Réponses aux reviews :
Cecile rogue : Eh oui, gagné ! Tu as été la première à mettre une review sur cette fic ! Hihi... Merci en tout cas pour tes commentaires ! Bisous !
Bellatrix Black-Snape : Kikou ma Lu ! Comme je t'ai dit, c'est ni un rêve ni un univers parallèle. Comme tu le constateras à la lecture de ce chapitre, c'est l'auteur neuneu (moi) qui n'en manque pas une pour faire de la psychologie de fond de cendar lol ! Je te remplis le Fuji-Yama de Bisounours, ma pote !
Alixe : Merci beaucoup pour tes compliments, surtout rapport à ma phrase qui selon toi résume le tome 5. Très touchée je fus. Gros bisous à toi !
Nfertiti : Merci !
Coralie Malefoy : Merci pour ton passage éclair, ô fofolle en rose, lol. Bisous !
Lily Petite Etoile : Merci pour les encouragements !
Sleepy-Angel Lucile : Merci, p'tit ange ! Par ici la suite !
Merci beaucoup à tous pour vos reviews, patin coufin. J'espère que vous aimerez cette suite. Le prochain chapitre sera publié mardi.
Partie 2 : la troisième prophétie :
Je passai ainsi quelques jours, dans le corps et l'époque de mes quinze ans. J'étais arrivé juste après Noël, et je retrouvai le contexte et les circonstances de cette période de ma vie. Arthur Weasley était encore à l'hôpital, victime d'une attaque du serpent de Voldemort. Les membres de l'Ordre du Phénix, qui transitaient à toute heure du jour par la maison du square Grimmaurd, tenaient des messes basses dans les coins. Molly Weasley tenait son rôle de matriarche soupe au lait avec un entrain qui exaspérait Sirius. Et moi, je regardais tout ça comme un spectateur, ayant tendance parfois à oublier qu'à l'époque j'avais quinze ans, j'étais mort de trouille, je me sentais manipulé à la fois par Voldemort et par les miens, et en plus de ça, j'étais en pleine crise d'adolescence.
Je regardais mes amis, et comparais ce qu'ils étaient à ce moment avec les adultes qu'ils sont devenus. Je regardais Ron et Hermione se lancer des piques, et savoir qu'un jour ils allaient se marier et avoir des enfants m'amusait beaucoup. Je voyais Ginny, dont le tempérament fonceur commençait à pointer sous ses allures de gamine timide, et je me demandais si elle se doutait qu'un jour, elle deviendrait une joueuse de Quidditch reconnue sur le plan international. Et enfin, je voyais Fred et George faire leurs magouilles dans leur coin, eux se doutaient sûrement que leur entreprises de farces et attrapes serait un succès, mais savaient-ils qu'ils allaient en faire une multinationale ? Eh oui. Eux qui étaient partis seulement avec les mille Gallions que j'avais gagnés au tournoi des Trois Sorciers étaient maintenant richissimes. Ils habitaient ensemble dans une maison gigantesque et luxieuse, avec leurs femmes et leurs gamins (à eux deux, ils en avaient une sacrée marmaille).
Regarder tout de beau monde ne me rendait pas forcément heureux. Mon cœur se serrait notamment à la vue de Sirius. Il n'avait plus que six mois à vivre.
Je voyais en spectateur la marche des événements, et je trouvais frustrant de ne pas pouvoir prévenir tout le monde de ce qui allait se passer. Il était évident que je ne pouvais pas faire ça. J'ai toujours su, malgré mon envie de tout changer quand j'étais arrivé à cette époque, que modifier le cours du temps était dangereux. De plus, quand j'avais quinze ans, tout le monde, y compris les miens, me trouvaient un peu fragile mentalement, voire vaguement siphonné. Je ne pouvais donc pas leur dire que je n'étais pas l'adolescent qu'ils croyaient avoir devant les yeux. Ils auraient cru qu'un Mangemort quelconque m'avait trafiqué le ciboulot, ou alors que j'avais carrément pété un câble.
J'avais du mal à tout cacher. Malgré mes efforts pour redevenir l'adolescent que j'étais, mes raisonnements étaient définitivement ceux d'un adulte, et je ne parvenais pas à m'extraire de la maturité de mes trente-cinq ans. Il m'arrivait parfois de gaffer. Ainsi, je jetais parfois sans y penser des sorts que je n'aurais normalement jamais dû savoir manipuler à l'époque. Et puis un soir, alors que je me sentais triste, que je voulais retourner là d'où je venais, une Hermione de quinze ans vint me trouver et me demander ce qui m'arrivait. Je lui dis que je voulais rentrer à la maison. Ce qu'elle ne comprit évidemment pas.
