Izuku ne pouvait pas dire depuis combien de temps il était étalé sur la pile de couvertures qui formait le lit du chef aux yeux rouges. Il s'était endormi, ou évanoui, à un moment donné et lorsqu'il avait rouvert les yeux, il avait réalisé qu'il était seul dans la yourte, à son plus grand soulagement. En étant seul, il pouvait essayer d'imaginer que tout n'avait été qu'un cauchemar, depuis l'attaque de son village jusqu'à son emprisonnement dans la yourte. Il y avait beaucoup de choses qu'il aurait voulu oublié et sa seule consolation avait été qu'il n'avait absolument rien senti lorsque le chef s'était servi de son corps quelques heures auparavant. Il n'avait pas senti le sol dur contre sa joue ou ses coudes ; il n'avait pas senti les ongles de l'homme s'enfoncer dans la peau de ses hanches ; il n'avait aucune douleur lorsqu'il l'avait pénétré. C'était comme si son esprit avait été dissocié de son corps, comme si cela n'avait vraiment été qu'un rêve.

« Eh, est-ce que ça va ? »

Il avait failli ne pas entendre la voix. Il se redressa sur ses coudes pour tourner la tête vers l'entrée de la yourte, apercevant une femme aux cheveux courts, tenant le rideau rouge pour lui laisser le passage.

Izuku fut incapable de lui répondre mais croiser son regard sembla la convaincre de s'avancer vers lui, un bol en bois dans son autre main.

« Tu t'appelles Izuku, c'est ça ? Je suis Kyoka. Tu as dû t'en rendre compte mais je suis une Oméga aussi donc tu n'as pas à t'inquiéter.

_Kyoka ? Oh, c'est vers toi que mes amis ont été... »

Izuku ne finit pas sa phrase, sursautant alors que la jeune femme prenait place sur le lit à côté de lui. A cette distance, il pouvait apercevoir la mixture verte que contenait le bol entre ses mains et il ne put réprimer une grimace à cause de l'odeur désagréable.

« Tes amis vont bien mais ils sont inquiets pour toi. J'imagine qu'ils n'ont pas tord vu que tu as eu affaire à Katsuki... Tiens, bois ça.

_Que... Qu'est-ce que c'est ? »

Kyoka paraissait amicale mais il n'était pas certain de pouvoir lui faire confiance. Il n'avait pas l'impression qu'il pouvait faire confiance à qui que ce soit du clan des dragons. Surtout pas avec le traitement que le chef lui avait réservé. Il serra ses cuisses l'une contre l'autre, comme s'il cherchait encore à le fuir.

« Tous les Omégas utilisent cette potion pour éviter une grossesse. Ça va te donner mal au ventre pendant quelques jours mais c'est toujours mieux qu'avoir une portée sans le vouloir. »

Il lui prit aussitôt le bol des mains, n'ayant aucune envie de porter la progéniture du chef du clan des dragons. Le goût de la mixture n'était pas mieux que son odeur mais il se fit violence pour vider le bol d'une traite avant de le tendre à la jeune femme de nouveau.

« C'est, euh... C'est courant de boire ce genre de potions ? » demanda-t-il.

A sa connaissance, les grossesses non voulues étaient très rares dans son village et il avait du mal à concevoir qu'un Oméga puisse refuser d'avoir une portée. A moins que les cas comme le sien soient monnaie courante.

« Oh ! » sourit Kyoka. « Assez oui. Nos Alphas se battent toujours pour nous quand on est en chaleurs et c'est tellement grisant de les voir que c'est difficile d'aller à l'encontre de nos instincts ! »

Le visage d'Izuku se décomposa en l'entendant. Cela voulait-il dire qu'un Oméga pouvait avoir un partenaire différent pour chacun de ses cycles ? Jusqu'où allaient les combats ? Était-ce des combats à mort ? Pour avoir gagné le nom de barbares, cela ne devrait pas l'étonner si cela était le cas.

« J'imagine qu'on est plus libertins que d'autres clans. » reprit-elle en le dévisageant. « Tout le monde a fait la même tête que toi en apprenant nos coutumes ! »

La jeune femme se releva alors et changea de sujet.

« Tu veux manger quelque chose ? Katsuki est reparti avec le reste des chasseurs mais je peux t'apporter de la viande séchée ou des fruits le temps qu'il revienne si tu as vraiment faim.

_Euh, je... Je peux avoir des fruits, s'il te plaît ? »

Il avait grimacé à la mention de la viande. Son régime alimentaire s'était toujours constitué de poissons, de noix, de fruits et de légumes et il n'avait jamais mangé de viande de sa vie. Son père lui avait toujours dis que les Omégas avaient du mal à digérer la viande mais peut-être que les membres du clan des dragons avaient un estomac plus résistant que la normale.

