Bonjour à tous ! Je remercie d'abord toutes les personnes qui ont lu le premier chapitre, qui ont mis en favoris, qui follow l'histoire et qui ont commenté. Merci à Zeugma412, à Lys blanc, à Nadra, à Athina, à Math'L, à Tigrou, à Loi54, à Orosz lan et à lyla grint pour leur mot gentil.
J'ai été ravie de voir que ce début d'histoire plaisait et intéressait. J'espère que la suite vous plaira tout autant.
La théorie sur la magie dans ce chapitre n'existe pas dans le monde de JK Rowling, je l'ai inventé de toute pièce.
-Alors ? fit-elle en se rhabillant.
Le guérisseur Montgomery observait les photographies magiques du ventre d'Hermione. Ce que la jeune femme appelait radio était en fait beaucoup plus élaboré car celle-ci montrait clairement les flux magiques dans le corps de la jeune femme.
En temps normal, une radio prise d'un sorcier lambda montrait de fins courants blanchâtres qui traversaient tout le corps du sorcier en passant par les canaux sanguins. Le sang irriguait le corps tandis que les flux magiques irriguaient la sorcellerie de la personne. Hermione s'était une fois demandée si cette légende sur la pureté du Sang ne venait pas du fait que le flux magique d'un sorcier passait par les veines et artères.
Sur la radio d'Hermione, on voyait nettement la zone plus sombre de sa baguette, en plein cœur de son ventre près de la colonne vertébrale. Mais les flux magiques ne passaient plus seulement par le sang. En penchant la tête, elle avait l'impression que sa baguette était un nouveau cœur, à l'instar de celui qui lui permettait d'irriguer son corps. De fins vaisseaux blanchâtres la parcouraient pour rejoindre sa baguette, illuminée par une intense lueur et d'autres canaux repartaient, comme pour distribuer cette magie à d'autres parties de son corps.
-On dirait un cœur, ne put s'empêcher de dire Hermione, rhabillée.
-Je me faisais justement cette remarque, avoua le guérisseur, sans quitter la radio des yeux. On dirait que vous possédez un cœur de sorcellerie.
Le guérisseur parcourut les autres photographies de profil et de dos. Il se tourna vers Hermione et conclut :
-Soyez rassurée, Hermione. Votre baguette est extraordinairement bien placée et en l'état actuel des choses, vous ne risquez absolument rien. Votre baguette a modifié le flux de votre magie mais elle semble s'être étonnement bien adaptée au changement. Finalement, elle marche presque comme un régulateur de magie et celle-ci semble correctement redistribuée dans votre corps.
-Vous ne m'apprenez rien, guérisseur, fit remarquer Hermione. Ça fait un an que je vis avec cette baguette dans mon corps. Ce que je veux savoir, c'est si on peut me l'enlever sans risque. Et si c'est impossible, puis-je me servir de ma magie ?
Ces deux questions hantaient Hermione depuis un an et aucun guérisseur ou médicomage n'avait été apte à lui répondre jusque là. Si les radios sorcières étaient excellentes, elles étaient aussi terriblement longues à réaliser.
Hermione remarqua l'air embarrassé du guérisseur Montgomery, ce qui l'agaça.
-Répondez franchement, quitte à être cru, fit-elle, la voix dure.
Le guérisseur la regarda droit dans les yeux, l'air sombre.
-Votre baguette a si bien été implantée dans votre corps qu'elle s'est attachée physiquement à lui. La retirer serait comme vous enlever un organe désormais. Et je ne suis pas certain que votre corps supporte une autre modification des courants de magie.
Hermione déglutit difficilement. Les yeux braqués sur ses radios plutôt que sur le regard sérieux du guérisseur, elle assimila la nouvelle. Elle ne verrait plus jamais sa baguette magique et elle resterait une anormalité parmi les sorciers.
-D'accord, acquiesça-t-elle, secouant la tête pour faire fuir les larmes. Et … est-ce que je peux faire de la magie ?
