Encore une fois, j'étais juste censée faire un One-Shot... Mais l'inspiration a prit le dessus.

Cette fiction sera donc composée de trois chapitre: le premier sur la relation Robin/Nami, celui-ci sur Paulie/Kaku et enfin sur Sanji/Nojiko. Afin de montrer toutes les façons dont le théâtre, ou ses employés ont pu sauver des âmes en peine. Je considère que grâce à chaque partie vous en apprendrez plus sur certains personnages, sur leurs conflits internes ainsi que leur passé.

Je voudrai remercier trois mignonnes qui ont laissées leurs impressions: Aurore Heart, Taranis K et Manon. Je suis heureuse de savoir que ma précédente partie vous a plu, et j'espère que celle-ci vous fera le même effet. En priant pour qu'il y ai bien moins de fautes d'orthographes ou d'accords.

Sur ce bonne lecture!


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The Worker

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Un voile de blanc, c'est la dernière chose que tu avais cru voir ce jour-là.

Le temps était d'une froideur telle que tu ne ressentais plus aucun de tes membres, pas même les blessures ainsi qu'éraflures de par delà ton corps n'avaient plus aucune emprise sur toi. Tu ne ressentais plus rien. Tu ne voyais que la neige qui continuait de tomber du ciel, inflexible comme la vie qui te quittait morceau, après morceau. Tu observais les flocons qui s'amassaient contre ton visage, les yeux rivés sur un lointain complètement peint de blanc. Il n'y avait rien d'autre. Pas un bruit, pas une sensation, rien que cette neige qui demeurait… Et qui accompagnerait ton dernier souffle, ton ultime inspiration.

Tu avais eu une vie courte. Une vie dérisoire dont personne ne se souviendrait, parce que tu n'avais personne pour se remémorer celui que tu avais été. Tu n'avais même pas envie que l'on se souvienne de toi… Pas après tout ce que tu avais fait pendant ce court laps de temps qui t'avait servi d'existence. Tu préférais que tous t'oublient. Que ton cadavre ne soit qu'un corps sans nom et, que jamais quelqu'un ne puisse savoir qui tu avais été avant de trépasser. Tu préférais cela… Et tu espérais que cette neige qui s'amassait comme une couverture offerte, recouvrirait la moindre trace de ton être… Qu'ainsi, tu mourais comme tu avais vécu: comme un fantôme.

Ce jour, tu t'étais convaincu qu'il serait ton dernier jour. Tu ne verrais pas une nouvelle nuit tomber, pas un nouveau jour se lever… Tu disparaîtrais avant que tout cela ne puisse arriver. Et cela te convenait. Cela te convenait parce que tu n'avais personne à regretter, pas un être cher auquel te raccrocher, juste… toi qui t'éteignais sous ce magnifique voile blanc que tu regardais. Tes yeux noisette s'accrochaient pour la dernière fois à un élément du décor humain. Cela te convenait bien.

Tu avais toujours adoré la neige et la sensation apaisante qu'avec elle venait une nouvelle saison. Lorsque tu avais été enfant, encore innocent, tu te rappelais avoir joué des heures avec elle, jusqu'à que tes mains soient complètement rouges et que tu ne puisses plus sentir le moindre de tes doigts. Il t'était aussi arrivé d'être malade, on t'avait alors reproché d'être aussi amoureux de cette neige qui tombait… Et toi tu t'étais contenté d'y retourner, d'enfoncer ton visage dans ces épaisses couches d'eau solidifiées et, de constater à quel point le monde était beau… lorsqu'il était complètement immaculé.

Jusqu'à ce jour tu n'avais pas changé d'idée. Le monde était magnifique lorsqu'il se couvrait de cet immense voile, que sous lui disparaissait toutes les souillures engendrées par les hommes. Souvent, adolescent, tu avais rêvé que cette neige vienne te sauver, qu'elle recouvre les crimes que tu avais perpétué et, qu'ainsi une toute nouvelle saison commence pour toi… Une plus radieuse, plus merveilleuse. Un avenir autre qui t'aurait tendu les bras.

Mais la neige n'était jamais venue. C'était la première fois depuis ton enfance que tu la retrouvais. Si tu avais pu, tu aurais presque ironisé sur ta situation… Tu te serais permis de penser qu'elle n'avait pas effacé le sang sur tes mains et, qu'à défaut de te faire oublier toutes les souffrances que tu avais commises de ton vivant, elle prendrait bien soin d'effacer ta mort ainsi que ton existence aux yeux des autres. En un sens, elle te sauvait. Pas comme tu l'avais espérait plus jeune bien sûr… Mais restait ce puissant sentiment qu'elle allait au moins exaucer ta dernière volonté : disparaître à jamais.

Oui ce jour-là tu avais réellement cru mourir sous un épais voile blanc. Le crâne appuyé contre un mur délabré, les yeux perdus dans cette immensité blanchâtre qui allait complètement t'envelopper, tu avais réellement pensé que tu mourais.

- … Bbzzzzz… Hbzzzzz… ?

Un écho étrange avait commencé à bourdonner dans tes oreilles. « La dernière illusion avant de s'éteindre » avais-tu d'abord songé. Et puis soudainement ton monde de blanche, s'était coloré de jaune et d'or.

- Hbzzzzz…. Vobzzzzz….. Bzzzzdez ? !

Des tâches de couleurs avaient envahi ton champ de vision, t'empêchant de profiter de ton spectacle final. Tandis que ce bourdonnement désagréable avait remonté de tes oreilles jusqu'à ton esprit faiblissant. Incapable de discerner concrètement ces tâches sous tes yeux, tu t'étais contenté clore tes paupières, pensant qu'il s'agissait de la mort qui venait te chercher. Tu l'avais tant attendue… Parfois redouté… Mais ce jour-là tu étais surtout prêt à l'accueillir comme une vieille amie que l'on est heureux de retrouver.

- Hé…Bzzzz… Vou….Bzzzzz…. M'enbzzzzzzdez ?!

Peut être que c'était pour ça qu'elle t'était apparue dorée. Une illusion d'optique qui t'avait ramené à une époque heureuse, une époque depuis bien longtemps révolu. Ne disait-on pas qu'au moment de ses derniers instants, l'on voyait sa vie défiler devant ses yeux ? En sentant tes sens t'échapper, tu t'étais dit que c'était très certainement vrai. Et que cette couleur que tu avais cru voir, en de petites tâches disséminées, était la personnification de ton enfance ainsi que des espoirs que tu avais eu avant de tout perdre. Ce serait une bonne image pour partir. Il n'y avait rien de mieux qu'un souvenir chaleureux pour te permettre de t'endormir doucement, au même rythme que les flocons qui continuaient de caresser ta peau.

- Bordel il est en train de mourir !

Pourtant, alors que tu perdais complètement pieds, tu avais cru l'entendre clairement… Une voix inconnue, haute et légèrement rocailleuse, une voix d'homme qui semblait parler de toi. Tu n'avais même pas eu la force d'ouvrir les yeux, mais si tu avais pu… c'est à cet instant que tu aurais aperçu le visage de celui qui allait te sauver.

Ce sauveur envoyé par la neige.

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Lorsque tu avais de nouveau repris conscience, le blanc cassé d'un bâtiment hospitalier s'était substitué au blanc pur de la neige. Ton corps entier te lançait. Tu avais l'impression que des millions de petites aiguilles te transperçaient de part et d'autres et, que la chaleur du lieu finirait par t'étouffer.

Tu étais en vie.

La mort ainsi que ta précieuse neige avaient finalement décidés de t'abandonner. Tu te retrouvais de nouveau conscient, dans un hôpital, avec des gens… des inconnus qui allaient s'échiner à te remettre sur pied pour rien. Tu ne voulais pas que l'on te rafistole comme un vieux jouet cassé. Tu ne voulais pas que l'on te demande d'où pouvaient bien te venir toutes les blessures, coupures et cicatrices que tu avais sur le corps. Tu ne souhaitais pas continuer à vivre dans ce monde qui n'était pas le tien, qui ne l'avait été que le temps d'un battement de cils et, qui t'avait ensuite violemment rejeté sur le bas-côté. Tu ne souhaitais pas te réveiller et, continuer à traîner ta carcasse complètement creuse.

Tu voulais juste mourir.

Mais les branchements reliés à ton corps et, la morphine -que l'on avait sans doute dû t'administrer- t'en empêchaient. C'est à peine si tu pouvais réellement bouger, ou respirer. Tu avais d'ailleurs besoin d'un appareil pour subvenir à ce besoin de ton corps, en contradiction avec le besoin de ton esprit. Si tu avais pu tu savais que tu aurais hurlé jusqu'à détruire une bonne fois pour toutes tes cordes vocales. Tu aurais crié pour bousiller la moindre chose qu'il te restait. Peut être qu'ainsi ces gens qui s'étaient acharnés à te garder en vie céderaient. Peut être se permettraient-ils de t'aider à mourir et, de s'accorder sur le fait que tu n'avais jamais été là. Ils auraient trouvé un moyen de te faire disparaître pour de bon et, auraient repris leurs petites vies tranquilles, comme si de rien n'était… Comme si tu n'avais jamais existé.

