Not at random

Orihime se réveillait tôt le matin en général, pour avoir le temps de revoir ses leçons avant les cours, cuisiner son petit-déjeuner et son bentô, se préparer pour le lycée et faire un brin de ménage en attendant l'arrivée de Tatsuki qui ne manquait jamais de venir la chercher pour qu'elles fassent le chemin ensemble. Cependant, les nuits de la jeune fille avaient été courtes dernièrement, elle en portait les stigmates sur le visage, et toute la bonne volonté du monde, plusieurs minutes de jet d'eau froide et plusieurs massages à coup de crème hydratante parfumée à la fraise, n'avait pu les faire disparaître. Elle soupira dans la glace en regardant les cernes violettes qui s'étaient peu à peu creusées sous ses jolis yeux. On toqua à la porte et elle se recomposa le visage gai et jovial qui avait toujours été le sien et malgré ses yeux fatigués, tenta de paraître aussi souriante et détendue que d'habitude.

- Ohayo, Tatsuki-chan ! Dit-elle en ouvrant la porte.

- Oi, Orihime ! Tu es prête ?

- Hai, et c'est parti pour une nouvelle super journée au lycée !

Elle attrapa son sac et ferma la porte, sous l'œil scrutateur de sa meilleure amie et toutes deux se mirent en route. Orihime tenta d'embrayer la conversation sur le test de math prévu dans l'après-midi ou sur sa nouvelle recette de confiture de poireau pour accompagner un petit pain au lait de sa boulangerie et de la soupe miso, rien n'y fit. Le regard suspicieux de la brune ne la quittait pas. Ainsi, l'adolescente rousse essaya une dernière fois de détourner l'attention de son amie sur sa future compétition de karaté, ce qui ne fit qu'exaspérer Tatsuki :

- Nan mais tu vas arrêter ça Orihime ? Tu crois que j'ai pas remarqué les valises qui tu te paies sous les yeux ? Ça fait une semaine que tu me sors une excuse bidon ! Tu dors mal parce que tu as rêvé de ton frère, ou des chats faisaient une fiesta bamboula sous tes fenêtres, ou d'étranges bonhommes ont caché ton pyjama, et là tu sors les révisions du contrôle de math ?

- Mais c'est vrai, Tatsuki-chan ! Les petits hommes jaunes sont redoutables ! On peut croire qu'ils s'amusent, mais leur sombre dessein est d'envahir notre planète pour nous...

- Ça suffit tes délires, moi je te parle de ton vrai problème ! Est-ce que tu crois que je suis aussi aveugle qu'Ichigo ?

- Haha, tout va bien, je t'assure ! Répondit la princesse, rougissant à la mention du garçon qu'elle aimait.

- Dis-lui, Orihime...

- Hum ?

- Joue pas à ça, dis-lui maintenant.

Le regard de la jeune fille s'assombrit sous la remarque inflexible et sèche de son amie. Orihime savait qu'elle n'aurait pas pu cacher bien longtemps la vraie raison de ses insomnies à Tatsuki, mais elle pensait que peut-être, la karatéka lui aurait épargné cette réponse, celle qu'elle redoutait d'entre toutes. Elle lui aurait proposé une sortie ciné entre filles, une soirée pyjama, un week-end dans sa maison de campagne. Elle aurait pu ainsi penser à autre chose, se ressourcer auprès de son amie, et continuer comme si de rien n'était. Pourtant, et comme elle se l'attendait de sa meilleure amie, elle la mettait face à la réalité qui la rongeait.

Tatsuki avait craint un instant avoir blessé sa délicate amie. La princesse marchait tête baissée, la mine déconfite depuis plusieurs secondes, ce qui ne lui ressemblait pas du tout. Le garçon manqué avait été un peu brusque, elle s'en voulait de ne pas avoir ménagé davantage la sensibilité d'Orihime. Maudite soit sa grande bouche !

- Oi, Orihime, je...

- C'est bon, Tatsuki.

Elle releva la tête en souriant, comme de coutume. Mises à part ses cernes, la brune aurait juré qu'Orihime était celle qu'elle avait toujours connu, souriante, joyeuse et positive.

La rouquine recommença son flot de paroles inextinguibles concernant cette fois-ci son travail à la boulangerie et à l'entrée du lycée, il ne semblait plus rien paraître de la conversation qui les avait tant secouées l'une et l'autre.

Dès qu'elles passaient le portail de la cour, le même chuchotement allait grandissant. Les premières années, en majorité des garçons, s'extasiaient sur « Inoue-sempai ». Certains osaient même la saluer avec une familiarité qui donnait immédiatement à Tatsuki l'envie de les cogner. Mais quand elle entendait Orihime leur répondre aimablement, avec ingénuité, montait alors en elle un étrange sentiment de magnanimité dont elle ne se savait habitée qu'en présence de la rouquine. Et puis après tout, tant qu'ils ne faisaient que la saluer... Même si elle ne voyait en elle que sa meilleure amie, une fille candide, incapable de faire ou de penser le mal, altruiste et gentille même si elle était parfois bizarre, dans son monde loufoque, Tatsuki ne pouvait nier qu'Orihime était aussi une des plus jolies filles qu'il lui avait été donné de rencontrer ce qui en faisait, au vu des qualités déjà citées, une cible de choix pour les garçons mal-attentionnés de tous poils.

Tous sauf...