Le guérisseur parut plus embarrassé cette fois ci. Il regarda à nouveau les radios avant d'avouer, à contrecœur :
-Je n'en ai pas la moindre idée. Telle qu'elle est, vous pouvez parfaitement vivre avec cette baguette magique en vous. Les flux sont normaux et stables. Mais utiliser cette magie … ça me paraît impossible, Hermione. Une baguette est le catalyseur de la magie naturelle de chaque sorcier. Si vous utilisez votre magie … votre baguette devrait répondre. Mais pas comme vous l'espérez. Vous comprenez ?
Hermione le fusilla du regard. Bien évidemment qu'elle comprenait. Si elle osait jeter ne serait-ce qu'un Stupéfix, sa baguette en elle lancerait le sort. Hermione préféra ne pas imaginer la boucherie que deviendrait son corps. Il pourrait imploser et mourir si elle avait de la chance. A l'inverse, elle pourrait très bien endommager d'autres organes vitaux en elle et souffrir le martyr. Tout cela avant de lâcher son dernier souffle évidemment.
En somme, elle ne pourrait plus jamais utiliser sa magie. Hermione leva les yeux au plafond pour éviter de laisser couler l'eau dans ses yeux, sachant qu'une telle possibilité était envisageable. Mais elle avait gardé l'espoir que, peut-être, les médicomages pourraient faire quelque chose. La magie permettait de réaliser tellement de miracles qu'elle pensait pouvoir en bénéficier. Visiblement, elle devrait vivre comme avant ses onze ans.
Elle inspira profondément puis sourit au guérisseur-en-chef.
-Merci, guérisseur Montgomery.
Elle se leva de sa chaise, prête à rejoindre sa chambre. Mais le guérisseur l'interpella avant :
-Hermione. Même si vous ne pouvez plus vous servir de votre magie … vous êtes toujours une sorcière.
La jeune femme regarda cet homme si lunatique compatir pour elle. Elle acquiesça, sceptique.
-Bien sûr, souffla-t-elle avant de s'enfuir du cabinet.
Le soir même, Hermione monta au cinquième étage et prit place dans le salon de thé mis à disposition par l'hôpital. Les couleurs vert tendre et pêche offraient un cadre de vie agréable et reposant. Et le thé était excellent. Elle attendait Lavande qui devait terminer son service vers dix-neuf heure et la rejoindre pour papoter des patients les plus récurrents.
Pensive depuis les résultats de son examen, Hermione se demandait ce qu'allait être sa vie lorsque Montgomery la laisserait sortir de Sainte Mangouste. Elle s'était habituée à son train de vie ici et ne plus voir Madame Diggins ou même le professeur Rogue l'attristait. L'idée que peut-être, le guérisseur Montgomery la laisse travailler à Sainte Mangouste comme elle le faisait depuis quelques mois traversa son esprit. Hermione s'avoua que ça ne lui déplairait pas : transmettre des messages ou des dossiers importants d'un étage à l'autre, donner les repas, transmettre les plaintes des patients lorsque la nourriture était immonde, changer les poches de perfusions …
Ses pensées dévièrent vers Rogue assez naturellement. Il avait eu l'air plutôt choqué en apprenant qu'Hermione avait subi l'implantation de sa baguette magique en elle. Peut-être avait-il entendu parler de ces expériences réalisées dans les cachots du Manoir Malefoy.
-Ah, tu es déjà là, fit la voix soudaine de Lavande.
Le train de pensée d'Hermione s'interrompit brutalement tandis qu'elle levait la tête vers la jeune femme. Celle-ci s'installa de l'autre côté de la table ronde, croisa les jambes et lui offrit un petit sourire. Hermione le lui rendit, en se redressant un peu sur sa chaise.
-J'ai apporté la liste des patients et un plan vu du dessus des étages pour que tu puisses situer chaque personne, commença de but en blanc Hermione en désignant les feuilles entre elles.
-Très bien, fit Lavande en y jetant un coup d'œil.
