Titre : Cel

Auteur : Gryfounette

Rating : T

Nda : Voilà ma vie, enfin du moins une partie

Réponses aux reviews de Merci :

LyriaLTempesta : Je ne sais pas qui a piqué ton pseudo, mais je sais pertinemment que ce n'est pas toi…

Guest : Merci beaucoup.

Merci encore à Sue, la plus merveilleuse des betâ, qui m'a relu et aidée. Merci à toi. 3


Elle était assise dans sa chambre, devant son ordi. Mais elle n'était pas sur Twitter, Facebook ou Instagram, comme toutes les filles de son âge. Non, elle était en larmes, regardant diverses solutions pour s'en sortir. Se dégager de ses blessures. Elle voulait arrêter, elle n'en pouvait plus. Mais Cel ne voulait pas la lâcher, continuant à creuser son désespoir. Désespoir causé par le plus important des sentiments. L'amour… Ce sentiment que l'on espère toute sa vie, si beau, et pourtant si cruel. Seulement, l'amour, c'est comme domestiquer un oiseau capricieux. Identique à la colombe dont on apercevait l'ombre, et que l'on espérait saisir, nous faisant souffrir le martyr rien que pour l'effleurer. Et cette fois, il s'était posé malencontreusement sur une fille, et non pas un garçon. Pourquoi une fille ? On lui répétait sans cesse que c'était contre nature. Elle doutait, réfléchissait à sa nature, et ces moments d'incertitude, Cel s'en emparait, afin de faire couler le sang, et montrer la voie à suivre, celle des rêves impossibles. Alors, sur les conseils de Cel, elle s'approcha avec prudence de la cible choisie par le petit oiseau. Cel lui répétait sans arrêt qu'elle devait y croire, que le carmin de son sang était la plus belle preuve de son amour. Elle ne cesse de lui dire que son corps doit prendre tous les coups pour que son cœur ne souffre plus. Mais que voulez-vous faire, comment devez-vous réagir, quand vous n'avez aucun point commun avec l'élue de votre cœur, et que même votre sexualité vous oppose ?

Honte… Oh oui, elle a honte. Elle a honte de ses gestes, de ses traits. Mais, pour elle, c'est la seule solution. Son père ne le sait pas, et ses amies, celles qui sont censées être là pour elle, c'est comme si elles avaient disparu. Elles sont là, mais pour se plaindre, seulement pour cela. Mais elles ne sont pas là pour elle, pas là pour la défendre lorsqu'elle est insultée pour ses idées, pour sa sexualité.

Oui, je m'appelle « automutilation ».

Je sais que tu as honte quand tu prononces mon nom,

Il n'y a pas de loi, pas de règles dans mon jeu de toute façon,

Il suffit de se détester, tu connais la chanson.

Devant son écran lumineux, elle lit des histoires, des fanfictions, et elle discute avec ses amies virtuelles. Grâce à elles, elle pense pouvoir s'en sortir. Elle leur en parle un peu. Elle parle de l'amour qu'elle voue une personne du même sexe qu'elle, tout en restant vague, pour ne pas trop se faire remarquer. Elle veut garder son secret, mais en même temps, elle voudrait qu'on l'aide. Alors elle discute, pour se soulager, pour oublier Cel quelques instants. Mais rien à faire, elle n'y arrive pas. L'obsession du sang est trop forte, trop intense. Cette lame de rasoir sur son bureau, à portée de vue, à portée de main, a l'air si belle, avec sa feuille en métal, fine et tranchante.

Quand personne ne t'entend hurler à chaque instant,

Prends-moi, celle qui comble tes envies,

Oui, moi, ta meilleure amie.

Elle la saisit, et trace un autre trait sur son bras déjà mutilé. La douleur est présente, lui brûlant sa chair, mais ce n'est rien par rapport au soulagement qu'elle éprouve. Son sang est si chaud. Il se glisse lentement hors de son corps, la laissant dans un état de calme. Les larmes s'arrêtent, tandis que le liquide pourpre goutte de la plaie béante. C'est si bon de sentir Cel près de soi, surtout lorsqu'on est si seule. Son cœur se soulage de ses maux, tandis que son corps se marque de sa douleur. Elle ne veut pas se séparer de Cel, elle veut la garder auprès d'elle. C'est sa seule amie, celle qui est toujours là pour elle. Mais en même temps, elle est fatiguée de tout ça. La solitude la hante, l'incompréhension de ses amies la rend triste, et les insultes envers sa sexualité ne font que la plonger dans un profond désespoir. Elle veut simplement vivre, sans angoisses, sans problèmes. Elle se met à compter ses gestes de rage. Quatre-vingt-cinq traits marquent son corps, et plus fort encore, son âme. Les erreurs, et les blessures du passé refont surface. La mort de sa mère d'un cancer, quelques mois plus tôt. Le souvenir, si triste, allait et venait dans son esprit, jouant de la faiblesse dans son cœur, pour faire ressortir la souffrance qu'elle gardait pour elle. Cel la pousse à se mutiler encore plus, pour que la douleur du passé s'en aille. Son poignet, son avant-bras, son bras et son épaule sont maintenant recouverts de cicatrices à vif, indélébiles. Cel lui murmure de continuer, car la souffrance est toujours là. Et s'en prend donc à ses hanches et à son ventre, coupant la chair encore vierge de toutes marques. Maintenant il faut les cacher, Cel le lui a dit : personne ne doit les voir, sinon ils te diront d'arrêter.

