Chapitre II –
Les pions se mettent en place
Vous ne l'avez certainement pas oublié, mais rappelons les faits : à l'extérieur des murs d'Hogwarts, un groupe de fanatiques surnommé les Mangemorts et dirigé par un mage noir aux pouvoirs obscurs semait la terreur dans le monde des sorciers et, plus confusément, chez les Moldus. À Hogwarts, beaucoup d'élèves dans la maison Slytherin connaissaient quelqu'un qui était actif dans ce groupe (frère, sœur, cousin, père ou ami, etc.) et partageaient également leur point de vue sur la purification de la race. La rivalité avec les autres maisons qui comptaient plusieurs élèves dont la famille était moldue atteignit son point culminant. C'était d'autant plus difficile, car les cours de 6ème et de 7ème année, plus poussés, regroupaient fréquemment des élèves des quatre maisons. La promiscuité alliée à des années de rivalité naturelle faisait naître un maximum de hargne.
Malgré tout, et peut-être à cause de cela exactement, les professeurs s'en tinrent au profil de leur cours. Le premier cours de Potions de l'année, le professeur Slughorn annonça que chaque élève se verrait partager le cours avec un autre, choisi par lui-même et que chaque équipe devrait accomplir un projet spécial. C'était dans le syllabus de leur cours, mais tous avaient cru qu'avec les événements extérieurs, les professeurs laisseraient les étudiants choisirent eux-mêmes leurs partenaires, afin qu'il n'y ait pas d'échauffourée durant les cours.
La plupart des élèves s'enflammèrent à cette annonce. Du coin de l'œil, et bien malgré elle, Dorcas vit Potter et Black échanger avec ardeur. Dorcas entendit Potter prononcer « Evans » et « ensemble » et ne douta pas un instant qu'il espérait que le professeur Slughorn les place ensemble. Lily, qui avait tout entendu, se tint droite, le visage brûlant de fureur – ou autre chose? – contenue.
De sa voix rauque, le professeur Slughorn forma les équipes sans se soucier davantage des cris indignés de ses élèves. Dorcas reçut un regard de compassion de la part de Joan lorsque Slughorn dit :
« M. Snape, vous serez l'équipier de Miss Meadows. »
Il continua sa litanie, Lily Evans et Kallie Burke (Lily semblait ne pas avoir bien saisi ce qui venait d'être dit), Sirius Black et Joan (le visage de cette dernière vira au rouge, mais l'éclat de ses yeux était révélateur) et Potter avec une élève de Hufflepuff du nom de Myriam McPatrick.
Renfrognée, Dorcas s'avança pour prendre place aux côtés de Snape qui lui avait jeté un regard dégoûté en entendant Slughorn associer leurs noms. Il ne bougea pas d'un poil ni ne fit mine de remarquer qu'elle s'avançait vers lui.
Lily, aussi peu enthousiaste que Dorcas, traversa l'allée et alla s'asseoir à côté d'une Kallie Burke furieuse.
« Ne va pas t'imaginer, cracha Kallie, que je vais te rendre la tâche facile Evans! »
Potter était prêt à sauter à la gorge de Kallie pour avoir osé parler ainsi à Lily. Sirius, qui aimait tant sa charmante et lointaine cousine, le secondait de près, le regard meurtrier. Il gardait cependant un œil sur Snape, au cas où celui-ci aurait eu l'idée d'être méchant avec Meadows.
Sans répondre à cela, Lily se contenta d'ouvrir son cahier et d'attendre que le professeur Slughorn assigne à chaque équipe le projet à élaborer.
Snape bougea vers la droite pour éviter une quelconque proximité avec Dorcas.
« Si tu crois que ça me plaît d'être avec un type comme toi, autant baigner nue avec le calmar géant! »
Surpris de ces propos, Snape fixa Dorcas la bouche béante avant de la refermer rapidement pour sortir une de ces méchancetés habituelles, mais Dorcas, plus rapide, en profita pour éclater de rire sous son nez crochu. Il lui avait même semblé pendant un instant, ô si fugace, avoir vu l'ombre d'un sourire sur les lèvres de Snape.