Orihime se figea. Un voile triste passa une seconde devant ses yeux. Cela ne dura qu'un instant mais il n'échappa pas à Arisawa, qui suivit le pas énergique de « la princesse des terminales » en direction de leur groupe d'amis.

- Ohayo, mina-san !

Tous répondirent à son énergique salut, puis ils montèrent tous ensemble en classe.

- Vous avez les examens à la fin de l'année bande de larves !

- Sensei !

- C'est votre avenir qui se joue, les punks alors faites passer le message à ceux atteints d'absentéisme chronique de ramener leurs fesses en cours s'ils veulent valider toutes leurs matières. Je ne plaisante plus avec les terminales.

Orihime pinça les lèvres. Depuis le début de l'année, et encore plus en cette fin de premier semestre, tous les terminales et tous leurs profs ne faisaient que parler d' « après ». Après le diplôme, après le lycée. Les jours avaient coulé, identiques et agréables en présence de tous les membres de sa classe et de tous ses amis. Les jours sombres qu'ils avaient traversés ensemble les avaient rapprochés et ils étaient devenus comme des membres de sa famille, la famille qu'elle n'avait plus et elle n'avait pas songé que l'échéance de se séparer, partir aux quatre vents, de perdre sa nouvelle famille arrivait bientôt. Ainsi, elle savait que Ryo entrerait dans une prestigieuse école de commerce de Tokyo, Ishida suivrait les pas de son père et étudierait la médecine à Todai, la plus réputée des université japonaise, à Tokyo, contrairement à ses autres amis Mahana, Chizuru, Michiru, Mizuiro et Asano (s'il obtenait son diplôme) qui continueraient leurs études dans des écoles spécialisées, à Karakura ou dans des petites fac de province. Tatsuki se consacrait à son sport et s'apprêtait à passer professionnelle. Sado avait décidé de travailler après l'obtention de son diplôme et elle suivrait elle aussi ce chemin, puisqu'elle n'avait pas assez d'argent pour se payer des études plus longues.

Quand elle entendait chacun parler de l'avenir avec des yeux brillants d'excitation et un enthousiaste débordant pour cette nouvelle vie d'étudiant qui allait bientôt commencer, elle ne pouvait s'empêcher de sentir son cœur se serrer.

Elle ne savait pas du tout ce qu'il avait décidé et une chose était sûre : ils seraient séparés. Les paroles de la prof la frappèrent en plein visage. Ichigo avait été absent depuis deux semaines et elle n'avait donc pas pu savoir les choix qu'il avait inscrits sur sa fiche d'orientation. Mais dans l'éventualité qu'il reste à Karakura, ils auraient malgré tout un emploi du temps complètement différent, et les chances de le voir régulièrement allaient de faibles à nulles. Tatsuki avait peut-être raison : elle devait lui dire ce qu'elle ressentait pour lui depuis leurs quinze ans, avant qu'il ne soit trop tard. Ce sentiment qui ne faisait que grandir en elle depuis leur première année au lycée. La jeune fille se rembrunit. Lui dire et puis quoi ? Elle imaginait déjà sa réaction, une main derrière la tête, les yeux fuyant sur le côté, un air embarrassé sur le visage « ano, Inoue... »

- Inoue ? Oi, Inoue ?

- Non, je t'en prie, fais comme si je n'avais rien dit ! Répondit la belle, paniquée en secouant les mains devant son visage.

- C'est justement ça le problème, Inoue, tu n'as rien dit, j'attends la réponse à la question que je viens de poser. Quand a pris fin le shogunat de Kamakura ? Demanda mi-amusée, mi-contrariée la prof, sous les fous rires de la classe.

- Ochi-sensei...

- Oui, c'est moi ? Bon, je sais que je vous ai souvent dit de ne pas vous foulez mais bon, si vous voulez dormir, dormez la nuit. 1 333 bande d'ignares, 1 333 ! Arf, j'imagine qu'on y peut rien si la moitié d'entre vous sera recalée à l'examen...

A la fin des cours, Orihime rangea ses affaires, milimétrant tous ses gestes. Il lui semblait que son corps pesait une tonne et elle était encore sous le choc de son échange imaginaire avec le garçon de son cœur et celui, ô combien réel, avec son enseignante.

Tatsuki était partie à son entraînement mais la jeune rousse savait qu'elle n'échapperait pas au coup de fil moralisateur, ce soir. Non mais c'est vrai, à quoi pensait-elle, deux semaines avant la fin du premier semestre et à une semaine des examens blancs? Il fallait qu'elle se concentre sur ses révisions. Elle réfléchirait à ses aveux lorsque celui à qui ils étaient destinés seraient en mesure de les entendre, et pour l'instant, il était à des lieux de ça.

Au même moment, à la Soul Society :

- Crétin, couvre mon dos !

- Crétin toi-même, ne laisse pas d'ouverture à ces trucs !

- Ça suffit le macaque et le rabat-joie, on se concentre et on fait la fête à ces cochonneries.

- Me donne pas d'ordre, la petite hargneuse, j'ai le même grade que toi !

Renji para de justesse la patte d'une monstruosité qui s'abattait près de lui avec une violence inouïe, puis revient se placer dos à Ichigo, qui s'efforçait quant à lui de contenir trois abominables hollows, toutes dents et griffes dehors. Le rouquin se battait corps et âme : il ne pensait plus, il n'était qu'instinct. A l'usage, ses coups d'épée étaient toujours parfaitement portés et ses Getsuga Tensho d'autant plus destructeurs.

