Le lendemain arriva bien vite, trop vite ! Je ne me suis pas arrêtée à ma bouteille de Vodka, j'ai également vidé ce qui me restait de bière et d'apéritif. Je m'étonne moi-même d'être encore en vie. Je regarde mon réveil qui gît sur le sol, sans doute a-t-il tenté de me réveiller plus tôt et en a payé de sa vie, je ne me souviens pas. Et là le choc ! 14h05…. La seule chose qui me vient à l'esprit c'est « bordel de chi… cette partie est censurée pour les moins de 18 ans…. ». Je me lève à la hâte, faillis perdre l'équilibre et ma tête qui me lance, synonyme de gueule de bois. Je m'habille en vitesse et sors vers mon garage, récupère ma moto gisant au sol comme après un accident et démarre le moteur. Une fois bien installée, je me remémore le nom de l'hôtel, qui se trouve… à l'autre bout de la ville. Je démarre en trombe, grillant les stops, feux rouges et passages piétons et arrive après dix minutes là où en temps normal je mettrais le triple. Je gare ma moto sur le côté et me dirige à la hâte à l'intérieur de l'hôtel puis m'inclinant devant l'accueil lance toute essoufflée « Shizuru ». L'homme à l'accueil me regarde en haussant un sourcil et me répond « Puis-je vous aider ? ». N'étant pas patiente par nature, j'essaye cependant de garder mon calme « je voudrais voir Mlle FUJINO s'il vous plaît, elle m'attend ». Il vérifie son registre et me dit d'un ton snobe « Vous êtes ? ». Zen Natsuki, zen, tu es déjà à la bourre alors si tu fais un carnage avec cet empoté c'est sûr que tu te fais illico renvoyer « Kuga, Natsuki Kuga, Journaliste pour le quotidien Eco'namic ». Il me regarde de haut en bas et me répond « Votre badge s'il vous plaît ». Je sens que je vais craquer…. Je cherche alors dans mes poches en claquant un sourire qui se voulait amical et me rend compte d'une chose merde je n'ai pas pris la bonne veste. « Désolé je l'ai oublié chez moi mais je suis attendue alors appelez la, elle vous le confirmera ». Il me regarde en soupirant et me dit « ce n'est pas dans mon habitude mais je vais faire une exception en espérant que je ne perds pas mon temps ». J'avais vraiment envie à ce moment-là de lui foutre mon poing dans sa tronche de snob mais me retint je ne sais comment et attends qu'il passe l'appel en fixant mon regard sur l'heure 14h35, mon boss va me tuer …..

Je regarde alors mon interlocuteur qui me dit « suite 5, dernier étage ». Ne prenant pas la peine de le remercier, je me dirige vers l'ascenseur et atteins ainsi la suite 5. Je cogne à la porte et attend patiemment. Un malabar de 2 mètre de haut et d'au moins 150 kg m'ouvre la porte. Je me fais alors toute petite et entend une voix familière lui dire « Goran, veuillez laisser entrer Mlle Kuga» puis rajouter « prenez le reste de votre après-midi, je n'ai pas besoin de vous ». Sans un mot à mon égard, il s'incline vers l'origine de la voix, répond un « Bien, Mademoiselle » et sort de la suite me laissant là à la porte légèrement prise de court. Je m'avance alors dans la pièce et la vois, assise dans un magnifique sofa, attendant mon arrivée. Un seul mot me vient à l'esprit « sublime ». Me rappelant le pourquoi de ma venue je lui dis « Bonjour Mlle FUJINO, Veuillez m'excuser pour le retard, je… »

- « Mlle FUJINO ? As-tu oublié mon prénom sur le trajet ? »

Je fus surprise à la fois par son interruption mais aussi par le ton froid qu'elle avait utilisé.

- « Non, mais … »

- « Alors appelle-moi Shizuru, Natsuki ».

Je décide de poursuivre sans relever la parole

- « Je vais vous suivre durant plusieurs mois alors vous devez faire comme si je n'étais pas là. Je transcrirais ce que je vois, lis ou entend sur vous, passé, futur et immédiat. Une fois votre accord sur mes écrits ils paraîtront dans notre quotidien en tant que hors-série et … »

- « Je sais déjà tout ça. Assied toi »

Je ne sais pas pourquoi mais j'obéis, sans doute dû à ce regard qui me transperce et qui me fait céder à sa volonté telle une marionnette articulée. Je me trouve à environs 15cm d'elle sentant son parfum si délicat. A cette odeur je souris légèrement ce qu'elle remarque aussitôt et me dis

- « Pourquoi ce sourire ? »

- « Ton odeur »

- « Je ne comprends pas »

- « Tu as toujours cette même odeur de jasmin et de thé vert, je présume que tu es toujours accro à cette mixture plus communément appelée thé de Kyoto »

