouvait s'empêcher d'associer et d'assembler dans le but improbable d'obtenir un schéma un logique. Elle avait vite appris que des évènements a priori sans aucun lien pouvait s'avérer en fait être les pièces d'un même puzzle, et en schématisant ainsi des évènements isolés, elle pouvait avoir une idée de leur répercussion et se préparer à agir, et non pas réagir. Pour elle la nuance était importante, la réaction n'était pas suffisante pour protéger les civiles et faire régner la justice, il fallait garder l'avantage, et être les premiers à agir. C'était stratégique, mais aussi une question d'honneur : elle ne pouvait pas se laisser mener par le bout du nez pas des malfrats.
On frappa a sa porte et elle releva la tête pour voir entrer Lance, qui portait un petit plateau de thé qu'il posa sur une zone dégagée du bureau sans un mot. C'était la tradition, elle travaillait à son bureau, se ruinait les yeux sur des formulaires écrit en pate de mouche, et en contrepartie, le cuisinier du navire lui préparait un plateau avec de la jolie vaisselle, une tasse, une théière, un petit pot à sucre et un à lait, avec une assiette de sucreries. Le Colonel Wolf était un marine émérite, qui se battait et était craint des pirates, mais cela ne l'empêchait pas d'apprécier l'heure du thé. Elle hocha sèchement la tête en remerciement puis reperdit son regard dans le vide. Elle entendait beaucoup de rumeur dernièrement, elle prêtait une oreille attentive aux rumeurs, à toutes les rumeurs. La connaissance est source de puissance, sinon pourquoi l'île d'Ohara aurait-elle était mise à feu et à sang par le gouvernement ? C'était à ce genre de détail qu'elle s'attachait pour rester dans le droit de chemin. De toutes les rumeurs, celle qui l'inquiétait le plus concernait cet imbécile de Spandam qui cancanait depuis un moment maintenant devant la hiérarchie à cause de son projet, ou plutôt, d'après ce qu'elle avait compris, le projet de son père, Spandine.
CP9. Elle n'osait pas imaginer à quel point les rumeurs pouvaient être justifié. Enrôler des orphelins pour les changer en assassins ? Jusqu'où le Gouvernement bafouerait-il les lois de la morale ? Et comment un imbécile pareil avait il put se faire propulser à la tête du projet, Spandine n'était pas tupide au point de donner un job aussi important à quelqu'un juste pour les liens du sang, si ? Un idiot ne pouvait être à la tête d'une entreprise puissante d'aucune sorte, il se ferait à un moment ou un autre dépassé par les évènements, elle le croyait dur comme fer. Et puis il n'y avait pas moyen qu'il puisse manier correctement autant de pouvoir dans ses mains… Sans parler des pauvres gamins qui s'étaient fait enrôler…
« Sombre crétin… Qu'elles hideuses cicatrices vas-tu encore infliger à la droiture que devrait représenter notre gouvernement ? » Marmonna-t-elle, le regard sombre.
Elle finit par se redresser et se servit une tasse de thé qu'elle sucra à mort avant de touiller le mélange avec une petite cuillère qui tinta. Elle se sentait d'humeur à se battre, elle avait besoin d'évacuer toute cette déception qu'elle ressentait envers ceux qu'elle servait. Elle avait besoin de prouver que tout espoir de droiture n'était pas perdu, et qu'elle pouvait porter cette veste immaculé avec honneur car elle n'en avait jamais salit le nom. La première gorgé de thé eut le mérite de la décontracter un peu et de la faire décrisper ses épaules, et elle put ainsi savourer les gorgés suivantes sans arrières pensées. Ceci fait, elle posa la tasse et étira ses bras devant elle en faisant craquer ses doigts.
