Hello !
Je n'ai pas beacoup de temps aujourd'hui, alors rapidement. Merci à tous ceux qui ont lu le premier chapitre, qu'ils aient ou non laissés une review ^^. J'espère que le deuxième chapitre vous plaira autant que le premier.
Disclaimer : Les personnages d'Harry Potter appartiennent à JKRowling (heureusement d'ailleurs).
Paring : HPDM à venir. Pour ceux qui n'aiment pas le GWHP rassurez-vous moi non plus seulement je n'ai pas le choix alors prenez votre mal en patience, ça va s'arranger.
Bêta : Pilgrim encore et toujours que je remercie pour ses précieux conseils. Tu es bien meilleure bêta que tu ne le penses.
Bonne lecture !
Chapitre 2 : Le chat noir, la citrouille et le miroir
Le feu éclata en milliers de petites flammes qui s'éparpillèrent dans la pièce. Hermione hésita une seconde entre l'horreur et l'admiration avant de crier vers Harry et Ron, en retrait par rapport à elle. Fascinés par les lueurs bleutées qui s'approchaient, ils ne réagirent pas à son appel.
Le centre de la flamme s'éclaircit petit à petit et elle distingua clairement le corps nu, mince, recouvert de longs cheveux turquoise et pourvu de deux ailes translucides de ces créatures rares qu'elle n'avait vu qu'en dessin.
- Ce sont des Esprits des Glaces ! Dépêchez-vous de courir vers la sortie, vite !
Trop tard. Dans une nuée de vapeur d'eau, les premières flammes disparurent en touchant le sol et à leur place sortirent d'immenses miroirs, transformant le hall en labyrinthe de glace. Elle se retourna dans la ferme intention de rejoindre Harry et Ron qui se réveillaient à peine de l'état de demi-sommeil provoqué par les Esprits des Glaces, mais la pièce se mit à tourner de plus en plus vite. Ses jambes fléchirent sous son poids et elle s'effondra.
Incapable de se relever, son visage heurta violemment la pierre du sol alors qu'il se soulevait, parcouru d'ondulations, se changeant progressivement en glace. Le choc la laissa groggy. Impuissante, elle les vit disparaître, sa vision floue.
Quelques minutes plus tard tout était terminé. Hermione se releva en massant son menton pour se figer presque immédiatement. La voix frêle de la sorcière résonna de tous les couloirs à la fois, amplifiée par le dédale.
« Atteignez l'étage et vous serez libres. »
Elle soupira, observant d'un œil critique sa cape avant d'évaluer que rien ne l'avait abîmé. A grandes enjambées, elle prit le premier couloir en direction de l'escalier. Quoi qu'il arrive, elle ne perdait jamais son sens de l'orientation. La baguette fermement tenue en main en position d'attaque, elle attendait de pied ferme les obstacles !
Mais en guise d'obstacles, c'est un silence tout ce qu'il y a de plus banal qu'elle rencontra seulement troublé par le bruit de ses talons claquant sur la glace. De temps en temps, elle croisait des ombres d'élèves de l'école et soupirait. Les Esprits des glaces possédaient un charme qui levait les barrières mentales, leur permettant ainsi de dénicher les moindres faiblesses. Ensuite ils modifiaient l'environnement grâce à leur métamorphose et enfin, ils créaient une illusion parfaite agissant sur les cinq sens pour perdre définitivement les personnes qui s'aventuraient sur leurs territoires.
La seule raison pour laquelle elle n'avait pas été touchée semblait due au fait d'être une femme. Les esprits des glaces apparemment influençaient mieux les hommes. Elle nota soigneusement cette donnée pour plus tard.
Entendant des voix dans le couloir, elle se cacha dans un renfoncement, le miroir en contact avec son dos, refroidissant ses muscles. Parkinson, Malefoy, Zabini et Nott passèrent sans la voir, trop occupés à se rejeter mutuellement le fait d'être là. Seul le blond fronçait les sourcils sans les écouter, visiblement en train de réfléchir.
- Tout ça Nott c'est encore grâce à toi ! Elle imita la voix de Théo « Allez venez Potter et sa bande viennent d'entrer dans le Palais des Glaces, suivons les ! » Vraiment quelle idée de génie tu as eue !
- Pourquoi ce serait de ma faute ?! Dès qu'on prononce le nom de Potter devant Dray, il fait n'importe quoi ! En plus, qui nous a traîné devant le stand de Pommes d'amour tout à l'heure parce qu'elle voulait à tout prix en partager une avec Draco ?
Pansy gonfla les joues de colère et pointa Blaise du doigt.
- En attendant moi, je ne vous ai pas fait assister à la démonstration d'élevage de Dragons ! On a faillit se faire réduire en cendres quand ils ont commencé à cracher des flammes dans tous les sens !
Le noir se tourna vers elle, pas effrayé par la colère de son amie. Il était rompu à ce genre d'exercices. Pansy éclatait à peu près quatre fois par jour dans la salle commune de Serpentard.
- Me mêlez pas à ça ! Je n'y suis pour rien si une petite flammèche de rien du tout à mis feu à ta frange. De toute manière, ça ne t'allait pas.
- Comment ça ne m'allait pas ? Mais quand je suis revenue du coiffeur, vous m'avez dit que ça m'allait très bien ?! Que ça faisait ressortir mes yeux ?
Nott qui palpait un miroir y alla de sa petite remarque lui aussi. Il fit un petit signe à Draco qui de son côté en tapait une doucement.
- Il fallait bien dire quelque chose pour que tu nous fiches la paix.
- Vous m'avez menti ? Comme un sale raté de Gryffondor ?! Alors que vous aviez l'occasion de me descendre ?!
Blaise haussa les épaules en s'éloignant prudemment. En général, Pansy finissait toujours par frapper la personne la plus proche d'elle quand elle voyait arriver l'épuisement de ses critiques. Et elle faisait mal malgré son physique mince.
