Gogo et Honey Lemon n'essayèrent plus de le consoler. Parler à Tadashi leur donnait l'impression de s'adresser à un mur. Il ne réagissait plus et elles ne voyaient plus quoi lui dire.

-J'ai cédé parce que mon invention sert seulement à aller plus vite, remarqua Gogo. Wasabi est pas là non plus. Tu m'étonnes ! Ses rayons sont mortels. Il refusera de laisser quelqu'un utiliser son invention comme une arme. Les micro-robots c'est la même chose. Utilisés par la milice cette invention géniale fera des milliers de morts. Hiro et Wasabi sont bien trop intelligents pour ne pas l'avoir compris.

-Mais Hiro a quatorze ans, protesta Honey Lemon.

-Ça ne fera pas de différence pour la milice. La fin justifie les moyens, surtout quand il s'agit de micro-robots.

Derrière elles, il y eut des bruits de pas. Elles se retournèrent et, à travers la porte vitrée, virent un homme battit comme une armoire à glaces portait Hiro par dessus ses épaules.

-Tadashi ! Il arrive, cria Gogo !

Tadashi se leva brusquement et couru jusqu'à la porte. On ne distinguait que la chevelure et les bras ballants de Hiro mais il s'agissait bien de lui. La porte s'ouvrit et Tadashi dû reculer pour laisser entrer le grand homme. Hiro chuta de ses épaules jusqu'au sol où Tadashi le réceptionna du mieux qu'il pu. L'homme ressortit aussitôt sans qu'aucun d'entre eux ne lui adresse la parole. Seul Gogo le fusilla du regard. Tadashi était tombé à genou pour rattraper Hiro. Ce dernier ne tenait pas debout. Tadashi chercha à le redresser dans ses bras pour tenter d'apercevoir son visage. Sa tête ballotait contre son torse.

-Hiro, c'est moi !

Tadashi s'exprimait avec inquiétude alors qu'il découvrait le visage d'Hiro. Ses yeux étaient fermaient.

-C'est moi ! Dis quelque-chose !

Il y eu quelques secondes de flottement, mais Hiro sembla réagir à sa voix. Il ouvrit ses grands yeux noirs. Et lorsqu'ils le reconnurent :

-Tadashi.

Hiro se cramponna aux épaules de Tadashi de toutes ses forces, enfouissant sa tête dans son cou. Tadashi ressentit un immense soulagement et resserra également sont étreinte dans le dos de Hiro. Il était enfin là, bien vivant dans le creux de ses bras. Tadashi sentit des larmes de joies emplirent ses yeux. Il voulait serrait plus fort le corps contre lui mais avait peur de lui faire du mal.

-Rentrons, supplia Hiro entre deux sanglots, d'une voix faible et cassée. Je veux rentrer.

-Bientôt, promis Tadashi sans se rendre compte qu'il n'était pas sûr de pouvoir tenir une telle promesse.

-Ca fait mal ! Aide-moi ! Ca fait toujours mal !

Le soulagement avait été de courte durée. Tadashi avait été si heureux de retrouver Hiro en vie qu'il avait oublié ses craintes. Il dû rassembler tout son courage pour lui demander :

-Où ? Où t'a-t-on fait du mal ?

Pas de réponse. Hiro se mit à pleurer davantage, bien trop pour articuler quoi que se soit. Tadashi leva les yeux vers Honey Lemon et Gogo qui se tenaient juste à côté d'eux. Honey Lemon s'était approché pour réconforter elle aussi le petit garçon, mais s'était finalement ravisée. A présent, elle avait ses deux mains devant la bouche. Juste derrière Hiro, elle voyait. Et quand Tadashi croisa son regard, il y lut de l'horreur. Il sut que c'était grave et laid. Il suivit la direction du regard de la jeune femme et remarqua lui aussi ce qu'il restait des pieds d'Hiro.

Les plantes de pied d'Hiro étaient rouges et noires, brûlées des talons jusqu'aux orteils. Il ne s'agissait pas d'une petite brûlure mais ses pieds entiers n'étaient plus qu'une blessure. Une partie de la chair avait disparu. Il n'y avait pas un centimètre carré de peau épargné. Tadashi détourna les yeux par reflex. Mais l'image restait gravait dans son esprit. Une envie de hurler, de casser quelque chose ou de tuer quelqu'un s'empara de lui. Après quelques instants nécessaires pour reprendre ses esprits, il s'efforça de ne pas craquer. Hiro avait besoin qu'il garde la tête froide. Il envisagea à contrecœur que peut-être d'autres traces de torture pouvaient être découverte. Il se força alors à examiner le reste du corps d'Hiro. Son visage était fatigué mais étrangement intact. Ses yeux étaient rougis et cernés. Sa veste et son pantalon semblaient propres, sans déchirure ni trace de sang.

-Hiro, on va t'allonger ailleurs. Dans le canapé ? Proposa Honey Lemon en brisant par le même coup un silence très lourd.

Tadashi eut beaucoup de mal à soulever Hiro. Ce n'était pas son poids qui posait problème, mais la découverte des blessures lui avait fait le même effet qu'un coup de poing dans le ventre. Elle l'avait littéralement affaibli. Mais il n'avait pas le droit de se montrer faible maintenant alors qu'Hiro avait besoin de lui. Il se redressa et rassembla ses forces pour le soulever jusqu'au fameux canapé, le seul présent dans cette pièce.

Il semblait impossible à Tadashi qu'une telle chose soit arrivée. Assis sur le canapé, la tête d'Hiro posée sur ses genoux, il caressait ses cheveux. Hiro semblait s'être un peu calmé. Mais, à présent, c'est lui qui commençait à ne plus se contenir. Il imaginait difficilement que des hommes puissent faire autant de mal à quelqu'un et encore moins à un jeune garçon comme Hiro. Un garçon sans défense et adorable. Ils venaient de le marquer à vie et ça Tadashi se promit de ne jamais leur pardonner. Lui, pour qui le sentiment de colère avait été étranger, en voulait à la Terre entière, à la milice énormément, à lui même d'être aussi faible et aussi un peu à Hiro.

-Pourquoi ? Pourquoi tu n'as pas signé ? Demanda-t-il la voix pleine d'incompréhension.

-Je l'ai fait. Je ne voulais pas, mais je l'ai fait. J'ai résisté un moment. Mais … il m'avait brulé le pied. Il m'a menacé l'autre pied alors j'ai signé. Mais ils veulent plus et je peux pas faire ça.

-Pourquoi ? Il n'y a rien que tu ne saches faire ?

-Ils voulaient que je leur donne les codes. Ils veulent en fabriquer tout de suite. Ensuite quand ils les auront, ils tueront des gens avec. Alors je ne ferais rien.

-S'il te plait, fais ce qu'ils te demandent !

-Mais des gens vont mourir à cause de moi si je fais ce qu'ils demandent.

-Je m'en fiche ! C'est toi qui compte. Regarde ce qu'ils ont fait ! Alors arrête de jouer les héros !

Hiro se referma dans son silence. Il savait que Tadashi lui demandait cela par amour, qu'il refusait de voir les conséquences terribles de sa reddition. Il aurait préféré être encouragé. Alors, il cessa de se défendre et concentra son attention sur la douce sensation d'une main qui lui caressait la tête comme l'enfant qu'il était. Reposant sur les genoux de Tadashi, il se sentait en sécurité. Il ferma les yeux. La douleur le lançait en permanence. La nuit allait être longue.