S'intégrer au milieu de gens qui convoitent quelque chose chez soi, ce n'est pas évident. Mais bon, patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
Bonne lecture et Joyeux Noël ^^
« Attendez que je comprenne bien.» fit Goshi.
De retour à Tokyo et au siège de l'armée, Guren avait conduit les enfants et Yuzuki à l'infirmerie. La brunette avait retrouvé avec joie les enfants. Ceux-ci n'avaient échappé au pire que par pure chance, parce qu'ils avaient poussé leur aînée à la fuite. Ils avaient donc trouvé les soldats en premier. Pendant qu'ils se faisaient examiner et pourvoir en habits, Guren avait narré son affrontement.
« Vous dites que le vampire a fait un malaise ?» reprit le colonel, incrédule.
« Tout à fait. J'ai malencontreusement détruit le corps, tant ça m'a surpris. Mais il m'a tout eu l'air d'avoir été empoisonné. »
« J'ai du mal à le croire. Jusqu'ici, en dehors de nos armes maudites rien n'a eu de prise sur eux. Alors un simple poison …» intervint Mito Jujo.
« Je doute que ce soit un simple poison. Cette fille a quelque chose dans son sang qui a été toxique pour le vampire. Et j'entends bien découvrir quoi. De plus, elle fait une recrue prometteuse. Si elle a été capable de tenir tête à un noble à mains nues …»
Un bruit de fracas retentit de l'autre côté de la porte, avant qu'elle ne s'ouvre sur le médecin qui tomba sur le dos. Dedans Yuzuki qui le toisait avec froideur. Avant que quiconque ne puisse réagir, elle claqua la porte. Un instant de flottement passa, durant lequel chacun échangea un regard.
« Yo Guren !»
« Major Général Shinya.» salua Guren.
« Tu es revenu de ta mission intact à ce que je vois. Et accompagné parait-il.»
« Juste des esclaves des vampires. Dont une sauvage apparemment.» fit Guren.
« Intéressant.» sourit le blond.
« Bref.»
Guren poussa la porte de l'infirmerie sans même frapper. Il découvrit le petit groupe installé sur un lit. Ils entouraient visiblement la plus jeune, qui portait des traces de larmes sur la joue, pelotonnée contre Yuzuki. Guren s'arrêta à un mètre, les considéra un instant.
« Bien. J'ai quelques questions pour vous. Je vais déjà commencer par vous dire où vous êtes : la base de Tokyo, dernier bastion de l'humanité contre les vampires du Japon. Nous constituons pour la plupart, l'Armée Impériale Japonaise, et notamment l'escadron de La Compagnie des Démons Lunaires. Notre mission est comme vous vous en doutez, l'extermination des vampires.» commença le lieutenant-colonel.
« Chic alors. Et pour info, on frappe avant d'entrer quelque part bonhomme.» répliqua Yuzuki.
Les sourcils derrière Guren se levèrent, tandis que les lèvres de Shinya s'incurvèrent.
« Brm. J'aimerais donc savoir une petite chose, notamment à votre sujet Miss Miharo. Voyez-vous, le noble qui dirigeait la cité est mort, mais dans des circonstances inhabituelles. Il a été pris d'un malaise juste après vous avoir mordue ce qui a vraisemblablement conduit à sa mort. Par conséquent, nous avons besoin d'un échantillon de votre sang pour analyse.» exposa Guren.
« Non.»
« Hm ?»
« J'ai dit non.»
Guren la dévisagea.
« Vous ne semblez pas bien comprendre la situation. Un vampire ne s'élimine pas comme on tuerait un moustique. Nous utilisons des armes spéciales contre eux. Or vous … il n'a fait que vous mordre. Vous avez quelque chose de spécial qui pourrait être une grande aide.» reprit Guren.
Yuzuki prit une inspiration. Puis elle se leva sans quitter Guren des yeux.
« Vous en revanche, vous ne semblez pas bien comprendre quand on vous dit non. Nous avons, chacun de nous, passé quatre ans au minimum, huit dans mon cas, à nous faire piquer la couenne tous les jours. Nous n'avons pas survécu pour que ça continue. Plus aucune aiguille ne touchera notre chair. Tâchez de vous en souvenir. À présent sortez. Nous avons le deuil de nos camarades à faire.» lança-t-elle.