- C'est la guerre. Ca nous a rendu plus proches. Va retourner la tombe de l'autre idiot si tu veux te plaindre à quelqu'un.
- La ferme. J'essaye de réfléchir je vous signale.
Blaise et Pansy refermèrent la bouche dans un même mouvement idiot. Nott sourit et ébouriffa les cheveux de Draco qui grogna pour la forme. C'était le seul à pouvoir le faire sans risquer de se prendre un sortilège dans la seconde qui suivait. Enfin, sauf le matin… Le jeune Malefoy n'était pas, mais alors pas du tout du matin.
- Pas possible. Ca t'arrive vraiment Dray ? Je pensais que jusqu'à présent tes notes n'étaient du qu'à ta superbe assiduité quand tu faisais tes antisèches.
- Comme si je m'abaissais à ça.
- Oh si, il est très assidu. Surtout la nuit… ses rêves lui demandent une dose considérable d'assiduité si l'on en croit les gémissements qu'il pousse. Tu as oublié ce détail Nott ?
- Comme c'est dommage. Pourquoi a-t-il fallut que l'école sépare les filles et les garçons la nuit ! C'est idiot.
Le teint de Draco se couvrit d'une jolie teinte rosée mais il n'ajouta rien, se contentant de continuer sa route. Nott le suivit, deux pas en retrait sur sa droite. Pansy éclata de rire avant de tendre élégamment son bras à Blaise, qui effectua une révérence et le lui prit. Bras dessus, bras dessous, ils suivirent leur meneur, bons derniers et riant comme des imbéciles.
Hermione les entendit s'éloigner. Malefoy les avait prévenus suffisamment tôt pour qu'aucun d'entre eux ne soit pris dans le charme. Un point pour lui. Elle reprit son chemin sans avoir rien appris de plus sur la façon de sortir de là mais gardant en mémoire la solidité de l'amitié des Serpentard. Dans l'école tout le monde pensait qu'ils n'étaient ensembles que par intérêt, elle serait ravie de les détromper. Surtout cette idiote de Lavande qui croyait toujours connaître en premier tous les potins.
Deux yeux bleus disparurent du miroir sur lequel elle s'était appuyée.
Un quart d'heure plus tard, le couloir s'élargit et elle vit une lumière douce, droit devant elle. Heureuse d'avoir trouvé la sortie, elle accéléra son pas, pressée de monter à l'étage. Elle monta l'escalier le souffle court, deux marches à la fois et déboucha sur une bibliothèque au moins aussi grande que celle de l'école. Les rangées de livres s'alignaient à profusion, entrecoupés de fauteuil de velours vert servant pour la lecture. Un lustre en cristal éclairait la pièce à l'aide d'une bonne centaine de bougies. Tout était classé par catégories.
Le premier livre traitait des sortilèges d'illusion complexes. Elle le saisit et s'installa en tailleur dans le premier fauteuil venu. Si déjà elle avait gagné, autant attendre les autres en s'instruisant.
~°~ Du côté d'Harry ~°~
En tombant, Harry se couvrit par réflexe la tête des mains même si le plafond pour le moment ne s'écroulait pas sur eux. Il entendit les gémissements de Ron et d'Hermione probablement dans le même état que lui. Les Esprits des Glaces continuaient à se poser et bientôt, il perdit ses amis de vue.
Il regretta de ne pas avoir écouté la moitié des nombreuses leçons sur les créatures magiques dont Hermione l'avait abreuvé. S'il l'avait fait, il saurait de quoi elles étaient capables. Il n'eut pas le temps de s'appesantir là-dessus que la voix de la sorcière résonnait déjà.
« Atteignez l'étage et vous serez libres. »
Harry pesta en jetant des coups d'œil affolés à droite à gauche, fouillant ses poches à la recherche de sa baguette avant de réaliser qu'il l'avait laissé au dortoir comme un idiot.
- Putain, ça ressemble à un remake de la Coupe de feu… C'est quoi ces conneries ?
Il se mit à courir, butant parfois dans les miroirs, poursuivant des ombres qu'il pensait être celles de ses amis sans jamais réussir à les voir nulle part. Après s'être pris une énième paroi en pleine figure, il stoppa, bien décidé à trouver un plan raisonnable avant de continuer.
Il inspecta longuement les miroirs mais ils étaient trop lisses pour être escaladés et lui donner un aperçu de sa position. Impossible aussi de savoir où était les escaliers. Il tapa doucement sur la glace jugeant son épaisseur avant de finir par enchaîner les coups de poing et de pied sans jamais réussir à l'abîmer. Essoufflé et à court d'idées, il décida de compter sur la chance pour trouver la sortie. Après tout, jusqu'à présent, la chance lui avait permis de rester en vie…
- Harry ? T'es où ?
- Ron ? Parle le plus possible le temps que je trouve ta position !
Il obliqua à gauche avança de quelques mètres et se retrouva bloqué par un miroir. Faisant demi-tour, il prit à droite. La voix de Ron retentit à nouveau, quelque part derrière lui. Il jura.
- Tu veux que je dise quoi ?
- Peu importe ! Parle ! Tiens énonce moi les règles des échecs !
Les échecs ne semblaient pas être un sujet satisfaisant pour Ron.
- Harry ? Pourquoi Hermione ne nous entend pas ?
Courant toujours, Harry se mit à réfléchir rapidement, étonné de la perspicacité de son meilleur ami.
- Je suppose que c'est à cause des miroirs, ils étouffent les voix.
- Ces attractions sont louches quand même… Quand j'étais gamin, Fred et George disaient toujours que les foires sorcières étaient pour les adultes, pas pour les morveux. Je commence à leur donner raison. C'est n'importe quoi ce truc !
- C'n'est pas vraiment le moment de penser à ça !