Elles passèrent plus de deux heures à placer les patients les plus longuement admis à Sainte Mangouste et ceux qui revenaient toutes les semaines. Hermione avait fini par se prendre au jeu et narrait l'histoire de la patiente la plus ancienne de Sainte Mangouste, Madame Jean Samuels. Cette vieille femme avait été internée il y a quarante ans et n'était jamais sortie de l'hôpital. Madame Samuels était désormais très connue car il s'agissait d'une voyante qui vivait plutôt mal son don. La vieille sorcière pouvait avoir quelques visions et souffrir de violents maux de tête qui la forçaient à garder le lit de longs jours. Étant donné la régularité de ses visions, Madame Samuels avait fini par élire domicile à Sainte Mangouste, incapable de repartir chez elle tant ses céphalées étaient violentes et fréquentes.
-Elle t'a déjà fait une prédiction ? s'enquit sérieusement Lavande.
Alors qu'elle allait se moquer de la vieille femme, Hermione se retint juste à temps. Elle se souvint soudain de la fascination de Lavande pour le cours de Divination à Poudlard. Elle finit par dire :
-Une fois. Je devais lui apporter son repas. Mais juste avant de frapper à sa porte, elle l'a ouverte pour me dire très courtoisement de courir en cuisine pour signaler qu'une intoxication alimentaire allait probablement faire souffrir l'étage.
-Tu as fait ce qu'elle t'avait demandé ? demanda Lavande, impressionnée.
-Elle est connue pour ne jamais se tromper, fit Hermione, un vague sourire aux lèvres. Je suis allée en cuisine et le chef a arrêté tout ce qu'il faisait en comprenant que l'indication venait de Madame Samuels.
-Personne n'a été intoxiqué alors ?
-Si … le cuisinier qui goûte chacun de ses plats, avoua Hermione en riant.
Lavande éclata de rire pendant un bref instant et elles reprirent leur plan pour situer Madame Samuels. Lorsque le soleil eut disparu dans le ciel, un homme déboula au pas de course dans le salon de thé en dévisageant chaque personne. Hermione le vit et s'exclama :
-Ron, tu vas bien ?
Le jeune homme la vit et un immense soulagement détendit tous ses muscles crispés. Il s'approcha d'elle, embrassa sa tempe et dit, un peu agressif :
-Tu n'as pas fini de courir d'un bout à l'autre de l'hôpital ? Je te cherche depuis une heure et tu n'es pas repassé dans ta chambre !
Hermione haussa les sourcils et fit une grimace désolée. Ron lui avait promis de passer dans la soirée pour connaître ses résultats. Il s'assit près d'elle, soulagé et il remarqua enfin Lavande. Effaré, il se figea sur place.
-Bonsoir, Lavande, murmura-t-il, apparemment gêné.
La jeune femme lui sourit doucement et baissa les yeux.
-Bonsoir, marmonna-t-elle.
Hermione devina que les nombreux regards choqués qu'on lui lançait régulièrement devaient blesser sa confiance en elle.
-Lavande est stagiaire ici, je l'aidais à repérer les patients les plus fidèles de Sainte Mangouste, fit Hermione.
-Oh, c'est pour ça que tu n'étais pas au quatrième, devina Ron, soupirant.
-J'aurais du te prévenir, convint Hermione en lui souriant.
Le jeune homme sembla l'interroger silencieusement du regard ce qu'Hermione comprit bien. Elle fut gênée et se tourna vers Lavande.
-Euh … tu veux bien qu'on se revoit demain pour terminer la liste ?
-Bien sûr, s'éveilla soudain Lavande en se levant vivement.
-Je te laisse le plan, lui proposa-t-elle.
Lavande la remercia et, après un rapide bonsoir, s'éloigna pour descendre au rez-de-chaussé. Dès son départ, Ron se tourna vers Hermione et souffla, sur le ton de la confidence :
-Je ne l'avais pas revue depuis la bataille de Poudlard.
-Moi non plus. Elle a sacrément changé depuis, murmura Hermione.
-Je veux bien te croire.
Ron demanda alors à voix haute :
-Et toi ?
Hermione lui sourit et détourna le regard, embarrassée.
-Je vais bien. Je ne risque rien en fait, ma baguette est très bien là où elle est selon le guérisseur. Mais je ne peux plus me servir de ma magie. Je risquerais d'exploser, ajouta-t-elle sur le ton de la plaisanterie.
Cela ne fit absolument pas sourire Ron. Il écarquilla les yeux et son visage se décomposa.