Cependant crier aussi t'était interdit.

La douleur dans tes membres s'évanouit de nouveau. Tu sentais ta conscience flancher à nouveau, à mi-chemin entre l'évanouissement et le réel. Tes paupières se refermaient, puis s'ouvraient avec difficulté, peinant à te tenir éveillé. Tu savais qu'à tout moment tu risquais de sombrer dans le sommeil, pourtant tu faisais ton possible pour t'accrocher à cette lueur de conscience. Tu ne voulais pas fermer les yeux pour t'endormir… Tu voulais les fermer uniquement dans le but de mourir.

Alors, pour tenter de te maintenir dans cet état d'éveil, tu as bougé l'une de tes mains, tentant d'agripper le rebord de ce lit d'hôpital qui était le tien. Tes doigts n'avaient rencontré que de l'air, pendant plus ou moins longtemps dans le vide, s'étirant au maximum dans l'espoir d'attraper quelque chose. Un morceau de matière. Une barre. N'importe quoi. En vain. Tu avais beau étiré ton corps jusqu'à provoquer de grandes douleurs au travers de tes muscles, tu n'attrapais rien. Rien d'autre que le néant.

- Hé ! Doucement, t'es vraiment pas en état pour ce genre de choses.

Soudainement, miraculeusement, une main avait agrippé ton poignet. Presque avec tendresse tu avais senti une peau étrangère, un peu rugueuse contre la tienne. Tes paupières s'étaient de nouveaux fermées, contre ta volonté, t'empêchant de voir à qui pouvait bien appartenir cette main ainsi que cette voix d'homme que tu étais certain d'avoir déjà entendu…

- Hé… Tu m'entends ?

Tu avais puisé au plus profond de tes dernières forces, rouvrant ces paupières qui ne cessaient de vouloir t'entraîner dans un monde de songe. Et c'est alors que tu l'avais vu.

D'abord, tes yeux noisette avaient été attirés par sa chevelure. Une chevelure blonde, légèrement dorée selon tes propres opinions, rejetée en arrière et maintenue grâce à d'étranges lunettes aux verres teintés. Et puis petit à petit, tu avais suivi la courbure des traits inconnus. Il avait la peau légèrement basanée, plus que la tienne en tout cas et, un visage, plutôt rectangulaire, aux angles prononcés. Ses yeux noirs, ressemblaient à deux petites billes lumineuses, ils te fixaient avec ce que tu associerai à de l'inquiétude. Sa bouche, à la courbure indécise, était entourée d'un petit duvet de poils noirs, une barbe de trois jours. L'ensemble lui donnait un air un peu bourru, mais surtout profondément altruiste.

Son inquiétude pour toi, c'est ce qui te frappa en premier chez cet inconnu. Certes tu n'étais pas en possession de tes moyens, mais tu aurais reconnu un visage connu dans ce genre de situation, tu avais été entraîné pour ça. Alors, tu savais déjà que cet homme n'avait jamais croisé ta route auparavant. Et c'est pour ça que tu ne comprenais pas… Pourquoi avait-il l'air de faire attention à toi ? Tu ne saisissais pas… Pourquoi ?

- Ça fait déjà quatre jours que t'es là et que tu ne t'es pas réveillé.

Sa main qui t'avait agrippé, elle s'était permis se glisser de nouveau ton bras aux côtés de ton corps. Il tapota ce dernier quelques instants, avant de se gratter la nuque… Un toc nerveux ? C'est comme ça que tu parvenais à l'interpréter en tout cas.

- … A un moment j'ai vraiment cru que t'étais mort. 'Faut dire que tu n'avais pas l'air très vivant lorsque je t'ai trouvé.

Ton corps entier s'était tendu, envoyant une nouvelle vague de douleur faisant frémir ton épiderme. Tu avais pitoyablement gémi, crispant tes doigts sans y penser contre le drap qui te recouvrait.

- Ça va pas ?!

Tu avais hoché la tête, positivement, encore troublé par toutes les informations qui trituraient ton esprit malmené. Entre la morphine, les douleurs qui devenaient cependant plus vives et, cet inconnu qui te parlait comme s'il te connaissait depuis toujours… Tu ne savais plus où donner de la tête. Une vague de nausée remonta le long de ta gorge, stagnant dans ta bouche pour de bien trop longues secondes. Tu avais envie de vomir. Des bouffées de chaleur t'étouffaient aussi, étreignant ton cerveau qui peinait déjà à se concentrer sur les éléments à ta portée. Et un pincement violent pris ton cœur d'assaut.

- Hé !... Hé !

Des mains se saisirent de ton masque, le retirant brusquement, t'insufflant enfin un peu d'air. De nouveau tu pouvais respirer. Tes poumons s'emplirent d'air rapidement, rejetant la nausée, mais t'apportant une autre vague de douleur dans la cage thoracique. Tu n'y fis même pas attention, tu te concentrais uniquement sur cet air qui entrait et sortait de tes poumons pour te redonner vie… Ton corps entier sembla se calmer et, tes sens auparavant en alertes, t'accordèrent quelques instants de répit.

- … Ça va mieux ?

À tes côtés, l'inconnu s'était légèrement penché sur toi, t'examinant, sans doute pour s'assurer qu'il n'avait pas fait une énorme erreur en te retirant ce masque respiratoire. Tu lui répondis par un autre hochement de tête, les yeux ancrés dans les siens. Pendant quelques instants vous vous étiez regardés, toi pour tenter de mettre une intention derrière ses attentions, et lui… peut être pour inspecter ton état au travers de ce que voulaient bien dire tes pupilles.

Finalement, ce fut lui qui rompit le contact, recommençant à gratter sa nuque et s'écartant par la même occasion.

Toi tu continuais de le détailler. Il avait beau s'être détourné de toi, tu n'arrivais pas à faire pareil. Tu regardais son corps, sa façon de se tenir, tous les gestes qui auraient pu te donner la moindre information sur lui… Et tu te surprenais à ne rien trouver d'autre qu'une sincérité inquiète, gênée. Tu ne trouvais pas dans tout ce qui l'entourait, la moindre trace d'agression, de déception ou toute autre chose que tu t'étais attendue à sentir. Il n'était pas comme ces gens qui avaient composé une grande partie de ta vie… Il était en dehors de ça. Il était du monde des innocents. Pas du tien.

- … Alors… hm… Comment tu t'es retrouvé dans la rue ?... Je veux dire, dans un état pareil.

Lorsque sa voix résonna de nouveau à tes oreilles, tu te rendis compte que tu étais parti, songeant à bon nombres de paramètres et de choses concernant ta situation actuelle. Tu ne le regardais plus. Tes yeux avaient accroché le blanc souillé du plafond. Ce n'est que pour lui lancer un regard que tes prunelles croisèrent de nouveau les siennes. Et puis finalement tu revins à ce plafond décrépi. Tu ouvris la bouche, tenta de prononcer quelques mots, seuls des bruits un peu rouillés t'échappèrent. Ta bouche était encore pâteuse, comme le reste de ton corps. La morphine et ces quatre jours de coma n'avaient pas vraiment dû aider, tout comme tes blessures qui te vaudraient d'autres interrogatoires du même genre dans les semaines, mois et peut être années à venir si tu survivais.

- Pardon, je dois être un peu trop… comment on dit déjà… « Brut » ?

Vos yeux s'étaient rencontrés, encore. Tu ne savais pas trop comment agir avec ce genre de personnes. Pour une fois tu décidas de ne pas trop réfléchir, tu laissas parler ton corps qui lui offrit un maigre sourire pour tenter de ne pas le gêner plus qu'il ne l'était. Pour lui aussi ça devait être une grande première. Très certainement n'avait-il pas l'habitude de sauver des personnes en aussi mauvais état que toi, voire n'était-il pas accoutumé à la simple idée de secourir des inconnus dans la rue. C'était en tout cas la chose qui te semblait la plus probable… Ce n'était pas tous les jours que des personnes à moitié mortes se retrouvaient abandonnées au coin d'une rue malfamée, et ce en pleine journée.

Il avait un peu gloussé devant ton sourire, se rasseyant sur la chaise rembourrée mise à sa disposition. C'est à ce moment précis que tu commenças à te poser une question essentielle : depuis quand veillait-il à ton chevet ? Etait-il resté durant ces quatre jours d'inconscience ?... Ou à défaut de faire ce genre de folie pour un inconnu, était-il parfois venu voir comment tu allais ? Tu imaginais que la dernière possibilité était la plus probable. Cet homme aux cheveux blonds devait avoir un travail, des amis ainsi qu'une famille dont il devait s'occuper. Et en pensant à tous ces paramètres, tu te demandais bien pourquoi il avait pris la peine de venir veiller sur toi… Etait-il donc aussi… gentil que ça ? Tu te disais que cela collerait à l'air un peu simple, mais dévoué que tu lui avais découvert dans le regard.