Elle lui tourna le dos pour retourner sur le lit.
« Je comprends, mais il ne s'agit que d'une dernière fois. Il faut …»
PAF !
« Pffrrr !» souffla Goshi.
Un oreiller glissa du visage de Guren.
« Dehors.» reprit Yuzuki.
Les yeux noisette prirent une teinte métallique, froide, annonçant clairement que s'il ne quittait pas cette pièce, elle l'en chasserait manu militari. Guren prit une inspiration à son tour. Pressentant un orage, Shinya intervint. Il rappela que les nouveaux venus avaient besoin de repos, et l'entraîna dehors.
« Eh bien ! Je n'avais pas vu si rebelle depuis Yuuichiro.» commenta Goshi.
« Tsss ! Il faut pourtant qu'on sache ce que cache son sang. C'est peut-être notre meilleure chance d'en finir.» lança Guren mains dans les poches.
« Guren …. Des fois je me demande ce que tu as dans la tête.» soupira Shinya.
« Quoi ?» s'offusqua le concerné.
« C'est pareil avec Yuu-chan. Bon sang tu vois pas qu'ils sortent juste de l'enfer ? Dans un des rapports, il est fait mention de sévices corporels. Certains des gamins avaient le dos lacéré. Le fouet à n'en pas douter. Donne-leur du temps. Et soit gentil aussi, tu verras qu'ils s'ouvriront à toi.» chapitra Shinya.
« Grmph. Comme si on avait le temps d'être gentil dans un monde pareil.» grommela Guren.
« Justement, il en faut plus que jamais. Et je sais que tu en es capable. Tu obtiendras de bien meilleurs résultats crois-moi.»
Guren eut un léger soupir. Peut-être … et ce serait moins fatigant qui sait. En attendant il recommanda à tous de garder cette histoire de sang toxique pour eux. Chacun obtempéra.
Un mois plus tard.
La fin des cours sonna. Yuzuki ramassa ses affaires qu'elle classa dans son sac puis quitta les cours. Les élèves autour d'elle s'interpellaient, souriants, planifiant des activités extra-scolaires. La brunette passa sans leur prêter la moindre attention. Ceux qui étaient depuis bien longtemps devenus sa famille devaient être soit encore en classe soit en route pour leur appartement. Yuzuki repensa aux dernières semaines écoulées. Le lieutenant-colonel leur avait fourni un logement pour deux, les appartements restants ne pouvant accueillir plus.
Étant habitués à tenir une maison, cela ne leur avait pas posé trop de difficultés. Et puis, ils étaient tous au même étage. Ensuite, Guren avait tenu une petite réunion avec la famille afin de décider de leurs perspectives d'avenir. L'armée représentait le plus de débouchés, cependant il n'y avait pas que les soldats : il fallait encore des cuisiniers, des couturières, des secrétaires, bref tout un tas de métiers pour que la cité fonctionne. Pour l'heure, chacun avait été inscrit à l'école. Guren leur rendait visite fréquemment, s'assurant de leur confort mais aussi de leur intégration.
Un choc à l'épaule tira Yuzuki de ses pensées.
« Fais attention où tu vas !» entendit-elle.
Portant le regard plus haut, elle découvrit une fille blonde entourée de deux camarades qui la fixaient avec un sourire moqueur. Yuzuki poussa un léger soupir.
« Alors ? T'attends quoi pour t'excuser ?» reprit la blonde.
« Et elle s'imagine qu'elle me fait peur.» soupira Yuzuki.
La blonde perdit de son air moqueur pour paraître menaçante. Elle avança d'un pas qui se voulait dangereux vers la brune.
« Dis donc toi, je te rappelle que je suis ton aînée et que tu me dois donc du respect !»
« Alors premièrement : j'ai vingt ans donc c'est moi ton aînée. Deuxièmement le respect ça mérite … sale gosse.» répliqua Yuzuki.
Sur ce, elle passa en lui rendant son coup d'épaule.