Les hollows étaient apparus en masse dans tout le Rukongai, faisant des ravages parmi ses habitants puis avaient infiltré le Sereitei malgré les portes et les hauts murs protecteurs.

Tout avait commencé quinze jours plus tôt, quand la douzième division avait remarqué sur les capteurs un flot de reiastu anormal, qui se déplaçait dans divers coin du Rukongai. Six équipes de quatre shinigamis avaient été envoyées pour savoir de quoi il retournait exactement. Sur ces vingt-quatre hommes partis enquêter, cinq revinrent, et seulement deux en état de parler. Leurs propos étaient confus, incohérents et ils étaient très choqués. Suite à ses témoignages, un état d'urgence niveau rouge avait été proclamé, le plus grave depuis la guerre contre Aizen. Peu savaient ce qui avait été dit lors de la réunion des capitaines, et les lieutenants eux-mêmes n'avaient que des bribes d'informations.

Les ordres étaient simples, clairs et sonnaient pourtant étonnamment étranges : faire face à l'urgence, réunir toute les forces défensives à la Soul Society, et surtout, tous les Bankai, avec l'autorisation de les utiliser et de tirer à vue sans sommation sur tout ce qui paraissait suspect.

Comme tous les capitaines avaient reçu l'ordre de rester sur place, Rukia était donc allée chercher Ichigo en catastrophe, de nuit et l'avait ramené avec elle.

Les heures au combat semblaient s'étirer, infinies sous le soleil froid de la Soul Society. Les shinigamis de toutes les divisions n'en finissaient pas de trancher dans la multitude informe des ennemis que revenaient toujours en surnombre. De ci, de là, on voyait des bankai jaillirent de la masse grouillante de hollows. La guerre avait commencé il y a environ dix jours mais cette bataille, elle, durait depuis bientôt quarante heures.

Quarante heures sans dormir, quarante heures sans répit, quarante heures sous un flot incessant de Hollows qui avaient déjà blessés et tués bon nombre de compagnons.

Pour éviter d'être pris à revers, la plupart des Dieux de la Morts avaient choisi de se battre par petit groupe de deux ou trois. Ainsi, Renji, Ichigo et Hiyori Sarugaki s'étaient par hasard retrouvés combattant ensemble.

- Ouais ben la petite hargneuse est plus vieille que toi, Singe aux deux pieds gauches !

- Pardon vieille petite hargneuse ! Ironisa Renji.

- Vous croyez pas qu'on a mieux à faire ? Vous êtes peut-être plus vieux que moi mais j'ai vraiment l'impression que c'est vous les gosses, ici ! Tenta Ichigo entre deux parades.

- J'y crois pas, la voix de la sagesse ! grimaça Hiyori alors qu'elle repoussait un ennemi.

- Petite hargneuse, grinça le roux.

- Tu perds rien pour attendre, tête de carotte...

Alors que le jour commençait à décroître, ils semblaient aux trois combattants que la foule des monstres se clairsemaient. De loin, ils pouvaient apercevoir d'autres groupes se battre avec courage malgré la faim et la fatigue. Tous étaient en piteux état. Pas un dont l'uniforme ne fut épargné. En lambeau, le tissu noir, la peau aussi. Du sang souvent, qui dégoulinait ici d'une arcade sourcilière, là d'une jambe, d'un front, d'un bras... Beaucoup de mains aux doigts tétanisés, qui soutenaient pourtant le zanpakuto avec opiniâtreté.

- Tu la vois ? Dis-moi que tu la vois ! Ça fait des heures que j'ai perdu son reiatsu ! Cria Renji à l'autre garçon, dans son dos.

- Nan, il me semble que c'est Hisagi-san avec Matsumoto-san devant moi, mais je n'en suis pas sûr ! Répondit l'interpellé.

- T'inquiète, si elle est en danger, tu iras la sauver, et c'est un ticket gagnant pour son pieu !

Renji s'empourpra à la voix du capitaine Shinji Hirako qui avait surgit près d'eux.

- C'est vraiment pas le moment, espèce de pervers ! Hurla la blonde. Où sont les mecs qui étaient avec toi?

Le silence de Shinji était éloquent pourtant, il répondit :

- Tous morts.

- Tu sais ce qui se passe, Shinji ? Demanda Ichigo, entre deux souffles.

- Je sais que plus tu tranches, plus ils reviennent. Les coups d'épées ne semblent pas avoir d'effets, en revanche, on peut les détruire avec du Kido !

- Ravi de l'apprendre MAINTENANT ! Hurla l'adolescent.

- Je crois qu'on tient le bon bout, continue de couper dans le tas, ça leur prend de plus en plus de temps pour se reformer.

À peine le blond avait-il finit sa phrase que les restes de plusieurs hollows se mirent à frémir puis à s'amalgamer pour former un, plus monstrueux, plus terrifiant, plus létal.

- Je rêve où ils sont tous de plus en plus moches ? Souffla Renji.

- Je rêve où un mec comme toi à un avis sur ce qui est beau ou moche? Répondit Hiyori.

La queue d'un hollow reprit soudain vie parmi l'amas de bout de corps qui jonchait le sol autour d'eux et frappa la petite blonde si fort qu'elle traversa l'espace qui la séparait d'Hirako, à demi-inconsciente.

- Hiyori ! Hurla Shinji, vraiment à bout de souffle en la relevant.

