Et hop, voilà la suite ! Ca va être rigolo !
Le lendemain matin, après la réunion et après s'être assoupi au bureau, Hank pesta contre lui-même et prit immédiatement la voiture. Sur le chemin, à force de voir des enseignes, il eut la présence d'esprit de s'arrêter faire quelques courses, histoire de remplir le frigo.
« C'est moi Alice ! Désolé de rentrer si tard… »
Il était bientôt midi, elle n'avait sans doute même pas petit-déjeuné. Il la trouva assise sur le lit, à caresser le dos de Sumo qui l'y avait rejoint, sage. Il fit un signe de main à Alice, désespérant de savoir quoi dire. Alors, les courses… le gel douche et le shampouaing pour enfants, à la salle de bain. Les trucs froids, dans le frigo, le reste : dans les armoires…
Il s'arrêta sans prévenir et ferma les yeux.
« Bon sang… »
Il senti la présence d'Alice derrière lui et elle-même s'était un peu raidie en l'entendant.
« Ah, c'est rien ma puce, j'ai juste… ben, il va falloir que t'ailles à l'école. Ça m'était sorti de la tête. »
Alice ne réagit pas à cela, mais pour Hank, c'était une galère supplémentaire. Certes, de cette façon Alice ne passerait pas ses journées à la maison, et puis l'école, quoi, c'est la base ! Mais les frais d'inscription ? Les papiers administratifs ?
Bon sang son boulot lui prenait tout son temps. Il n'y arriverait jamais. Et bien sûr, Connor vint le trouver jusque chez lui pour lui rappeler ses devoirs. Hank soupira et ne se donna même pas la peine de lui répondre, retournant à l'intérieur en lui fermant la porte au nez. Après quelques secondes, il l'entendit entrer malgré tout, profitant qu'elle ne soit pas verrouillée. Dès qu'elle l'aperçut, Alice retourna dans la chambre de Hank et Sumo la suivi.
« Lieutenant ? »
Celui-là était au bout du rouleau, et accessoirement dans la cuisine.
« Lâche-moi un peu, robot de mes deux.
– Encore des problèmes avec Alice ? »
Il le regarda d'un air noir. Mais c'était l'idée, oui.
« Je viens seulement de percuter qu'une fille de neuf ans ça doit pas juste avoir un lit, mais aussi aller à l'école, et dans son cas voir un psy. Trop de choses. Trop de frais. Moi je peux tout juste la faire manger et l'habiller. »
Connor le regarda un peu encore avant de baisser la tête, réfléchissant.
« … votre principal problème, ce sont les frais… »
Il avait cette voix un peu marrante qu'il avait lors des enquêtes, quand il réfléchissait. Hank lâcha un sourire. Est-ce que cette boîte de conserve n'était sérieusement pas en train de donner de sa personne pour le tirer de là, genre, avec un plan ?
« J'ai… une certaine marge de manœuvre.
– De ?
– Bancaire.
– …
– Il va falloir passer commande en une seule fois. »
Hank le regarda longuement avant de commencer à comprendre.
Connor pouvait tirer un peu de sous à Cyberlife. Sauf qu'ils ne lui permettraient un tel écart qu'une seule fois, étant donné que c'était supposé le dépanner dans le cadre de sa mission. Pas pour dépanner un flic aux abois. Et, notons-le :
Ils n'avaient pas jugé utile de lui mettre un plafond.
Dix minutes plus tard :
« Ah, attends, rajoute un – non, deux oreillers, tiens.
– Très bien. Que dit la directrice ?
– Elle prendra Alice dès demain. Et ils acceptent les virements.
– Très bien. Les fournitures ?
– Quelles fourni- Ah ! Le sac, les crayons, évidemment ! Mets le paquet.
– Quel paquet ?
– C'que t'es con… la totale ! Prévois de la marge ! Elle ira encore en classe l'année prochaine hein !
– Très bien. Je pondère les quantités par rapport à la durée de vie du matériel et l'espace de stockage à votre disposition. Et pour le psychothérapeute ?
– T'en as assez fait. Ça, je le payerai moi-même. J'y tiens.
– Dans ce cas, pourquoi ne pas ajouter sur la liste la commande du prochain repas ? Autant amortir vos frais au maximum.
– T'es ma marraine la bonne fée, toi. »
Le lendemain, Hank regarda sa montre et ferma les fichiers sur son ordinateur.
« Tiens ? Tu rentres tôt ! remarqua Reed.
– Surprise.
– Tu ramènes ta gosse de l'école ? »
Hank le regarda intensément. Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour pouvoir flanquer une patate dans le sourire imbécile de ce connard. Mais il n'en fit rien, prenant sa voiture et filant un peu vite jusqu'à la nouvelle école d'Alice. Elle le rejoignit docilement, une fois qu'elle l'eût reconnu et lui donna même la main spontanément.
« Alors ?… Ça s'est bien passé, à l'école ? T'as pas eu de soucis ? » demanda-t-il machinalement. Il commençait à s'habituer à parler seul. Mais Alice consenti à hocher la tête.
« Ah, c'est bien… vous avez appris des belles choses ? »
Alice s'installa dans la voiture et fit non de la tête.
« Ah bon… Des trucs moches alors ? »
Alice sourit et fit encore non de la tête. Mais elle avait franchement sourit. Hank se promit de se souvenir du jour où il la ferait rire.