« Tu crois vraiment que parce que t'es la chouchoute du lieutenant-colonel t'es au-dessus des autres ? Pour qui tu te prends ?» lança la blonde.
« Et c'est reparti.» soupira Yuzuki.
« Ouais ! Guren est à nous d'abord !» lança une autre des filles.
Yuzuki roula des yeux. Qu'est-ce qui ne fallait pas entendre. Soudain, un ricanement se fit entendre de l'autre côté du colonel.
« À vous ? Parce que vous croyez que des gamines comme vous l'intéresse ?» lança une fille, elle aussi accompagnée.
Châtain comme Yuzuki, l'air sophistiqué elle était en revanche âgée d'un an de plus que les trois premières. Elle et ses trois copines s'approchèrent.
« Manquait plus que le fan-club numéro deux pour bien fini la journée.» songea Yuzuki, les yeux en bille.
« Ma pauvre Aiyana, quand comprendras-tu que tu n'as aucune chance ? Avec ton look dépenaillé tu t'imagines qu'il daignera baisser un cil sur ta personne ?»
Yuzuki leva les sourcils. Euuuh … elles étaient habillées toutes pareil, avec l'uniforme de l'école, donc si l'une était dépenaillée comme elle disait, alors les autres aussi.
« Ah parce que tu crois qu'un pot de peinture a davantage de chance de l'intéresser ? Tu t'es regardée un peu, espèce de pintade ?»
Yuzuki ne put réprimer un sourire quoique cynique devant tant de niaiserie. Il ne fallut guère de temps avant que ces demoiselles ne s'empoignent habits et cheveux, bientôt suivie par leurs acolytes. Les chefs de bandes roulèrent sur le sol. C'est sur cette bonne ambiance que le sujet de cette querelle de jeune fille en fleur fit son entrée. Ichinose avança jusqu'à Yuzuki.
« Tu sais, je t'ai envoyée ici dans l'objectif que tu te fasses des amis, pas que tu provoques des bagarres.» lança-t-il, en observant la scène.
« Je te ferais juste aimablement remarquer que c'est toi qui est la cause de tout ça. Je te présente tes deux fan-clubs.» répliqua Yuzuki en tendant une main vers les filles, toujours occupées à s'écharper.
Elle pivota ensuite les talons pour se diriger vers la sortie. Juste avant que Guren ne lui emboîte le pas, une des filles remarqua sa présence. Elle la signala aussitôt, ce qui mit fin à la bagarre.
« J'ignorais que j'avais des fan-clubs, capables d'aller jusqu'à se battre qui plus est.» reprit Guren dehors.
« T'es sérieux là ? T'es mignon comme c'est pas permis et tu ne penses pas que t'es populaire auprès des filles ?» lança Yuzuki incrédule.
« Tiens elle me trouve mignon ? Je ne me suis pas attardé sur la question. Mais pour revenir à nos moutons, cela fait un mois que tu es en cours et tu es toujours aussi solitaire.» reprit l'officier.
« Et alors ?»
« Alors, le but des classes civiles c'est de se faire des amis. C'est essentiel pour intégrer la classe des recrues de l'unité d'extermination des vampires.» rappela Guren.
« Sauf que je n'ai pas l'intention d'en être.» informa Yuzuki.
« Ah ? Je pensais pourtant que tu aurais des envies de vengeance après ce que tu as vécu.»
« Non. Les responsables sont morts, la vengeance est donc inutile. De plus, j'ai un petit problème avec l'autorité.»
Guren garda le silence. Il n'avait pas prévu ça. Voilà qui était bien dommage, son agilité et sa maîtrise du combat rapproché auraient été bien utiles.
« Tu es sûre ? Après tout il reste encore beaucoup d'enfants prisonniers de vampires, tu pourrais contribuer à les libérer.»
« Vous ferez très bien ça sans moi dans ton unité. Moi, je veux juste vivre normalement à présent.» répondit Yuzuki.
« Je vois. Tu t'es inscrite à une activité extra-scolaire au moins ?»
« L'atelier couture. Au moins je suis tranquille.»