- Pas seulement moches, ces saletés tout compte fait … murmura-t-elle, sonnée.

- La divine providence a encore frappé, on dirait, hein petite vieille ?

- Teme...

Pendant qu'Hiyori reprenait ses esprits, les trois autres continuaient de se battre et de repousser leurs assaillants, qui avaient profité de leur désorganisation pour s'approcher de plus près. Shinji les éloignait à coup de Shakka Ho, Sokatsui et autre Oukasen. Renji préférait s'en tenir à son sabre, qu'il maniait plus sûrement que le kido. Quant à Ichigo, il faisait pleuvoir sur les monstres une tempête de Getsuga Tensho, plus déterminé que jamais, malgré la fatigue, la tétanie de ses membres, les nombreuses blessures à en venir à bout. L'éclat de ses attaques meurtrières avaient pris une étrange couleur rouge violacé, et ce même éclat se reflétait dans ses yeux, ce qui leur donnait un aspect inquiétant. Renji l'avait remarqué mais il avait bien assez à faire pour le lui faire remarquer. Et puis, tant que son ami gardait le contrôle, il y avait chose plus urgente dont il fallait s'inquiéter.

La combat continua jusque tard dans la nuit, mais à l'aube, tous les hollows avaient été détruits ou maîtrisés.

Ichigo et les autres tombèrent de fatigue quand ils purent enfin lâcher leur Zanpakuto et que leurs muscles sur-sollicités trouvèrent enfin du répit. Renji, sur le dos, suant à grosses gouttes soupirait le nom de Rukia dans un semi-sommeil troublé, proche de l'évanouissement. Des petits groupes formés par des shinigamis de la quatrième division s'approchaient des guerriers pour leur administrer les premiers soins.

- Qu'est-ce que je ne donnerai pas pour le bouclier réparateur, chaud et confortable de la si douce Orihime... soupira Shinji.

- Tu n'es vraiment qu'un sale pervers, Shinji ! Marmona Hiyori, qui trouva encore la force de hausser la voix.

- C'est dans ces moments-là où je me dis que c'est franchement dommage que les Quincy soient une espèce en voie d'extinction, ça nous aurait bien aidé, de tuer ces trucs une bonne fois pour toute. Hey, le déprimé chronique, ça t'aurait flingué d'amener tes potes avec toi ? Dit Shinji, blasé.

- Je ne veux pas... Je ne veux plus qu'ils soient en danger par ma faute... expira l'interpellé.

Puis les yeux teints d'un rouge veineux se fermèrent et Ichigo sombra dans la douleur de son corps et dans le néant de son esprit avec pour dernières images, Yuzu qui lui tend les bras, Karin qui lui sourit d'un air entendu, leur père dans une posture ridicule pleurant devant le poster de Masaki, un groupe joyeux d'adolescents, un grand brun sérieux dont on ne voit pas les yeux, cachés par l'éclat de la lumière sur les verres de ses lunettes, un géant silencieux, brun à la peau mate, et enfin celle d'une jeune fille rousse le saluant gaiement, un doux sourire aux lèvres.

- T'as vu, il a même pas relevé quand je l'ai traité de déprimé...

- Baka.

Dans le monde réel :

Orihime débarrassa la table où elle avait grignoté un repas frugal. Les trois petits bouts de viande qui restaient de son ragoût de la veille et un petit bol de riz lui avaient suffi pour le dîner. Elle s'était forcée à manger un peu même si, une fois n'était pas coutume, le cœur n'y était pas. Tatsuki n'avait pas appelé, et la jeune fille avait ruminé seule les tristes pensées de la journée. Elle s'apprêtait à faire sa vaisselle, encore attristée par sa prise de conscience.

Cela faisait deux semaines qu'il était parti sans prévenir. Sado l'avait ensuite informée qu'il avait eu de ses nouvelles par Kurosaki-san. Ichigo avait été appelé en urgence, de nuit, par la Soul Society. Quel genre de problème rencontrait-il ? Quel danger courrait-il ? Car elle ne doutait pas que la situation fut grave et dangereuse pour que Yamamoto-san lui demande de venir au plus vite. Allait-il encore être blessé ? Allait-elle le revoir ? Elle ne pouvait imaginer, malgré une proportion élevé à cette tendance, un monde où il ne serait pas. Alors elle préféra imaginer son retour, quand ils seraient tous réunis pour le déjeuner quand il leur raconterait, accompagné de Rukia, ce qui les avait si longtemps retenus loin de la vie scolaire. Son sourire sincère mais si rare, ses sourcils froncés, son air tantôt sérieux, tantôt blasé, ses grands yeux chocolat, sa manière nonchalante de porter son sac de cours, par-dessus son épaule, sa voix chaude qui sonnait comme la plus belle des musiques à son oreille. Elle rougit en pensant qu'elle aimait tout chez ce garçon, et qu'il était parti risquer sa vie sans même qu'elle n'ait osé le lui dire. Voilà peut-être ce qui l'empêchait de dormir depuis plusieurs jours.

Un frisson froid lui parcourut le dos, tandis qu'elle continuait inconsciemment à laver le même verre depuis plusieurs minutes.

La solitude pesant soudainement trop lourd dans son cœur, elle abandonna momentanément sa tâche et elle se décida à décrocher son téléphone pour passer le coup de fil qu'elle avait tant attendu, même si elle craignait que la sportive ne réponde pas, encore occupée par son entraînement.