- Comme… comme t'avais aucun papier sur toi, et que personne n'est venu pour toi… Bah je me suis dit que je pouvais bien rester.

Tu ne savais pas s'il avait compris tes questions silencieuses ou s'il avait juste pris la parole pour s'expliquer, et ne pas passer pour un stalker un peu louche. Mais tu étais néanmoins content qu'il te fasse part de ce genre d'information. Comme tu semblais condamner à rester en vie… Tu étais soulagé de savoir que ce ne serait pas pour une existence de nouveau solitaire.

- Je vais devoir retourner bosser… Mais… s'tu veux je peux revenir demain ?

Peut être que ta neige ne t'avait finalement pas abandonné. Cet homme qui t'avait sauvé et dont tu ne connaissais pas grand-chose pour l'instant était peut être un signe. Doucement tu avais hoché la tête, le remerciant d'un nouveau sourire, bien qu'il fût un peu crispé à cause des vagues de douleurs qui te parvenaient. Cette réponse sembla le gêner autant qu'elle lui faisait plaisir, et si tu avais pu, sans doute te serais tu permit de te moquer gentiment de cette manie qu'il avait à se gratter la nuque.

- Cool. Bon. Je vais te laisser au bon soin des infirmières et médecins. –commença-t-il en se redressant, quittant sa place confortable. Fais attention à la vieille doctoresse, elle paye pas de mine, mais elle fait flipper si tu tentes quoique ce soit qui ne lui plairait pas.

Tu ne savais pas de qui il parlait, et tu t'en moquais éperdument. Tu voulais seulement prendre le temps de le regarder, de noter le moindre petit détail de son visage afin qu'il s'imprime avec force dans ton esprit. Tu le regardais avec intensité, parce qu'en te récupérant dans la rue quatre jours plus tôt, cet homme n'avait pas fait que sauver ton corps… Il avait ressuscité autre chose chez toi : un espoir.

- … Bon. Bah… A demain alors.

Il te lança un dernier regard, légèrement suspicieux, comme s'il cherchait à s'assurer que tu ne tenterais rien de stupide. Et puis finalement il contourna ton lit pour quitter la petite chambre aux murs d'un bleu désespérément ternes. Il n'en avait pas conscience, mais en te ramassant dans cette tue ce jour-là… et en prenant soin de toi comme s'il te connaissait, comme si tu étais important pour lui, il t'avait ramené à la vie.

- Ah ! Au fait… J'ai complètement zappé de me présenter.

Tu avais plongé tes yeux marron dans les siens, accroché à sa voix, et au nom qui deviendrai bientôt synonyme de joie, d'attaches et d'un tout nouveau chez toi :

- … J'm'appelle Paulie.

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Comme il l'avait promis la veille, Paulie cet homme aux cheveux blonds, était revenu te voir. Tu l'avais attendu avec une certaine impatience, jetant de petits coups d'oeil en direction de ta porte de chambre. À chaque fois qu'elle s'était ouverte, tu avais senti une petite part de toi se réveiller, enjouée… Et puis lorsque tu n'avais vu que des infirmières ou des médecins tu t'étais un peu ravisé. Pas que tu haïssais ces personnes qui prenaient soin de toi, au contraire, tu les remerciais de s'acharner autant à te rafistoler. Mais ce n'était pas la même chose qu'avec cet homme-là.

D'ailleurs tu avais dû rapidement faire face à cette « vieille doctoresse » dont il t'avait parlé. Peu après son départ, c'était elle qui avait franchi le seuil de ta chambre pour un examen. Bien sûr c'était parce que le blond avait prévenu une des infirmières que tu t'étais réveillé, enfin. Comme il te l'avait dit, cette femme ne payait pas de mine. À voir comme cela elle avait plus l'air d'une sorte de vieille alcoolique excentrique, que de ce que l'on pouvait imaginer d'un médecin. Cependant, tu savais à quel point les apparences étaient trompeuses, alors tu n'avais pas jugé cette femme d'un certain âge. Et c'était assez docilement que tu l'avais laissé faire tout ce qu'elle voulait afin de t'examiner.

Elle n'avait pas beaucoup parlé, et toi avec ta bouche pâteuse ainsi que tes cordes vocales rouillées tu n'avais pas vraiment pu faire la conversation. Ca t'arrangeait, tu n'avais jamais été très bavard. Tu t'étais contenté de lui laisser faire son travail, et parfois te poser des questions auxquelles tu ne pouvais et ne voulais surtout pas répondre. Étrangement elle n'avait pas cherché à insister, elle s'était contentée de hausser les épaules et de reprendre ses inspections.

Et puis elle avait un peu parlé de Paulie. Le Dr Kureha, puisque c'est ainsi qu'elle s'appelait, t'avait avoué qu'elle avait rarement vu quelqu'un s'inquiéter autant pour un homme qu'il ne connaissait même pas. Le jour où il avait appelé une ambulance pour venir te chercher, il avait refusé de te laisser seul. Il avait suivi les ambulanciers, uniquement concentré sur ton état et la vie qui te faisait défaut. Elle t'avait également dit qu'il était resté toute la première nuit tandis que les médecins et infirmiers s'occupaient de t'opérer. Kureha était venue à sa rencontre deux fois ce soir-là, juste avant que tu ne sois entre ses mains afin de lui poser des questions sur votre lien… Et puis une fois que tu avais été récupéré aux griffes de la mort. Elle lui avait encore posé des questions, dont elle ne t'avait pas réellement expliqué la nature exacte, tout ce qu'elle t'avait avoué, c'était que Paulie avait promis de veiller sur toi quoiqu'il puisse arriver.

Promesse qu'il avait tenue en passant la porte dès le lendemain.

Toi tu allais un peu mieux, la preuve tu pouvais de nouveau parler, même s'il t'était encore interdit de quitter le lit. C'est d'ailleurs au moment où Kureha te l'avait appris que tu avais compris pourquoi Paulie en avait eu peur… Cette femme était en effet assez imposante lorsqu'elle donnait des ordres à ses patients. Heureusement pour toi, tu n'étais pas du genre à désobéir aux ordres donnés, encore moins lorsqu'ils venaient d'une personne aussi qualifiée qu'elle.

- Merci…

Ta voix tu ne le reconnaissais pas vraiment. Elle te semblait rouillée, douloureuse à faire sortir d'entre tes lèvres, mais surtout… Plus douce.

- Hmpf… N'importe qui étant à ma place aurait fait la même chose !

Pour faire bonne mesure tu avais acquiescé ses propos, bien que tu saches parfaitement que la réalité du monde était toute autre. Tu avais déjà pu constater à quel point l'homme pouvait se montrer cruel ou bien insensible à la douleur de ses semblables. Toi-même tu avais fait partie de cette catégorie effrayante d'humain. Alors, tu étais bien conscient que la réalité n'était pas aussi simple que cela, pas comme il semblait le croire. Cependant, tu n'avais pas envie de briser sa coquille fragile du monde… Il devait bien y vivre dedans, avec inconscience et bonheur.

- N'empêche, j'sais pas ce que tu as fait pour te retrouver dans cet état, mais j'ai vraiment cru que tu allais me claquer dans les doigts à un moment.

- Ah… Pardon...

Avais-tu répondu faussement gêné. Ce jour-là tu n'avais rien fait pour te garder en vie non plus. Tu avais échoué à l'une de tes missions, tu savais que personne ne viendrait te chercher. On t'avait assez prévenu sur l'importance de la discrétion et surtout sur les risques que tu encourais si tu te faisais démasquer ou attraper. Tu serais seul. Alors, lorsque tes ennemis avaient découverts le pot aux roses et qu'ils t'avaient passé à tabac dans le but de te faire parler… Tu avais su que tu étais complètement foutu. Si tu avais pu, tu te serais sans doute tué afin d'abréger tes souffrances et de ne pas risquer que l'on en apprenne davantage sur toi ou la mission que l'on t'avait incombé. Malheureusement tu n'avais pas pu. À un moment, lorsqu'ils avaient fait preuve d'inattention, tu t'étais enfui. Pas pour chercher de l'aide, ni même pour survivre, tu avais juste cherché le meilleur endroit pour toi afin de mourir.

- Enfin, heureusement que cette sorcière a réussi à te remettre en état !...

- C'est… comme ça que tu as surnommé le Dr Kureha ?... Réellement ?