- T'en as de bonnes toi, tu veux que je pense à quoi ? Putain, pourquoi Mione ne répond pas !
La voix de Ron résonna cette fois toute proche de la sienne alors que la seconde précédente, elle semblait lointaine. Il jura à nouveau et changea de direction en se demandant si un sortilège ne brouillait pas leurs tympans respectifs.
- Il y a quelque chose qui cloche Ron !
- Ouai. Y a une espèce de brume violette qui arrive vers moi ! Elle… oh merde, on dirait qu'elle rampe ! Je crois que c'est vivant !
- J'arrive !
Harry déboucha sur une sorte de placette s'il comparait les fins couloirs dans lesquels il courait depuis plusieurs minutes. En face de lui, à quelques mètres se tenait Ron, lui tournant résolument le dos et agité de tremblements.
- Je suis là !
Le rouquin pivota vers lui, le visage blanc, les yeux démesurément grandit par la peur, les tâches de rousseur sur ses joues ressortant désagréablement. Et là, Harry vit ce que Ron appelait la brume.
C'était une sorte de nuage vaporeux dont l'épaisseur et la texture semblait varier suivant l'angle de vue, tantôt opaque, tantôt translucide et pulsant comme un cœur humain. Dans les tons parme, ça avançait inexorablement vers eux, absorbant les parois sans ralentir. Harry ne savait pas ce que c'était et il n'avait pas vraiment envie de le savoir tant qu'il pourrait l'éviter.
- RON ! RECULE !
Trop tard. Ron disparut, happé par le nuage qui émit deux pulsations courtes en changeant de couleur prenant une teinte rose bonbon. Harry ne tergiversa pas et fonça à son tour dedans, persuadé qu'il commettait une erreur magistrale, fermant les yeux à tout hasard en priant que le Ministère n'ait pas autorisé les forains à utiliser des attractions trop dangereuses. Ses pieds glissèrent sur le sol de glace en crissant et il leva les mains en avant pour ne pas se prendre de plein fouet un des miroirs. Au fond, y avait-il encore des miroirs là dedans ?
A sa grande surprise, aucun bruit ne parvint à ses oreilles. Il ouvrit les yeux à moitié puis totalement. L'espèce de brouillard devenu turquoise à présent ne piquait pas, ne sentait rien et même sa température, au lieu d'être froide comme il s'y attendait, s'avérait tempérée, douce comme une pluie printanière. Il relâcha ses bras le long de son corps, réalisa que sa gorge le brûlait douloureusement et toussa avant de lancer un appel inquiet.
- Ron ? Hermione ? Vous êtes là ?
A peine eut-il prononcé les mots qu'il comprit que les autres n'entendraient pas, où qu'ils soient. Sa voix ne portait pas à plus de trois mètres. Il réessaya plus fort sans plus de résultat et soupira, passant une main sur son front en sueur. Quand il fut calmé, il avança prudemment, remarquant la présence des miroirs. La brume semblait être une simple barrière qui les séparait un peu plus les uns des autres. Pour gagner, il fallait faire cavalier seul.
Parvenu à ses conclusions, il calqua sa respiration sur les pulsations de la brume et progressa, les sens exacerbés afin de collecter un maximum d'informations. Quoi qu'il arrive, il ne pouvait pas aider Ron et Hermione, juste leur faire confiance et se dire que tout irait bien. L'idée lui déplaisait mais il ne voyait rien d'autre à faire.
Les couloirs défilaient, tous identiques dans leur conception et pourtant dissemblables, un peu comme dans une forêt où rien ne ressemble plus à un arbre qu'un autre arbre.
Il se mit à courir, tirant ses foulées, perdant son souffle, tentant de garder son calme alors que la panique le saisissait. Lors de la coupe de feu, il suffisait de trouver le centre du labyrinthe pour gagner et personne n'était en danger, du moins personne n'aurait du vraiment l'être. Alors que là, ses amis étaient dans la même situation à quelques mètres de lui, à la merci d'une sorcière complètement folle qui faisait n'importe quoi et rien ne lui disait que ça changerait dans la minute.
Changer pour quoi de toute manière ? Quelque chose de pire comme une attaque de salamandres de feu ? Ou un grand rire en les voyants morts de trouille, les joues rouges et soulagés d'être libérés d'un simple jeu ?! Pour sortir d'un labyrinthe, il suffit de tourner à droite, non ? Et s'il revenait à l'entrée, il ne lui resterait plus qu'à refaire le chemin en sens inverse pour trouver la sortie…
Au bout d'un certain temps, Harry perdit la notion des heures et réalisa que malgré toutes ses tentatives pour rester calme, il commençait à s'affoler, incertain de trouver la sortie. Il se répétait inlassablement qu'il devait bien exister un temps limite auquel cas, passé ce délai, le labyrinthe s'évanouissait… non ? Le doute s'insinuait peu à peu dans son esprit et garder ses pensées claires devint de plus en plus difficile.
Il déboucha sur un carrefour et regarda les trois directions possibles d'un œil morne. A droite, à gauche, tout droit, est-ce que ça servait au moins à quelque chose ? S'il fallait, le but n'était pas de sortir, juste de se perdre et d'accepter ça… Une sorte de chemin initiatique… Ou peut-être pas d'accord… Il prit à droite et buta dans un miroir.
Se frottant le front, il recula pour faire demi-tour, pensant prendre tout droit et tourner à droite dès que possible mais cogna à nouveau dans un miroir.
- Quoi ? Ce n'est pas possible !
Fermant les yeux, il se concentra sur ses oreilles, sur sa propre respiration. Lentement, sa perception s'élargit et il entendit le décalage entre les pulsations et les déplacements des miroirs. La brume servait à annihiler leur vision pour mieux les tromper ! Comment savoir à présent le chemin parcouru et celui à parcourir ?