Cette mascarade continuera tous les jours…

Prépare-toi psychologiquement avant d'aller en cours.

La peau qui pique, les yeux qui brûlent, la nuit a été dure…

Cache-moi dans ton armoire, ton instrument de torture.

Maquille-toi, efface tes cernes pour paraître bien.

Mets la dose de produits pour couvrir ton chagrin.

Et face à la glace, entraîne-toi à faire ton plus beau sourire,

Pour que personne ne se doute que tu as juste envie de mourir.

Sors de ton placard le seul pull à manches longues que tu as.

Dis des conneries à tes amies quand elles demandent pourquoi

La plupart du temps, prétends que tu as beaucoup trop froid,

Et que les blessures sur tes poignets proviennent de ton chat.

Au collège, elle n'arrive plus à soutenir le regard acerbe des gens. Elle détourne la tête, enfouissant son visage dans son énorme pull en laine. Elle se fait insulter, comme tous les jours depuis trois ans. Elle rejoint ses amies, un faux sourire plaqué aux lèvres. Elles se plaignent, encore et encore. Elle les écoute, sans rien dire, tandis qu'autour d'elle, les paroles et actes humiliants se déchaînent. Épuisée, elle se réfugie aux toilettes, mais Cel apparaît. Elle l'écoute, apeurée, trop fatiguée pour réagir de manière sensée, persuadée que Cel va l'aider. Elle pense à ceux qui la haïssent. Doit-elle vraiment mettre fin à sa vie, car son visage ne leur plaît pas ? Est elle aussi inhumaine que cela, parce qu'elle est lesbienne ? A côté, elle entend des filles rigoler, murmurant des insultes envers elle. Alors, se met à pleurer, quelques larmes, puis un torrent salé se forme sur ses joues. Et, dans un geste de désespoir, un autre trait vient se poser sur son bras. Mais le sang ne s'arrête plus. Elle panique, prend du papier et essaye de stopper l'hémorragie, mais Cel lui murmure de laisser couler, si elle veut que sa la douleur s'atténue. Alors, elle regarde son sang. Il est si rouge, si enivrant, si beau, avec son chemin qui dévale de son avant-bras jusqu'au sol. Elle se sent faiblir, mais peu importe. La douleur et les soucis s'envolent, l'espoir aussi. Elle se laisse aller au sommeil dans cette mare de sang.

Elle se réveille dans une chambre blanche, et regarde autour d'elle. Puis elle se lève, et va à la fenêtre. Elle observe la belle vue, celle des bâtiments illuminés dans la nuit sombre, comme des milliers d'étoiles. Elle décide d'aller la voir de plus haut, alors elle va sur le toit. Elle voudrait tellement rejoindre ces étoiles. Elle s'apprête à sauter, lorsqu'une main la retient. Elle se retourne, et aperçoit la personne la plus chère à ses yeux. Celle qui l'a vu naître et grandir. Celle qui l'a aimé et choyée, la couvrant de bonheur :

─ PAPA ! hurle-t-elle, pleurant et tremblant de tous ses membres, songeant à ce qu'elle a failli faire.

Son père la tient, ne la lâche pas. Elle peut sentir son odeur, si douce, si réconfortante. Il n'a jamais été aussi proche, aussi doux. Elle se sent bien dans ses bras. Les yeux embués, ils échangent un regard. Un regard si intense, qui reflète tout l'amour qu'ils se vouent. Aujourd'hui, auprès de son père, dans cette étreinte qui la soutient, tous ses problèmes la quittent. Tant pis pour ceux qui veulent la voir mourir. Elle se dit alors que Cel ne lui est plus utile, mais elle la remercie. Aujourd'hui, elle a finalement trouvé la personne qu'il lui fallait pour la soutenir et l'aider dans les moments difficiles.

Adieu, Cel Fharm.

Camélia Travis


Ornella Tempesta : Ta meilleure amie (Paroles remaniées)