« Allez, mettons-nous au boulot veux-tu, je n'ai pas que ça à faire échanger des amabilités avec des gens de ton espèce, » dit-elle alors que Slughorn glissait un parchemin devant eux.
« Lisez bien le contenu du projet que je vous ai assigné. Tout est très clair, mais si par malheur ou par une déficience quelconque de votre sublime cerveau d'adolescent vous aviez une question, vous passerez me voir après les cours », déclara le professeur Slughorn en s'asseyant à son bureau, le visage impassible, mais on voyait qu'il se retenait de rire. Son humour, pas toujours apprécié des élèves, créait chez lui une sorte d'euphorie incontrôlable.
De l'autre côté de l'allée, Sirius Black contemplait l'équipe formée de Dorcas et de Snivellus.
« Tu crois qu'elle saura s'arranger avec lui? » demanda Sirius à Joan.
« Oh oui! J'ai rien à craindre pour Dorcas, par contre Snape pourrait avoir des problèmes », déclara Joan, heureuse de faire la conversation avec Sirius. « Dorcas est une forte tête et elle ne manque pas d'humour. »
Le visage tout rose, Joan parcourut le parchemin distribué par Slughorn.
« Oui mais quand même… », fit Sirius incertain.
Il jeta un coup d'œil inquiet à Dorcas qui éclatait de rire au même moment. Comment pouvait-elle avoir envie de rire avec un tel type comme coéquipier? Il haussa les épaules. M'enfin!
« Tu sais Meadows, dit Snape, un rictus aux lèvres, tu caches bien ta stupidité! Il est vrai que ce n'est pas l'espace qui manque pour la cacher!» ajouta-t-il avec un regard éloquent aux formes quelque peu voluptueuses de Dorcas.
Touché! Cette dernière rougit, mais ne se laissa pas démonter.
« Mais écoutez qui parle! dit Dorcas en élevant légèrement le ton. Tu sais Snivellus que ce n'est pas gentil de se moquer ainsi des gens. Après tout, qui se ballade avec un caleçon dont toute l'école a vu l'horrible couleur grise? Tuttt tutt tutt! Tu devrais faire plus attention! »
Tout le monde de la classe qui avait entendu Dorcas éclata de rire. Même quelques Slytherin ne purent s'empêcher de se bidonner. Snape n'avait décidément pas la cote.
Si un regard pouvait tuer, Dorcas serait morte sur-le-champ. Snape la fixait férocement avec une seule idée en tête : lui faire payer ce qu'elle venait de dire! Et la faute était encore à Potter et à Black! Oh! Ceux-là! Ceux-là….
« Vous avez des questions Miss Meadows? » demanda le professeur Slughorn en surgissant devant elle.
« Non, aucune professeur. J'échangeais seulement avec Snape de certaines propriétés d'une plante », mentit-elle.
Son mensonge devait être convainquant, car Slughorn la laissa tranquille.
Dorcas n'avait aucune envie de faire équipe avec quelqu'un comme Snape, mais comme elle savait que Slughorn ne changerait pas d'avis, elle décida de sacrifier son caractère épineux.
« Du calme! Du calme! dit-elle à Snape alors que ce dernier fulminait littéralement à côté d'elle. Je suis désolée, je ne voulais pas être vache comme ça, mais tu ne pensais quand même pas que je resterais sans rien dire après l'insulte que tu venais de me balancer! »
Snape était abasourdi! Qu'est-ce qui lui prenait à cette connasse de lui faire des excuses?
« Je sais, tu as l'impression que je débloque mais, vois-tu, nous allons être équipiers toute l'année ensemble. J'ai pas envie que ce soit l'enfer à chaque fois. Je veux de bons résultats! »
Réfléchissant très vite, Snape se dit que Meadows n'avait pas tort. Il savait lui aussi que Slughorn ne changerait pas d'idée et lui aussi voulait d'excellentes notes! Potions était son cours favori. C'était important pour sa carrière d'ailleurs.
« D'accord, déclara-t-il sans ambages. Mais à la première saloperie, je ne réponds pas de moi! » la menaça-t-il.