Tu n'avais pas pu empêcher un petit rire de t'échapper. Qu'avait-elle bien pu faire à ce pauvre homme pour qu'il soit aussi véhément dans ses surnoms ? À défaut de t'effrayer, tu étais certain que cette histoire te ferait rire. Dommage qu'il n'ai pas l'air de vouloir te la conter. En fait, il s'était tout juste contenté de grommeler avant de poursuivre, d'une manière peu subtile :

- Parce que c'est ce qu'elle est ! Une sale sorcière. Si elle en avait la possibilité, j'suis certain qu'elle me foudroierait du regard.

- Si elle t'entendait parler d'elle ainsi… Je suis certain qu'elle trouverait un… moyen de le faire.

- Arf ! Parle pas de malheur. Tu sais pas ce que c'est qu'une prophétie auto-réalisatrice ?! A tous les coups elle fera en sorte que ça m'arrive. C'te vieille peau.

Après coup, tu remerciais le karma de ne pas t'avoir laissé la possibilité de mettre fin à tes jours. Si tu avais pressé la détente de ton arme, que tu t'étais fait sauter la tête pour t'éviter des souffrances aux mains de tes ennemis… Jamais tu n'aurais croisé la route de cet homme. À l'heure qu'il était, ton corps serait en train de pourrir dans un caniveau, ou disparu dans d'autres lieux sordides. Tu n'aurais été personne jusqu'à la fin.

- Ça m'fait penser… Tu ne m'as toujours pas dit comment tu t'appelais toi. J'vais pas t'appeler poil de carotte jusqu'à la fin de mes jours quand même, hein ? Ce n'est pas très correct.

- … C'est assez contradictoire… Tu appelles bien Kureha « vieille peau » ou « sorcière » c'est bien ça ?

L'air de rien, un peu taquin, la douleur de ton corps n'avait plus d'emprise sur toi. Pas plus que ces petites doses de morphines que l'on continuait de te donner.

- C'est pas la même chose. –avait-il répliqué aussitôt, comme piqué au vif.

- D'accord… D'accord… Je te crois.

Tu avais un peu levé les mains, déposant les armes pour ne pas le gêner plus qu'il ne l'était déjà.

- Alors… comment tu t'appelles ?

On t'avait toujours appris à te méfier, à te cacher derrière des noms de codes ou encore derrière le surnom effrayant que l'on t'avait attribué. On t'avait dit que tu n'avais pas d'existence propre, d'identités en dehors de celles que l'on t'accordait le temps d'une mission. Mais aujourd'hui tu voulais juste envoyer tout cela en l'air.

Quelqu'un était mort quatre jours auparavant. Cet ancien toi qui n'avait qu'un surnom, qu'un code pour se définir. Celui qui avait tué, plongé ses mains dans le sang des ennemis qu'on lui avait désignés n'était plus. Il était mort sous la neige, le corps recouvert, à jamais perdu sous un voile blanc qui avait fait disparaître la moindre parcelle de son être. Et c'est quelqu'un d'autre qui avait été sauvé par Paulie. Le véritable toi. Celui que l'on avait dissimulé sous des couches de fausses identités et d'ordres. Celui qui avait toujours aimé la neige pour sa beauté, pour ce qu'elle signifiait. Aujourd'hui, c'était le jour où tu déterrais ton enfance, le jour où tu te réconciliais avec elle.

- Kaku. Je m'appelle Kaku.

Et Paulie, c'était la neige qui t'avait permis de renaître en tant que tel.

۩๑ ๑۩

Rester à hôpital pour guérir ton corps était l'une des choses les plus apaisantes qui ai pu t'arriver.

Jusqu'à maintenant, et ce dès ton plus jeune âge, tu t'étais toujours évertué à ne pas avoir besoin de grands soins. Ta… profession t'avait demandé beaucoup d'abnégation et surtout de ne pas te laisser aller à la moindre faiblesse. Ainsi tu avais toujours fait en sorte d'être le plus performant possible, repoussant tes limites ainsi que les soins dont tu aurais pu avoir besoin. Très souvent tu avais évité l'infirmerie pour ne pas être moqué, ou traité de faible. Dès que tu avais eu une blessure ou n'importe quoi d'autre, tu t'étais toujours forcé à te soigner seul, ou à demander de l'aide à l'un de tes collègues. Eux ils comprenaient assez ce sentiment d'être toujours observé et de ne pas pouvoir se permettre la moindre petite chose de travers. Plusieurs fois c'était votre aîné qui s'en était occupé, parce qu'à force il connaissait les rouages les plus essentiels et que même s'il taquinait… Ce n'était jamais un jugement de valeur, juste un moyen de s'affronter gentiment.

Tu avais apprécié tes collègues.

Vous aviez eu une cohésion certaine dès vos premières missions, même s'il était souvent arrivé que vous vous disputiez pour quelques broutilles. Il y avait aussi eu des bagarres, de l'incompréhension et une envie d'être plus fort que l'autre. Cependant cela n'avait jamais amené des débouchés réellement dangereux ou violent pour votre équipe. Vous aviez juste besoin d'extérioriser de temps à autre la haine ou bien la colère qui était coincée au fond de vos gorges…. Et se battre entre vous était la meilleure solution que vous aviez trouvée.

Mais après ce genre de chamailleries, vous vous soigniez entre vous. Vous rigoliez également de l'absurdité du conflit ou de tout ce qui avait pu l'entourer. Ensemble vous vous permettiez d'être un peu plus humains, et moins les machines que l'on avait programmées pour obéir.

Cependant, ça n'avait jamais été réellement « chez toi ». Tu n'aurais pas su comment l'expliquer concrètement, avec des mots clairs et une pensée construite… Tu ne t'étais juste jamais senti bien là-bas. Sans doute en partie parce que même s'il vous arrivait d'être des sortes de frères ou sœurs pour l'un et l'autre…. Vous restiez dans une ambiance complexe, et un climat constant de surveillance, d'ordres, de meurtres.

Aujourd'hui, dans cet hôpital, tu pouvais te permettre de penser, de laisser une sorte de mur tomber. Tu n'avais pas besoin de te cacher derrière une façade qui t'avait toujours rebuté. Dans cet hôpital, entouré de gens et de personnalités normales, tu pouvais réellement te permettre de te reposer.

Le Dr Kureha bien qu'assez excentrique et dont les médicaments étaient assez horribles au goût, était néanmoins un bon médecin. Elle prenait juste soin de ses patients différemment. Tu la remerciais d'ailleurs silencieusement qu'elle ne cherche pas à découvrir toutes les causes de tes blessures. La première fois elle avait essayé oui, et puis après elle n'avait jamais forcé le dialogue. Elle se contentait de laisser ce passé secret enfermé dans une petite boite au fond de ton cœur, s'occupant de ton état présent et à venir. C'était une vieille femme que tu appréciais bien et, la réciproque semblait également vraie.

Et puis il y avait Paulie.

Plus il venait te voir, plus vous appreniez à faire connaissance. Il t'avait avoué être un technicien de surface dans un théâtre de la grande ville voisine. Son travail lui plaisait beaucoup, tu le sentais très clairement de la façon ainsi que mots qu'il choisissait pour en parler. Grâce à cela tu avais découvert une autre partie de cet homme : celle d'un employé dévoué. Lorsqu'il venait et que vous discutiez pendant quelques heures, tu finissais toujours par entendre le nom d'Iceburg sortir d'entre ses lèvres. Il aimait sincèrement son patron, ainsi que tous ses collègues dont il te rabâchait inlassablement les oreilles. Il lui arrivait d'ailleurs de s'en rendre compte et de s'en excuser. Toi tu te contentais de le rassurer, puis de continuer de l'écouter parler, parce tu aimais bien entendre Paulie énoncer avec une telle passion et une telle dévotion, à quel point son monde était merveilleux. Pas dénué de défauts, d'engueulades ou d'autres choses de ce genre… Mais ça lui importait peu. Au lieu de se concentrer sur le négatif, le blond faisait toujours en sorte de ne ressortir que ce qu'il y avait de magnifique dans sa profession ou son entourage.

Pendant ces deux mois de convalescence, Paulie avait réussi à te voir le bon côté des choses.

Comme si toutes ces années de crimes avaient été balayés. Avec lui tu ne pensais plus à toutes ces choses horribles que tu avais commises ainsi qu'à toutes ces personnes à qui tu avais arraché la vie. Avec lui c'était une autre part du monde qui s'offrait à toi, celle que tu avais toujours voulu t'approprier : la part du quotidien.

Tu aimais qu'il te parle du moindre détail. De ce qui lui plaisait autant dans sa profession, de ses collègues et, de son patron qui avait l'air d'être une personne tout à fait respectable. Tu aimais qu'il couvre le silence avec quelque chose d'aussi enjoué que sa façon d'appréhender le monde… Et tu te détestais un peu de lui mentir sur toi.

