Encore ahuri, Masaki bondit littéralement hors du lit et fixa les quatre garçon brutalement tirés du sommeil, qui le regardaient avec l'air de se demander quelle mouche le piquait.
- Raaaaaah ! Mais vous êtes qui à la fin ?! Des stalkers ?! Des pervers ?! POURQUOI VOUS DORMEZ AVEC MOI ?!
- Hé, est ce que t'as déjà vu des pervers avec d'aussi beaux visages ? demanda le blondinet en lui faisant un clin d'œil charmeur.
- C'est pas la première fois qu'on dort ensemble de toute façon, alors pourquoi en faire un tel cirque ? demanda celui au cheveux rouge d'un air endormi laissant penser qu'il ne demanderait pas mieux que poursuivre sa nuit.
- Tu nous reconnais pas du tout alors ? fit à son tour celui aux cheveux noirs. On s'est déjà embrassés tu sais.
- Shige, la ferme… intervint alors le plus grand en bâillonnant son ami d'une main, avant de s'adresser à Masaki : Tu pars pas ?
- He ?
- T'es en retard pour partir en cours nan ? ajouta-t-il en exhibant le portable d'Aiba qui indiquait six heures quarante-cinq.
- Oh merde ! s'exclama alors le jeune homme en se précipitant à l'intérieur de la caravane pour prendre ses affaires.
Restés seuls pour quelques instants, le garçon aux cheveux rouges s'adressa à ses amis à la cantonade :
- On va sérieusement vivre ici avec lui à partir de maintenant ?
- C'est un peu pouilleux quand même… et il me fait un peu peur, il est bizarre, renchérit le blondinet.
- Massu, Tesshi, on doit le faire de toute façon, trancha le grand. Alors vous plaindre ne servira à rien.
- D'accord Keii-chan, répondirent les deux interpelés alors que le dénommé Shige restait silencieux.
Courant hors de la caravane, Aiba en claqua simplement la porte et fila tout droit vers le parc qu'il devait traverser pour rejoindre le lycée. Poutant une fois à l'intérieur, il s'immobilisa malgré son retard car une phrase prononcée par l'un des inconnus lui revint en mémoire. "On s'est déjà embrassés tu sais". Il était sérieux ce gars ? Il ne se rappellait pas avoir embrassé un autre mec depuis bien longtemps et si ça avait été lui, il s'en serait souvenu. Est-ce qu'ils étaient juste tous dingues ? Oui probablement, ça expliquerait tout. En tout cas, il devait s'en tenir éloigné le plus possible pour ne pas se retrouver contaminé par leur folie.
Reprenant sa course à travers le parc, il passa devant des lycéens assis sur un banc, qui le dévisagèrent avec insistance. Trouvant ça très louche, il accéléra juste au moment où l'un s'écria "c'est lui ! C'est celui qui a blessé Kame-sempai !". Il n'en fallut pas plus pour tous les avoir à ses trousses et le pauvre Masaki dut encore accélérer pour tenter de les semer. Quittant le parc, il fonça sur le passage clouté situé à proximité, mais la fragilité de ses chevilles le rattrapa et il s'effondra en plein milieu de la route sans pouvoir se relever. Effrayé, il vit d'abord une grosse voiture faire un écart pour l'éviter, puis aperçut une imposante moto foncer sur lui. Fermant très fort les yeux, il croyait déjà sa dernière heure arrivée, mais alors que le deux roues arrivait sur lui, quelqu'un bondit littéralement devant lui pour le protéger et il rouvrit les yeux alors que la moto s'immobilisait à quelques centimètres de ses sauveurs. Oui ses sauveurs. Quatre pour être précis. Les quatre garçons inconnus venaient de risquer leur vie pour sauver la sienne. Il vit alors le conducteur de l'engin retirer son casque et un visage de racaille au crâne rasé apparut devant leurs yeux, semblant très énervé.
- Nan mais vous êtes tarés ! J'vais vous tuer bande de…
Il se passa alors quelque chose de très étrange : sous le regard médusé d'Aiba, le garçon aux cheveux rouges s'approcha du conducteur furieux, mit sa main à plat devant sa bouche et souffla sur sa paume dans sa direction. Le visage congestionné de fureur du motocycliste se détendit alors et un sourire béat à tendance stupide fleurit sur ses lèvres alors qu'il regardait son vis-à-vis avec des yeux énamourés. Celui-ci lui fit signe de le suivre et s'en suivi le plus grand n'importe quoi que Masaki ait jamais vu. Les voitures arrivées derrière et bloquées se déportèrent soudain comme si une tempête les avait poussées et en quelques instants, les chauffeurs énervés se mirent à danser au milieu de la chaussée avec les trois garçons, alors que le plus grand tendait la main à l'accidenté pour l'aider à se remettre debout.