Shinya avait raison : elle avait beau avoir le même passé que Yuu, elle était différente de lui. Il ne pouvait donc pas se servir de son désir de revanche pour obtenir ce qu'il voulait.
« Maintenant que c'est clair, je pense que tu peux passer à autre chose.» continua Yuzuki.
« Qu'est-ce que tu sous-entends ?» voulut savoir le soldat.
« Allons allons. Je sais très bien que toutes tes visites sont intéressées.» repartit-elle avec un sourire ironique.
« Je ne peux que l'avouer. J'espère bien découvrir ton secret un de ces jours. Et tu n'es pas curieuse à ce sujet ?»
« Si. Mais la seule chose que je demande en échange, c'est que cela soit fait dans le respect de ma personne. Je ne suis pas un cobaye de laboratoire. Quand tu auras intégré ça, on en reparlera.» dit-elle.
« Mais tu sais, si les Hiiragi viennent à avoir vent de tout ça, ils risquent d'être moins compréhensifs que moi. Donc autant que cela se passe par mon intermédiaire non ?» argua Guren.
« Comme si tu allais le leur dire.» répliqua Yuzuki.
Ils arrivèrent près de sa porte.
« Hm ? »
« Ne me prends pas pour une idiote, Guren. Tu ne diras rien à la famille Hiiragi. Tu l'aurais déjà fait sinon. Je sais très bien ce que mon sang représente : un truc capable d'empoisonner les vampires … c'est une arme. Je dirais même mieux : c'est du pouvoir. M'étonnerais beaucoup que tu lâches ça si facilement. Mais … poursuit tes efforts.»
Il arrondit les yeux. Yuzuki le salua puis entra chez elle.
« Vraiment différente.» dit-il avec un sourire.
Obtenir son consentement demanderait du temps. La force serait inutile, elle savait se battre et il y avait fort à parier que ses frères et sœurs adoptifs ne soient pas si inoffensifs qu'ils en ont l'air. Enfin, cela représentait un défi qu'il se sentait prêt à relever.
« Oh c'est tonton Guren !» entendit-il.
Il reconnut la petite voix de Tomoyo. La petite lâcha la main de Makoto pour se précipiter vers lui. L'enfant lui enserra les jambes, manquant de le déséquilibrer.
« Bonjour Tomoyo. Ta journée s'est bien passée ?» salua l'adulte.
« Ouais !»
« Yo Guren.» lança Makoto en levant deux doigts.
Son ton était toutefois laconique, sans chaleur ni joie.
« Hmph. Ne soit pas si familier avec un officier supérieur.» fit Guren avec un sourire en coin.
« Je suis pas ton subordonné, moi. Donc je te salue comme je veux. Tu attendais quelqu'un ?» répondit le jeune, narquois.
« Non pas spécialement, je viens de raccompagner votre grande sœur.»
« Bon. Je t'offre un verre ?» offrit Makoto.
« Volontiers.»
Il invita Tomoyo à les rejoindre, devinant qu'elle voudrait profiter de son « tonton » comme elle l'appelait. Il glissa un mot sous la porte de Yuzuki puis toqua afin qu'elle vienne aux nouvelles. Ceci fait, il gagna l'appartement qu'il partageait avec Riku. Se délestant de son sac, il alla chercher un jus de fruits. Il déposa les verres sur un plateau avec quelques biscuits qu'il apporta au salon. Tomoyo babillait en racontant sa journée.
« Riku ne rentre pas avec toi ?» demanda Guren en prenant son verre.
« Il a athlétisme aujourd'hui.» fit simplement Makoto.
« Aaah. Je parie qu'il doit être doué.»
« Il se débrouille bien.»
L'enfant restait évasif. Guren pressentit que Yuzuki leur avait conseillé de rester méfiants malgré tout, ce qui le conforta dans son ressenti sur elle. Autant Yuu pouvait foncer tête baissée sans réfléchir, autant Yuzuki était prudente et raisonnable.
« Au fait, vous avez un rappel dans les prochains jours pour les vaccins que vous avez eu à votre arrivée. J'ai complètement oublié d'en parler à Yuzuki. Tu pourras t'en charger ?» signala l'officier en sortant une lettre.