« Au boulot ! »
Deux heures plus tard, ses yeux la brulaient et ses doigts la faisaient souffrir, mais son devoir administratif était terminé. Elle se fit alors un devoir d'aller rendre une petite visite à ses prisonniers, une habitude qui trouvait ses origines dans sa manie de vouloir tout contrôler de ce qui se passait sur son navire. De plus, c'était une bonne manière de se faire une idée des profils du pirate, qui était loin d'être unique. Il y avait pour elle plusieurs catégories de pirate : ceux qui rêvaient simple de liberté, ceux qui voulaient la richesse, le pouvoir et enfin ceux qui était juste mauvais et dont la méchanceté demandait satisfaction dans le pillage et le vol. Elle les arrêtait tous, mais elle ne pourchassait vraiment que les derniers, les premiers, tant qu'ils ne causaient aucun mal à la population, ne l'intéressait pas. Il y avait suffisamment de pirate pour qu'elle s'occupe de parer au plus pressé. Cette fois ci cependant, elle n'y trouva pas de distraction particulière, car elle n'y découvrit rien, ils n'avaient rien de différent de tous ceux qu'elle avait déjà emprisonné, et même la visite du bateau pirate la laissa indifférente. De retour sur le pont de son vaisseau, elle se laissa aller a soupirer, et se rendit compte que, tout simplement, elle avait besoin d'action. Mais ce n'était pas au programme.
Les jours passèrent, et une escale à Impel Down n'était pas faite pour lui remonter le moral. Elle était devenue plus ou moins la meilleure amie des gardiens apparemment, puisqu'ils l'invitèrent à une partie de carte la veille de leur départ. Comment refuser une telle occasion d'en apprendre plus sur le fonctionnement des lieux ? Elle n'avait pas particulièrement d'intérêt pour les jeux quels qu'ils soient, mais l'opportunité était impossible à ignorer. Résultat, ils finirent tous bourrer sauf elle, et les rares infos qu'elle découvrit ne lui servir pas à grand-chose. Ils reprirent la mer en direction, pour une fois, d'une île situé ailleurs que sur Grand Line : sur la mer d'East Blue se trouvait la charmante île de Cassie, réputé pour son vin, ses bois et où se trouvait un des plus fidèles informateurs de Tallulah, du pseudonyme de Couleuvre. Elle pouvait compter sur lui pour lui apprendre des nouveautés, voir même lui donner quelques informations top secrète venu tout droit d'en haut. Elle n'avait jamais cherché à découvrir son nom, ni son identité, et c'était d'ailleurs ce qui lui avait valu sa fidélité.
Le trajet jusqu'East Blue se fit sans grand problème, ils firent plusieurs fois escale pour se réapprovisionner, et, bien évidemment, ils se retrouvèrent avec de nouveaux hôtes, par ce que Tallulah ne pouvait tout simplement pas laisser les pirates qui se promener sous son nez se la couler douce. Les entrainements s'enchainèrent également, si bien que ses soldats avaient atteint des niveaux honorables et qu'elle avait moins de soucis à se faire de ce côté-là. Bien sûr, le gouvernement ne la laissait jamais tranquille trop longtemps, et bientôt elle dut tenir des réunions par Den Den Mushi pour organiser les autres flottes qui s'intéressait à la chasse aux pourris, c'était presque plus ennuyant que la paperasse mais au moins cette fois ci ça servait réellement à quelque chose. Le jour où ils devaient accoster sur l'île, Lance vint la voir dans son bureau, avec pour changer un air extrêmement contrarié.
« On a un gus qui s'est fait la malle. » Annonça-t-il d'une voix terne, seul rempart qui l'empechait de hurler.
« Ah. » Fut la réponse du colonel qui méditait, le regard plongé dans le regard vide de l'escargophone.
« Un canon de sauvetage manque, donc il a probablement prit la mer cette nuit. »
« C'était plutôt intelligent d'attendre qu'on soit sur une mer normale, où les boussoles normale fonctionne. »
« Et donc ? Qu'est ce qu'on fait ? » S'impatienta Daniels devant le manque total de réactivité de sa supérieure.
« Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? Il a pu aller n'importe où. »
« Tu comptes le laisser s'en tirer ?! » Explosa le second.
Tallulah soupira avant de lever les yeux vers lui. Son regard bleu mer était froid et dédaigneux ce qui eut le don de rendre tout son sang-froid à Lance, et manqua de lui donner des sueurs froides. Et merde, il avait réussi à l'énerver, alors que ça faisait plusieurs jours qu'il marchait sur des œufs pour ne pas le faire, sentant que l'équilibre intérieur du colonel était plus qu'instable dernièrement. Elle se leva sans faire racler sa chaise sur le planché et fit le tour du bureau pour récupérer son arme. Puis sans le regarder elle sorti du bureau d'un pas sec et ferma la porter derrière elle.
« Quel caractère de cochon » marmonna l'homme aux cheveux rouges resté seul.