« Et est-ce que...

_Hum ?

_Ce serait possible de voir mes amis ? »

C'était sans doute une demande vaine mais Kyoka semblait suffisamment amicale pour au moins lui fournir une réponse honnête. De sa voix, il pouvait probablement se faire entendre dire qu'il était emprisonné sans droit de visite sans qu'il ne le prenne mal.

« Je ne suis pas sûre que Katsuki aime avoir l'odeur d'un de tes amis dans sa yourte. Mais si vous restez juste devant ça devrait aller. Du moment que c'est un Oméga, je peux bien t'emmener qui tu veux. »

Izuku en resta bouche bée pendant un moment, n'arrivant pas à comprendre que sa demande ait reçue une réponse positive.

« Je... Je peux sortir d'ici ?

_Tu n'as pas de liens, pas vrai ? Ce n'est pas comme si quelqu'un pouvait t'empêcher de sortir d'ici. Du moment que tu ne sors pas du village, tu peux bien aller où bon te semble ! C'est si difficile à croire ? »

Il hocha la tête, faisant rire la jeune femme. Pour quelqu'un qui était censé être un esclave, il avait beaucoup trop de liberté.

« Euh, je... Est-ce que tu peux faire venir Ochako ?

_Ochako ? D'accord, je retiens ! A tout à l'heure ! »

Elle lui adressa un dernier sourire avant de quitter l'habitation sans un mot de plus.

Plusieurs minutes durent s'écouler avant qu'Izuku ne se décide finalement à s'asseoir sur les couvertures, cherchant ses vêtements des yeux pour s'habiller avant que Kyoka ne revienne avec son amie.

Quelque chose n'allait pas. A part la manière dont le chef l'avait traité, Izuku n'avait pas le statut qu'il aurait pu imaginer d'un esclave. Quel sort réservait d'ailleurs le clan des dragons à leurs esclaves ? Étaient-ils tous massacrés dès qu'ils n'avaient plus de fonctions ? Izuku allait-il être tué dès le retour de l'homme aux yeux rouges ? Mais dans ce cas, pourquoi Kyoka lui apportait-elle de la nourriture ? N'était-ce pas un gâchis en sachant qu'il n'allait sans doute pas avoir le temps de digérer son repas ? Non, la mort n'était sans doute pas ce qui l'attendait. A cause de ce qui lui était déjà arrivé, il était sans doute plus probable de penser qu'il allait continuer à être l'esclave sexuel du chef du clan. Et dans le pire des cas, peut-être allait-il servir d'esclave au clan tout entier ? Le fait d'entendre Kyoka dire qu'ils étaient libertins ne faisaient qu'encourager cette hypothèse et une expression d'horreur se dessina sur son visage. Il ne pouvait pas rester ici trop longtemps. Dès qu'Ochako serait là, il lui demanderait de quitter la ville au plus vite avec le reste de leur clan et de fuir avant que lui-même n'en fasse de même. Il ne pouvait rien faire pour se défendre du moment que sa famille était toujours dans l'enceinte du village.

« Izuku ! »

Il sursauta au son de la voix de son amie de l'autre côté du rideau le séparant du reste de la ville. Il s'empressa de fermer sa tunique avant de la rejoindre, écartant le rideau sur son passage.

« Izuku ! » s'écria une fois de plus Ochako.

Elle se jeta aussitôt sur lui, des larmes perlant au coin de ses yeux. Kyoka se tenait juste en arrière, un sourire attendri sur le visage tandis qu'elle tenait deux sacs en tissus dans ses deux mains.

« Je reviendrai te chercher dans un moment, Ochako. » souffla-t-elle avant de poser les deux sacs à même le sol, leur tournant le dos pour repartir de son côté.

Izuku avait été certain qu'elle resterait dans le but de les surveiller. Était-elle tellement persuadée qu'il leur était impossible de s'enfuir ? Mais la raison était le dernier de ses problèmes.

« Ochako, tout va bien ? Tu n'es pas blessée ?

_C'est à moi de te poser cette question ! » rétorqua-t-elle. « Qu'est-ce que ce monstre t'a fait ? »

Il fut incapable de répondre, ayant peur que la douleur parvienne finalement à son cerveau en se rappelant ce qui s'était passé. Il se contenta de baisser les yeux, sentant ses mains se resserrer sur les épaules de son amie.

« Il faut qu'on te sorte d'ici, Izuku ! Tu ne peux pas rester son esclave si c'est pour t'affliger ce genre de...