Ton nom tu avais pu lui donner, parce que cela signait un tout nouveau tournant pour toi. Tu n'étais plus qu'un nom de code, ou une identité falsifiée, tu étais réellement toi-même. C'est pour ça que tu lui avais dit ton prénom sans trop de soucis. Cependant, lorsqu'il avait commencé à te demander des informations un peu plus générales sur toi, tu n'avais pas pu lui avouer. Tu avais décidé d'enterrer ton ancienne vie en même temps que tu lui avais donné la seule chose vraie sur toi : ton prénom. Et il ne pouvait pas coexister avec tous tes démons du passé. C'est à partir de là que tu avais commencé à t'inventer une autre vérité, ou plutôt une réalité alternative à celui que l'on t'avait demandé d'être.

Tu avais raconté que tu étais un chômeur, un homme sans domicile fixe et que la rue ne t'avait épargné. Tu avais dit que tu avais été autrefois engagé dans une société artisanal, mais qu'un licenciement de masse t'avait fait sauter jusqu'au monde impitoyable des rues. Tu lui avais aussi dit que ces blessures elles étaient dues à des combats avec d'autres personnes de ton milieu, et que tu n'avais pas pu répliquer face à autant d'assaillants. Tu n'aimais pas mentir aussi facilement, mais c'était le seul moyen de faire table rase. Avec cela Paulie n'aurait pas peur de toi, et ce monde auquel il t'appartenait pourrait certainement bien mieux t'accueillir si tu n'étais qu'un SDF plutôt qu'un assassin. Alors, même si cela te coûtait d'inventer un nouveau passé à ce prénom qui était tien, tu avais considéré que c'était ta meilleure option.

- Tu veux pas venir travailler au théâtre ?

Lorsque tu avais menti, tu avais pensé à refaire ta vie dans la même ville que lui. Tu aurais trouvé de quoi te remettre sur pied, trouver un travail ainsi qu'un logement qui te permettraient de tirer un trait d'adieu à ton ancien toi. Comme tu avais le temps de réfléchir, tu avais pensé à plusieurs options qui n'étaient certes peut être pas les plus enviables, mais qui te permettraient de vivre assez confortablement les premières années. Tu t'étais également promis que tu continuerais de fréquenter Paulie, voire que tu t'ouvrirais à la culture ne serait-ce que pour en apprendre plus sur ce monde qui t'étais complètement passé à côté.

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée… Je veux dire tu me proposes cela comme ça, mais il faudrait déjà que ton patron ai besoin d'une paire de bras en plus et, que je puisse réellement me rendre utile.

Tu ne t'étais vraiment pas attendu à ce qu'il te propose de but en blanc de venir travailler avec lui, dans ce théâtre qui défoulait les passions de son cœur.

- Dans un théâtre on manque toujours de techniciens ! –avait-il répliqué. T'imagines pas le nombre de gens qui souhaitent être sur scène et pas derrière à tout orchestrer.

Pas que cela ne te faisait pas plaisir. Au contraire, ton cœur avait fait un drôle de bon dans ta poitrine lorsqu'il avait proposé une telle alternative. Mais étais-tu réellement bien qualifié pour ce genre de métier ? Tu étais sûr de ne pas rechigner à la tâche, où que tu puisses être accepté tu savais que tu ferais de ton mieux. Ce serait ton moyen de te racheter, de prouver que tu valais autre chose qu'un horrible meurtrier… Mais la possibilité de travailler au même endroit que Paulie te faisait un drôle d'effet… Comme une sorte de pression que tu sentais remonter le long de tes nerfs.

- Et puis en plus j'habite pas loin.

Tu avais un peu haussé un sourcil, ne comprenant pas quel rapport avait cette information avec les précédentes. Lui il te fixait, recommençant à sa gratte la nuque, geste que tu étais maintenant certain d'interpréter comme une gêne de sa part. Il avait levé les yeux au plafond, cherchant sans doute ses mots tandis que tu patientais.

- … Bah… Ouais. Si t'étais SDF t'avais aucun lieu où vivre… Donc j'me disais que… 'fin voilà tu pourrais venir habiter chez moi le temps d'avoir assez d'argent pour te payer un petit nid douillet.

Sur le moment tu t'étais figé de surprise. Tu crus d'abord avoir rêvé, ou mal compris ce que Paulie était en train de te proposer, à toi, un homme qu'il avait ramassé dans la rue sans savoir qui il était. Etait-il en train de te donner non seulement une chance de travailler normalement… mais également un foyer dans lequel il pourrait se sentir à l'aise ? Cela te semblait presque irréel. Une chance inouïe qu'il t'offrait à toi et, pas à un autre, bien que tu l'imagine sans peine proposer le même genre de choses à une personne étant réellement dans le besoin. Tu n'avais pas su quoi répondre au début. Tu t'étais contenté de le fixer, d'une manière visiblement trop appuyé puisqu'il avait fini par détourner le regard et croiser ses bras sur son torse, l'air vaguement bougon.

- Enfin si tu veux pas… hein, ne te sens pas forcé de dire oui.

- Non !... Enfin… Je ne veux pas que toi tu te sentes forcé.

Tu avais affiché une drôle de tête, étonné par ta rapidité de réaction. Il t'avait fallu encore quelques secondes pour coordonner ta pensée, donner une forme à cette dernière et l'exposer le plus simplement du monde :

- C'est seulement que je ne voudrais pas trop en demander… Tu m'as sauvé, tu viens me voir presque tous les deux jours alors que tu habites à au moins trente kilomètres. Et maintenant tu me proposes de venir travailler avec toi et, même de m'incruster dans ton foyer…. C'est très intrusif. Et puis si tu as une petite-amie, je risque de faire de trop. Sans oublier que je n'aurai pas de quoi te rembourser les premiers mois e-

- Oh oh oh ! Tu penses vraiment trop, détends-toi un peu, ça t'fera pas de mal.

Il avait légèrement levé les mains dans ta direction, te stoppant dans ton exposition. Tu te sentais soudain un peu bête et, ce fut à ton tour de détourner le regard. La chambre d'hôpital fut plongée dans un silence aussi oppressant que sa décoration complètement épuré… Tous les deux vous n'étiez vraiment pas très doué lorsqu'il s'agissait des mots ainsi que des sentiments. Tu avais remarqué ça très rapidement et, cela te semblait devenir assez handicapant d'ailleurs.

- Pour commencer, on va pas revenir sur ce que j'fais jusqu'à présent. Je t'ai sauvé parce que c'est juste normal. Et si je viens te voir c'est parce que j't'apprécie bien. Ensuite, je te propose de venir travailler au théâtre parce que j'en ai déjà un peu discuté avec Iceburg et qu'il serait pas contre quelques paires de bras en plus. Pour ce qui est de venir vivre chez moi, je ne te le proposerai pas si je n'étais pas sûr de mon choix ! Après... tu n'as pas à me rembourser… Enfin ce serait juste cool que tu dises à personne qu'on vit ensemble, j'ai déjà des créanciers sur le dos et, s'ils apprenaient que j'héberge quelqu'un j'suis sûr qu'ils se jetteraient sur moi pour m'arracher ce qu'il me reste d'argent à la fin du mois. De vrais requins !

- Si tu t'acquittais de tes dettes ils arrêteraient sans doute de te courir après. À moins qu'ils ne cherchent une raison de t'approcher, qui sait… Peut être as-tu un « charme démoniaque » qui fonctionne sur eux ?

Il t'avait lancé un regard noir, tu pensais avoir dit une grosse bêtise, avant qu'il ne se mette à rire à gorge déployée.

- C'est ça !... T'serais pas surtout en train de totalement te foutre de ma gueule ?

- Quoi ? Tu ne leur as pas demandé. Si cela se trouve, ils prennent juste un prétexte pour te poursuivre.

- Ouais c'est ça !... J'préférerais largement que ce soit un de mes collègues qui me courent après, voire toi !...

Nouveau silence. Vous vous étiez regardé un temps, les yeux écarquillés, avant de vous détourner l'un de l'autre. Tu avais senti ton cœur recommencer à faire de drôles de bonds dans ta poitrine et, une sorte de chaleur remonter le long de ton visage. Paulie était vraiment trop franc parfois…

- Ah ah… Ah… C'est très gênant en fait. –avait-il murmuré en regardant ses bottes marron. J'ai manqué une occasion de me taire j'crois.

- J'accepte.

- Hein ?

- J'accepte de venir vivre chez toi. Et je peux toujours tenter de me faire employer au théâtre, après tout je ne risque rien.

Il avait une fois encore croisé ton regard, tu lui souriais, sincèrement.

- Ouais c'est vrai ! Tu risques rien, personne ne te mangera.

Peut être que Paulie avait plus à t'offrir que ce que tu n'avais encore pu imaginer.