-Hermione, je suis tellement désolé de t'avoir laissée là-bas. J'aurais du faire demi-tour et venir te chercher. J'aurai tenter une percée et …
-Ron, je t'arrête, le coupa Hermione, sévère. Je sais que tu t'en veux. Mais je n'ai pas souffert, je suis en vie et la guerre est finie. Certes, je suis comme une moldue maintenant. Mais j'ai déjà vécu comme ça avant Poudlard. Ca ne sera pas si terrible. Il faut juste que je me fasse à l'idée mais ça n'a rien de dramatique. Compris ?
Le jeune homme la dévisagea longuement, malheureux. Il acquiesça et posa son front contre celui d'Hermione en soupirant. Elle le laissa faire, sachant qu'il devait se rassurer avant de repartir. Elle secoua ses cheveux roux dans tous les sens, lui provoquant un sourire amusé. Il s'éloigna et murmura :
-Tu vas bientôt sortir ?
-En vérité, je pensais demander du travail ici. Je me suis habituée à l'environnement, avoua-t-elle sur un coup de tête.
-Mais tu ne serais plus dans cette chambre ? Pas que j'ai un problème avec, elle est très belle, décorée et tout mais …
Voyant qu'il s'embourbait, Ron s'arrêta de lui-même, grimaçant. Hermione sourit devant sa maladresse.
-Je sortirai sans doute bientôt.
Ron lui adressa un large sourire. Ils se quittèrent sur cet enthousiasme et Hermione repartit dans sa chambre d'hôpital.
Le lendemain, Hermione pensa à prendre avec elle le périodique qu'elle avait promis à Rogue. La matinée fut relativement rapide pour elle, courant d'un étage à l'autre et d'un guérisseur à un médicomage. Finalement, elle parvint à trouver le repas de Severus Rogue et se jeta dessus pour le lui apporter. Elle piqua un sandwich dans le panier réservé aux guérisseurs de garde et alla frapper à la porte du professeur. Elle ouvrit sans attendre mais ne vit personne à l'intérieur. Surprise, elle observa les lieux dans la pénombre, jeta un coup d'œil à la salle de bain vide et se détourna pour repartir dans le couloir, perplexe. Mais à peine eut-elle le temps de passer le pallier qu'une voix rauque et difficilement contrôlée l'interpella à sa droite.
-Vous êtes là, bordel ! Venez ici, petite idiote.
Hermione haussa un sourcil en voyant Rogue se balader dans son pantalon de toile beige et son pull noir.
-Vous vous êtes passé l'insulte entre voisin de chambrée ? marmonna-t-elle, tentant d'alléger la situation.
Il attrapa son bras pour l'emmener dans sa chambre dont il ferma la porte. Hébétée, la jeune femme se laissa faire, les mains toujours chargées d'un plateau repas et d'un sandwich emballé.
Rogue fit volte-face pour la surplomber de sa hauteur et il fit, agacé :
-Je vous cherche depuis hier. Vous êtes impossible à dénicher.
La jeune femme retrouva la parole.
-Je vous ai dit que je traînais dans tous les couloirs. Pourquoi me cherchiez-vous ? l'interrogea-t-elle en posant le plateau sur la table de chevet près du lit.
Rogue s'avança pour la rejoindre près de la fenêtre et il pointa le ventre d'Hermione d'un doigt rageur.
-Pour ça.
Perplexe, Hermione balaya d'une main le doigt de Rogue pour l'éloigner de son ventre et répondit :
-Oui, et alors ?
-Vous avez survécu à l'expérience numéro six, dit-il d'une voix possédée et rocailleuse.
L'attention attirée, la jeune femme haussa les sourcils et sentit son cœur s'emballer.
-L'expérience numéro six ? Qu'est-ce que c'est ? fit-elle, incertaine.
Rogue se redressa, rejeta d'une main une mèche de cheveux noirs et inspira, comme pour se calmer. Il dévisagea Hermione, les yeux agrandis par un intérêt qu'elle ne lui avait plus vu depuis la fin de Poudlard.
-L'expérience numéro six consiste en l'implantation d'une baguette magique au cœur de son propriétaire. Quand avez-vous subi cette opération ? fit-il, pressé.