_Non ! Ne vous préoccupez pas de moi ! Il faut que vous quittiez cet endroit sans moi ! Il ne vous arrivera rien tant que je reste ici ! Comment va Tamaki ? »

Ochako fronça les sourcils avant de baisser à son tour les yeux vers le sol. Izuku ne s'attendait pas à une bonne nouvelle.

« Il va bien. C'est juste que d'après leur soigneuse, il va lui falloir deux ou trois jours avant de pouvoir marcher normalement. Personne d'autre n'est gravement blessé et Hitoshi est resté auprès de Tamaki et Yuya. Ils sont toujours dans la yourte de cette Chiyo. C'est elle qui les a soigné. »

Plusieurs jours. S'il devait être honnête avec lui-même, Izuku ne savait pas s'il pourrait tenir plusieurs jours en étant un esclave. Il baissa les yeux vers les deux sacs en tissus laissés par Kyoka et décida de les ramasser, s'asseyant en tailleur devant la yourte. Les sacs contenaient des framboises et des groseilles et il salivait rien que de voir leur couleur vive.

« Tu en veux ? » demanda-t-il en tendant un des sacs à son amie.

Il fallait qu'il change de sujet et, surtout, qu'il mange un peu pour essayer d'y voir un peu plus clair sur la situation dans laquelle ils se trouvaient.

Ochako secoua la tête mais prit place à ses côtés, ses bras entourant ses genoux. Izuku commença à grignoter les fruits sans plus attendre, regardant droit devant lui alors que plusieurs habitants de la ville allaient et venaient sur les chemins entre les autres habitations.

« Ils sont bizarres ici... » souffla Ochako au bout d'un moment.

C'était quelque chose qu'il avait déjà compris mais il ne put s'empêcher de questionner son amie.

« Pourquoi ? Ils ont fait ou dit quelque chose ?

_Tu sais, Itsuka va avoir son cycle bientôt. Les Omégas d'ici peuvent le sentir et l'un d'eux à proposer de l'aider à traverser ses chaleurs si nous étions encore là à ce moment. Deux Omégas ensemble... Tu arrives à imaginer ça, toi ? »

Il se souvenait d'avoir vu ces deux Alphas dans les bras l'un de l'autre en arrivant dans la ville du clan des dragons. Même si cela paraissait inconcevable pour Ochako ou lui, c'était visiblement une pratique courante à l'intérieur de ce clan. Il évita de mentionner le côté libertin des membres du clan. Ochako n'avait sans doute pas besoin de le savoir et avec un peu de chance, elle ne l'apprendrait jamais. Il n'avait aucune envie qu'elle quitte cet endroit en s'inquiétant pour lui plus que nécessaire.

« C'est juste l'affaire de quelques jours. » fit Izuku. « Quand Tamaki pourra remarcher, vous pourrez traverser les montagnes et rejoindre Hosu tranquillement.

_Ce n'est pas possible.

_Quoi ? »

Il cessa de manger pour se tourner vers son amie, cette dernière ayant posé son menton sur ses genoux.

« Qu'est-ce que tu veux dire ?

_Ils ne nous laisseront pas traverser les montagnes. » répondit-elle. « Tenya a déjà demandé et Kyoka a dit que c'était impossible. Il est déjà décidé qu'ils nous ramèneront là où ils nous ont trouvés pour prendre la longue route qui contourne la chaîne de montagnes.

_Quoi ? Mais... Et les rebelles ? C'est bien trop risqué de perdre autant de temps alors qu'ils...

_J'ai bien peur qu'on ait pas le choix... »

Izuku ne pouvait rien dire pour essayer de la rassurer. Lui-même ne savait pas ce qu'il pouvait faire pour arranger la situation. Si les rebelles devaient s'en prendre à son clan sans qu'il ne puisse rien faire, il ne pourrait sans doute jamais se le pardonner. C'était pour assurer leur sécurité qu'il s'était proposé comme esclave et il ne voulait pas que ses efforts soient en vain.

Kyoka refit son apparition pour reconduire Ochako là où tous les autres membres de son clan avait était rassemblé et il fut incapable de lui offrir autre chose qu'un sourire. Lorsque la jeune femme du clan des dragons retourna auprès d'Izuku pour lui demander s'il avait besoin de quelque chose, il parla avant même de réfléchir.

« Pourquoi vous ne voulez pas que mon clan passe par les montagnes ?

_La question c'est plutôt pourquoi vous tenez tant à passer par là. » rétorqua Kyoka, ayant perdu son sourire pour froncer les sourcils.

« Notre village a été attaqué par un clan de rebelles. Ils doivent être encore à nos trousses et c'est pour ça que nous cherchions à rejoindre Hosu le plus rapidement possible. »

La jeune femme parut réfléchir un moment avant de poser une main sur sa hanche, répondant finalement.