۩๑ ๑۩

Tu étais sorti de l'hôpital deux semaines plus tard. Tes blessures étaient presque complètement guéries, et ton esprit s'était remis de nombreuses cicatrices internes. Le Dr Kureha avait réussi à retaper ton corps, Paulie t'avait permis de soigner ce qui n'était pas visible.

C'était lui qui était venu te chercher le jour de ta sortie. Tu avais beau avoir voulu lui éviter ce nouveau déplacement, avoir insisté que tu pouvais au moins te débrouiller pour le rejoindre dans sa ville, il avait réussi à gagner votre combat d'argumentation. Tu n'avais pas pu rejeter son attention, encore moins lorsqu'il te la donnait avec une telle dévotion. Donc tu étais reparti dans sa voiture, en son agréable compagnie. Kureha et lui avaient échangés quelques mots, tu n'avais pas vraiment pu suivre la conversation même si tu avais pu entendre un « T'en fais pas vieille sorcière je m'en occupe ». C'était très certainement du à ton état, mais sur le moment tu avais préféré ne pas t'en préoccuper. Tu avais seulement remercié Kureha pour son travail et tu avais quitté ce lieu à l'odeur irritante de désinfectant, de morts et de malades.

Dehors tu avais pris une grande bouffée d'air, emplissant tes poumons avec une senteur de campagne, de champs et de tranquille liberté. Le technicien t'avait laissé faire, s'allumant un cigare dans la foulée. Bien qu'il n'en ai auparavant jamais fumé en ta présence, hôpital oblige, tu avais remarqué qu'il en avait toujours au moins deux dans l'une des poches de sa veste bleue.

- Tu as d'la chance, le soleil a pointé le bout de son nez.

Auparavant, tu avais haï cet astre d'une puissance toute particulière. Tu l'avais trouvé d'une incandescence indécente, à te narguer, te juger pour tes actes odieux et t'aveugler de par ses rayons. Tu avais vu en lui une sorte de retranscription de tes supérieurs, qui s'étaient évertués à te descendre au moindre petit échec. Mais maintenant… Tu recevais sa chaleur et ses rayons comme une caresse, un autre signe de ta libération nouvelle. Cet astre dans sa voute céleste n'était plus un ennemi qui te jugeait pour qui tu étais, il t'accueillait dans ce monde qui allait devenir tien.

Comme Paulie.

- Bon, on va devoir bouger.

Vous étiez montés dans sa voiture vieillissante, et ensemble vous aviez quittés l'hôpital pour vous engager sur des routes de campagnes. Toi tu profitais des paysages que t'offraient les champs, les petits villages campagnards et le beau temps qui donnait aux plantes un éclat magnifique, clair, agréable à regarder. Tu observais calmement le paysage défiler comme une sorte de film, sentant parfois un petit sourire se peindre sur le coin de tes lèvres. Il faisait beau, tu avais une nouvelle opportunité, un toit, un travail et un ami pour t'accompagner dans les moments les plus difficiles… Là maintenant, tu n'avais besoin de rien de plus.

Tu voulais juste te laisser bercer par le bruit du moteur ronronnant, de la musique basse qui se jouait à la radio et du son apaisant de Paulie tirant sur son cigare.

۩๑ ๑۩

L'appartement du blond était un véritable champ de bataille. Il y avait des vêtements, livres ou papiers qui traînaient de-ci de-là. Les quelques étagères qu'il possédait croulaient sous le poids de divers objets, tandis que l'ensemble sentait fort la fumée ainsi qu'une sorte d'odeur cuivrée. La décoration était au diapason du reste : surchargée et, bordélique. Il y avait aux murs un bon nombre de photographies de lui, de ses collègues et d'un homme que tu identifias aussitôt comme étant son patron. La peinture aux couleurs assez pâles, recouvrait les murs que tu n'apercevais que par petites touches.

Tandis qu'il s'excusait du bordel, toi tu te disais que son appartement ressemblait exactement à ce que tu avais imaginé. C'était petit, chaleureux, et empli d'une vie grouillante de détails. Ici il y avait toutes sortes de traces, d'éléments et de clichés accrochés aux murs qui te faisaient te sentir à l'aise, dans un endroit que tu pourrais considérer un temps comme une sorte de petit cocon protecteur. Toute cette couleur était à des millions d'années lumières de tous les lieux dans lesquels tu avais pu vivre avant. Et c'était aussi pour cela que tu te sentais bien là.

Paulie et toi commencèrent à prévoir tout ce dont tu aurais besoin, et le premier te permit de trouver une petite place sur le canapé qu'il s'était empressé de ranger.

La première journée, il sortit avec toi faire quelques courses t'achetant également de quoi te vêtir dont cette casquette blanche qui ne te quitterait plus dès à présent. Tu avais pris quelques marques dans son appartement, laissant ta propre odeur imprégner l'air. Et le canapé qui était le sien, était la couche la plus confortable que tu aurais pu demander à avoir.

La deuxième journée, il pris le parti de te faire visiter la ville ainsi que les alentours du théâtre. Parfois il tentait de faire une remarque sur l'histoire d'un bâtiment ou d'une fontaine… En vain. Il avait beau être très bavard, dévoué à son travail ainsi que son patron, il s'agissait d'une sacrée bille lorsqu'il s'agissait d'évoquer le passé d'un lieu ou d'un autre. Sauf en ce qui concernait le théâtre. Il t'avait ressorti absolument tout sur ce bâtiment à l'architecture contemporaine, qui malgré son excentricité ne jurait pas tant que cela avec les maisons ou commerces alentour. En fait le théâtre de Water Seven se démarquait de part ses formes organiques et ondulantes, se jouant des matières ainsi que de la lumière qui pouvait percuter sa surface aux lisses oscillant entre le gris et le bleu clair. Paulie t'avait expliqué que Tom, l'architecte de ce monstre d'innovation s'était beaucoup inspiré des danses pour concevoir un tel édifice. Il s'agissait avant tout d'une sorte d'immense sculpture en hommage à l'art. Tu avais admiré avec respect cette construction, restant bouche bée devant la beauté d'une singularité aux apparences chaotiques.

Et puis vous aviez pénétré à l'intérieur. Une jeune femme à lunettes vous avez accueilli, te dévisageant quelques instants avant de vous conduire dans le bureau de l'actuel propriétaire du théâtre : Iceburg. Paulie avait beaucoup parlé pour toi, et puis il s'était éclipsé afin que vous fassiez connaissance. Cet homme là, au côté excentrique tout aussi prononcé que son théâtre, réussi à toucher ton cœur. Il était lui aussi à l'image de ce que le blond avait décrit, patient et compréhensif. Vous aviez parlé nombreuses choses l'heure qui suivi : du travail qu'il pouvait te confier une fois que tu serais apte à les rejoindre, de Paulie qui avait réellement insisté pour te faire venir ici, de tes horaires, de ce que tu aimais dans l'art, et du sens même de ce lieu. En ressortant une heure et demie plus tard, tu avais un contrat en poche, et l'esprit surchargé d'images de ce que tu pourrais apporter toi aussi à ces personnes incroyables qui te tendaient ainsi la main.

Le troisième jour tu avais accompagné Paulie à son travail. Bien que Kureha t'ai strictement interdit de recommencer à faire quoique ce soit de physiques les premières semaines de ta sortie, tu voulais au moins commencer à prendre conscience des tâches que tu devrais effectuer. Paulie te présenta à ses collègues, des hommes assez hauts en couleurs qui t'accueillirent avec une sorte d'entrain commun. Il y avait d'abord Lulu, un homme un peu bizarre muni d'un épi rebelle qui ne cessait de se dresser sur son crâne ; puis Tileston qui était typiquement un homme imposant mais, au cœur aussi doux qu'une peluche de nounours ; ou encore Zoro un homme assez sérieux qui semblait souffrir d'un besoin irrépressible de s'endormir dès qu'il n'était occupé. Et puis il y avait également Kalifa, la secrétaire d'Iceburg, une femme très sérieuse, tout aussi étrange que ses collègues et qui semblait souvent se disputer avec Paulie sur le code vestimentaire.

Une bonne ambiance régnait dans le théâtre. Tranquille, et agrémenté de plusieurs blagues ou fausses disputes, réglées à coups de défis ou d'autres petits jeux assez enfantins. Là encore tu te surprenais à apprécier leurs attentions à ton sujet ainsi que les questions qu'ils te posaient sur toi, tes capacités, voire pour les plus curieux ta relation avec Paulie. C'était agréable, en rien oppressant et tu te creusais déjà une place au sein de ce groupe soudé qu'étaient les employés de Water Seven. Tu n'avais pas encore commencé à travailler, mais tu mourrais d'impatience de pouvoir enfin faire quelque chose de beau avec tes mains, comme eux le faisaient en t'acceptant aussi facilement parmi les leurs.