Hermione fronçait les sourcils. Elle déglutit avant d'avouer, hésitante :
-L'an dernier quand Harry, Ron et moi avons été capturés chez les Malefoy. Ils ont réussi à s'enfuir. Pas moi.
Rogue fronça les sourcils.
-Qui a procédé à l'implantation ?
-Je n'en ai aucune idée. Et avant que vous me le demandiez : non, je n'ai pas signé de contrat certifiant que mon consentement avait été donné, ajouta-t-elle, caustique.
-Le sarcasme ne vous sied guère, fit-il, plus calme.
-Comment êtes-vous au courant de l'existence de cette expérience ? demanda-t-elle, préférant détourner le sujet.
Rogue balaya l'air de sa main et se tourna vers la fenêtre en répondant, l'air agacé :
-C'est moi qui ai théorisé l'implantation des baguettes magiques dans un corps humain.
Le visage d'Hermione se décomposa lentement tandis que son cœur s'affolait furieusement dans sa poitrine. Les larmes vinrent dans ses yeux mais aucune ne coula. En colère, elle tenta de maîtriser sa voix pour asséner durement à l'homme pensif devant elle :
-Vous voulez dire que je traîne dans un hôpital depuis un an parce que vous avez émis une théorie complètement aberrante ?
Rogue se retourna vers elle pour l'observer, presque surpris. Il se reprit néanmoins et fronça les sourcils.
-Vous ne pouviez pas vous contenter de jouer à l'espion ? Vous avez vraiment perdu du temps à rédiger une thèse sur l'implantation des baguettes magiques ? s'insurgea Hermione, hors d'elle.
Rogue eut le bon sens de paraître légèrement gêné. Mais cela ne l'ébranla pas davantage car il répondit, plein d'aplomb :
-Cette théorie était supposée le rester : une simple théorie. Je n'avais jamais imaginé que mes travaux personnels intéresseraient le Seigneur des Ténèbres.
-Ah, parce que vous lui montriez vos devoirs d'école à l'occasion ? Sûrement quand vous rentriez à la maison, cracha-t-elle, au bord des larmes.
-Arrêtez ça, Granger. Je vous ai dit que le sarcasme ne vous allait pas, fit-il, énervé.
-Je m'en fiche ! Je suis en colère ! cria-t-elle puérilement.
-Et moi vous m'agacez, asséna-t-il.
-Bâtard !
-Écervelée !
Un silence s'abattit entre eux tandis qu'Hermione haletait sous la colère. Finalement, à court d'insulte, elle soupira lourdement et s'affala sur le lit d'hôpital, une main sous son menton.
-D'accord. Ça n'était pas votre faute, vous ne m'avez pas implanté cette fichue baguette après tout.
Rogue haussa un sourcil condescendant qui échappa à Hermione. Il croisa les bras sur sa poitrine, l'air menaçant.
-Ôtez votre postérieur de mon lit, dit-il de sa voix calme et rauque.
-Je pense que je peux m'y faire, affirma-t-elle en regardant pensivement la fenêtre.
-Granger, ôtez votre postérieur de là, la menaça-t-il encore tranquillement.
-J'ai grandi sans magie, je peux bien reprendre une vie normale avec les moldus, ajouta-t-elle sans lui prêter attention.
-Si vous ne … pardon ? s'interrogea soudain Rogue, perdant de son autorité.
Hermione le regarda alors, perplexe :
-Vous connaissez le sens de ce mot ?
-Ah, fit-il sans aucune hilarité. Plus sérieusement, vous comptez vraiment vivre comme une moldue ?
Hermione se releva pour aller regarder par la fenêtre, pensive.
-Oui, je ne peux plus faire de magie alors je vais sûrement devoir m'y habituer. Pourquoi ?
Rogue mit tellement de temps pour répondre qu'elle se tourna pour le regarder à nouveau. Il fronçait les sourcils en la scrutant attentivement.
-Vous n'avez pas compris à quoi servait cette expérience, n'est-ce-pas ? demanda-t-il calmement.
Hermione mit un doigt sur sa bouche, fronça les sourcils et fit semblant de réfléchir.
-Laissez moi deviner : faire souffrir les gens ?