Au bout de quatre jours passés dans cet étrange univers, je commençai à désespérer vaguement. Premièrement, parce que je ne savais pas ce que je faisais là, ni pourquoi j'y étais. Et deuxièmement, parce que je voulais rentrer chez moi, revoir mes amis adultes, ma femme, ma fille, retrouver la vie heureuse, quoiqu'un peu ennuyeuse que je venais de quitter. Alors j'essayai de réfléchir, et de trouver un moyen de sortir de là.
La solution me vint une nuit. La seule personne qui pouvait m'aider, me croire, me comprendre, me fournir les explications que je demandais, et qui possédait la puissance magique pour me sortir de ce guêpier était morte dans mon monde, mais vivante ici bas. Le professeur Dumbledore. Je me levai, et me précipitai dans la cuisine pour lui écrire et lui demander de venir au square Grimmaurd le plus vite possible.
Quand j'arrivai au sous-sol, je m'attendais à être seul, mais ce ne fut pas le cas. Vautré sur une chaise, les pieds croisés posés sur la table, se tenait Sirius. Il regardait le plafond d'un air sinistre. Il se redressa brusquement quand il me vit entrer :
— Harry, qu'est-ce que tu fais debout à une heure pareille, me demanda-t-il.
— Je... Je pourrais te retourner la question, répliquai-je.
Sirius éclata de rire, et ce son étrange remua quelque chose dans mon plexus solaire. Je venais de me montrer un peu insolent (l'adulte que je suis n'aurait pas apprécié qu'on lui parle comme ça), mais visiblement, ça amusait mon parrain. Une fois de plus, je devais lui rappeler mon père.
— Je ne dors jamais beaucoup, dit Sirius. C'est comme ça. Et toi alors, qu'est-ce que tu fais là ?
Je ne répondis pas. Je ne me sentais pas capable de mentir, et je ne pouvais décidément pas cracher le morceau. Sirius poussa un soupir, et me regarda dans les yeux :
— Harry, assieds-toi.
Je pris une chaise, et m'installai en face de lui. Il continuait à me regarder, d'un air indéchiffrable :
— Depuis que tu es allé te promener tout seul dehors, me dit-il, tu n'est pas dans ton état normal. Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Tu n'as pas fait de mauvaise rencontre, j'espère.
— Non, ce n'est pas ça.
— Tu ne veux pas m'en parler ?
— Ce n'est pas que je ne veux pas, Sirius. Je ne peux pas. C'est techniquement impossible.
— Et pourquoi ça ?
— Parce que ça concerne des choses que je ne maîtrise pas. Et que tu ne maîtrises pas, toi non plus.
— D'accord. Dans ce cas, est-ce que je peux faire quelque chose qui te rendrait service ?
— Je... je voudrais parler au professeur Dumbledore le plus rapidement possible.
— Tu crois qu'il pourra t'aider ?
— C'est le seul à pouvoir le faire.
— D'accord. Je vais lui écrire un mot pour lui demander de venir demain.
Tout d'un coup, sans savoir pourquoi, je me sentis extrêmement triste. Les choses auraient été tellement moins dures pour moi si Sirius avait vécu. Et s'il avait vécu dans des conditions moins compliquées. Mon parrain eut un sourire :
— Tu as un coup de bourdon ?
Je ne répondis pas, me contentant de hocher la tête.
— La vie est un putain de truc compliqué, pas vrai ?
— C'est peu de le dire, répondis-je sans réfléchir. Je ne savais pas qui venait de parler, si c'était le gamin de quinze ans qui s'était réveillé en moi, ou l'adulte confus que j'étais devenu.
Sirius se leva, et me prit dans ses bras, comme si j'étais un gosse. Et comme un gosse, je me mis à pleurer. Je ne savais plus du tout où j'en étais. Mon panier m'échappait des mains. Je me sentais hors du temps, hors de tout. La seule chose à laquelle je pouvais me raccrocher était cet être humain que j'allais perdre dans si peu de temps, et qui avait été le pivot éphémère de mon existence, entre le père, le frère et le meilleur ami. Le seul témoin de ce qu'aurait pu être ma vie si Voldemort n'avait pas tué mes parents. Je me rendis compte alors que je n'avais jamais vraiment pleuré la mort de Sirius. J'avais pleuré, oui. En cachette. Mais j'avais davantage pleuré sur l'injustice de ma vie, sur cette part de mon innocence qui se barrait en sucette, et sur ce-qui-aurait-pu-être. Et cette nuit-là, tandis que mon âme et mon corps pleuraient dans les bras de Sirius qui me murmurait des paroles de réconfort, j'eus l'impression de rattraper un peu le temps perdu.