۩๑ ๑۩

Tu étais rapidement entré dans le bain. Le travail que l'on te demandait au théâtre te semblait bien aisé face aux réminiscences de ton ancienne profession. Tu appréciais grimper sur les passerelles ou plateformes surplombant la scène, accrochant projecteur ou autres cordes solides afin de donner vie aux spectacles des artistes. Tu aimais l'esprit de camaraderie ainsi que le sérieux que tu pouvais imposer dans ce groupe, souvent dissipé. Tu avais d'ailleurs acquis le surnom de « papy sérieux » de part ton professionnalisme ainsi que les conseils que tu dispensais modestement aux autres. Ils acceptaient tes remarques, tu prenais les leurs pour en faire une force.

Paulie et toi étiez souvent en charge de toutes les grandes actions à effectuer, ou des détails techniques qui demandaient de la réflexion ainsi que de la rigueur. Tileston lui se chargeait des tâches les plus lourdes, comme transporter les immenses caisses de matériels, les vider ou les remplir. Il était également celui qui amenait les escaliers mouvants lorsque vous aviez besoin de vous mettre en hauteur pour fixer les projecteurs. C'était pourtant le collègue le plus impressionnable que vous aviez. Il s'était souvent fendu de petites réflexions sur ton agilité, et ta façon de te couler avec une aisément gracieuse entre les décors pour effectuer les missions les plus délicates. Lulu lui était assez polyvalent, coordonnant les plans des artistes avec les vôtres. Et bien qu'il s'occupe avant tout du son, il lui arrivait souvent de te venir en aide ou de soutenir Paulie lors des réunions avec les équipes itinérantes. Zoro enfin était celui qui restait à terre, évaluant les distances et épaulant les techniciens des troupes. Comme tu l'avais remarqué plus tôt, il était aussi du genre à s'endormir dès qu'il arrêtait de s'occuper. À peine s'asseyait-il quelque part qu'il partait déjà pour un pays des rêves inaccessibles. Cela amenait beaucoup de petites piques, ou des blagues qui avaient réussi à souvent te tirer un petit sourire à défaut d'un rire haut et gras comme Tileston.

Tu te plaisais vraiment dans ce que tu faisais. Toi qui n'avait jamais rien construit avec tes mains, qui n'avait fait que détruire toute beauté qui aurait pu faire horreur à tes supérieurs, tu découvrais le plaisir et la fierté de créer le soutien des artistes. Tu étais une sorte de magicien invisible, sérieux et appliqué. Iceburg te félicitait également pour les efforts que tu mettais à rendre l'ambiance plus adulte malgré ton jeune âge. Et Paulie acquiesçait ses propos avec franche camaraderie ainsi que tapes dans le dos.

Tu comprenais enfin pleinement pourquoi il aimait travailler dans ce théâtre.

Et lorsque les journées parfois difficiles se terminaient, vous preniez souvent le temps d'aller boire un verre dans un des bars en face de votre lieu de travail. La patronne, une surnommée Shakky, vous faisiez de bons prix bien qu'elle aime taquiner Paulie sur le nombre de ses dettes qui ne cessaient de grimper. Elle et Iceburg avaient également l'air de bien s'entendre, et tu avais cru entendre une fois qu'ils avaient eu une sorte de relation assez spéciale par le passé. Tu ne savais pas vraiment de quelle nature, et bien que tu fus curieux, tu n'avais pas cherché à creuser la question… Encore moins lorsque tu avais senti l'emprise de ton collègue autour de tes épaules et son regard empli d'une sorte de lueur qui disait : « Tu ne veux vraiment pas savoir ». Tu avais aussi rencontré dans ce bar d'autres genres de phénomènes comme un prénommé Rayleigh, homme aussi excentrique que ton patron et qui partageait de bonnes pintes avec Paulie. Malgré son âge avancé, il devait tenir l'alcool mieux que n'importe qui d'autres, et les soirées se terminaient souvent en sa faveur. Lui aussi semblait bien connaître Shakky, et Iceburg, peut être qu'une amitié de longue date se cachait entre ces trois-là ? Sans doute. En tout cas tu aimais à penser que c'était le cas.

Lors de ce genre de soirée empreinte de bonne humeur, de boisson et d'exclamations euphoriques, tu devais être l'un des rares à ressortir en bon état. Tileston et Zoro repartaient très souvent grâce à un taxi ou dans la voiture d'Iceburg, incapable de conduire dans l'état d'ivresse avancée dans laquelle ils étaient. Le premier hurlait à n'en plus finir, complètement perdu dans une sorte de transe enjouée et, son homologue s'endormait d'un sommeil de plomb presque effrayant. Il t'était plusieurs fois arrivé d'aider ton patron à les enfourner dans sa voiture, parfois accompagné de Shakky ou de Rayleigh qui étaient visiblement très amusés par ce genre de bons bougres sans danger.

Et puis tu repartais avec Paulie, un bras passé sous ses aisselles pour l'aider à tenir debout.

Bien que tu puisses te payer un appartement à toi depuis quelques temps maintenant, il refusait de te laisser partir. À chaque fois que tu évoquais le sujet, il bafouillait une excuse assez pathétique mais, surtout aussi adorable que lui. Et toi tu ne trouvais jamais une véritable raison pour partir. Vivre ensemble était devenu une habitude, un quotidien agréable qu'il vous serait difficile, voire impossible à briser. Grâce à toi, Paulie avait un appartement un mieux rangé, et grâce à lui, tu apprenais à t'ouvrir à certaines futilités. Par exemple regarder un film pour le simple plaisir d'apprécier son histoire ou son esthétique, les quelques courses ou emplettes que vous faisiez le week-end, et également la lecture. Même si vous n'étiez pas toujours fourrés ensemble, vous appréciez la présence de l'autre à vos côtés… C'est cette sensation là, constante lorsque tu te trouvais dans ce petit appartement qui t'avait amené à questionner tes véritables sentiments pour lui.

Au départ tu avais juste cru confondre amitié et amour. Et puis au fur et à mesure que les mois étaient passés, tu avais été plus sûr de ce qui t'habitait : un amour certain pour cet homme qui t'avait sauvé, hébergé et, donné une chance de retrouver cette enfance enfouie. Mais tu ne ressentais pas non plus que de la gratitude envers lui. Tu l'aimais pour ce qu'il était, pour ce qu'il faisait ou disait, pour son être entier. Paulie était sympathique, franc avec tout le monde, compatissant et touchant lorsqu'il peinait à s'exprimer.

Tout chez lui te plaisait.

Ce soir encore, alors que tu l'aidais à rejoindre votre petit foyer, ta casquette bien visée sur ta tête, tu te rendais compte d'à quel point il était devenu important pour toi. Tu ne voulais plus te salir les mains avec du sang, pas pour des ordres qui n'avaient de sens que pour ceux qui les donnaient. Mais pour lui, oui pour lui... Tu te savais prêt à tuer. Pour protéger tout ce qui lui était cher, tu serais capable de reprendre une arme, et de faire redevenir une partie de celui que tu avais été. Tu en souffrirais d'avoir à tremper une fois de plus tes mains dans le sang, cependant tu le ferais pour lui, pour ce qu'il représentait.

- J'aurai p'être pas dû autant pousser…

- En effet. Un peu plus et Shakky t'aurait renversé une pinte sur la tête, puis elle te l'aurait fait payer.

- C'est une vipère elle aussi…

Tu avais un peu soupiré, ébouriffant d'une main ses cheveux avec un grand air amusé.

- Si l'on t'écoute, tout le monde mis à part tes collègues sont au choix des sorcières ou des vipères.

- Ouais !.. Parce que c'est vrai.

Tu avais gloussé et, aussitôt il s'était redressé pour t'attraper par les épaules.

- Ecoute… Kaku !... Le monde… Le monde est plein de vipères… -avait-il tenté d'expliquer. Ils sont là… Dans les villes… Dans les campagnes… Sur les réseaux sociaux e-

- Oui oui. On leur dira. Maintenant accroche-toi, sinon tu risques de tomber.

Tu n'avais jamais su si tes sentiments étaient réciproques, mais tu n'avais cherché à les imposer. Si quelque chose devait se passer entre vous, cela aurait lieu eu moment propice… Enfin, tu aurais préféré que ce soit un autre moment que celui-là.

Alors que tu avais entrepris de reprendre la route avec lui, il t'avait de nouveau arrêté, tanguant légèrement, les joues rougies par l'alcool.

- Paulie ? Si tu as envie de discuter on pourra le faire à l'appartement. –avais-tu dis pour tenter de le résonner. Il fat fr-

- T'es vraiment quelqu'un de bien Kaku.

Tu t'étais muré d'étonnement, puis d'incompréhension.

- … De quoi tu parles ?

- Bah… 'Fin… Ecoute les mots c'est vraiment pas trop mon truc, mais voilà… J'suis content de t'avoir trouvé ce jour-là, et d'avoir continué à te voir… Parce que… En fait… J'ai l'impression… Tu vois…

Il avait un peu baissé la tête, les jambes chancelantes et les mains vissées sur tes épaules.