Sur le pont, le colonel Wolf se rendit là où le canot de sauvetage manquait, puis jeta un regard sur l'océan alentour. Au loin l'île de Cassy apparaissait lentement. Combien de chance y avait-il pour que leur fuyard s'y soit rendu ? Elle n'en avait aucune idée, et s'en fichait totalement. Elle n'était sorti de son sacro-saint bureau que par ce que son second semblait décidé à l'ennuyer, et qu'elle n'avait pas envie de l'entendre récriminer contre le ciel et la terre pour un misérable petit pirate qui avait eu l'ingéniosité de s'enfuir, et la lâcheté de laisser derrière ses compagnons. Elle soupira et se résigna à allumer une cigarette, ce qui exprimait à quel point elle n'était pas dans ses basket en ce moment. La nicotine lui fit du bien, et elle respira avec délectation la fumée. C'était une activité qu'elle ne se laissait aller à faire que très rarement, quand les choses allaient mal ou qu'elle était vraiment contrariée. Elle entendit avec agacement que son second l'avait rejointe. Décidément, il la suivait comme un petit chiot ayant perdu sa mère, aujourd'hui !
« Tu craches le morceau ou tu comptes ruminer comme ça encore longtemps ? » Finit-il par lancer d'une voix égale.
Elle attendit un petit moment avant de déclarer d'une voix neutre.
« J'ai l'impression de brasser de l'air ses derniers temps. »
« Tu trouves ? Je sais pas si nos gars seraient d'accords avec toi. »
« Je ne parle pas de ça. »
« Ah. » Lance commençait à comprendre sur quoi cogitait la blonde depuis la sortie du tribunal. « Pourquoi ne pas envoyer une bombe sur Mari Joie ? Ça irait plus vite que le cas par cas, puisque c'est la vitesse qu'y comptes pour toi. »
Elle le foudroya du regard et il dut s'empêcher de ricaner devant son air furieux contredis par son teint un tout petit peu plus rose que d'habitude. Elle n'aimait pas être aussi facile à lire, et en réalité elle ne l'était pas, c'était juste des années de service sous ses ordres qui avait appris à Lance comment décrypter son colonel. Mais ça, il ne lui dit pas, que ça lui fasse un peu les pieds tiens !
« Je le sais ça. Mais plus on s'enfonce dans le cœur du problème et plus ce que l'on y découvre me… déçois. »
Il soupira. Il était le premier à reconnaitre que s'il admirait l'intégrité de Tallulah, cette grande qualité représentait aussi son premier défaut, ce qui pourrait la rendre plus forte, ou la briser de l'intérieur. C'était cet équilibre auquel il pensait un peu plus tôt. Il avait la certitude que si elle s'arrêter un instant d'avancer, elle ne pourrait plus se remettre en mouvement, et elle devait en avoir conscience aussi.
« Tu le savais déjà, que ce que tu découvrirais ne te plairais pas. Mais c'est justement pour ça qu'on est là, je me trompe ? Si on pouvait changer les choses aussi facilement, ça n'aurait aucune valeur. »
Sa cigarette avait finit de se consumer, et la blonde se pinça l'arête du nez en fermant les yeux. Elle avait peur. Elle avait de plus en plus peur qu'au fur et à mesure qu'elle avancerait dans ce marais de corruption et d'immoralité elle finirait par se faire contaminer. En réalité, au fond d'elle-même, elle était persuadé que cela arriverait : c'était pour cela qu'elle devait en accomplir le plus possible tant qu'elle le pouvait, et former ceux qui prendrait la relève. Elle rassembla alors tous son courage, toute sa volonté, et prit une grande inspiration. Et quand elle rouvrit les yeux, ils brillaient d'une nouvelle détermination : elle avait étouffé la petite flamme avant qu'elle ne devienne un incendie, et était paré à continuer.