« Ça me va! », déclara Dorcas qui était très satisfaite de la tournure des événements. « Mais, ajouta-t-elle, tu n'es quand même pas obligé de me saluer dans les corridors… »
Snape hocha la tête, ne sachant pas s'il devait apprécier l'humour dont la jeune femme faisait preuve.
« En dehors de Potions, tu n'existeras même pas pour moi si cela peut te rassurer! »
« Ouf! Quel soulagement! »
Elle lui fit un clin d'œil qui déconcerta Snape au plus haut point. Il fallait le dire à sa décharge, Snape était un bien piètre adolescent. Il était impossible pour lui de rigoler avec une bande (et les Slytherin n'étaient pas ses amis), d'échanger amicalement avec qui que ce soit et encore moins avec une fille. Il était si incapable d'être décontracté en présence d'une demoiselle, qu'il préférait être méchant au cas où celle-ci aurait des envies de se moquer de lui. Vous voyez un peu le mélange que ça donne? En bref, il était bête et méchant avec tout le monde, au cas où…
Finalement, même pour Lily, le cours ne fut pas si redoutable qu'elle aurait pu le croire de prime abord. Kallie était une vipère, cela allait de soi, mais elle était une bonne élève, même si parfois elle lui glissait de petites touches venimeuses, Lily faisait de son mieux pour montrer qu'elle était sourde. En sortant, Joan trépignait de joie en essayant bien de le cacher, mais la mine longue de Lily lui gâcha un peu sa joie.
« Ouais bon je sais, vous êtes pas chanceuses vous deux… mais avouez que j'ai des raisons d'adorer Slughorn aujourd'hui! »
Elle était aux anges et ses amies tentèrent de partager un peu son euphorie.
Quand elles arrivèrent dans la grande salle pour le repas du midi, Alexandra était déjà là et les attendait, le nez dans son potage. Alex n'avait pas les mêmes cours que ses trois amies. Elle envisageait faire carrière dans la mode. Elle était une excellente dessinatrice et ses amies ne doutaient pas de sa réussite. Elles étaient d'ailleurs enchantées qu'Alex leur fasse des trucs rien que pour elles. Aucune des filles de l'école ne portaient des fringues originales comme elles. Alex puisait un peu partout, dans toutes les époques, mais la mode moldue des années soixante-dix avait de quoi l'inspirer. Elle adaptait ses dessins aux vêtements des sorciers. Elle trouvait incompréhensible que personne ne se soit penché là-dessus.
« C'est quoi ces faces de carême? » demanda-t-elle d'un ton goguenard à Lily et à Dorcas. Elle regarda Joan qui, elle, semblait ne plus porter au sol, tant elle était heureuse.
« Laissez-moi deviner… Joan, c'est plutôt facile, ça a rapport avec Noiraud… »
Joan, rouge pivoine, la fusilla du regard, mais Alex n'en tint aucun compte. Elle était en pleine réflexion.
« Toi Lily, je dirais que Potter t'a demandé en mariage, tu lui as dit oui dans un moment d'égarement et la raison t'est subitement revenue. Te voilà dans de beaux draps ma vieille! »
Lily ne put s'empêcher de s'amuser à cette idée.
« Tu es d'une perspicacité Alexou chérie! »
« Attends! Je n'ai pas terminé! Je vois… je vois… pour Dorcas…c'est une bête monstrueuse qui te poursuit partout… »
« Tu n'es pas loin, accorda Dorcas en ricanant. Slughorn m'a placée en équipe pour l'année avec ce chaleureux Snape. Alors quand on parle de bête monstrueuse, je trouve que l'analogie lui colle parfaitement! »
Pendant quelques minutes, elles firent plein de comparaisons tordantes entre Snape et quelques bêtes reconnues pour leur laideur et autres attributs magiques peu appréciés.
« Pauvres bêtes! Et dire qu'elles ne peuvent pas se défendre! » se lamenta Alexandra.
« Arrêtez de parler ainsi de Severus. C'est une bonne personne, il n'a juste pas l'habileté pour le démontrer », intervint Lily qui se sentait mal à l'aise de les entendre dénigrer Snape qui était un de ses plus vieux amis.
