Il a bien essayé de l'en dissuader. Mais elle dépérissait, elle s'étiolait, se ternissait. Elle refusait de boire, de manger, et parfois, il avait même l'impression qu'elle retenait sa respiration. De toute façon, elle avait été condamnée, elle aussi. Ce jour, ou il avait rendu sa sentence… Il l'avait condamné elle aussi. Monsieur Croupton avait envoyé son fils en prison pour ses crimes. Depuis ce jour, il avait non seulement définitivement perdu son enfant, mais il était aussi devenu le mari d'une femme qui vivait à peine. L'âme de cette dernière demeurait à Azkaban, avec son fils.
Parce que l'amour est un genre de suicide.
Elle dépérissait, tout doucement, s'éteignait, comme un feu. Et Barty avait beau essayer de souffler sur les braises de toutes ses forces, rien n'y faisait. Il n'y avait plus aucune étincelle de vie. Ainsi, il se résigna. Il l'aida. Il prépara le polynectar, affina son plan, sachant qu'il mettait fin aux jours de sa femme. Il était la main qui lui tendait l'arme.
Et elle, elle se mît à le plaindre. Cet homme, ce père qui avait placé leur fils en prison, parmi ces meurtriers, ces vauriens. Non, son Barty, son tout petit Barty, n'avait jamais été comme ça. Non. C'était impossible. Son mari s'était trompé. Et quand bien même. C'était son enfant, sa chair, un bout d'elle, la moitié d'elle coulait dans ses veines. Elle était prête à donner sa vie pour lui.
Parce que l'amour est un genre de suicide.
Ce jour-là, elle le vit. Tout maigre dans sa cellule. Les cheveux sales, trop longs. Il grelotait, il avait faim et soif. Alors, quand le moment fût venu, elle prit son apparence, l'apparence de son fils. Elle prit sa place. Et elle le regarda prendre la sienne. Un sourire s'était étalé sur ses joues déjà trop creusées. Son Barty, son tout petit Barty, était libre. Il serait en sécurité. Et elle, elle l'était aussi désormais. Elle savait que tout irait mieux, que son enfant ne mourrait pas entre ses murs froids et sans âme. Et elle ne regretta à aucun moment ce qu'elle venait de faire. Elle était sa mère. Elle aurait tout donné pour lui. Tout. Son sang, sa liberté, sa vie…
Parce que l'amour est un genre de suicide.
Madame Croupton essaya de vivre. Elle mangea la nourriture des prisonniers, bu leur eau. Elle sentit tous les soirs la caresse froide et mordante des détraqueurs qui passaient trop près de sa cellule. Elle compta les jours. Un, deux, quatre, six, non… Huit ? Ou était-ce dix ? Elle plongea dans les ténèbres comme on s'endormait. Parce qu'elle était sereine. Parce qu'elle savait que son fils allait bien. Elle perdit la tête, très vite. Elle allait bientôt mourir, et peu de temps après, elle serait enterrée dans le cimetière réservé aux détenus d'Azkaban, toujours sous les traits de son fils. Et personne ne s'en soucierait, parce que personne ne sauraIT que c'était elle, et que lui, Barty, était avec son père, en bonne santé. Elle n'aurait pas l'enterrement qu'elle méritait d'avoir, elle serait jamais en terre avec les siens, et elle allait mourir seule, oubliée de tous. Mais cela, elle n'en avait rien à faire. L'amour qu'elle portait à son fils pouvait bien la tuer : tant qu'il vivait, elle, elle s'en moquait.
Parce que l'amour est un genre de suicide.
Et que Madame Croupton en a été la victime.