Makoto déplia la missive qu'il parcourut des yeux, le visage relativement lisse.
« Je m'en chargerais.»
« On est obligés ?» demanda Tomoyo inquiète.
« J'en ai bien peur. Les vaccins sont là pour vous protéger contre les maladies diverses, notamment le virus qui a décimé une partie de la population.» répondit Guren.
« J'aime pas les aiguilles.» gémit Tomoyo.
Guren lui ébouriffa les cheveux. Makoto le fixa un instant.
« Puisque tu es là, « tonton », tu pourrais aider Tomoyo à faire ses devoirs.» lança-t-il en reprenant les verres.
« Eh ?»
« Owiii !»
« Ben quoi ? Peur que ça soit trop compliqué les devoirs d'une enfant de sept ans ?» sourit Makoto.
« Steuplait tonton ! Dis oui !» ajouta Tomoyo.
Guren fixa le visage faussement innocent de Makoto, avec l'impression qu'il le testait.
« D'accord, mais appelle-moi plutôt par mon prénom tu veux ?»
Tomoyo lui saisit les doigts et l'entraîna vers la table de la cuisine. Makoto déballa son sac et se mit à la table basse du petit salon. Une demi-heure plus tard, Riku fit son entrée. Il fut un instant surpris de la présence de Guren. Haussant ensuite les épaules, il alla vers son frère.
« Salut. Comment se fait-il qu'il soit là le tonton ?» dit-il à voix basse en se laissant choir sur le sofa.
« Salut. Je l'ai trouvé devant la porte de Yuzuki. Je l'ai fait entrer, donné un verre puis je lui ai demandé d'aider la petite.» répondit Makoto en traçant un trait à la règle.
« Hmmm … tu sais pourtant que Yuzuki nous a demandé d'être prudents. C'est un militaire. Ces gens-là cherchent le pouvoir, surtout pendant la guerre.» rappela Riku.
« Ouais je sais, il en a après le sang de la frangine. Mais justement, je veux voir jusqu'où il est prêt à aller. Et puis quoi qu'en dise Yuzuki, il est le seul en qui on peut avoir confiance pour le moment.» argumenta Makoto.
« Bien vu. Je pense que notre sœur en est consciente elle aussi. Elle le laisse faire. Et jusque-là, il n'a pas eu l'air de la harceler.» constata Riku.
« Ça n'aurait pas duré longtemps, du reste. À terme, Mayumi pense que Yuzuki lui donnera ce qu'il veut, et je le crois aussi. Après tout, si ce qu'il y a dans ses globules peut exterminer tous ces foutus charognards vite fait bien fait, il n'y a pas à hésiter. Faut juste s'assurer que ça soit fait … gentiment on va dire.» continua Makoto, après un coup de gomme.
« J'en ai discuté avec Ikki, et on a une idée qui sera profitable à tous.» informa Riku.
« Tu m'en diras tant.» sourit Makoto en levant les yeux.
« En un mot, on va le mettre dans notre poche. Ikki a interrogé un peu le major Général Shinya, l'air de rien pour connaître un peu celui qui allait s'occuper de nous. Parait qu'il est un peu solitaire, pas apprécié au sein des décideurs. L'idée c'est donc de lui donner un peu ce qu'il veut, notre confiance -du moins en apparence- ce qui nous fera un allié au sommet. Ce qui est mieux que rien, surtout vis-à-vis de Yuzuki.» exposa Riku.
« Hm hm. Donc on va tisser des liens affectifs en somme. Acceptons-le comme un membre de la famille. Tomoyo est déjà partie pour. Nous autres, ce sera progressif. Et si Yuzuki voit qu'on l'aime bien, elle s'ouvrira davantage.» résuma Makoto.
« Voilà. Et si tout se passe bien, ça ne nous fera pas de mal non plus.»
Sur ce Riku se leva, puis alla flanquer son cartable sur la table à côté de l'officier.
« C'est vraiment gentil d'être resté tonton ! Tu pourrais m'aider pour un exercice de maths, j'y comprends vraiment rien.» lança-t-il.
« C'est que … j'ai encore quelques affaires à régler à mon bureau.» objecta Guren.