Quand je me fus un peu calmé, je relevai la tête versmon parrain, et vis une tristesse abyssale dans ses yeux.
— Dans la vie, faut savoir parfois déposer les armes, dit-il.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Ça fait du bien de pleurer, une fois de temps en temps.
— Tu pleures, toi ?
Sirius eut un sourire sinistre :
— J'ai trente-six ans, mon grand. À cet âge-là, on n'a plus vraiment le droit de pleurer.
— Je ne dirais pas ça, répliquai-je ironiquement. Mine de rien, mon esprit avait toujours trente-cinq ans, or je venais de me taper une crise de larmes pas piquée des hamsters, telle que je n'en avais pas eue depuis plus de quinze ans. Sirius dit alors quelque chose qui curieusement m'alla droit au cœur :
— Tu sais, Harry, dans un premier temps, j'ai pensé que tu étais le portrait craché de James, mais en fait, tu ressembles aussi beaucoup à ta mère. J'ai énormément aimé ton père, mais ta mère était une femme de bien. Maintenant, retourne te coucher. Je vais moi-même aller voir s'il y a une place pour moi dans les bras de Morphée.
L'instant d'après, j'étais à nouveau dans mon lit. Quoique très fatigué, j'essayai de reconstituer toutes les pensées qui m'avaient traversé l'esprit lors de ma discussion avec Sirius. J'aurais bien voulu que Luna soit là. Elle m'aurait aidé à faire le tri dans ma tête, et j'avais furieusement besoin d'enfouir mon visage dans le creux entre ses seins. Peut-être pour y verser quelques larmes de plus.
xox
Le lendemain matin, l'atmosphère était un peu bizarre. Je ne saurais dire pourquoi. Je me sentais un peu survolté parce que, ainsi qu'il me l'avait promis, Sirius avait contacté Dumbledore, et ce dernier devait passer dans la journée. J'allais enfin avoir les réponses à mes questions. Mon parrain, lui, était nettement moins mal embouché que d'habitude, et Molly Weasley le regardait bizarrement, comme si elle soupçonnait quelque truc douteux. Moi, je savais que cet instant hors du temps que nous avions passé cette nuit-là lui avait fait autant de bien qu'à moi.
Après le petit déjeuner, je fis une partie d'échecs avec Ron, et il me battit, comme d'habitude. J'eus un moment de blanc quand mon meilleur ami me parla de Cho Chang. Cette fille qui m'avait embrassé juste avant Noël cet hiver-là, et vis-à-vis de qui j'avais été très attiré pendant un moment. Ça s'était mal fini à cause, comme le disent les psychomages débiles qui font des chroniques dans Sorcière Hebdo, d'une incompatibilité de caractères. Cho aimait jouer à la petite chose fragile, elle voulait être considérée comme le centre du monde, or à l'époque, j'avais d'autres chats à fouetter. La leçon que j'avais tirée de cette histoire, c'était qu'il faut savoir où on met les pieds avant de courir après une fille. Cependant, je jouai mon rôle du mieux que je pouvais, et fis comme si j'étais amoureux de Cho, demandant mentalement pardon à Luna.
L'après-midi se succéda à la matinée, sans incident notable, si ce n'est que Fred et George firent exploser un truc non-identifié, ce qui déclencha les foudres de Mrs. Weasley, dont les cris éveillèrent inévitablement la mère de Sirius. Les hurlements de cette vieille peau fulminant après les Sangs de bourbe, les traîtres et les malfaisants qui envahissaient sa maison résonnèrent pendant un bon quart d'heure. Juste avant la tombée de la nuit, Remus vint me chercher : Dumbledore venait d'arriver.
Je descendis l'escalier à toute vitesse, un rien fébrile. Je me demandais comment j'allais arriver à m'expliquer. Dans la cuisine, je trouvai devant moi le vieil homme, exactement comme dans mes souvenirs. Il m'adressa un sourire bienveillant, et une boule d'angoisse se coinça dans ma gorge.
— Bonjour, Harry, dit-il. Assieds-toi.
Je m'assis. Je n'osais pas regarder Dumbledore en face. J'avais soudain des doutes. Et s'il refusait de me croire ?
— Eh bien, reprit-il. Tu as perdu ta langue ?
— Je...
— Regarde-moi dans les yeux, et dis-moi quel âge tu as.
Je sursautai. Mais comment savait-il ?
— Mais...
— Réponds à ma question, Harry, s'il te plaît. Quel âge as-tu dans ta tête ?
— Je... J'ai trente-cinq ans, bafouillai-je comme si j'avouais une tare particulièrement immonde.
— Eh bien, fit Dumbledore avec un grand sourire, la troisième prophétie du professeur Trelawney s'est réalisée.