Contre toute attente, Tatsuki répondit à la troisième sonnerie.

- Tatsuki-chan, je suis tellement contente de t'avoir au téléphone !

La voix de la jeune fille avait frémi, comme si elle était sur le point de pleurer. Et puis tant de soulagement dans le simple fait que la karatéka ait décroché...

- On s'est quitté il y a trois heures... Je suis désolée de ne pas t'avoir appelé tout de suite après l'entraînement, j'ai discuté avec un agent sportif génial ! Ce mec est un tueur en ce qui concerne les contrats et les sponsors, et en plus le courant est super bien passé entre nous !

- Je suis tellement contente pour toi, Tatsuki-chan ! Il faut que quelqu'un s'occupe de ta carrière pour que toi, tu restes bien concentrée.

La jeune fille se rasséréna à l'écoute de cette bonne nouvelle et elle se détendit complètement au son de la voix de sa meilleure amie. Pourtant, une pensée l'attrista de nouveau. La carrière de Tatsuki l'amènerait elle aussi à partir loin d'elle. Elle serait vraiment seule, sans les deux personnes qui comptaient le plus pour elle... Deux émotions se combattaient en elle : désirer le meilleur pour ses amis, ses proches et le désir de ne plus être laisser de côté, de ne plus être seule. Elle écoutait les mots de la sportive dans le combiné et menait une guerre contre ses propres sentiments en même temps.

- Ouais, c'est aussi ce que je me suis dit, donc j'ai pris le temps de le rencontrer mais manque de pot, j'avais plus de batterie en sortant, je rentre tout juste.

- Ne t'en fais pas... Tu as eu le temps de faire la dissertation d'histoire ?

- Quoi ? J'ai jamais entendu parler de ça ! Oh, il faut qu'on parle d'un truc...

- J'ai écrit la mienne sur les bouleversements de l'ère Edo dans la vie quotidienne.

- Pas ça ! À quoi tu rêvais quand Ochi-sensei t'a interrogée ?

- Je pense que je... En fait, je... Tu penses qu'elle aurait préféré que j'écrive sur une portion de l'histoire au programme ?

- Orihime, tu es vraiment désespérante... Mais tu es sûre que tu vas bien ? Je te trouve... Je sais pas, bizarre.

- Hein ? Mais pas du tout Tatsuki, je vais très bien. Maintenant que je sais que tu vas bien, je suis soulagée, je vais me coucher avec l'esprit tranquille. À demain comme d'habitude, bonne nuit Tatsuki-chan.

Le garçon manqué n'eut pas le temps de protester que la belle avait déjà raccroché. Sa voix s'était soudainement détachée de ses sentiments au cours de la conversation, et il lui avait semblé que son amie avait cédé sa place à une quelconque imitatrice en cours de route. Orihime lui cachait quelque chose, et ça ne lui plaisait pas du tout. Énervée, Tatsuki se jura d'avoir le fin mot de l'histoire dès le lendemain matin.

Orihime avait raccroché de façon un peu abrupte. Elle ne savait même pas ce qui l'avait poussée à être si frileuse de parler à son amie. Ce n'était pas de la faute de Tatsuki si elle avait de si égoïstes pensées. Elle était sa meilleure amie, celle qui l'avait toujours soutenue depuis la mort de Sora, sa confidente qui jamais ne la jugeait, qui la laissait pleurer quand il fallait qu'elle pleure, qui la secouait quand il fallait qu'elle se bouge. Une amie sur qui elle pouvait compter, qui était de bon conseil, protectrice, amusante. Jamais elle n'aurait pensé avoir une telle amie dans sa vie et la jeune fille pensait souvent que son amitié avec Tatsuki ne pouvait pas être un hasard : c'était un cadeau du ciel pour réparer tous les tords que la vie lui avait fait jusque-là. C'était grâce à Tastuki qu'Orihime avait pu avoir pleins d'autres amies et qu'elle s'était rapproché d'Ichigo. Il faut que je m'excuse de l'inquiéter sans cesse. J'ai la meilleure amie qu'on puisse avoir ! Je dois être digne d'elle et toujours faire passer son bien-être avant le mien.

Orihime se rappela tout à coup la vaisselle sale qu'elle avait laissé en plan. Quelle étourdie elle faisait, vraiment. Être occupée lui ferait sûrement oublier l'indescriptible impression qui l'avait gagnée plus tôt et lui changerait les idées. Elle regagna donc sa cuisine et sa tâche inachevée, mais malheureusement, les mêmes tristes pensées revenaient en boucle et cognaient dans sa tête.

Soudain, la porte de sa petite cuisine claqua, ce qui la sortit désagréablement de sa mélancolique rêverie. Elle sursauta au point de lâcher le verre qui cogna contre l'évier et se brisa en petit morceau sur le carrelage.

- Ah lala, quelle tête de linotte je fais ! J'ai encore du oublier de fermer la fenêtre.

Mais dans son salon, tout était parfaitement clos, et pas un brin d'air ne soufflait. Elle jeta un œil par la fenêtre. Dehors, les arbres s'agitaient à peine sous une brise des plus légères pour la saison. La belle eut un rire crispé, de ceux qui sonnait faux.

- Voilà qui est étrange... Un coup des petits hommes jaunes ?