En arrivant, il eut la surprise de voir plusieurs camionnettes bataillant pour se garer devant chez lui. Il comprit finalement qu'il s'agissait des différentes livraisons.
« T'as vu ? C'est que des choses pour toi. Cool, hein ? »
Il était plutôt fier de lui. Alice était perplexe, elle. Puis soudain, Hank pâlit.
« Oh bon sang, le lit. Faut que je rappelle Connor. »
Pas question de se casser le dos tout seul dessus.
« Lieutenant, je commence à croire que vous me prenez pour votre androïde ménager…
– Oui ben écoute, si t'avais pas causé cet accident avec cette pauvre femme androïde j'en serais pas là… han ! » termina-t-il en déposant le sommier dans la nouvelle chambre. « Ah, au fait, des nouvelles de Cyberlife ? Ils t'ont savonné ?
– On ne peut pas engueuler une machine, vous savez. En revanche, je suis dispensé de tout contact avec l'argent sous toutes ses formes.
– HA HA ! Ils ont pas aimé, alors !
– Pas du tout.
– Merci.
– Comment ?
– De t'être mouillé.
– Ce n'est rien.
– Si, c'est quelque chose. C'est bien, Connor. Ah, tiens.
– Vos clés ?
– Un double. Au cas où. Genre s'il m'arrive un truc, que je peux pas m'occuper d'Alice ni demander à quelqu'un de le faire, vérifie que tout est en ordre. Allez, prends-là ! Puisque t'as pas d'argent dans les poches, t'as de la place pour une clé, non ?
– Certes… »
Hank aperçu Alice derrière la porte. Elle fila se cacher dans la chambre de Hank où elle dormait encore pour l'instant.
« Je crois qu'elle t'en veut encore pour l'accident.
– …c'est normal. N'importe qui aurait été sous le choc.
– Et si t'allais lui parler ?
– Moi ?
– Non, le mur. Bien sûr, toi !
– Pour lui dire quoi ?
– Que t'es désolé ?
– Je ne suis pas… »
Connor sentit que dire qu'il n'était pas désolé devant Anderson était une fort mauvaise idée.
« Je n'ai pas souhaité sa destruction, c'est juste que…
– C'est déjà pas mal. Essaye de faire un effort, allez. »
Connor sembla vouloir prendre le temps d'y réfléchir avant, mais il plia.
« … très bien. »
Hank le suivit tout en restant en retrait, l'observant rejoindre Alice dans sa chambre. Elle avait fait une tente avec les draps et s'était réfugiée en dessous, sur le lit. Hank adorait ça. Connor, lui, chercha un moyen de se placer et choisi de s'asseoir sur le bord du lit, gardant une certaine distance.
« Alice… »
Hank en était presque certain : jamais cette machine n'avait eu autant de difficultés à trouver ses mots. Jamais. Le challenge de toute sa courte vie.
« Ce jour-là, lorsque j'étais à votre poursuite, à toi et Kara… Je ne souhaitais pas ce qui lui est arrivé. Je regrette, sincèrement. C'est ma faute. »
Alice le regardait sans ciller. Droit dans les yeux.
« Oui. C'est ta faute. »
Hank frémit. Connor hocha la tête et quitta la chambre. Lentement.
« Je vous laisse. »
Hank opina et le laissa sortir, lui aussi un peu secoué.
Ses premiers mots, bordel. Ils avaient claqué comme un fouet sans qu'elle eut à hausser la voix.
Il aurait dû s'y attendre, mais… au moins, ça restait des mots. Ses premiers depuis l'accident, mais Alice avait enfin parlé. Vu comme ça c'était une bonne chose. Un progrès.
…
Attends. À l'instant… Oh merde. Merde merde merde !
Hank couru vers la porte d'entrée mais au dernier moment il se retint de l'appeler, impuissant, regardant Connor s'en aller avec son taxi. Il valait mieux laisser les choses comme ça, il ne voyait pas comment réagir. Il n'aurait pas su quoi dire, ni quoi faire. Dire qu'il avait failli ne pas remarquer ça…
Sa lampe. Sa putain de loupiote à la tempe. Rouge. La première fois qu'il la voyait toute rouge. Il ne l'avait vue comme ça que sur des déviants.
Il pouvait en mettre sa foutue main à couper. Connor en avait souffert.
Connor avait ressenti quelque chose !
Pour l'instant il ne pouvait et ne devait rien en faire. Mais objectivement, il était très intéressé par ce qu'il considérait comme un autre progrès. Il revint vers Alice, en train de s'occuper avec un bibelot. Il observa la tente, égayée de deux coussins, et se fit la réflexion.
« Toi, je t'ai pas acheté l'essentiel… Tu viens ? »
Une demie-heure plus tard, Alice entrait avec lui dans un magasin avec quelques jouets mais surtout : des peluches. Partout. Ils en remplirent quasiment toute la banquette arrière, Alice serrant un hippopotame dans ses bras avec ferveur, refusant de le lâcher depuis qu'elle avait mis la main dessus. Chaque fois qu'elle le serrait un peu fort, le mastodonte rebondi ouvrait grand la bouche. C'était pour ça qu'elle refusait de le lâcher. Pour la première fois depuis des lustres, Hank se sentait… bien.
Content.