- Tu vas bien ?
- He ? Heu oui… Ca va… répondit-t-il distraitement car il n'en croyait pas encore ses yeux.
- Si ça va partons vite, fit alors son sauveur en tirant sa main.
A son arrivée au lycée, son tourmenteur ne le rata pas et se dirigea vers lui.
- Alors Aibaka, t'es devenue une star nationale ? Félicitations, se moqua immédiatement Nishikido, épaulé de ses acolytes Yamashita, Akanishi, Uchi et Shibutani. Mais t'as du culot de revenir avec des gars après ce que t'as fais à Kame-sempai hier.
Des gars ? Se retournant, Masaki constata derrière lui la présence de ses quatre sauveurs et regarda de nouveau son interlocuteur mais alors qu'il allait répliquer, le plus grand se plaça de nouveau devant lui en bouclier et, à son tour, lança moqueusement à Ryo :
- Tout le monde ne peut pas être une star nationale. Mais félicitations, tu es le numéro un de l'infériorité nationale.
- Oi ! se récria immédiatement Nishikido alors que les amis du chevalier servant d'Aiba félicitaient celui-ci pour son sens de la répartie.
Mais cette liesse ne fut pas du goût de Masaki.
- Hé, ça vous amuse que tout le monde me rejette ?
- Quoi ? On essaye juste de t'aider, répliqua celui aux cheveux noirs, un peu agacé.
- M'aider ? M'aide de quelle façon au juste ? En me poussant comme hier ? (il émit un claquement de langue agaçé) Laissez-moi tranquille, je ne vous ai rien demandé. Compris ?
Sur ces mots il s'éloigna, laissant les quatre garçons seuls.
- Cette fois il est vraiment en colère non ? demanda Tesshi.
- On dirait bien, confirma Massu.
- Comment on va faire s'il nous interdit de rentrer ? demanda à son tour Shige.
- Je ne sais pas, il faut qu'on trouve une solution, répondit Keii-chan.
- Mais pourquoi il est tellement en colère ? On a rien fait de mal, dit encore Tesshi.
Pendant ce temps, Aiba qui était allé se calmer aux toilettes, reçut un plein seau d'eau sur la tête alors qu'il ne s'y attendait pas et, suffoqué par cette brusque douche glacée, resta sans rien faire alors que, à l'extérieur des sanitaires, ses anges gardiens barraient la route aux fans qui venaient de l'inonder et en riaient.
Les huit garçons se retrouvèrent rapidement dehors, s'affrontant du regard alors que les quatre tortionnaires ne semblaient pas le moins du monde éprouver de remord pour ce qu'ils venaient de faire.
- Hé les gars, vous feriez mieux d'arrêter de vous en prendre à lui avant que je perde mon calme, ok ? fit Keii-chan en les fixant.
Mais la menace n'eut pas l'air d'impressionner le chef de la bande, qui se contenta de répéter la même phrase presque mot pour mot, à l'intention de ses acolytes, puis provoqua son vis-à-vis.
- They are so annoying… dit alors Shige à l'intention de ses camarades, en anglais comme ça lui arrivait souvent.
- Hé toi, t'es sérieux à frimer en utilisant de l'anglais ? rétorqua alors le chef de la bande qui ne semblait prêt à rien leur laisser passer.
Agacé, Shige porta les mains à sa tête et se frictionna vigoureusement les cheveux, tentant ainsi d'évacuer une frustration qui augmentait à mesure que passaient les minutes.
- Tu fais quoi là ? Tu danse ? Tu t'es cru sur scène ou quoi ? rigola l'un des autres garçons.
- De toute façon vous pensez être qui ? Des égaux de Kame-sama peut-être ? Vous vous êtes vus avec vos têtes de calmars ?
Stupéfaits de ces provocations, Keii-chan, Shige, Massu et Tesshi s'entreregardèrent sans parvenir à y croire.
- Têtes de calmars ? releva le blondinet qui était le plus pointilleux à propos de l'aspect physique. Vous nous avez bien regardés ?
- Pour nous tout le monde a une tête de calmar comparé à Kame-sama de toute façon.
Incapable de se retenir plus longtemps face à tant de parti pris, Massu prit la balle au rebond :
- Et c'est qui ce Kame au juste ? Il se croit si bon que ça ?
- C'est qui ?!