« Ton fugitif, il est encore sur le bateau je pense. Le canot de sauvetage n'était qu'un leurre, il ne sait pas où nous sommes et il serait imprudent de se retrouver loin de tout sur un simple canot de sauvetage. Et puis il doit avoir besoin de ses camarades. »
« Comprit, on va fouiller le bateau avant d'accoster. »
La crise avait été désamorcée, constata Lance. Mais il songea avec inquiétude qu'elles ne feraient que se rapprocher dans le temps, et il craignait vraiment que sa chef ne tienne pas le coup. Elle était beaucoup trop impliquée dans son entreprise, et il avait eu l'occasion de se rendre compte qu'elle n'avait rien d'autre à quoi se raccrocher en cas d'échec. Si elle faisait naufrage, elle n'aurait rien à quoi se raccrocher pour survivre. Elle avait tout misé sur la marine et le mur qu'elle avait mis entre elle et les autres ne n'aidaient pas à se créer des liens. Il soupira et pria pour que les choses changent et qu'elle parvienne à accepter la jeune femme qui était en elle, au lieu de l'étouffer en se cachant derrière la Marine qu'elle était.
Après plus d'une demi-heure de recherche, on retrouva effectivement le fugitif qui s'était planqué dans le placard de la buanderie et qui fut renvoyé fissa avec ses compatriotes. En début d'après-midi le navire amarra sur quai de la petite ville portuaire de Cassiopée, sur l'île Cassy, et les hommes se virent accorder leur après-midi de libre, à condition que le ravitaillement soit fait immédiatement. Tallulah parti de son coté, et se promena un instant dans les ruelles de la charmante petite ville. Pour une fois, elle avait laissé dans sa cabine son manteau de colonel, puisque cette activité n'était pas tout à fait supportée par sa hiérarchie qui n'en était tout simplement pas au courant. Ce genre de petites actions clandestines étaient pourtant nécessaire au bon déroulement de son travail et elle savait que même si ça éclatait au grand jour on ne pourrait pas vraiment l'en sanctionner. Elle avisa la pancarte de la taverne où elle devait retrouver son contacte et rentra dans la place en haussant légèrement un sourcil en avisant l'assemblée, qui n'avait pas le profil de l'honnête homme.
« Miss Tallulah ! » S'écria le tavernier en la reconnaissant. « Comment allez-vous depuis la dernière fois ? »
« Bonjours Lupio, je vais bien et vous, comment vont les affaires ? »
« Elles roulent, elles roulent. Votre ami ne devrait pas tarder à arriver, je vous sert un thé, comme d'habitude ? »
« S'il vous plait merci. »
Elle n'eut d'autre choix que de s'installer à l'extrémité du comptoir, la salle étant envahi par une bruyante et joyeuse assemblée, et même au comptoir il y en avait quelques un, dont un grand homme roux qui lui semblait familier et qui buvait directement son sake à la bouteille, ce qui la fit tiquer. Mais à ce moment LLupio posa une tasse de thé vert au jasmin fumante devant elle et elle en profita pour lui demander à voix basse :
« Ils posent problèmes ? »
« Non pas du tout ! » Répliqua-t-il. « Ce sont mes clients les plus sympathiques depuis des lustres. »
Elle décida donc de laisser couler, après tout ils ne posaient pas problème et elle n'avait pas d'autre preuve que son instinct pour lui indiquer qu'ils étaient des pirates. Cela lui couta un peu, mais elle joua l'ignorante et se concentra sur sa tasse en y versant trois doses de sucre qui firent grimacer le barman. L'ambiance festive n'était pas désagréable même si la pagaille ambiante lui hérissait le poil, un vrai paradoxe. En attendant la Couleuvre, elle décida de se renseigner auprès de Lupio sur l'état général de la ville, c'était plus fort qu'elle elle devait toujours se mêler des affaires des autres.
« Et sinon, comme ça va en ville ? »
« Oh, c'est tranquille, comme toujours. Nous sommes épargnés par les problèmes en raison de notre proximité à la Calm Belt. »
« Et puis, leur vin est un vrai régal, se serait stupide de venir saccager leur vignes ! » s'écria le roux en s'incrustant à la conversation, ce qui lui valut un regard glacé made by Tallulah.
« Ce pourrait aussi être une raison pour venir les piller ou les racketter » rétorqua-t-elle durement, ce qui fit pâlir le barman et rire le roux.