Severus leva les yeux au plafond, priant faussement un Dieu quelconque. Voyant son expression, Hermione lâcha :
-Non, vous avez raison. Les Mangemorts n'auraient jamais fait ça.
Il claqua de la langue et répondit comme s'il s'adressait à une petite fille stupide :
-L'implantation d'une baguette magique dans un corps humain avait pour but de supprimer l'élément catalyseur qui sépare le sorcier de l'utilisation de la magie.
Les termes attirèrent l'intérêt d'Hermione qui reprit son sérieux. Dès leur commencement à Poudlard, les jeunes sorciers apprenaient que pour utiliser la magie, il fallait trois composants. D'abord, il fallait une source de magie, qui était incarnée par le sorcier. Il fallait ensuite un objet catalyseur pour canaliser la magie brute issue du sorcier, rôle dont était pourvue une baguette magique. Enfin, il fallait la volonté incantatoire qui signifiait tout simplement que le sorcier devait savoir ce qu'il voulait produire dès lors qu'il utilisait la sorcellerie. Cette volonté s'illustrait par la prononciation d'une formule magique classiquement mais également par des informulés. Ces trois composants réunis, un sorcier pouvait à l'aide de sa baguette utiliser sa magie librement.
Selon Rogue, l'implantation de la baguette devait supprimer son rôle catalyseur. Ce simple fait était tout simplement absurde.
-C'est ridicule, conclut Hermione. Qu'une baguette soit dans la main d'un sorcier ou en lui parmi ses boyaux, elle reste un objet catalyseur.
-C'est là que vous vous fourvoyez, Miss Granger, la contra-t-il vivement. Lors de l'implantation, la baguette est modifiée afin que l'organisme assimile l'objet en lui. Dès lors, la baguette perd son rôle catalyseur. Ainsi, le sorcier peut supplanter l'objet catalyseur pour que la source de magie soit directement modelée par la volonté incantatoire.
Hermione resta stupéfaite, tentant d'intégrer les informations et la logique de la théorie. Elle dut admettre à contrecœur que ça se tenait. Du moins, sur le papier.
-Vous ne me ferez pas croire que la pratique a fonctionné. Et je refuse de tester vos hypothèses.
-Vous vous contraignez seule à un monde sans magie alors que vous pourriez l'utiliser, fit Rogue, l'air convaincu.
Hermione secoua la tête, niant chaque parole.
-Je préfère ne pas tester et rester en vie plutôt qu'essayer et exploser, déclara-t-elle, la voix ferme.
-Si la modification de votre baguette a été correctement réalisée lors de l'implantation, vous n'exploserez pas, Miss Granger, affirma-t-il.
-Et comment pouvez-vous savoir que la modification est réussie ? Vous n'étiez pas là, souleva-t-elle, les bras croisés sous sa poitrine.
-Vous avez dû passer des examens médicaux, les guérisseurs ont bien dû relever votre flux de magie ?
Hermione fronça les sourcils, sceptique.
-En effet. Et qu'auraient-ils dû voir ?
-Si la modification a été réussie, vous devez voir sur les photographies magiques que le flux a changé. Votre baguette doit normalement être le centre de ces flux, expliqua-t-il, l'air emporté dans sa réflexion.
La jeune femme leva le menton en l'air, observant cet homme fasciné par le phénomène. Hermione plissa les lèvres et marmonna :
-Comme un cœur humain avec le sang.
Rogue leva des yeux vivaces sur elle, la dévisageant ardemment. Hermione se détourna, prit son sandwich et repartit vers la porte. Son ancien professeur s'exclama de sa voix douloureusement rocailleuse :
-Vous avez vu les photographies. La modification a été réussie.
La jeune femme ouvrit la porte, sortit et la claqua bruyamment derrière elle. Elle ne voulait plus le voir pour l'instant, ébranlée par toutes ces informations. Rogue était celui à cause de qui elle était dans cet hôpital à gâcher des années de sa vie. S'il n'avait pas autant réfléchi sur le sujet, elle n'aurait pas subi cette satanée expérience soi-disant scientifique.
Tandis qu'elle repartait, Hermione sentit quelque chose de gênant dans sa poche de pantalon. Baissant les yeux, elle se rendit compte qu'elle avait oublié de lui donner le périodique.