- « Ara ? Oui en effet »

Je la sens se raidir quelque peu et me dépêche de dire

- « Je suis désolée, ce n'étais pas professionnel, je … »

- « Ce n'est rien… Natsuki regarde-moi….. »

Un ordre ? Une demande ? Je ne sais le traduire. Je décide alors de céder à sa requête. Elle semble alors perdue dans ses pensées et me débite sans respirer

- « Je sais que je te dégoûte pour les sentiments que j'ai pour toi mais s'il te plaît je veux vraiment que tu m'aides à comprendre l'Amérique et j'ai besoin d'une personne que je … j'ai connu pour cela alors s'il te plaît je …. »

Cette fois se fût à mon tour de lui couper la parole et de lui dire avec un soupçon d'agacement et de colère

- « Tu ne me dégoûte pas Shizuru !»

Elle me regarde, sans doute étonnée de mon aveu. Toujours fixant le sol et essayant de me calmer je poursuivis

- « Mes gestes envers toi me dégoûte et le fait de te revoir me rappelle ma lâcheté et me répugne de moi-même mais je ne te déteste pas »

- « Nat….suki… » Tente-t-elle mais en vain je poursuis sur ma lancée

- « J'ai fait une erreur Shizuru il y a huit ans une énorme erreur… »

- « Nat.. » Je ne la laisse pas me couper, j'ai besoin d'être honnête avec elle

- « Laisse-moi finir sinon je ne pourrais pas travailler à tes côtés. Ma tête va exploser depuis le temps que je garde ça en moi alors il faut que je le dise sinon je crois que la mort serait plus douce face à cette souffrance. Je suis désolée Shizuru, j'ai eu peur il y a huit ans et c'est pour cela que j'ai répondu ça. J'aurai du te répondre autre chose, une chose qu'aujourd'hui j'arrive à penser mais que je ne serais pas en mesure de te le dire dans l'immédiat. Pourtant ce sentiment est là alors je t'en prie ne dis plus jamais ça. »

- « Ça ? » demanda-t-elle timidement

- « Que tu me dégoûte » répondis-je sentant à quel point je détestais ces mots sortis de sa bouche.

- « Puis-je te dire autre chose ? »

- « Quoi ? »

- « Je le ressens toujours malgré toutes ces années, ce sentiment envers toi »

De par notre proximité je l'ai entendu et avec un sourire triste je murmure à mon tour

- « Tu ne devrais pas, je ne suis pas digne de toi »

- « Une façon pour toi de me rejeter d'une manière plus propre que la première fois ? »

- « Non je ne te rejette pas, je te dis juste la vérité mais je ne ferais pas deux fois la même erreur si tu me laisse te le prouver », mon cœur parlait pour moi et je ne savais pas le faire taire.

- « Tu veux dire que…. »

- « Je resterais prêt de toi,…, je suis ton amie et je ferais tous pour reprendre là où on s'était arrêtée il y a huit ans si tu me le permets » ceci sonnait plus comme un souhait que comme une affirmation.

N'ayant pas de réponse, je la regarde et vois ses mains trembler. D'instinct je les prends dans mes mains chaudes, ce qui a pour réflexe chez elle de me regarder. D'une voix tremblante elle me répond

- « Promet moi de ne plus jamais disparaître comme tu l'a fait, s'il te plaît »

Je la berce contre moi, ne me sentant pas capable de faire autre chose et m'étonnant de mon propre geste et lui répond

- « Je te le promets »

A ce moment précis, je sens mon téléphone vibrer et avec un regard d'excuse je réponds

- « Kuga à l'appareil »

- « Natsuki, il faut que tu te ramènes au journal, il y a un problème alors laisse ce que tu fous et viens »

- « Ok j'arrive mais pourquoi ? Rien de grave au moins ? »

- « Ramène-toi putain au lieu d'essayer de faire le détective ! »

Et là plus rien, le téléphone a été raccroché. Perplexe, je remets mon téléphone dans ma poche et la vois me regarder d'un air encore plus triste qu'à l'accoutumer. Je m'empresse de lui dire

- «Une urgence au journal, je repasse après »

Sur ceux elle me répond tristement

- « Je vais être occupée après je dois préparer mes valises »

Je sens une légère douleur dans mon cœur mais tente de la masquer en répondant : « Valises ? »

- « Ton directeur ne t'a pas prévenu ? »

- « Heu non, tu t'en vas ? »

- « Oui je retourne au Japon. Tu devrais le savoir car tu viens avec moi…. »

- « Quoi ? »

- « C'était signalé dans le contrat et si tu as signé ton exemplaire tu as bien dû voir que… »