« Personne n'a jamais traversé ces montagnes en vie depuis que notre clan s'est installé ici. Il n'y aura jamais aucune exception alors vous allez devoir revoir vos plans. Je suis désolée pour ton clan mais il n'y aucune chance pour qu'on vous laisse passer par les montagnes. »

Elle avait parlé avec un air sévère qu'Izuku ne lui avait encore jamais vu. Il n'avait pas de peine à s'imaginer toutes les personnes qui avaient dû être exécutées pour la simple et bonne raison qu'ils avaient cherché à traverser les montagnes de Musutafu. Kyoka avait beau paraître amicale, elle ne faisait pas partie du clan des dragons pour rien et il venait d'en avoir la preuve.

« Mais peut-être que si tu arrives à caresser Katsuki dans le sens du poil, il voudra peut-être prendre en chasse ce clan de rebelles pour tes beaux yeux ! » reprit Kyoka, retrouvant son sourire avant de lui faire un clin d'œil.

« Qu... Quoi ? »

Il était tellement surpris par sa réplique qu'il fut incapable de prononcer autre chose.

« Aucun de nous n'a jamais pu le dompter mais si tu y met tout ton possible, ça n'est pas impossible. Je peux te montrer ce qu'il aime si tu veux tenter ta chance.

_Quoi ? Le dompter ? Tu veux dire que... Tu as déjà... avec lui ?

_C'est notre chef. » fit-elle en haussant les épaules. « Tout le monde s'est un jour demandé comment ce serait d'être enlacé par Katsuki. Même Mina l'a entraîné dans sa yourte une fois et pourtant Eijirou a le quasi monopole sur elle. Il n'a jamais choisi de partenaire alors n'importe quel Oméga parmi nous peut le choisir pendant nos chaleurs. »

Il s'agissait de beaucoup trop d'informations d'un coup pour lui et il aurait voulu se boucher les oreilles. Pour lui, tant de libertinage était tout bonnement impensable et il comprenait pourquoi ce clan était considéré comme un peuple de barbares et de sauvages auprès de tous.

« Ce que vous pouvez être pudique, tous ! » se moqua Kyoka. « Où est le mal à apprécier le plaisir de la chair ? A croire que c'est tabou pour vous ! Tu devrais essayer de te détendre un peu et d'apprécier ce que tu as. Reiko et Neito donneraient cher pour être à ta place !

_A... A ma place ? Qui pourrait vouloir être un esclave ?

_L'esclave de Katsuki ? Franchement ? Même Camie en serait jalouse. Se retrouver dans les bras protecteurs de notre Alpha, c'est l'une des meilleures sensations au monde.

_P-Protecteurs ? »

Le cerveau d'Izuku cherchait à tout prix à ne pas se souvenir de l'étreinte du chef et il était inconcevable de penser la même chose que Kyoka. Pour lui à qui on avait forcé la main, il était impossible de réprimer une grimace en entendant la jeune femme parler.

« J'imagine que tu es parti sur de mauvaises bases avec Katsuki alors ce doit être trop tôt pour voir ses bons côtés... » soupira la jeune femme. « Il a du caractère, je te l'accorde mais ce n'est pas pour rien qu'on l'a tous accepté comme chef. Après la mort de Mitsuki, on aurait très bien pu choisir quelqu'un d'autre pour prendre sa place. »

Izuku fronça les sourcils, ne pouvant rien dire. Il ne connaissait pas les circonstances qui avaient conduits le blond aux yeux rouges à être chef et il ne voulait pas le savoir. Il ne voulait pas comprendre pourquoi le clan des dragons le suivaient. Il voulait juste que sa famille parte de cette ville le plus vite possible. Il voulait monter un plan pour s'échapper lui-même et ne plus jamais se retrouver sur le chemin de ce clan qui était prêt à les tuer sous prétexte qu'ils veuillent traverser les montagnes. Il ne savait pas pourquoi ce peuple était si protecteur envers les montagnes de Musutafu mais rien ne pouvait justifier le massacre de qui que ce soit à cause d'elles. L'instinct de survie d'Izuku lui criait de s'enfuir et c'est ce qu'il ferait à la moindre occasion. Si son peuple était vraiment forcé de contourner les montagnes, alors il devait être avec eux pendant le voyage. Si les rebelles s'en prenaient à eux, il devait être de la partie.

« Ne me regardes pas comme ça. » grimaça Kyoka. « On a pas besoin d'être ennemi si ce n'est pas ce que vous voulez. Qu'est-ce que vous pouvez être susceptible vous autres... »

Sur ces mots, elle repartit en plein cœur du village, ne se retournant jamais vers Izuku. Malgré ses paroles, Izuku avait du mal à concevoir d'être ami avec un chef qui se servait de lui comme un objet sexuel.