Mais Orihime n'y croyait pas. Elle ressentit encore un frisson froid lui parcourir l'échine, et attrapa la veste en laine, posé sur le dossier de la chaise de son bureau et s'assit un instant, comme vidée. Elle sentit les larmes venir et ne tenta pas de les retenir. Le manque de lui, la peur de perdre Tatsuki, la fatigue, le stress de l'« après », les examens blancs qui approchaient, et le manque de lui encore et toujours, l'avait probablement mise à bout. Tous les efforts qu'elle faisait depuis des jours pour ne rien laisser paraître, les douloureuses prises de conscience du jour, la solitude quotidienne quand, le soir, plus de lycée, plus d'amis ni de profs, plus de boulangerie ni de clients, elle se retrouvait seule entre ses quatre murs.

La jeune fille positiva et se reprit. Elle s'arma de la balayette et de la pelle pour nettoyer son bazar. Elle remarqua un bout de verre qui avait échappé à sa vigilance, et machinalement, elle se pencha pour le ramasser à main nue.

Elle ne sentit pas l'éclat tranchant entamer sa peau, et ne vit encore moins le sang couler le long de son doigt. En une fraction de seconde, la belle prise de frissons glacés tomba inconsciente sur le carrelage froid.

Dans la douce lumière d'une fin d'après-midi, il se tenait devant elle, à contre-jour. Elle ne pouvait voir que sa silhouette, et même s'il était de dos, elle l'aurait reconnu entre mille. Sa tignasse à la couleur irréelle était magnifique à la lumière dorée du soleil couchant. Il lui disait par-dessus son épaule des mots qu'elle ne pouvait entendre, et dès qu'elle faisait un pas pour s'approcher de lui, il s'éloignait davantage, jusqu'à devenir une forme indistincte aux couleurs de son unique amour, bleu comme le jean et le tee-shirt qu'il portait, orange pour les cheveux. Ainsi, Kurosaki-kun, je suis condamnée à ne voir que ton dos. Tu ne me laisseras jamais voir que ton dos...

« Inoue. Il fait froid.

Inoue. Lève-toi. »

C'était les mots qu'elle n'avait pu saisir.

- Orihime ! Orihime ! Tu m'entends ? Réveille-toi, je t'en supplie !

Les accents chauds et graves de la voix de Kurosaki avaient cédé à celle, suraiguë et inquiète de Tatsuki.

Orihime ouvrit péniblement les yeux. Le néon agressif de sa cuisine et le visage décomposé et pâle de sa meilleure amie la surplombait. Orihime se redressa mais resta un moment muette pendant que la brune lui posait toutes sortes de questions, à mille à l'heure.

- Je vais bien, je ne sais pas ce qu'il s'est passé. J'ai dû m'évanouir, ahahah, rit-elle, crispée, une main derrière la tête.

- Orihime, j'en ai assez de tes cachotteries, tu te rends compte que ça fait 20 minutes que j'essaie de te faire reprendre connaissance, j'ai même appelé les secours, il ne devrait plus tarder.

- Ah, mais non, ce n'est pas la peine, je vais bien, regarde !

Orihime gonfla ses joues et montra les muscles de son petit biceps en prenant une pose de culturiste musclé, bronzé, huilé. Tatsuki la regardait, incrédule. Peut-être s'était-elle trompée. Peut-être que les symptômes de sa délicate amie étaient plus grave que le dépit provoqué par l'amour non-avoué pour cet imbécile atteint de déni aggravé. Peut-être était-ce plus sérieux, et que cela avait à voir avec sa santé.

- Ce n'est pas à cause d'Ichigo, n'est-ce pas ?

- Hein ? Mais je t'assure que ça va. J'ai l'habitude de prendre soin de moi toute seule. C'est juste que...

- Que quoi ? S'impatienta la brune.

- Je suis fatiguée ces derniers temps, et je n'ai pas beaucoup d'appétit.

- Toi, pas beaucoup d'appétit ? Je savais que c'était grave... ça a commencé quand ?

- Euh... Il y a environ 2 semaines ?

- Depuis que ce crétin est parti donc... Je me demande si c'est une coïncidence... Ce n'est pas la première fois qu'il s'en va pourtant.

- Il est parti depuis si longtemps cette fois... Et nous n'avons aucune nouvelle.

- Oui, mais tes symptômes ont commencé dès son départ ! D'ailleurs, tu as remarqué autres choses, à part la fatigue et la perte d'appétit ?

- Perte de sommeil, et puis je... J'ai souvent froid, réfléchit la belle, un doigt sur la joue.

- Orihime qu'est-ce que c'est que cette horreur ! S'écria soudain Tatsuki, en saisissant la main de son amie.

L'index de la rouquine présentait une plaie profonde, béante et infectée sur la pulpe de la dernière phalange. Les bords de la plaie commençaient déjà à noircir.

C'est en voyant la plaie qu'Orihime ressentit enfin la douleur qui lui empêchait de plier le doigt.

- QUAND T'ES-TU FAIT ÇA ?

- Je... Je n'en sais rien... J'ai cassé un verre. Je ne m'en souviens pas, Tatsuki.

- Essaie de remettre les choses en ordre : il est 23h, tu m'as appelée vers 19 heures. Qu'est-ce que tu as f...

Mais la voix de la jeune fille n'atteignait pas Orihime, alors que ses yeux se posèrent sur l'horloge de sa cuisine.