« Roh allez ! Ça ne prendra que cinq minutes. Tu termines avec Tomoyo le temps que je prenne une douche et on s'y met.» fit Riku.
Puis sans lui laisser le temps de répondre, il fila dans la salle de bains. Makoto avait déjà piqué du nez dans son exercice, pendant que Tomoyo poursuivait le sien.
« … »
Guren poussa un soupir. Riku prit sa douche vite fait puis vint s'asseoir à côté de l'officier. Sans lui laisser le temps d'en placer une, il lui montra son problème, avec la leçon le tout servi avec un discours digne d'un exercice d'apnée. Le soldat plissa les yeux devant la performance, puis jeta un œil avant de répondre. Riku écouta avec attention. Quelques minutes plus tard c'était terminé, et Guren préféra lever le camp avant qu'on ne lui demande de faire la vaisselle ou de réparer un truc.
« Oooh tu veux pas jouer avec moi ?» questionna Tomoyo en le retenant par la manche.
Heureusement, Makoto épargna à l'adulte de répondre en éloignant la petite tout en lui rappelant que tonton était occupé. Guren songea à toucher un mot à Yuzuki au sujet de ce surnom.
Durant les jours qui suivirent, les enfants ayant adopté le projet d'Ikki et Riku continuèrent à solliciter Guren chaque fois qu'il venait leur rendre visite. D'un côté cela arrangeait l'officier, qui savait pertinemment que si la fratrie de Yuzuki nouait des liens avec lui elle se rapprocherait de lui également. Il pourrait alors obtenir cette fameuse analyse. En y réfléchissant, le lieutenant-colonel doutait qu'il s'agisse d'un gène de Séraphin. Il ne possédait pas cette propriété. Yuuichiro avait donné le sien aux vampires et ils n'avaient pas été empoisonnés.
De l'autre côté … s'occuper des petits était assez fatigant de son point de vue. Surtout quand ils avaient la bonne idée de se jeter tous ensemble sur lui. Ils lui réclamaient également des sorties, de venir manger chez l'un ou chez l'autre quand ils ne venaient pas squatter dans son bureau. Yuzuki pour sa part …. observait tout ce remue-ménage avec circonspection. Elle ne repoussait pas Guren lorsqu'il s'adressait à elle, mais demeurait laconique. Enfin, les enfants retrouvaient une véritable joie de vivre, ce qui était une très bonne chose. Aussi s'abstenait-elle de commentaires. La fin des cours la tira de nouveau de ses pensées.
Aujourd'hui, les jeunes avaient été convoqués à une visite médicale, rapport à leur vaccination. Yuzuki y avait eu droit dans la matinée. Elle se mit donc en route afin de les récupérer à la sortie de l'infirmerie. D'ailleurs, dans celle-ci … Goshi sortit de sa propre visite annuelle, et croisa la petite famille.
« Hey salut les petites souris !» clama-t-il avec un grand sourire.
Soudain, il eut la surprise de voir leur visage pâlir et surtout afficher un masque de terreur. Puis dans un mouvement synchronisé, ils foncèrent vers la porte qu'Ikki ouvrit d'un coup d'épaule.
« Mais … attendez !» s'exclama le colonel.
Désireux de connaître ce qui avait pu causer pareille réaction, il se lança à leur poursuite. Les enfants foncèrent droit devant eux. Il les vit descendre les escaliers en passant par-dessus les rampes, ce qui leur fit gagner une bonne avance sur leur poursuivant. Il observa aussi comment Mayumi franchit un couloir obstrué par deux personnes venant en sens inverse, littéralement en rebondissant contre le mur. Et les autres de suivre, Tomoyo glissant toutefois entre les jambes de quelqu'un. De cabriole en acrobatie ils finirent par quitter le bâtiment. Goshi les vit finalement bifurquer tous vers un même point.
« ?! »
Guren, en conversation avec Shinya sur un quelconque rapport vit arriver les enfants à toute vitesse. Si la plupart filèrent vers un buisson juste derrière, Tomoyo se jeta sur lui. Il partit à la renverse, là où se cachaient les autres. Guren se redressa tant bien que mal.