Ses mains s'égarèrent dans les poches de son pantalon et il sentit sous ses doigts un mouchoir en tissu. Le visage de Ginny prit la place du labyrinthe devant ses yeux. Ginny et son sourire étincelant, ses cheveux flamboyants, son caractère affirmé et son insupportable certitude qu'elle ne pouvait pas vivre plus d'une heure sans le voir.
Depuis la fin de la guerre, elle ne le lâchait plus, expliquant son attitude par une envie compulsive de rattraper l'année perdue. Ginny avec qui il s'était encore disputé pour une quelconque raison comme souvent dans les dernières semaines.
Elle parlait de fiançailles, de mariages, d'enfants et lui rétorquait études, diplômes, travail, carrière, appartement, argent.
Elle voulait vivre au terrier avec lui, se réveiller à ses côtés tous les matins, chasser les gnomes à coups de pierres en riant et l'embrasser devant ses parents.
Il rêvait d'un appartement au centre de Londres où elle ne vivrait pas. Il imaginait les soirées au restaurant, leurs regards brillants à cause de l'alcool, les gestes qui s'égaraient et le moment de détente qui suivrait. Puis au matin elle repartirait tranquillement chez elle. Quelque chose dans ce goût là.
Le visage de Ginny disparut en lui envoyant un baiser du bout des lèvres qu'il se surprit à attraper. Elle l'apaisait, effaçant lentement les souvenirs horribles de la guerre, évitant de parler des morts pour diminuer sa culpabilité. Avec elle, il se sentait plus fort, plus à même de jouer ce rôle qui lui était dévolu. Celui d'être adulé pour avoir sauvé le monde Sorcier.
Peut-être n'était-ce pas la meilleure façon de l'aimer, peut-être n'était-ce pas non plus la meilleure façon de s'aimer mais ça lui permettait de sourire chaque matin et c'était l'unique chose qui comptait.
Il caressa délicatement le mouchoir, se rappela de la douceur de ses mains nettoyant son visage avant de l'embrasser. Elle lui avait glissé dans la poche en partant de chez Hagrid il en avait oublié l'existence. Il le fit glisser sur sa paume, contemplant le travail impeccable des elfes qui avaient fait disparaître toutes les tâches de citrouille. Lentement, il le noua devant ses yeux, se promettant de faire des efforts avec elle dorénavant.
A l'aveugle, il reprit son exploration évitant les mauvaises surprises en se glissant dans les couloirs avant que les parois ne changent de place. Il n'était pas tout à fait certain de progresser d'un côté ou d'un autre mais l'inactivité n'était pas envisageable. Si les parois se refermaient toutes autour de lui, alors il ne pourrait plus avancer.
Soudain, il entendit courir sur sa droite. Maladroitement, il accéléra son propre pas, gardant un souffle régulier, ne prenant pas la peine d'appeler sachant par avance que qui que ce soit, il ne l'entendrait pas. D'un coup, il réalisa que d'autres personnes étaient peut-être enfermées dans le labyrinthe avec eux. Après tout, rien n'indiquait que ce hall ne communiquait pas avec d'autres entrées ou qu'un sortilège ne faisait pas croire aux visiteurs qu'il n'y avait que leur groupe dans la pièce. La panique le saisit à la gorge brusquement avant de repartir.
Qui que soit la personne qui courait, elle était dans la même position que lui. Les bras écartés touchant les parois, il se mit à trottiner. Un filet de voix lui parvint, étouffé, droit devant lui.
- Harry ? Je suis là !
- Ron ?
Il trébucha et glissa sur le sol de glace en poussant un gémissement de surprise et se releva aussi sec, reprenant son avancée sans voir derrière lui l'aspérité qui l'avait fait tomber se fondre à nouveau dans la glace. Ron ne devait pas être bien loin pour qu'il l'entende.
- Harry, je crois que les parois bougent ! Aide-moi !
Sa voix tirait sur les aigus et s'éraillait.
« PAM »
Des gouttes de sang s'échappèrent du nez d'Harry, l'obligeant à pencher la tête en arrière. Il dénoua son mouchoir à contrecœur et nettoya son menton avant de se servir du tissu comme tampon.
- Harry ? Qu'est-ce que tu fous ?
Il abaissa violemment la tête, provoquant un crac au niveau de ses cervicales et ouvrit les yeux. La voix de Ron venait de droit devant mais droit devant, il le savait, il n'y avait qu'une glace ! Occupé à fixer le miroir, il n'entendit que trop tard le bruit d'une paroi coulissant derrière lui et se retrouva prisonnier, frappant la paroi qui venait de l'enfermer en s'insultant.
Il y eut un rire d'enfant, juste derrière lui et un nouveau bruit de glissement mais en se retournant, la glace était toujours là, avec une légère différence toutefois. Quelqu'un se reflétait dedans et ce quelqu'un n'était pas lui.
- C'est quoi ça maintenant ?
Paisiblement assis, un chat noir se lavait la patte en le fixant sans ciller de ses yeux dorés. Les oreilles bien droites, le poil lisse et brillant, il ne portait aucun collier et paraissait en bonne santé. Au moins, il ne bavait pas, ne saignait pas et ne paraissait pas sur le point de mordre ce qui était le cadet des soucis d'Harry seulement, on était jamais trop prudent. Avec tout ce qui était déjà arrivé, un chat sortant d'un miroir pour l'attaquer n'était pas exclure du cadre des possibilités.
Bien sûr, voir un chat à la place de son reflet était étrange. Pas tant que ça pourtant si on prenait en compte la monstrueuse citrouille qui engloutissait toute la partie basse du miroir et sur laquelle était perché le chat. Deux triangles pointant vers le bas pour les yeux, une bouche découpée en dents de scie, le tout éclairé d'une lumière intérieure fluorescente, la citrouille faisait son petit effet et Harry était certain qu'elle le savait. Sinon, pourquoi souriait-elle ainsi ?