— Pouvez me dire ce que cette vieille chouette vient faire dans la conversation, demandai-je.
— Allons, Harry, un peu de respect, tout de même. L'année d'après que tu aies quitté Poudlard, le professeur Trelawney est entrée en transe un matin, à la table du petit déjeuner. Il a fallu l'évacuer rapidement, au cas où elle aurait annoncé une catastrophe qui aurait choqué les élèves. Veux-tu entendre cette prophétie ?
Sans attendre ma réponse, Dumbledore sortit de sa poche une sphère de verre, dont la vue me donna un haut-le-cœur. La salle des prophéties. Le Département des mystères. Cette garce immonde de Bellatrix Lestrange qui avait tué Sirius. Du mauvais souvenir en Technicolor. Je me mis à trembler. Dumbledore sortit sa baguette magique, et en donna un petit coup sur la sphère. La voix rauque de Sybille Trelawney en état de transe s'éleva en même temps qu'un nuage de fumée :
Celui qui au septième combat aura vaincu le Seigneur des Ténèbres ne sera pas pleinement heureux tant qu'il n'aura pas réglé ses comptes avec son passé. Deux décénies le sépareront de l'époque dans laquelle il sera replongé quand l'heure viendra pour lui d'accepter les faits qui jadis ont mutilé son cœur... deux décénies... pour accepter...
J'avais froid. Je n'arrêtais pas de trembler. Dumbledore donna un autre coup de baguette magique sur la prophétie qui redevint silencieuse, et il la rangea dans sa poche. Puis il fit apparaître devant moi une tasse de thé fumant :
— Il y a un peu de whisky dedans, dit-il sur le ton de la conversation. Ça devrait te faire du bien.
La tasse me brûla les mains. Ainsi donc cet événement était prévu. Il avait été dit qu'un jour, je basculerais vingt ans en arrière. Soit disant pour accepter mon passé. Mais c'était ce que je ne comprenais pas. Je croyais avoir relégué mes mauvais souvenirs très loin, dans un coin de ma tête...
— En es-tu vraiment sûr, Harry ?
— J'ai construit ma vie sur les ruines de mon passé. J'ai une existence normale. J'ai un travail, je suis marié, et j'ai une fille de onze ans. On ne peut pas faire plus normal. Si je n'avais pas accepté tout ça, je serais à Sainte-Mangouste.
— Bien sûr. Mais n'y a-t-il pas quelque chose qui te fasse plus de peine que le reste quand tu repenses à cette époque de ta vie ?
Je réfléchis :
— Si, dis-je au bout d'un moment. L'injustice. Je me demande encore, parfois, pourquoi tout ça m'est arrivé à moi. Je n'avais rien demandé à personne. Je n'ai jamais réussi à me fondre dans le décor. J'ai été soit adulé, soit méprisé. J'aurais voulu avoir une adolescence normale, avec des soucis normaux, les copains, les résultats scolaires, les filles, tout. Au lieu de ça, j'ai traîné ma cicatrice et ce qu'elle impliquait comme un boulet, entre héros et taré, ça dépendait du mode de pensée du moment. J'ai été un objet de convoitise et de rejet. On a essayé de me tuer et de me faire taire, plusieurs fois. On m'a manipulé. On a voulu me destabiliser en faisant du mal à mes amis, en me prenant ce à quoi je tenais le plus, et...
J'avalai une gorgée de thé brûlant, et repris mon discours :
— Je me suis retrouvé condamné à être soit meurtrier, soit victime. J'ai tué Voldemort, et d'autres gens pendant que j'y étais, et je n'avais même pas dix-huit ans. Si j'ai survécu, c'est grâce à ma femme. Sans elle, je serais mort ou interné à Sainte-Mangouste. Même maintenant, où ma vie est si calme qu'elle en est presque ennuyeuse, je trouve injuste que le sort se soit acharné ainsi contre moi. Et ce que j'ai trouvé le plus injuste, c'est...
Ma voix se brisa. Je bus une autre gorgée de thé. Une mauvaise habitude de mes vingt ans, que j'avais perdue après mon mariage, remonta à la surface : l'envie d'une cigarette. Je pris ma baguette magique, en fis apparaître un paquet, et l'instant d'après, je me collai une tige dans le bec.
— Ce que je n'ai jamais accepté, dis-je en soufflant un nuage de fumée, c'est la mort de Sirius. J'avais besoin de quelqu'un comme lui, pour m'épanouir à peu près normalement. Personne ne l'a jamais compris, et en plus, on me l'a enlevé.
J'écrasai ma cigarette sur le sol de pierre, et me remis à pleurer.
A suivre.