Ainsi, elle était restée plusieurs heures sur le sol de sa cuisine, inconsciente. Elle se souvenait avoir fait sa vaisselle, s'être penchée pour ramasser l'éclat de verre, le rêve et le réveil plutôt abrupt devant une Tatsuki-chan paniquée. Puis les images s'imprimèrent au ralenti devant elle : la porte qui claque, comme si quelqu'un l'avait délibérément poussée, le verre qui lui glisse des mains, sa chute interminable jusqu'au sol où il se disloque en plusieurs morceaux qui se dispersent et glissent sur le carrelage de sa cuisine, le frisson qui la saisit par derrière, qui monte et descend le long de son épine dorsale. La sensation que c'est un doigt glacé qui la touche de manière malsaine. Et puis plus rien, elle se retrouve allongée par terre, devant la mine défaite de Tatsuki.

- Orihime ! Orihime putain, ne me refait pas un coup pareil ! Je te parle et tout d'un coup, on dirait que tu ne m'entends plus ! Soigne-toi avant que les secours n'arrivent, on leur dira que tu es tombée dans les pommes et...

- Je vais chercher ma pharmacie, murmura Orihime en se levant, éteinte.

- Je parlais de tes barrettes ! S'étonna Tatsuki.

- Je... je me sens vraiment fatiguée pour utiliser mes barrettes ce soir... Pardonne-moi de te causer tous ses soucis, Tatsuki-chan, la voix étonnamment absente.

- Hum, j'imagine qu'on va devoir faire comme tout le monde, après tout. Les secours vont t'emmener à l'hôpital, je viens avec toi. Tu vas probablement devoir passer par le bloc pour nettoyer cette blessure, et s'assurer qu'aucun tendon ou nerf n'est touché. Vu la tête que ça a, encore un jour et tu frôlais l'amputation !

- Ne sois pas si alarmiste... tenta la jeune fille d'une voix lointaine pour calmer la karatéka au bord de la crise de nerf. Mais elle non plus n'était pas rassurée.

- Juste, s'il te plaît... Pas l'hôpital d'Ishida-san.

La brune eut un petit sourire blasé. C'était tout Orihime...

- D'accord, pas l'hôpital d'Ishida-san... reprit-elle, plus doucement.

- Tatsuki-chan... Comment... Pourquoi es-tu venue ?

- J'ai un double de tes clés, je te rappelle... Ta voix était bizarre au téléphone, je savais que j'arriverais pas à dormir si je n'en discutais pas avec toi. Faut croire que j'ai bien fait...

Les secours arrivèrent quelques minutes plus tard et confirmèrent le diagnostic alarmant de Tatsuki sur la plaie de la princesse. Le médecin urgentiste sermonna la jeune fille, qui avait été très négligente, lui demanda si elle avait bien tous ses vaccins antitétaniques et lui posa toute sorte de question, mentionnant le diabète et des difficultés à cicatriser à cause de certains traitements. Elle se garda bien de lui avouer que la blessure datait d'à peine trois heures et qu'elle ignorait pourquoi elle s'était infectée de la sorte.

Arrivée à l'hôpital, la jeune fille fut admise dans un bloc pour procéder à l'exploration et la suture de la plaie puis en observation pour 24 heures, compte tenu de sa longue perte de connaissance. Elle n'avait aucun signe de commotion, ni marque ni hématome. Les analyses de sang revinrent normales, ne révélant qu'une légère anémie. La prise en charge médicale et les résultats rassurants des divers tests finirent de décontracter et tranquilliser les deux jeunes filles.

Tatsuki avait attendu dans le couloir de l'hôpital puis au chevet de la rousse quand elle eut enfin quitté le bloc et intégré une chambre. Exténuées par tant d'émotions, elles s'étaient toutes les deux endormies vers 4 heures du matin, leurs mains fermement serrées.

Le lendemain, réveillées par les infirmières à 7h30, Arisawa se chargea d'appeler le lycée et de les excuser toutes les deux pour la journée. Il était évident pour elle qu'Orihime devait se reposer encore deux ou trois jours avant de songer à retourner en cours mais elle évita le sujet, souhaitant sincèrement changer les idées de sa délicate amie. La soirée de la veille lui avait semblé des plus bizarres. Déjà, Orihime n'était pas comme d'habitude : au téléphone, elle n'avait pas été aussi bavarde que les autres jours. C'était certes elle qui l'avait appelée mais il semblait qu'elle avait franchement expédié la conversation, évitant de parler d'elle, alors qu'il y avait tant à dire ! Tatsuki savait quand la belle rousse partait dans ses délires, elle avait appris à reconnaître les signes qui montraient que son imagination débordante prenait le pas sur la réalité, comme cela avait été le cas avec Ochi-sensei. Mais elle avait senti autre chose, un malaise qu'elle n'arrivait pas à expliquer depuis leur bref contact téléphonique. Bien qu'elle semblât en apparence aller bien, Tatsuki ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour son amie, qu'elle ressentait comme un devoir de protéger. Cette fille si fragile, si ingénue, si gentille. C'était indécent de ne serait-ce qu'imaginer que quelqu'un lui veuille du mal. Pourtant il y avait quelque chose qui chiffonnait la brune. Peut-être était-ce le ton de la voix d'Orihime sonnait tantôt comme la sienne, gaie et chaleureuse, tantôt comme un écho lointain, étrangère. Orihime avait toujours été la même, rayonnante, active et étourdie, mais Tatsuki ressentait un changement qu'elle ne s'expliquait pas. Elle espérait que la rouquine se confia, et malgré son impatience à avoir des réponses, elle se dit que cela ne serait pas profitable de brusquer l'alitée. Elle devait y aller en douceur, par des chemins détournés, même si ce n'était pas sa façon de procéder préférée. Elle espérait en fait qu'Orihime se confiât d'elle-même comme elle l'avait toujours fait.

