La bouche des Hommes tenaient vraiment un autre discours que celui de leur cœur, Numéro deux le constatait tous les jours. Même son maître et son camarade aux cheveux rouges n'échappaient pas à cette règle :

Tous les jours, invariablement, le chiot les observaient, notamment lors des entraînements du soir, où ils se lançaient ballon orange sur ballon orange sans que lui, Numéro deux, n'ait le droit de jouer aussi. C'était frustrant ! Et en même temps, il apprenait beaucoup de ces échanges.

Beaucoup de choses que lui, chien, voyait, et que eux, humains aux sens phagocytés, ne pouvaient percevoir. Des choses qu'ils cachaient tous deux avec brio aux autres bipèdes, mais qui ne pouvaient échapper aux instincts du chiot.

Numéro deux les observait, donc, pendant qu'ils se passaient cette balle avec des mouvements de plus en plus audacieux, de plus en plus risqués. Il les regardaient tester mutuellement les limites de l'autre, tout en se lançant des petites phrases avec pour but avoué de mettre l'autre en colère. Cela, c'était surtout la spécialité de son maître, qui lâchait ces petites piques avec simplicité, pendant que l'autre réagissait de manière impulsive et exagérée.

Et là où les autres humains ne voyaient que le signe d'une bonne entente, Numéro deux, lui, était témoin de bien plus : C'était dans ces petites joutes verbales que ces deux bipèdes se relâchaient le plus, sans pour autant exprimer ce qu'ils avaient sur le cœur. Néanmoins, bien que leur vis-à-vis ne soit pas capable de le discerner, pendant ces duel oraux, ils abaissaient tous deux leurs barrières et Numéro deux voyaient alors tout.

Ce jour-là, comme la plupart des soirs, le garçon aux cheveux couleur ciel et celui aux cheveux couleur flamme s'étaient installés dans un coin du gymnase pour perfectionner leurs passes à loisir. Numéro deux, assis un peu plus loin, étudiait d'un œil aussi bleu que celui de son propriétaire les mouvements complexes de la balle orange. Dans le même temps, il tendait l'oreille pour ne rien louper des paroles prononcées. Elles étaient plutôt rares, jusqu'au moment où le plus grand des deux bipèdes laissa échapper une balle. Le moins imposant des deux soupira alors d'un air ennuyé et lâcha du bout des lèvres :

-Kagami-kun, tu pourrais faire attention...

L'autre, qui revenait en trottinant, la balle sous le bras, ne put ignorer ce que l'autre avait dit :

-Que... s'exclama-t-il, outré, Kuroko, espèce de sale petit...

La colère lui fit perdre ses mots et il prononça la suite dans un gargouillis incompréhensible avant d'éclater :

-C'est à cause de toi si j'ai pas pu rattraper celle-là ! Lance correctement !

L'autre, toujours stoïque, dit d'une voix neutre mais assez forte pour être entendue de tout le gymnase :

-Ne rejette pas la faute sur les autres, Kagami-kun.

-Kuroko, enfoiré ! Je vais te...

Numéro deux, blasé, cessa d'écouter lorsque la jeune femelle décida de s'en mêler en interpellant le géant, le forçant à admettre qu'il avait eu tort sous le regard goguenard de son partenaire.

Le chien préféra se concentrer sur ce que les deux mâles émettaient réellement : A travers cet échange de répliques piquantes, c'était leur cœur qui parlait, et en réalité, ils exprimaient ainsi ce qu'ils n'étaient pas capable de dire : Leur affection mutuelle, leur respect commun, leur ambition et leur désir de réussir ensemble... Par le biais de leur ton mordant, ils affichaient leur joie de connaître l'autre, leur soulagement de ne plus être seul, leur estime envers l'autre, envers sa nature profonde et leur admiration respective devant le style de basket de l'autre. Venant de son maître, le chiot sentait également un plaisir évident à taquiner l'autre pour le bonheur de voir ses réactions qu'il jugeait apparemment amusantes. En clair, ils manifestaient la force de leur lien.

C'était ça : ce que Numéro deux voyaient en les examinant se chamailler ainsi, c'était l'expression d'une amitié profonde, irréversible, et inébranlable. Dans leurs cas, il n'y avait nul besoin de paroles, leur relation leur convenait ainsi et ils se comprenaient plus ou moins, sans avoir besoin de placer des mots, qui paraîtraient trop creux, sur leurs sentiments. C'était très bien ainsi.

Numéro deux jeta un œil azur sur un autre couple dans le gymnase et soupira intérieurement : Si cela pouvait être aussi simple pour ces deux-là...