Il se frotta les yeux, les cligna plusieurs fois, abaissa ses paupières et compta jusqu'à huit avant de les rouvrir, les referma, recompta jusqu'à huit et cligna encore deux fois avant de daigner regarder à nouveau en face de lui. Le chat à présent avait terminé sa toilette et correctement assis, le fixait toujours.
- Je suis en train de regarder un chat qui me regarde dans une glace qui devrait me refléter. Je suis en train de regarder un chat perché sur une citrouille alors que je suis perdu dans un labyrinthe de miroirs et que je suis coincé… C'est de la folie.
Le chat pencha légèrement la tête sur le côté et miaula, comme pour le questionner. Harry faillit lui répondre qu'il était parfaitement au courant que tout devenait insupportablement anomal même dans la limite de l'anormalité sorcière.
Et il l'entendit à nouveau. Le rire de la petite fille car à présent, il était certain que c'était une voix de fille. Il éclatait et se répercutait sur les parois de sa tête sans cesse amplifié comme si son cerveau était soudainement devenu une église. Le bruit des pas marchant sur la glace résonnèrent et toujours ce rire, à la limite du gloussement qui approchait, de plus en plus proche de lui. Incapable d'esquisser le moindre geste, Harry entendit les pas arriver derrière lui, ce qui était impossible à cause de la paroi et s'arrêter.
Un souffle dans son dos et deux petites mains le poussèrent en avant. Il tomba raide en direction du miroir. Au ralenti, il vit la paroi se rapprocher sans réussir à reprendre le contrôle de son corps. Le chat bailla, posa une patte sur la surface de glace qui se troubla, parut se liquéfier et Harry traversa le miroir, le visage griffé par la patte noire du chat sous les rires de l'enfant invisible.
Il tombait encore, encore et encore sans jamais ressentir d'accélération dans sa chute, ni de vent sur ses vêtements. Il tombait juste dans le noir, guettant l'obscurité en dessous de lui sans jamais parvenir à trouver une lumière ou quelque chose à quoi se raccrocher, un espoir qui lui dirait que ça allait s'arrêter. Rien. Juste le vide, le noir, l'absence de matière. En désespoir de cause, il leva les yeux, apercevant le temps d'un clignement des paupières, le chat, babines découvertes perché sur la citrouille avant que la lumière bleue du miroir et l'image ne disparaissent abandonnant Harry dans les ténèbres.
Peu à peu ses yeux s'habituèrent à l'obscurité même si le noir restait le noir. Ses tympans captèrent des battements d'aile autour de lui qui s'approchaient. Une tâche blanche dans le noir. Deux tâches blanches. Trois tâches blanches. Puis cinq, puis douze, puis trente et bientôt une nuée blanche arriva vers lui, brûlant ses pupilles.
Des ailes blanches pour des clefs ivoire. Elles se séparèrent en petits groupes et tournèrent autour d'Harry se jouant dans lui, s'éloignant quand il tendait les bras pour les attraper puis revenant lorsqu'il les baissait. Des clefs petites et fines faites dans des os humains comme il finit par le remarquer, choqué.
L'une d'elle, plus frêle que ses compagnes et munie de deux ailes presque inexistantes était sans cesse ballottée dans tous les sens sous chaque rencontre avec ses collègues.
Il lui trouva l'air triste des personnes qui se sentent à part dans une foule et quand il tendit la main, elle vint s'échouer dans sa paume sans bruit, battant doucement dans un bruit de carillon apaisant. Il caressa ses ailes. Elle sautilla. Harry ouvrit un peu sa paume en souriant. Elle s'envola, voletant prêt de lui, effleurant de temps à autre ses oreilles. Riant aux éclats, il réalisa que les autres clefs avaient disparues.
Une lumière orangée grandit sous ses pieds, irradiant de chaleur. La clef partit se loger dans une poche de sa cape. Il se posa sur le sol dallé, les yeux immédiatement attirés par l'immense porte en ébène face de lui.
Sur la totalité de la surface courait des runes et des formules d'ancienne magie en partie effacées. Ajoutant au faste des lieux, deux grands sabliers entouraient la porte, gardiens de verre et de sable. Atteignant les quatre mètres cinquante de haut, enchâssés dans une structure en acajou sur laquelle s'alignait aussi d'étranges symboles magiques irisé d'or. Curieusement, dans l'un d'eux, le sable s'écoulait du bas, vers le haut.
Il n'eut pas le temps de trouver l'explication du phénomène que déjà une ombre de petite fille apparaissait devant la porte, tendant la main en avant, ses cheveux longs ondulant sur ses épaules et dans son dos. Le visage indéchiffrable, elle resta là, sa petite main attendant une offrande. Quand elle prit la parole, il reconnut la tonalité du rire.
- Trick or Treat ?
Comme il ne répondait pas, elle répéta inlassablement sa rengaine jusqu'à lui donner mal à la tête. Excédé, il finit par lui répondre tout en fouillant à nouveau ses poches dont il connaissait le contenu par cœur.
- Mais je n'ai pas de bonbons !
L'enfant arrêta de parler, referma sa main et laissa son bras retomber le long de son corps. Elle pencha la tête toute son attitude rappelant à Harry celle d'un rapace, un aigle sur le point de fondre sur sa proie innocente. Il jura qu'elle souriait.
- Trick !
- Attends ! J'y suis pour rien si…
Des sabliers partit un grondement et des ailes de chauves-souris se déplièrent, les soulevant légèrement, remplissant la pièce du bruit monotone des battements. Les formules sur l'ébène s'emplirent de blanc laiteux et en grinçant, la porte s'ouvrit vers l'intérieur. La petite fille éclata de rire et disparut en répétant sa litanie de « Trick or Treat ».
La lumière blafarde qui émanait de l'intérieur de la porte aspira Harry. Dans un mélange tourbillonnant de poussière pailletée d'or et d'argent, il passa dans un nouvel endroit.