Quand Tatsuki fut de retour dans la chambre, Orihime prenait son petit-déjeuner. La voir manger avec appétit avait quelque chose de rassurant et cette vision réchauffa le cœur de la sportive.

- Oh, Tatsuki-chan, ce petit pain est vraiment très bon ! Surtout avec le beurre et la confiture.

- Y'a vraiment que toi pour aimer la nourriture de l'hôpital.

La rouquine continua de mastiquer, en souriant, puis avala sa bouchée. Soudain, son sourire s'éteignit.

- J'ai l'impression que ça fait des jours que je n'ai pas senti le goût de la nourriture dans ma bouche. Sa voix n'était qu'un souffle.

- Oi...

Arisawa n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit puisque la belle s'était mise à sangloter, délaissant complètement son petit-déjeuner. Le moment était peut-être propice... Tastuki sortit prestement un mouchoir du tiroir de la table de chevet et sécha les larmes de son amie, en silence. Elle lui caressa les joues puis saisit ses mains, toujours sans un bruit.

- Oh, Tastuki, gémit Orihime qui se jeta sur elle.

Elle avait cessé de pleurer, mais la brune entendait sa respiration encore chargée de larmes contre son oreille.

- Je ne sais pas ce qu'il m'arrive... commença la rousse, dans un murmure que Tatsuki n'aurait jamais pu entendre si sa bouche n'avait pas été si proche de son oreille.

Je me sens si lasse. Je me sens seule, et je sais que je suis égoïste de le croire. J'ai beaucoup d'amis, et d'activités, je suis bien ingrate de penser ainsi...

Le garçon manqué ne dit rien, se contentant de resserrer sa prise autour de son amie. Elle était émue par la sincérité des aveux de la douce jeune fille, et ressentit la culpabilité de ne pas avoir saisi plus tôt ce qui se jouait dans le fond de son cœur délicat. Elle avait personnellement quelques reproches à se faire également. Elle avait trop présumé des forces d'Orihime qui gérait l'absence du garçon qu'elle aimait et l'inquiétude que cela générait depuis trop longtemps. De plus, elle avait elle-même été souvent absente ses dernières semaines, surtout le soir et les week-ends pour ses compétitions et ses entraînements, et bien qu'elles se voyaient tous les jours au lycée, et qu'elles faisaient le chemin ensemble le matin, la karatéka n'avait pas été présente comme il se devait dans la vie de la sœur de Sora. Tous ses éléments avaient sans aucun doute épuisés la jeune fille, et elle avait subi hier le violent contre-coup de tout son stress, sa peur, sa solitude.

- Et encore une fois, tu ne voulais pas m'inquiéter ? Rah, Orihime, ne me demande pas quelque chose dont tu serais toi-même incapable ! Jamais je n'arrêterais de m'inquiéter pour toi, parce que jamais tu n'arrêteras de t'inquiéter pour moi !

- Pardonne-moi, Tastuki-chan !

- Il n'y a rien à pardonner, tu sais que tu peux tout me dire, c'est ce qu'être amies veut dire. Ce n'est pas égoïste de penser comme tu le fais. Nous sommes encore jeunes, mais la vie a été dégueulasse avec toi. À ta sortie de l'hôpital, ça te dirait qu'on aille se faire un week-end entre filles dans la maison de campagne de mes parents ?

Orihime s'écarta des bras de sa meilleure amie et la regarda droit dans les yeux, ses grands bassins argentés luisant de nouvelles larmes prêtes à couler.

- Tatsuki-chan... Merci. Ton amitié est... la chose... la plus précieuse... dans ma vie.

- Alors, c'est que... notre amitié n'est pas un hasard, puisque ton amitié est la chose la plus précieuse... pour moi, dit Tatsuki en tapotant doucement la tête rousse, pour cacher son embarras.

...

Voici donc le premier chapitre. Je me dis que c'est vraiment atroce de proposer à la lecture un texte qui n'est effectivement pas terminé. J'aurais envie de changer chaque phrase, chaque mot!

En plus, même si j'adore les personnages, je les interprète et je ne suis pas sûre que mon interprétation soit des plus convaincantes... Ichigo est vraiment très dur à capter...

Enfin, je vous présente mes plus sincères excuses : j'adore lire l'humour, je me marre tout le temps dans ma vie quotidienne mais je suis super nulle pour écrire des trucs marrants. Du coup, y'aura pas de scènes marrantes. Donc si vous riez, ce sera très involontaire de la part de la pauvre auteure débutante que je suis, et en plus c'est que c'est assez mal barré, je crois.

Je remercie encore les personnes qui m'ont adressé des messages d'encouragement pour me lancer dans cette aventure (si mon texte est pourri, plaignez vous à freedompen, lol) ainsi qu'à celles qui, rien qu'en écrivant, m'ont donné envie de partager aussi. Donner, et pas seulement recevoir...

Pluie de Pétale Sakura est mon héroïne (ma drogue et mon modèle), montons un fan club!

La suite est en cours, j'ai déjà écrit le 2e prélude et 6 pages du chapitre 2.

Merci d'avoir lu. AngieTenshi.