Disclaimer: J'ai retenu la leçon, Fairy Tail est à Hiro Mashima.
Enjoy!
Tout cela n'était que mensonge. Pourquoi se voiler la face. Il en avait marre. Marre d'être rejeté, marre de se faire frapper par les plus grands contre qui il n'était pas encore de taille à lutter, mais surtout marre d'attirer les ennuis à ses proches. Certes, ils n'étaient pas nombreux, mais ce n'était pas ce qui lui importait. Ils étaient justement si peu, et il ne pouvait rien faire pour les protéger. Trop faible. Trop différent. Depuis qu'il l'avait rencontrée, il avait appris à ne plus se foutre de tout et de tout le monde. C'était elle qui l'avait rendu faible. Mais il ne lui en voulait pas. Après tout, si tout cela était arrivé, c'était de sa faute à lui uniquement. Sans ses yeux semblables à ceux d'un démon, son amie aurait pu avoir une vie simple, discrète, normale. Alors pourquoi continuer à mentir, à faire croire que tout cela ne l'affectait pas ?
Juvia entra, paniquée, dans les toilettes pour hommes. Elle y trouva Gajeel, assis par terre, son cran d'arrêt en main, la lame tournée vers son propre visage.
- Gajeel-kun !
Juvia s'agenouilla à ses côtés et prit la lame dans ses mains pour l'arrêter, se faisant saigner. Mais le sang qui roulait sur sa peau de procelaine l'importait peu. Son regard était fixé sur le visage fermé de son ami.
- Fous le camp, Lokser. Ça arrangera tout le monde de ne plus les voir.
- Gajeel-kun s'en fout de ce que disent les autres. Ce ne sont que des crétins, n'est-ce pas ? On trouve peut-être tes yeux effrayants et inhumains, mais Juvia, elle, est la fille de la pluie, triste et déprimante. Et Juvia s'en fiche. Les yeux de Gajeel-kun ne sont pas effrayants pour Juvia. Ce sont deux magnifiques flammes qui réchauffent son cœur et font disparaître la pluie autour d'elle. Ces yeux rouges, si particuliers, si uniques, sont précieux pour Juvia.
Elle resta silencieuse quelques instants, la paume toujours autour de la lame que Gajeel abaissa lentement. Ce dernier se rappela de sa rencontre avec la jeune femme. Cette gamine, apeurée et détestée de tous, avait bien grandi. Elle se voulait forte, pour se montrer digne de lui. Mais finalement, c'était lui qui se retrouvait à terre, perdu et faible. Coupable du sang qu'elle faisait couler, coupable des insultes qu'elle encaissait, coupable de ne pas pouvoir la protéger des autres et de lui-même.
- Juvia se doute, reprit-elle, qu'elle ne doit pas contenter Gajeel-kun comme il la comble de sa simple présence, mais Juvia veut qu'il sache qu'elle sera toujours là pour lui. Gajeel-kun est le seul ami de Juvia et elle ne veut pas qu'il se fasse du mal. Elle l'aime tel qu'il est.
- T'as raison, je me fous de ce que pensent les autres.
Gajeel était un solitaire dans l'âme. Et pourtant, depuis ce fameux jour pluvieux, il était resté à ses côtés. Il l'avait défendu contre les autres enfants, il avait partagé ses repas et l'avait même fait sourire. Cependant, Gajeel n'avait jamais écouté personne d'autre que lui. Il s'était toujours foutu de tout ce que les autres pouvaient dire sur lui, les remarques glissant sur sa peau comme sur les plumes d'un canard. Alors elle pria fortement pour qu'aujourd'hui, il l'écoute, elle, la fille de la pluie.
Gajeel retira le cran d'arrêt des mains de Juvia qui restait sur le qui-vive, se demandant ce qu'il s'apprêtait à faire. Mais fort heureusement, elle le vit refermer le couteau avec soulagement et le ranger dans une poche.
- Mais toi, t'es pas comme les autres, hein Lokser... Qu'est-ce que je ferais sans ma fille de la pluie ?
Un sourire étira les lèvres fines de Juvia qui se releva en époussetant sa robe. Elle tendit ensuite une main à Gajeel. Après quelques hésitations, il décida de se confier entièrement à son amie et saisit sa main blanche tâchée de sang.
Elle ne l'avait pas rendu faible, elle l'avait rendu humain. Il s'était toujours détourné de tout le monde, et Juvia était sa seule amie. La seule personne chez qui il trouvait de l'intérêt. La seule personne qui pouvait le rendre fort.
Ils sortirent des toilettes et ils affrontèrent le monde ensemble, sans se lâcher la main. Du haut de leur treize ans, ils se promirent de toujours avancer et de se protéger l'un l'autre, coûte que coûte. Disparue la gamine qui pleurait sur son banc, qui froissait ses robes et baissait honteusement la tête. Effacé le garçon qui n'assumait pas sa faiblesse et qui ne pensait pas être digne de l'amitié qu'on lui portait. Elle allait sourire et il allait se battre.
La fille de la pluie et l'enfant démon.