« Tu parles quand il t'a insultée à la fin de l'année dernière? C'est pas un manque d'habileté ça Lil, dit Dorcas, c'est de la méchanceté. » Le visage de sa meilleure amie venait de blanchir à ce souvenir et Dorcas ajouta rapidement : « Mais bon, je suis prête à lui donner le bénéfice du doute et peut-être qu'au fond de lui il est bien sympathique. »
« Et toi Lily, tu as été placée avec qui? » demanda Alexandra pour changer le sujet. « Pas avec Potter j'imagine, Slughorn n'allait pas placer les membres d'une même maison ensemble… »
« Kallie Burke », murmura Lily en glissant son sac sous la table à ses pieds.
« Quoi! Cette poufiasse! Dis donc cher cœur, on dirait tu es dix fois moins choyée que Dorcas qui pourtant n'a rien à envier! Ma foi, ajouta-t-elle en coulant un regard mauvais à la table des Slytherin, si vous pouviez glisser un peu de poison dans leur chaudron ou n'importe quoi qui les rendrait un peu plus aimables ces deux-là… »
« Alors là, y a pas de danger! Je crains fort que même la potion saupoudrée de gentillesse se sauverait à l'approche de leurs lèvres! » se moqua Joan puis, lançant un regard coupable en direction de Lily. Tu y as pensé Alex? La goutte qui aurait le malheur de se poser dans la bouche de Snivellus… »
« Arrête! Arrête! Tu vois pas que je suis en train de manger là? »
Dans un effort pour faire dévier le sujet de Severus Snape, Dorcas demanda à Alexandra comment s'était passée sa période libre. Celle-ci entama donc le récit de ses péripéties, abandonnée qu'elle était par ses amies durant plus d'une heure. Bonne conteuse, elle les fit s'écrouler de rire, tant que Dorcas essuya quelques larmes qui perlaient aux coins de ses yeux.
« Ah Alex! On ne peut pas te laisser seule hein? »
« Vous le faites à vos risques et périls c'est bien vrai! » dit cette dernière.
À la table des Slytherin, Snape fixait Dorcas d'un air blême. Il n'avait rien entendu, évidemment, mais on aurait pu croire qu'il savait qu'elles parlaient de lui.
« Bon, c'est bien beau tout cela, mais j'ai faim moi. Tu viens Joan? »
« Hein? Quoi? Ah oui! J'arrive! »
Lily, Dorcas et Alex échangèrent des regards de connivence. Joan n'avait certainement pas envie de manger, surtout qu'à la table des Gryffindors arrivaient les quatre inséparables dont faisait partie Sirius Black. Celui-ci lui fit un sourire auquel Joan répondit timidement.
En repartant avec Dorcas, elle se maudit.
« Quelle conne! Ah mais quelle conne! Je rougis, je balbutie, je lui réponds à peine! Mais pour qui il va me prendre! »
« Pour une fille vraiment adorable qui en pince un peu, rien qu'un peu, pour lui », lui dit Dorcas gentiment. Il y avait des ces jours où elle se sentait en grande forme! Un bon mot bien placé, un réplique acide à un personnage fort peu apprécié, un élan de conscience et une relation (avait-elle mis le mot « relation » avec l'image de Snape? N'y avait-il pas un autre mot pour désigner l'espèce de truc qu'elle était obligée de partager avec Snivellus?), eh bien cette « chose » prenait un aspect moins désagréable. Moins drôle aussi, elle devait bien se l'avouer.
En s'asseyant à la table des Ravenclaw dont les discussions étaient toujours plus calmes que chez les Gryffindors, Dorcas vit les yeux sombres de Snape posés sur elle. Elle se retint de justesse de lui envoyer une grimace et, avec un sourire moqueur, commença à manger son potage tout chaud de poireaux. Il était délicieux!
Ce qu'elle ne vit pas cependant, ce fut le regard de Sirius Black qui détaillait son profil pensivement. Joan, qui n'avait d'yeux que pour lui, crut qu'il la regardait et, toute rouge, commença à manger, le cœur palpitant.