Hermione ouvrit en grand la porte, l'air magistral. Assis sur sa chaise près de la fenêtre, Rogue haussa les sourcils et marmonna :
-Je ne pensais pas vous revoir de sitôt.
-Moi non plus à vrai dire.
La jeune femme pénétra dans la chambre de son ancien professeur et alla s'asseoir sur son lit.
-Puis je me suis dit que vous étiez né ainsi. Que ça n'était pas votre faute après tout.
Severus plissa lentement les yeux, cherchant la subtile pique d'Hermione. Celle-ci fit mine de rien en regardant le plafond pensivement.
-Vous aviez oublié de me donner le périodique, releva-t-il, comprenant enfin.
-Oui, j'avais envie de l'annoncer de façon mélodramatique, dit-elle en lui lançant le périodique.
Rogue l'attrapa et observa la couverture. Hermione le regarda à la dérobée. Elle avait longuement hésité à revenir le voir. Mais finalement, elle s'était dit qu'il n'y était pour rien. Elle savait que Rogue était un chercheur avant d'être un Maître de potion ou un enseignant de Défense contre les forces du mal. Émettre des théories et penser à la nature de la magie semblait normal pour lui, voire même un passe-temps.
-La couverture est pleine de dessins. C'est Ron qui s'ennuyait, signala-t-elle inutilement.
Rogue haussa un sourcil dédaigneux en lâchant le périodique sur ses genoux.
-Ce doit probablement représenter le contenu de son intellect, fit-il remarquer en lui tendant la couverture.
Hermione plissa les yeux pour observer des dessins qu'un adolescent plein d'hormone aurait pu dessiner. La jeune femme soupira en fermant les yeux devant la stupidité de son ami.
-A moins que ça ne soit l'extériorisation d'un complexe physique masculin, ajouta Rogue, la voix faussement pensive.
La jeune femme roula des yeux et l'une de ses phrases lui revint à l'esprit.
-L'humour ne vous sied guère, rétorqua-t-elle pour le faire taire.
-Alors restons-en à nos domaines de compétences respectifs, conclut-il, les lèvres légèrement levées.
-Vous et votre sarcasme, et moi et mon humour ? tenta-t-elle d'éclairer, perplexe.
Rogue lui lança un vague regard surpris.
-Vous avez de l'humour ?
La jeune femme secoua la tête devant cette faible réplique.
-Je viens de vous dire que ça ne vous allait pas, ricana-t-elle, amusée malgré elle.
L'homme n'ajouta rien mais ouvrit le périodique pour trouver l'article qui les intéressait. Il ne semblait pas enclin à reprendre la conversation qu'ils avaient eu quelques jours plus tôt et Hermione en était satisfaite.
-Comment va Monsieur Weasley ? embraya Rogue, les yeux rivés sur l'article.
La jeune femme plissa les yeux, cherchant la moquerie sur son visage mais il semblait apparemment que la question était sérieuse. Hermione répondit alors, prudente :
-Bien, je suppose. Il fait une formation d'Auror.
Rogue leva les yeux sur elle.
-Vraiment ? marmonna-t-il.
Il replongea dans son périodique. La jeune femme plissa les lèvres et s'amusa à balancer ses jambes d'avant en arrière. Des grains de poussières circulaient dans l'air, visibles dans le rayon de lumière qui s'échappait de l'extérieur.
-Et quand comptez-vous emménager chez lui ? s'enquit à nouveau Rogue.
La question stupéfia Hermione. Elle haussa un sourcil, ce que remarqua son ancien professeur.
-La réponse me donnera une estimation du temps qu'il me reste à supporter votre envahissante présence.
-Et bien, ça n'est pas prévu, admit-elle. Ron et moi ne sommes pas ensemble, vous savez, ajouta-t-elle pour éclaircir la conversation.
-Vraiment ? répéta-t-il.