Atterrissant sur un sol tapissé d'une herbe olive aussi douce qu'un drap de satin, il se releva un peu sonné par le voyage. Nulle trace de porte aux alentours. Visiblement, elle ne servait qu'à venir.
- Evidemment, ça aurait été trop simple sinon…
Devant lui des arbres étendaient leurs branches torturées vers le ciel, paré d'un feuillage automnal étincelant de la lumière du coucher du soleil qui rougeoyait derrière Harry. Un sentier étroit de terre battue humide se perdait dans la forêt et bien enfoncé dans le sol, un vieux panneau en bois à moitié pourri et plus très droit signalait une ville dont le nom était indéchiffrable. En face, un autre panneau récemment installé renseigna Harry sur l'endroit où il se situait.
« Le Haut Cercle des Seigneurs de l'épouvante vous souhaite une désagréable visite du pays d'Halloween. Le pays est interdit aux fées gentilles comme la fée clochette ainsi qu'aux personnes ayant de bonnes intentions. »
- Hé bien, le ton est donné…
Une douleur dans son ventre le plia brusquement en deux et il vit ses mains devenir floues, ses vêtements se modifier, cachant les habits moldu sous une longue robe à capuche marron tombant presque jusqu'au sol. Ses cheveux s'allongèrent et se nouèrent d'eux-mêmes avec un ruban de soie noire. Son visage changea lui aussi bien qu'il ne soit pas capable de trouver en quoi en le palpant. Quand le mal cessa, il se redressa et choisit de s'enfoncer dans la forêt, espérant découvrir quelque renseignement en route sur la façon de sortir.
Une heure plus tard, il marchait toujours, s'étonnant d'y voir si bien alors que la nuit était tombée depuis un moment. Devant lui, la forêt s'épaississait et devenait plus oppressante, plus sombre. Sans s'éloigner du chemin, il préféra perdre un peu de temps à trouver une source d'éclairage.
Passant près d'un arbre au tronc recouvert de mousse, il réalisa que cette dernière dégageait une luminescence. En la touchant, il recueillit un liquide épais dont la texture rappelait de la sève. Fluorescent, il collait aux doigts. Cherchant autour de lui, Harry finit par trouver une grosse coque verte poilue, de la taille du poing d'Hagrid. Il la perça à l'aide d'une branche épaisse qu'il enfonça ensuite pour faire une sorte de torche rudimentaire.
L'opération la plus délicate consista à enrober de liquide la coque. Heureusement, le produit adhérait relativement bien. Ainsi équipé, il prit la décision de quitter le sentier pour trouver de la nourriture, priant de tomber sur quelque chose qu'il connaissait. Il revint un quart d'heure plus tard une demi coque pleine de noisettes, de noix et de baies bleu ciel qui s'étaient avérées plutôt agréables au goût et surtout très aqueuses. Ce n'était pas très prudent d'y avoir goûté mais il n'avait pas non plus le choix.
Mangeant lentement son repas improvisé, il reprit son chemin, sa torche fluorescente coincée sous son aisselle gauche, éclairant sur trois mètres environ le sentier sous ses pieds et devant lui.
Après encore deux heures de marche, comme la forêt ne finissait pas, qu'il commençait à faire froid et qu'il était fatigué, il quitta le chemin, trouvant une petite clairière pas très loin. Rassemblant des branches mortes, il tenta de faire un feu, y parvenant difficilement.
Ramenant ses jambes contre sa poitrine, il entretint le feu jusqu'à ce qu'il démarre correctement, réfléchissant à sa situation peu enviable. Perdu dans un pays qu'il ne connaissait pas, ses amis séparés de lui et sans sortie connue jusqu'à présent.
Où étaient Hermione et Ron ? Avaient-ils étaient envoyés ici eux aussi dans une autre partie du royaume ou avaient-ils réussis à échapper au labyrinthe ? Combien de temps pouvait bien durer cette attraction ? Le temps s'écoulait-il différemment à l'extérieur de ce monde ? Sûrement mais dans ce cas, combien faisait une heure, une journée ou un mois ici en réalité ?
Enfin, qu'allait-il faire le lendemain ? Continuer à marcher au hasard jusqu'à tomber sur une ville ou quelqu'un pour le renseigner ? Cela semblait encore la meilleure des solutions et comme l'inactivité l'insupportait, c'est la décision qu'il prit.
Le froid tiraillait ses muscles, les bruits nocturnes des habitants de la forêt l'empêchaient de dormir. Une ou deux fois, il jura même avoir entraperçu deux yeux rouges le regarder avant de disparaître précipitamment.
Il pensa à Ginny. Il savait qu'il devait s'occuper plus d'elle au lieu de la délaisser en utilisant les prétextes les plus stupides sachant qu'elle n'était pas dupe une seule seconde. Il avait besoin d'air en ce moment et elle ne le comprenait pas. Avant elle comprenait toujours tout sans qu'il n'ait besoin de parler, maintenant même quand il tentait de lui expliquer, elle s'énervait et ils se disputaient.
Elle disait que s'il cherchait à rompre avec elle, il n'avait qu'à simplement le lui dire. Il n'avait pas envie de rompre, il voulait juste respirer un peu, profiter de Ron, d'Hermione et des autres sans qu'elle soit avec. Est-ce que c'était si bizarre que ça ? Il ne voulait pas s'enfermer dans leur relation et se couper des autres piliers qui composaient sa vie. Etait-ce de sa faute si ses amis représentaient sa seule famille ? Il se sentait presque obligé d'aller voir Hagrid pour grappiller quelques minutes de liberté ! Encore que même là, elle venait le chercher…
La paix devenait de plus en plus difficile à obtenir. Une ou deux fois, il avait faillit enfiler sa cape d'invisibilité pour lui échapper. Fort heureusement, pour le moment, il résistait.