« Vous êtes bien pessimistes, mademoiselle ! »
En même temps elle avait de quoi l'être, quand on connaissait le monde comme elle commençait à le connaitre, on ne pouvait s'empêcher de voir le potentiel d'intérêt de de malheur que pouvait attirer certains lieux ! Et à force, elle comprenait la logique des malfrats. Mais ça, elle ne le dit pas, se contentant de plonger les lèvres dans le liquide brulant de sa tasse avec un regard morne. Elle releva la tête lorsque la porte s'ouvrit et eut un sourire satisfait en apercevant son contact. Il avait un physique banal, et passait inaperçu. Lorsqu'il l'aperçu, il la rejoignit au comptoir rapidement. Les affaires reprenaient, songea-t-elle en oubliant tout de la présence embarrassante assis à quelques tabourets de là. Ils ne perdirent pas de temps en banalité, et elle posa devant lui une bourse pleine tandis qu'il lui confiait une enveloppe en kraft qu'elle ouvrit immédiatement et feuilleta le contenu avec concentration. C'était la routine, elle vérifiait que toutes les informations étaient clairs et complète, si elle les comprenait ce qui fut le cas. Mais une information lui fit froncer les sourcils et elle dut demander confirmation.
« Tu es sur de ça, la couleuvre ? » Lui demanda-t-elle en lui indiquant une ligne.
Il hocha brièvement la tête : « A cent pour cent. J'ai fait des recherches sur cette fille, et c'est pas jolie jolie. Je t'ai fait un mémo complet à son sujet. »
« Sun D Rubis… » Marmonna-t-elle sans remarquer qu'un peu plus loin le roux manqua de s'étrangler avec son sake à l'entente de ce nom. « Qu'est-ce qu'il avait bien passer par la tête des chefs du gouvernement de mettre un assassin sur le dos de Smoker ? »
A côté d'elle, la Couleuvre se leva et elle lui adressa un bref signe de tête pour le saluer avant son départ. Elle était préoccupée. Non elle était inquiète par ce qu'elle venait d'apprendre. Il n'y avait pas de temps à perdre, et éplucherait les dossiers en chemin, mais pour le moment il était urgent de mettre les voiles pour Logue Town. Elle se redressa brusquement et posa les pieds par terre en jetant quelques pièces sur le comptoir, l'enveloppe serré contre sa poitrine, un air grave sur le visage. La porte s'ouvrit brusquement alors qu'elle venait de dégainer son Mini Den Den Mushi, et Lance surgit dans la taverne avant de se figer devant l'assemblée.
« Lance ? Justement, j'allais te contacter. Préviens les gars, nous mettons les voiles pour Logue Town. » Déclara-t-elle.
« Hum, Colonel, on a un équipage de pirate qui se balade, on vient de tomber sur leur navire. » Rétorqua son second en fixant l'assemblée.
Tallulah se figea, puis soupira. Dilemme : elle ne pouvait pas laisser s'en sortir un équipage de pirate alors qu'elle était dans la même pièce, mais elle n'avait pas de temps à perdre en bagarres inutiles. Elle resta silencieuse un instant et jeta un regard aux pirates. Elle comprit alors pourquoi le roux lui avait paru familier. De tous les pirates qui circulent sur les mers, il avait fallu qu'elle tombe sur un des quatre empereurs le jour où elle était pressée ! Elle le fixa et il lui rendit son regard avec un sérieux contrastant son comportement d'ivrogne d'il y a quelques minutes.
« Tch-» Fit elle finalement. « On n'a ni le temps ni les moyens de s'occuper d'eux maintenant, je doute que nos gars aient le niveau, et même si on les choppait, nos cales sont pleines. On jette l'ancre. »
Elle fit demi-tour et parti avec dignité, suivit à contre cœur par Lance qui jeta un dernier regard dégouté aux pirates qui avaient joyeusement repris leur fête. Ca ne ressemblait pas du tout à Tallulah de laisser partir des pirates, mais il reconnaissait que leurs soldats n'était probablement pas de taille à faire face à un empereur. C'était rageant. Pendant ce temps, elle lança un appel depuis son escargophone.
« Smoker, c'est pour quoi ? » Grogna l'escargot en imitant celui qui avait décroché à l'autre bout du fil.