- Putain… J'pensais que boire un bon coup ç'me donnerait une sorte de don bizarre pour pouvoir bien parler… Mais je crois que c'est pire…

Tu avais légèrement hoché un sourcil, le détaillant de haut en bas en espérant déchiffrer ce qui pouvait bien se cacher derrière ses paroles sans le moindre sens. À commencer des phrases et ne pas les finir, Paulie était en train de te faire chercher des explications où il n'en avait sans doute pas. C'est du moins ce que tu avais pensé jusqu'à ce qu'un éclair de génie ne traverse ton esprit, à la vitesse d'un petit « Oh » de constat qui t'avait échappé.

- … Bref… Ce que je voulais te dire… C'est que…. C'est que… Oh putain de merde… J'ai la tête qui tourne et je sais même pas comment te dire ça…

- Paulie.

- … J'dois avoir l'air d'un débile… ah ah ah… Pitié Iceburg tuez-moi.

- Paulie.

Tu avais posé tes mains sur les tiennes, le faisant taire par ce simple geste. Son regard avait rencontré le tien, vous vous étiez fixés, sans rien dire, jusqu'à ce qu'il n'hoquète et ne brise le contact visuel que vous échangiez. Un regard profond, qui voulait absolument tout dire entre vous.

- … Moi aussi Paulie.

۩๑ ๑۩

Lorsque Nami était arrivée parmi vous, tu l'avais accueilli avec la même tendresse que celle que l'on t'avait offerte. Tu avais vu en elle une partie de celui que tu avais été auparavant. Tu avais vu une personne blessée, seule qui désespérée de s'ouvrir au monde. Tu y avais retrouvé une personne entourée d'ombres, mais qui n'était pas sans espoir. Paulie et les autres avaient suivi, sans même savoir à quel point cette jeune femme rousse te ressemblait plus qu'eux tous réunis.

Elle s'était d'abord ouverte à toi et, ensemble vous avez créé une relation proche, puissante que rien ne pourrait détruire. Elle était ton amie la plus chère, là où Paulie était l'homme de ton cœur. Tu avais compris son affection pour Robin, l'attraction qu'une telle artiste avait sur elle. Tu avais eu une sensation similaire avec ton compagnon. Cette danseuse attirait par la beauté de ses gestes, de sa danse et toute la palette d'émotion qu'elle pouvait faire transmettre avec un seul regard… Paulie lui avait su briser la carapace de ton cœur avec sa simplicité, sa compréhension et cette apparence maladroite qui avait apporté un nouveau soleil dans ton existence.

Nami avait pu compléter et comprendre pourquoi la venue d'une simple personne pouvait tout changer. Elle savait après avoir vu l'envers de ce monde, qu'une beauté aux antinomies de la sienne était la chose la plus salvatrice qui puisse vous arriver. À tous les deux.

Elle t'avait rappelé quelqu'un.

Une personne qui avait été chère à ton cœur… et que tu avais délaissée pour ne pas la blesser : ta sœur.

Comme Nami, tu avais une famille que tu avais voulu protéger en t'en éloignant le plus possible. Ton métier d'assassin tu n'avais jamais voulu qu'elle le connaisse, qu'elle prenne conscience du monstre que tu étais. Et tes supérieurs t'avaient empêché de trop t'en approcher. Ils avaient aussi essayé d'en faire un petit soldat, ils avaient échoué, elle avait tout oublié, tu avais arrêté de la voir. Bien sûr tu n'avais pas complètement détruit votre relation, tu lui avais envoyé des lettres, la seule chose que l'on t'avait permise de faire afin de ne pas rayer complètement ton existence de sa vie… Mais à présent tu ne pouvais plus le faire.

Si tu envoyais une lettre, ils allaient te retrouver tes anciens démons. Ils allaient mettre fin à cette idylle que tu avais construit avec Paulie, ton patron, tes collègues, tes amis et ce travail qui était le tien.

Cet autre toi qui leur avait plu, qui avait obéi à leurs moindres ordres et qui avaient encaissée absolument tout n'était plus. Il était mort sous cette neige épaisse qui était tombé le jour de ta rencontre avec Paulie. Le jour où il t'avait sauvé, cet autre toi était mort. Tu ne voulais plus qu'il revienne, qu'il t'agrippe et te force à retourner dans l'ombre, l'indifférence et le sang. Tu ne voulais plus de cette vie-là. Tu ne la laisserais pas reprendre le dessus sur tout ce que tu avais.

… Mais pour cela tu devais sacrifier complètement ta sœur.

Lorsque tu l'avais vu pour la dernière fois, elle était encore toute petite, à peine âgée de cinq ans. Tu l'avais serrée une fois dans tes bras et, tu avais un peu sourit en imaginant qu'elle aurait une vie paisible parmi les gens normaux. Et toi tu t'effacerais pour compenser la perte que le gouvernement avait en la rejetant pour sa faiblesse. Tu avais pris sur toi ce jour-là et, tu avais arrêté de la voir.

- Kaku ? Hé ? Hé oh Kaku, réveille-toi.

Une pichenette sur ton front t'avait sorti de tes pensées. Nami et Paulie te regardaient avec une pointe d'inquiétude.

- Le spectacle va presque commencer. Si tu restes là comme un merlan fris, tu risques d'être dans le passage des danseurs.

- … Ah… Oui. Oui pardon, j'étais perdu dans mes pensées.

Les deux autres s'étaient regardés, t'ignorant un instant avant de revenir à toi. La rousse avait enfoncé la casquette sur ton front, avant de te donner une petite tape sur les fesses, t'arrachant une exclamation de surprise.

- Ah !... Mais ça ne va pas ?!

- Au moins comme ça tu es bien sorti de tes pensées ! –avait-elle lancé, te tirant la langue. Je dois vous laisser, Robin a besoin de moi.

- Dis plutôt que tu veux lui faire l'amour dans sa loge avant qu'elle n'entre en piste.

- Peut être. –avait-elle répliqué, tout sourire. Quoi, t'es jaloux Paulie ?

L'homme s'était tut, lui envoyant un cigare qu'elle évita gracieusement avant de s'éclipser.

- C'est une vraie p'tite plaie c'te gamine lorsqu'elle s'y met.

- Hm… En attendant tu n'as pas répondu. Es-tu jaloux Paulie ?

- Moi ?... Jaloux ?... Ah… Comme si j'avais des raisons de l'être ! J'te rappelle que l'on vit ensemble.

Ta sœur te croyait morte. On avait dû lui faire passer le mot par le biais d'une lettre ou d'un de tes anciens collègues. Très certainement Lucci. Il avait dû aller jusqu'à chez la femme qui l'avait pris sous son aile et, il lui avait simplement dit que tu avais disparu, que tu ne reviendrais plus. Pour elle, tu étais mort.

- C'est vrai.

- Donc elle peut bien essayer de me narguer c'te petite chipeuse de blé, mais c'est pas demain la veille que je serai jaloux d'elle.

Tu avais légèrement souri, enfilant tes gants et replaçant correctement ta casquette sur ton crâne.

Tu trouverais un moyen. Lorsque le temps serait venu, tu trouverais une bonne opportunité pour reprendre contact avec elle, lui envoyer une lettre sans que personne ne devine qu'il s'agissait de toi. Ce serait risqué, mais tu te savais assez ingénieux pour réussir un tel tour de passe-passe. Et tu demanderas de l'aide à Paulie… Parce que tu savais qu'il t'aiderait si tu étais dans le besoin.

- Paulie ?

- Hm ?

Tu t'étais d'un coup penché sur son visage, lui volant un baiser rapide avant de reculer, le sourire aux coins des lèvres. Lui il te regardait, grattant la base de sa nuque avec ce même air gêné qui parvenait toujours à te toucher.

- Pourquoi t'as fais ça ?

- Pour nous porter chance.

Vous vous étiez regardé, avant de rire légèrement l'un de l'autre.

- Sérieux ? J'pensais pas que t'avais une fibre de romantique Kaku !

- C'est toi qui me l'as donné.

Ta vie dans ce théâtre elle ne faisait que commencer. Tu le savais. Cette existence paisible avec Paulie à tes côtés n'était aussi qu'à ses premiers bourgeons. Et cette sœur que tu avais laissée derrière… Tu trouverais le moyen de la retrouver, parce qu'avec ce nouvel espoir que Paulie t'avait offert, t'avait permis de tout changer.

Et cela ne faisait que commencer.


FIN


Il est possible que je revienne plusieurs fois sur ce chapitre pour le modifier. J'ai travaillé dessus sans relâche pendant une semaine, et même si je suis très fière de ma première partie, j'ai des doutes sur la seconde.

Qu'en pensez-vous? Cela manque de développement après la sortie de l'hôpital à votre sens?