Elle l'accusait d'accorder plus d'importance à sa Sainteté Malefoy sous le prétexte que lorsqu'il le croisait, il ne l'abreuvait plus d'insultes mais le saluait. Depuis qu'il l'avait sauvé des flammes, le statu quo régnait entre eux. Une sorte de consensus. Tant que l'un n'attaquait pas, l'autre restait dans son coin. Ginny gardait une sorte de rancœur mauvaise envers lui, sous le prétexte qu'il avait été du mauvais côté. Pour Harry, Malefoy avait juste fait un mauvais choix au mauvais moment par peur, par lâcheté, par amour pour ses parents. Lui-même en avait fait assez pour ne pas lui en tenir rigueur.
La guerre était finie. Ressasser le passé n'aiderait pas le monde Sorcier à se reconstruire. Il espérait juste qu'un jour elle verrait que c'était la seule solution possible pour construire une paix durable.
Le sommeil l'emporta et il rêva d'une Ginny vêtue en tout et pour tout d'une nuisette de soie aux couleurs de Gryffondor qui lui courait après en lui hurlant un amour total et passionnel. Puis elle disparu, remplacée par une nuée de caleçon verts où la tête de Malefoy remplaçait les pois (que venait faire Malefoy dans ses rêves, il ne le savait pas), un Ron déguisé en tour d'échecs et enfin en McGonagal qui lui criait de s'occuper des besoins de sa petite amie au lieu de confectionner des écharpes de laine pour les elfes.
Il se réveilla courbaturé et fourbu, les yeux sûrement entourés de cernes à force de tourner sur le sol à la recherche d'un sommeil paisible et persuadé à vie que le rouge n'était pas fait pour Ginny. Il tapa du pied pour éparpiller les cendres, l'estomac gargouillant et la gorge brûlante.
La forêt semblait plus accueillante de jour. Le chant des oiseaux, la brise légère dans les arbres, la température plus clémente et le bruit de l'eau s'écrasant sur des rochers y contribuait largement…
De l'eau ?
Se relevant précipitamment, Harry s'enfonça dans les fourrés, se griffant les avant bras aux branches des arbres, surprenant un hérisson qui se roula en boule, sortant ses piquants et déboucha sur un éboulis naturel d'où jaillissait une eau claire.
Assoiffé, il mit directement la tête sous l'eau, avalant une grande gorgée de liquide glacé qui le fit frissonner. Une fois bien réveillé, il reprit sa route se nourrissant de fruits prélevés aux abords du sentier.
Peu à peu la forêt s'éclaircit, le rassurant sur la sortie proche et bientôt il n'y eut plus que des arbres éparts et dénudés. Les branches ici avaient déjà perdues leur feuillage coloré et une légère couche de givre les habillait. Neigeait-il dans ce monde ? Existait-il un hiver ou un été ? L'air était plus chaud encore que de l'autre côté de la forêt et le ciel qu'il pouvait à présent voir, d'un gris anthracite des plus ternes. Le soleil rouge dégageait une lumière diffuse, sa face ronde défigurée par un sourire triste. Plus rien n'étonnait Harry qui avait décidé que ce monde avait ses propres règles et que c'était à lui de s'adapter, pas l'inverse.
Il posa au pied d'un arbre sa torche improvisée, suivant la route noire qui s'étendait au milieu de champs cendrés aux épis de maïs aussi rares que graciles et d'un marron foncé leur donnant l'air pourri. Ce pays n'avait pas l'air en très bonne forme. La pente montait régulièrement et il s'arrêta peu après, posant son regard sur le paysage désolé qui s'offrait à lui.
Quelque soit l'endroit où il regardait, il ne voyait que ce gris et la route noire qui croisait d'autres chemins plus ou moins larges et sur lesquels les gens brillaient par leur absence. A quoi ressemblaient donc les gens de ce pays ?
Au loin, visible à cause de sa muraille d'un blanc étincelant, se dressait une ville. Quelques kilomètres avant, une habitation sûrement importante se perdait au milieu des arbres, ne laissant à la vue que son toit arrondi et orange vif. Il reprit son chemin, rabattant sa capuche afin de cacher son visage.
Les abords de la forêt fourmillaient d'un grand remue ménage. Les buissons s'agitaient, les corbeaux s'envolaient en piaillant de colère, jetant des coquilles de noix sur des ombres qui gémissaient et proféraient en retour un nombre croissant d'insultes en tout genre.
Harry vit passer devant lui une nuée de personnes vêtues d'une robe à capuche comme la sienne mais plus courte. Ils portaient tous en dessous le même habit vert pomme horrible. Ils bousculèrent Harry sans ménagement, courant dans tous les sens, bien trop stressés pour lui prêter la moindre attention. L'un d'eux se retourna juste le temps de lui jeter un regard noir, sa capuche retombant dans son dos.
C'était un rat au museau gris clair. Ses pupilles dorées enfoncées dans son crâne le détaillèrent rapidement avant qu'il ne reparte sans rien dire. Harry resta sur place, la tête pleine de questions sans parvenir à en prononcer une seule, encore cloué par les yeux de miel emplis de mépris de l'animal. Un rat venait de le juger indigne de ses excuses ! Il se sentait offensé, détruit par la constatation que même ici on ne lui prêtait pas l'attention qu'il demandait.
- Vite, vite ! Il va arriver !
Un bruit de course derrière Harry le fit se retourner. Un lapin de taille humaine fonçait droit sur lui, bondissant sur ses pattes. Le museau humide de transpiration, il était habillé d'un costume de brocard richement décoré bleu indigo jurant avec son pelage vert mousse. Son visage possédait des traits bizarrement humains et connus. Il hurla, les traits terrorisés, agités de tics nerveux.
- Je suis en retard ! Je suis en retard ! Où est ma montre ? J'ai perdu ma montre ! Je suis en retard !