- « Ok ça va j'ai compris c'est de ma faute….. Je dois y aller avant que je me fasse rapatrier de force jusqu'au journal. Quand pars le vol ? »

- « Demain à 8h »

- « Rapide comme planning! A demain »

Je m'apprêtais à quitter la pièce quand je sens deux bras s'enrouler autour de moi

- « Je t'en prie, soit à l'aéroport demain »

Sentant la détresse dans sa voix, je me retourne, toujours dans ses bras et l'embrasse sur le front en lui répondant avec une voix douce et calme que je ne pensais pas être capable d'avoir

- « J'y serais ne t'en fais pas. A demain »

Sur ceux je me dirige à la hâte vers le journal. Sur le trajet, je repense à cette douceur, douleur ressentit sur mes lèvres, je ne peux que ressentir une chaleur m'envahir là où ses bras m'ont tenu. Cette même chaleur que je ressentais à chaque fois qu'elle me tenait dans ses bras pour me taquiner, n'étant pas très contact. En y repensant, elle a toujours été la seule à me toucher de cette manière dans ma jeunesse sans être repoussée ou insultée. Je me sens vraiment dénuée de sentiment en y repensant aveugle et insensible, voilà ce que je suis. Et c'est sur cette pensée que je m'arrête devant le journal entendant déjà les cris du boss provenant de l'intérieur du bâtiment c'est parti pour un moment…..

Le lendemain à l'aéroport. 7h50

Je suis là à attendre en fixant par le hublot de mon jet privé mais en vain, je ne l'a voit pas. Elle ne viendra sûrement pas. Tu t'attendais à quoi Shizuru? Tu lui forces la main à accepter ce contrat, tu vas la trimballer à droite et à gauche, et après ? Elle ne t'aime pas, juste l'amitié voilà ce qu'elle a dit, retrouver notre amitié alors je ne dois pas penser à autre chose que le travail car elle ne me donnera rien d'autre. Cet amour est à sens unique Shizuru alors concentre-toi sur ton travail. L'amitié est mieux que rien même si ça me fait souffrir, cette souffrance est moins douloureuse que son absence. Elle m'a tellement manqué et son aveu d'hier me montre que je lui ai manqué EN AMIE certes mais je l'ai quand même manqué. Nat...su…ki, non Shizuru, ne recommence pas tu vas encore souffrir si tu repense de cette manière, mais quelle beauté n'empêche. Elle a changé, grandi, mûrit avec toujours ce corps si bien dessiné et ses yeux pouvant me faire oublier qui je suis, son odeur est identique, preuve qu'elle est célibataire et… mais à quoi je pense moi... Mais pourtant elle semble comme vidée de son énergie lors de nos brefs échanges visuels. Culpabilité ? Honte ? Gêne ? Je ne sais pas comment je dois l'interpréter mais a-t-elle vu dans mon regard ce que je ressentais ? Joie, Amour, Colère, Haine, je ne le sais même pas moi-même, la frontière est tellement mince que je ne sais pas mais mon cœur qui bat comme à l'approche d'une crise cardiaque fait pencher la balance plutôt vers l'amour, cet amour « inconvenant ». A cette pensée, je ne peux qu'être attristée et me revoir il y a huit ans après son refus courir dans la demeure familiale, pleurer toutes les larmes de mon corps, moi une Fujino montrant sa faiblesse, quelque chose de si rare dans notre famille. Je revois ma mère me regarder et me dire «Tu ne devrais pas te mettre dans ces états là pour une vulgaire amourette ». Vulgaire amourette voilà comment se traduisait la vision de ma mère envers Natsuki, trop pauvre pour pouvoir prétendre être digne de moi selon elle. Mais ça je m'en foutais, je l'aimais pour son authenticité et sa façon si naturelle d'être avec moi et de me considérer comme un être humain. Après la disparition de Natsuki, je me revois refuser les différents prétendants que ma mère voulait pour moi. Après deux ans à essayer de me marier avec n'importe qui ayant un portefeuille bien rempli, mon père s'est enfin décidé à accepter mes orientations sexuelles et ainsi pendant environs trois ans, à essayer de me marier avec toutes les filles de bonne famille ne voyant qu'en moi un portefeuille bien rempli. Cruel retournement de situation. Jusqu'à il y a deux ans, où mes parents ont enfin compris que je pouvais moi-même faire mes choix. Malgré un bon nombre de conquêtes, jouant, je l'avoue sur mon physique et mon charme naturel, je n'ai trouvé aucune femme capable de me faire oublier Natsuki, cruel destin je dois dire. Mais là, la revoir m'a comme fait oublier toutes ses tentatives de passer outre mon amour pour elle, je l'aime oui je l'aime tellement mais je ne peux pas, je commence à avoir la migraine avec toutes ses pensées et commence à somnoler….