- Dites-lui d'arrêter ses œillades pseudo-sexy, c'est ridicule, renchérit Tesshi.
- Ridicule ?!
- Et ce gars avec ses gros bras et sa tête de fille là, il pense à quoi exactement ? demanda Shige.
- Gros bras ?! Tête de fille ?!
- Et le mec avec son casque sur la tête, il a pas l'air un peu bête nan ? termina Keii-chan.
- Casque ?! Bête ?!
- Hé les calmars, vous voulez mourir à critiquer KAT-TUN comme ça ?!
Sans attendre de réponse, les quatre opposants se jetèrent sur leurs interlocuteurs et une bagarre débuta, alors que Keii-chan, Shige, Massu et Tesshi tentaient de protéger leurs visages de coups trop violents. Après quelques instants, des phénomènes étranges se produisirent : le garçon qui tentait de frapper Shige lâcha brusquement son sac de cours comme s'il l'avait brûlé, celui qui tentait d'atteindre Tesshi se retrouva soudain déporté loin de lui et alors que Massu relevait Keii-chan tombé au sol, les deux derniers garçons qui allaient le frapper se tombèrent soudain dans les bras en échangeant des regards langoureux.
- Les ados sont fous, nota alors Keii-chan, essoufflé. Faire un cirque pareil pour des idoles…
Lorsque la journée de cours se termina et qu'Aiba put rentrer chez lui, il faisait déjà nuit noire, mais cela ne le dérangeait pas. Il allait pouvoir passer un long moment à regarder tranquillement les étoiles. Vivre dans cette caravane n'était pas si mal, il était libre au moins. Mais à son arrivée devant son domicile, quelle ne fut pas sa stupeur de trouver la porte entrouverte. Inquiet, il s'approcha prudemment, ouvrit la porte en grand… et trouva à l'intérieur un bazar indescriptible. Apparemment, sa caravane avait été visitée et pas qu'un peu. C'est alors qu'il sentit une présence derrière lui. Effrayé, il se retourna et se mit à crier en faisant des gestes dans tous les sens pour tenter de faire peur à son agresseur… qui se contenta de tendre le bras pour allumer la lumière, laissant apparaitre son visage. C'était Keii-chan.
- Qu'est ce que tu fais ? Des arts martiaux ou quoi ?
Quelque part soulagé qu'il ne s'agisse pas d'un inconnu, Masaki baissa les bras et soupira en apercevant les trois autres derrière.
- Encore vous ? Qu'est ce que vous voulez maintenant ?
- Sors, se contenta de répondre Keii-chan après avoir levé les yeux au ciel d'exaspération.
Les quatre garçons s'écartèrent alors, laissant apparaitre, agenouillés, ceux avec qui ils s'étaient battus plus tôt dans la journée.
- Ce sont eux qui s'en sont pris à toi tout à l'heure, indiqua Massu.
- Allez dites quelque chose, leur ordonna Shige.
Il y eut un court silence, puis les quatre agresseurs prirent la parole un par un :
- Je suis désolé.
- On a eu tort.
- Pardon.
- On ne recommencera plus.
Le regard bienveillant d'Aiba se posa tour à tour sur eux, puis il demanda en désignant sa caravane :
- C'est vous qui avez fait ça ? Je comprends que vous soyez fans de Kame-sama, parce que moi aussi. Mais vous croyez qu'il serait content que ses fans se conduisent comme ça ? Vous avez eu tort de mettre cette pagaille chez moi. Ne recommencez pas, d'accord ? Allez relevez-vous et rentrez chez vous.
Les quatre garçons se relevèrent donc et s'enfuirent sans demander leur reste.
Resté seul avec ses sauveurs, Masaki les regarda et demanda :
- Ces gars, comment vous les avez convaincus de venir ? Vous vous êtes battus avec eux ?
Il y eut un silence gêné qui amusa beaucoup Aiba sans qu'il le montre, puis il reprit la parole :
- En tout cas, merci pour aujourd'hui. Vous avez fait du bon boulot, vous pouvez rentrer chez vous maintenant.
Ses interlocuteurs hochèrent la tête… puis se retournèrent et se dirigèrent vers la caravane. Eberlué, Aiba n'eut que le temps de bondir devant eux pour les empêcher d'entrer.
- Oi, vous allez où là ?
- Chez nous.
- Quoi ? "Chez nous" ? releva Masaki.
- Oui, chez nous.
- C'est notre maison.
Sur ces mots, ils firent de nouveaux pas vers la caravane, mais Aiba tint bon et continua à faire barrage, les bras en croix pour leur interdire l'accès, mais ils forcèrent le passage.