Voyant une personne au visage caché dans l'ombre debout en plein milieu de sa route, le lapin freina sur ses pattes arrière, s'arrêtant à un mètre d'Harry. Il se redressa, le museau mobile reniflant son odeur et se mit à bondir autour de lui comme un jeune kangourou. Le ridicule de la situation aurait bien fait rire Harry si la voix du lapin ne lui avait pas tant rappelé quelqu'un.
- Avez-vous vu ma montre ? Je suis en retard ! La reine va me couper la tête ! Qu'avez-vous fait de ma montre ?! Qui êtes-vous ?! Je suis en retard, en retard !
Harry avala une grande quantité d'air et lança choqué.
- Neville ?!
~°~ Du côté de Ron ~°~
A l'instant où le feu explosa en petites flammes bleutées, Ron assista impuissant à leur approche, incapable de bouger. Quand les parois les avaient séparés, que le sol se soulevant l'avait jeté contre lui, il avait pensé qu'une seule chose pourrait être pire que d'être perdu à la merci d'une sorcière directement sortie d'un conte pour enfant moldu. Et voilà que le pire était devant lui, tétanisant ses muscles, l'empêchant de penser, parsemant son visage d'une couche de sueur maladive.
Elle était là, devant lui, approchant inexorablement, ses filaments brumeux s'accrochant sur le sol comme des ventouses. Probablement que le sol n'existait déjà plus, elle dévorait tout. Harry courait quelque part dans ce labyrinthe pour le trouver mais il savait que ce serait trop tard. Elle allait le manger, l'absorber et le digérer avant qu'il ne puisse faire quoi que soit.
La brume le terrifiait depuis l'enfance. Déjà les jours de brouillard, il restait enfermé dans sa chambre bien au chaud dans son lit, les couvertures rabattues sur lui pour ne pas la voir cogner à la fenêtre. Elle n'avait pas de visage, pas de faiblesses et elle l'appelait, le tentant d'ouvrir la fenêtre pour le rejoindre. Lui ne voulait pas, persuadé qu'elle ne le laisserait plus jamais repartir une fois qu'elle l'aurait eu.
Ses frères se moquaient mais il le savait, la brume le cherchait lui. Il jouait les malades auprès de sa mère sans avoir à simuler vraiment. La peur lui donnait de la fièvre, le faisait transpirer et envahissait même ces cauchemars. Peu importait ce que maman pouvait dire, il le savait, la brume finirait par l'avoir un jour.
En grandissant, la peur n'était jamais partie. Il avait appris à la dissimuler, allant même jusqu'à rire quand ses frères racontaient sa trouille enfantine lors des fêtes de famille, pensant comme eux que cette panique était stupide sans jamais parvenir à y croire vraiment.
A présent, il résistait à elle les jours de brume mais évitait de sortir s'il le pouvait. Il avait même faillit se faire porter pâle lors du dernier match de Quidditch à cause de ça. Il n'en avait parlé à personne, ni à Harry ni à Hermione. Il savait qu'ils se moqueraient de lui comme ses frères et il en avait plus qu'assez qu'on le prenne pour l'idiot de service. C'est vrai il n'était pas très intelligent, il l'avouait volontiers mais il n'était pas le seul dans ce cas là. Pourquoi tout le monde s'en prenait toujours à lui ? Ron préférait de loin les jours de soleil où les seules ombres servaient en été à se protéger de la chaleur étouffante de l'Angleterre.
Harry était derrière lui à présent seulement c'était trop tard. Depuis des années la brume cherchait à l'avoir, il était naturel qu'elle finisse par gagner à force d'opiniâtreté. Il se retourna vers Harry pour lui dire de fuir avant que la brume ne décide de le manger lui aussi mais parler était trop dur et le visage décomposé de son meilleur ami ne l'aida pas. Il voulu tendre la main pour lui dire aurevoir mais elle ne lui en laissa pas le temps et l'avala.
Il ferma les yeux, serra les dents bien décidé à ne pas lui donner le privilège de l'entendre crier. Elle ne gagnerait pas ça, c'était certain. Il se mit à prier pour qu'elle épargne Harry et Hermione.
L'odeur acidulée et sucrée chatouilla ses narines, l'obligeant à ouvrir les yeux. La brume l'entourait du même rose qu'une barbapa délicieuse. Les miroirs avaient disparus, d'ailleurs le labyrinthe n'existait plus du tout.
Devant lui s'étendait des rangées de stands couverts des plus belles et appétissantes gourmandises que Ron ait jamais vues. Des pommes d'amour, des chocogrenouilles, des plumes sucrées, des berlingots à l'ambroisie et toutes sortes de liquides. Nectar de miel de fée, bièreaubeurre, jus de citrouille, sirop de canneberge, etc. sortant d'une drôle de machine, des bulles flottaient dans les airs et chacune d'elle en explosant libérait un liquide doux et tiède bleu métallique, rose irisé, doré ou vert vif.
Même les nuages étaient faits de barbapa et il pleuvait parfois des cannes à sucre. Le soleil, une tuile aux amandes appétissante sentait du sol. Une musique festive s'échappait de hauts parleurs magiques et cerise sur le gâteau, même les stands étaient composés de pain d'épices et recouverts de chantilly. Ron regarda à droite et à gauche, derrière lui et quand il fut certain d'être seul, il se précipita en courant, dévalant la colline verte en direction des stands.
Le sol sous ses pieds se composait de smarties et de nougat mais il n'y prit pas vraiment garde, pas plus qu'au panneau en pâte de fruits qui indiquait l'entrée de la foire annuelle de Candycity.
Il pouvait bien rester ici toute une vie ! La peur de la brume fut remisée au placard, les questions existentielles sur Harry et Hermione aussi. Face au paradis, toute préoccupation devenait secondaire.
A suivre…
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Bon weekend à tous !
Alfa