« Tomoyo ? Mais enfin … attends, pourquoi est-ce que tu trembles comme une gélatine ?»
Goshi arriva sur ces entrefaites, totalement hors d'haleine.
« Sont … pfff … drôlement rapides … ouf.»
« Qu'est-ce que tu leur as fait ?» interrogea Guren.
« Mais rien … pfff … je leur ai pfff … juste dis bonjour.» souffla le blond.
Le lieutenant-colonel glissa hors du buisson sur le sol, avec la petite fermement accrochée à lui. Tournant la tête, il constata que le reste de la famille se regroupait derrière lui.
« Qu'est-ce que vous leur avez dit ?» intervint Yuzuki.
Elle venait tout juste de voir la bande se jeter dans les buissons. La jeune femme approcha de Goshi, toujours occupé à reprendre son souffle.
« Bon sang ! J'avais pas couru comme ça depuis longtemps.»
« Eh bien ?» reprit la brune, sans tenir compte de sa remarque.
« J'ai juste dit … salut les p'tites souris.»
Les trois hommes purent alors très nettement Yuzuki sursauter, placer un pied en arrière comme si elle-même s'apprêtait à partir en courant. Elle parvint à se maîtriser avant de s'expliquer.
« C'est précisément ce terme de petites souris qui a déclenché cette réaction. Le vampire chez qui nous étions …»
Son regard se voila à ce souvenir.
« Il …»
Elle dut prendre une inspiration avant de continuer.
« Lui et les autres avaient l'habitude de nous pourchasser dans toute la cité à chaque repas. Et il débutait toujours ses chasses en nous appelant ses petites souris. Tous les enfants présents prenaient alors aussitôt la fuite, cherchant à s'abriter.» raconta-t-elle.
Yuzuki parla ensuite du sort réservé à ceux capturés : la collecte d'abord, mais ensuite le service au manoir, qui n'allait jamais sans quelques coups. Guren comprit en cet instant pourquoi la fratrie était venue à lui : ils s'étaient réfugiés vers ce qui représentait la sécurité pour eux. Et l'aînée l'avait très bien saisi elle aussi, à voir le regard qu'elle lui lançait. En attendant, leur agilité et leur rapidité s'expliquait.
« Oh je suis désolé mes petits, mais j'en savais rien. Je pensais juste être gentil. Vous pouvez être tranquilles, il n'y a pas de vampires ici.» s'excusa Goshi.
Yuzuki tourna la tête vers lui en fronçant les sourcils. De leur côté, les enfants du côté des bras de Guren lui attrapèrent la manche, pendant que Tomoyo, qui avait levé les yeux vers Goshi, émit en gémissement en enfouissant son visage dans l'uniforme.
« Ça va aller les enfants. Rentrez avec votre sœur, vous n'avez plus rien à craindre. Allez.» intervint Guren.
« Venez.» ajouta Yuzuki.
Les plus grands sortirent de leur cachette, pendant que Guren essayait de se défaire de Tomoyo. Il lui fallut bien deux minutes avant que la petite ne consente à le lâcher. Yuzuki partit avec eux faire leur vaccin.
« C'est moi ou ils n'ont pas eu l'air de me croire quand j'ai dit qu'il n'y avait pas de vampire ici ?» interrogea Goshi en les désignant du pouce.
« Non en effet, ils ne t'ont pas cru je crois. En tout cas, félicitations Guren.» répondit Shinya, mains sur les hanches.
« Pour avoir servir d'amortisseur ?»
« Non, pour l'avancée de ton plan. Tu as l'air d'avoir apprivoisé les jeunes.» sourit le major général.
« On dirait bien. Yuzuki s'en est aperçue également. Mais elle reste méfiante encore.» expliqua Guren qui finissait de s'arranger.
« J'ai une idée pour elle. Tu devrais lui faire rencontrer Yuuichiro. Après tout ils ont vécu la même chose. Elle se sentira plus en confiance et si ça se trouve, il pourra la convaincre de donner son sang.»
Guren informa qu'il y avait pensé justement. Restait à trouver un prétexte pour réunir ces deux-là.