« C'est Wolf. Pour te prévenir qu'on t'a envoyé un assassin et que t'a pas intérêt a faire quoi que ce soit avant que j'arrive, c'est à dire jusqu'à demain soir. A plus. »
Elle raccrocha au nez d'un Smoker dans tous ses états, ne supportant pas qu'on lui jette des ordres, ne comprenant pas pourquoi on lui enverrait un assassin, et n'appréciant pas du tout l'idée que Wolf vienne sur son île. Mais Tallulah s'en fichait. Dans sa tête résonnait en boucle une phrase impérieuse : tu dois la rencontrer. Sans un regard en arrière, elle marcha a grand pas jusqu'au port et monta a bord du navire avant de s'enfermer dans son bureau pour se plonger dans les informations de la Couleuvre. Elle remarqua distraitement à un certain moment qu'ils avaient prit la mer, mais le rapport qu'elle lisait monopolisait toute son attention. Nonobstant les informations sur les divers agissements des grands pirates dans le monde, les rumeurs d'acoquinages de figures célèbres, et autres, elle était incapable de détourner les yeux du rapport sur Sun D Rubis. 23 ans auparavant, la marine avait annihilé un clan qui vivait en paix sur une île éloigné de tout sur la Calm Belt : les Sun D étaient une famille potentiellement dangereuse qui avait des affinités particulière dans la manipulation du haki. Ils avaient tous été tué sauf une petite fille de 3 ans qui avait été recruté pour le projet CP9. Une petite fille qui avait tout perdu, et à qui on avait refusé son humanité. Ses mains tremblaient quand elle releva enfin les yeux du morceau de papier. Elle inspira un long moment, ne comprenant pas ce mélange explosif qui luttait en elle : était-ce de la rage, ou de la peine ?
Peu importait, en réalité. Elle se leva lentement et se dirigea vers la barre de fer où elle se suspendit par la force de ses bras et resta en statique jusqu'à ce que ses bras tremblent, et même après. Ses bras étaient les principaux membres de son corps sollicité par ses techniques de combat, mais comme elle ne voulait pas non plus ressembler à un catcheur elle faisait du statique pour que ses muscles ne gonflent pas. Elle gardait également les genoux pliés pour les faire travailler aussi. L'exercice physique lui permis de retrouver un semblant de contrôle mais elle prit conscience d'une chose. Elle ne pourrait pas se fuir éternellement… Mais elle ne se sentait pas capable d'affronter ses démons intérieurs, et purger ceux de la marine lui demandait toute son énergie. Lorsque deux heure plus tard Lance alla dans son bureau, il la retrouva encore suspendu à sa barre, transpirante et concentré à mort.
« Wolf, les gars ont fini leur entrainement, et c'est bientôt l'heure du diner. Tu ferais mieux de prendre une douche. » Lança-t-il appuyé contre le chambranle de la porte.
« Ok. » Souffla difficilement le colonel sans bouger.
« Et je ne sais pas si tu l'as remarqué, mais ton Den Den Mushi sonne en continue depuis une heure. »
« Ouai. Smoker. M'emmerde. »
C'était drôle de parler avec elle quand elle était en plein entrainement, car elle ne pouvait que communiquer par mots clef, ses abdos devant constamment être contracté par l'effort. En fait, c'était dans son moment-là que Lance avait des conversations « à cœur ouvert » avec la patronne, car elle économisait son souffle et n'exprimait que le stricte nécessaire.
« Je ne m'attendais pas à tomber sur un empereur sur une île paumé de East Blue. » Continua-t-il avec un petit sourire sur les lèvres.
« Ivrogne. Suivant. »
Alors comme ça après Logue Town ils partiraient à sa poursuite ? Il avait hâte de voir ça. Enfin, pour le moment il allait la laisser tranquille et faire taire ce stupide escargot ! Un vol plané plus tard, le calme était revenu dans la pièce et Lance sorti l'esprit serein pour aller casser les pieds à quelqu'un d'autre. Quelque minute plus tard, la jeune fille descendait de son perchoir, essoufflé mais sereine, et sorti du bureau pour rejoindre ses quartiers pour récupérer un pull doudou et un jean lâche avant de prendre une douche dans sa petite salle de bain privé. Les cinq première minutes, elle fit coulé une eau brulante qui la fit rosir comme une écrevisse, puis les dix minutes suivante, elle resta sous un jet glacé qui la gela de l'intérieur et lui engourdit la tête. C'était comme ça qu'elle les aimait, et apparemment c'était très bon pour la peau et la circulation sanguine. Elle enfila ses vêtements propres une fois sèche et parti pied nue vers la salle des repas. Le soir était le seul moment de la journée ou elle tolérait, et même recommandait les tenues décontractées, le reste du temps c'était uniforme oblige.