Hermione ne savait s'il était vraiment curieux ou s'il s'agissait seulement d'une stupide blague avec lui-même. Elle soupira un peu et s'avoua que ça n'importait pas. Elle lui révéla alors, détachée :
-En fait, on s'était mis d'accord pour attendre que je sorte de Sainte Mangouste …
Un silence lourd les entoura. Les yeux dans le vague, la jeune femme réfléchissait à ce qu'aurait pu être sa vie sans cette expérience ridicule. Secouant la tête, elle dit plus légèrement :
-Mais il y a une chance pour que je ne parte jamais d'ici. Je crois même que je vais aller voir le guérisseur-en-chef Montgomery pour demander à être employée à l'hôpital.
Sans le regarder, Hermione sourit en s'imaginant courir d'un bout à l'autre des couloirs des cinq étages de Sainte Mangouste. Elle était sûre que ça ne serait pas désagréable et elle connaissait déjà les patients. Même les guérisseurs et médicomages étaient sur son carnet d'adresse. Et puis si jamais un problème avec sa baguette survenait, elle serait déjà sur place. C'était le plan parfait en réalité.
-Vous plaisantez ? articula lentement Rogue en baissant le périodique sur ses genoux.
Revenant à elle, la jeune femme haussa les sourcils en se penchant légèrement vers lui.
-A quel propos ? s'enquit-elle.
L'homme la dévisagea pendant de longues secondes, dans l'expectative. Hermione patienta le temps qu'il précise sa pensée. Rogue ferma lentement les yeux, se pinça l'arrête du nez du pouce et de l'index et marmonna, calmement :
-Quel projet professionnel aviez-vous, Granger ?
Utilisation du nom de famille. Ça sentait mauvais. Hermione plissa les yeux et réfléchit à ce qu'elle venait de dire. Cependant, elle ne vit rien qui puisse agacer Rogue. Songeant à la question, elle y répondit en toute honnêteté :
-Et bien … à vrai dire, je pensais que la guerre durerait beaucoup plus longtemps. Ou que je ne survivrais pas, au choix.
Rogue fronça les sourcils.
-Vous n'y avez pas réfléchi donc, éclaira-t-il.
-Non, avoua-t-elle, presque piteuse.
-Alors pourquoi vous êtes vous évertuée à travailler autant à Poudlard ? fit Rogue, la voix sèche.
Hermione se rassit correctement sur le lit de son ancien professeur et posa ses mains dans son dos sur le matelas. Observant le plafond, elle y songea faussement, pinçant les lèvres.
-Probablement parce que j'adorais vous agacer en levant la main pour répondre à une question, répondit-elle finalement, un grand sourire aux lèvres.
L'homme sembla brièvement surpris avant de secouer la tête en maugréant. Hermione fronça le nez, amusée par sa mine dégoûtée. Il abandonna la question et le silence reprit ses droits. La jeune femme souriait pensivement à la fenêtre en face d'elle, se souvenant du visage crispé de Rogue lorsqu'elle s'échinait à lever haut la main pour être interrogée. A l'époque évidemment, la jeune fille prenait très mal son dédain et son ignorance. Elle avait compris plus tard que c'était un moyen pour Rogue de faire partager au monde entier les dures épreuves qu'il subissait au quotidien dans son rôle d'espion. Hermione s'était donc fait une raison et avait fait la paix dans son esprit avec ce professeur tyrannique.
Hermione baissa les yeux pour regarder Rogue et fut surprise de le voir la regarder aussi, fixement. Ils s'observèrent pendant quelques secondes jusqu'à ce que la jeune femme décide de partir. Elle se leva et lui signala :
-Je reviendrai dans la semaine. Probablement dans deux jours.
Se dirigeant vers la porte, Rogue acquiesça de cette voix de corneille :
-J'aurais terminé d'étudier l'article.
-Oh, ne vous pressez pas. Ce sera juste pour vous embêter.
Avant de fermer la porte, Hermione lui lança un sourire insolent. Rogue levait les yeux au ciel, presque blasé.
Je peux enfin le dire : je ne comprends pas que personne (du moins, je ne l'ai jamais lu nul part) n'ait pensé à créer une histoire dans lequel on implante les baguettes dans leur sorcier. Depuis que j'ai lu les Harry Potter, cette expérience me travaille. Je suis donc heureuse de la partager avec vous ^^. Merci d'avoir lu et à dimanche prochain !