Dans la salle des repas, l'ambiance était joyeuse, même s'ils faisaient attention a ne rien casser ni salir pour ne pas écopé d'heure d'entrainement supplémentaire. D'aucun aurait dit que la discipline de Tallulah était trop stricte, et elle l'étant certes, mais elle savait quand laisser retomber la tension, et les soirées comme celles-ci en étaient l'occasion. On pouvait se détendre sans casser ni salir après tout ! Comme elle n'avait pas envie de casser l'ambiance, et que ses entrées entrainaient toujours un grand silence puis des reprises de conversations à voix basse, elle décida de grignoter quelque chose en cuisine. Comme le cuistot avait rejoint ses amis en salle, elle se fit un sandwich avec les premiers ingrédients qui lui tombèrent sous la main et fit chauffer de l'eau pour le thé. La bouilloire se mit à sifflé et elle se brula les doigts en essayant de la retirer du feu sans avoir pris de gants.
« Aïe ! »
Elle s'empressa de mettre les doigts sous l'eau tiède et fusilla du regard la bouilloire comme s'il s'agissait de son pire ennemi. Faisant marcher son cerveau, elle en conclu qu'il fallait une protection pour prendre l'objet et se muni d'un gant de protection pour verser l'eau chaude dans une tasse. Puis elle fouilla les placards pour trouver son thé et le sucre, ce qui lui prit un quart d'heure. Mais du coup l'eau avait refroidit et elle dut refaire chauffer la bouilloire. Au final, faire un du thé lui prit près de vingt minutes et lui couta des brulures sur les doigts de la main droite. Renfrogné elle se résigna a emporter tout ça dans sa chambre et plaça le tout sur un plateau. Elle pesta contre le monde entier tandis qu'elle avançait précautionneusement dans le couloir, prenant garde à ne pas renverser le thé tout en ménageant sa main brulé. Quand elle posa enfin le plateau sur sa table de chevais elle avait nerfs à vif autant que si elle avait dut infiltrer une base ennemie sans arme avec un otage à sauver au bout du chemin. C'était assez pathétique de la voir se démener aussi difficilement avec des tâches du quotidien, et qu'elle ramène tout à son travail de marine, et Lance ne se serait pas privé de se moquer d'elle s'il l'avait vue. Mais finalement, elle s'était débrouillé toute seule !
« Tch- Comme quoi je ne suis pas un cas si désespéré que ça… »
Certes, elle ne faisait ni la cuisine ni le ménage, redoutant l'aspirateur et le balais encore plus qu'un des quatre empereurs, elle ne se faisait pas les ongles, ne se maquillait pas, et n'avait aucune idée de ce que faisait les femmes en général. Elle ne portait aucun intérêt a la gente masculine et n'avait pas la moindre envie, ni le moindre besoin d'être protéger par un mâle dominateur. Elle ne supportait pas les chaussures a talons, et les rares bijoux qu'elle possédait était probablement en toc. Mais elle adorait le shopping, avait une vingtaine de pair de chaussure, et adorait les coussins ! Sa cabine était douillette, le lit noyé sous les couvertures et les oreillers moelleux, et tout était dans des tons framboises, fraises et chocolats. Et son armoire de vêtement était pleine à craquer. Elle pouvait donc affirmer qu'elle était au moins un peu féminine, mais ça ne l'avançait pas à grand-chose. Elle ne pensait pas à se caser, après tout elle n'avait pas de temps à accorder à un individu pour des raisons aussi arbitraire que des sentiments. Elle servait la Justice, songea-t-elle en mordant dans son sandwich avec un regard morne. Elle n'aurait jamais de famille, ni de jolie maison avec jardin, mais si elle le voulait, elle pourrait toujours acheter un chien. Ou des chats. Les chats pourraient les débarrasser des rongeurs qui avaient envahi leur cale dernièrement.
« Des chats hein ? C'est pas une mauvaise idée. »
Une fois encore, elle en était encore arrivé à penser boulot. Elle grimaça. Elle avait choisi cette vie, elle avait choisi d'œuvrer pour une grande cause, plutôt que de filer une vie tranquille et probablement plus heureuse dans son village natal. Elle serait probablement vieille et ridée quand elle aurait enfin atteint son objectif, si elle l'atteignait un jour. Elle oublia de mettre du sucre dans son thé mais ne s'en rendit pas compte car elle l'avala d'un trait. Puis elle se fondit sous sa couette avec dans l'idée d'oublier ses états d'âme dans les bras de Morphée.
