Sharnalk était persuadé que si les ravisseurs étaient liés à la communauté, alors ils devraient se manifester sous peu La guérisseuse subît donc un long interrogatoire concernant les modes de communication de la mafia. La jeune fille, durant ses deux mois de captivité, avait eu le temps de recueillir de nombreuses informations sur la communauté. Cette Inochi fut certainement la meilleure prise de la soirée pour le Ryodan. Mais après cet interrogatoire, elle ne fut toujours pas laissée tranquille. Les araignées voulaient qu'elle soigne leur ami enlevé, et inventaient toutes sortes de prétextes pour qu'elle reste à leurs côtés. La fille était loin d'être idiote et comprit que si elle feignait d'hésiter, elle aurait de sérieux ennuis. Aussi décida-t-elle de prendre une attitude des plus conciliantes en attendant le moment propice pour leur fausser compagnie.
Inochi était plutôt bonne comédienne. Aucun des membres de la brigade ne détecta son malaise, tant elle le dissimulait bien. Alors que toute la troupe s'organisait pour mettre sur écoute les lignes de la communauté, elle demanda l'autorisation de retourner à son « domicile ». Elle avait quelques effets personnels dans la maison de Kazuke et tenait à les récupérer. Bien sûr, les membres de la brigade n'avaient pas l'intention de la lâcher. Il fut convenu que Feitan l'accompagnerait.
- Mais vous n'avez pas besoin de m'accompagner. Je peux me débrouiller toute seule.
- N'importe quoi. Tu t'es déjà fait avoir une fois. Tu as pensé au fait qu'il pourrait avoir des copains qui t'attendent au tournant ?
Bien sûr, eux, pouvaient faire exactement de même. Les contrarier, ici et maintenant, était du suicide. Elle accepta donc l'aide de son nouveau « garde du corps ». Les équipes se séparèrent. Feitan et Inochi partirent de leur côté, alors que les autres organisaient la localisation d'Uvo.
La première chose que Nobunaga, Machi, Shizuku et Sharnalk firent fut d'appeler leurs compagnons les attendant à la base. Ils leur racontèrent les événements, les rencontres et les captures. Ils reçurent une réponse du boss : « ramenez moi les deux prises entières, et spécialement la guérisseuse ». Ils comprirent immédiatement ce dont quoi il retournait. Le boss avait la capacité de voler celles des autres. Les araignées avaient donc prit l'habitude de garder en vie les personnes ayant des nen insolites pour accroître la collection de leur chef. Ce soir, le boss était très intéressé par les facultés des prisonniers et spécialement celle de guérison, car les gens qui choisissent de développer ce genre de technique sont très rares et ceux qui les rendent vraiment efficaces l'étaient encore plus. Mais ils n'étaient pas vraiment à l'aise. Bien sûr, Feitan était parfaitement capable de surveiller quelqu'un tout seul, mais il y avait quelque chose de spécial chez la jeune fille.
- C'était vraiment un nen spécial, lâcha Machi. Je n'avais jamais perçu une aura de la sorte.
- Oui, approuva Sharnalk. En général, lorsqu'on entre en contact avec un nen étranger, on peut percevoir la nature, les intentions de son propriétaire. Et la nature de cette fille… je n'arrive pas à mettre un nom dessus. C'était tellement…
- Ca me rappelle des souvenirs très lointains, annonça Shizuku. Des souvenirs émergent d'un océan sombre et profond. C'était comme si…
Les trois autres araignées la regardèrent d'un air interrogateur. La petite brune était plutôt connue pour ses troubles de mémoire.
- … Comme si une personne très importante pour moi me serrait dans mes bras. Il n'y avait que de la bienveillance dedans.
Il y eut un petit silence. Les membres de la brigade avaient du mal à imaginer ce genre d'émotion. Leur vie à eux avait été privée de cette essence d'amour.
- Je crois que je commence à comprendre, annonça Sharnalk. Ce don de guérison dépassait vraiment tout ce que l'on peut voir habituellement. Mais après avoir soulevé le problème de la personnalité du guérisseur, je crois que cela devient plus clair. Elle a du choisir de mettre de grandes restrictions à l'usage de son pouvoir. Cela devait être quelque chose du genre : « utiliser son nen dans l'unique but de soulager les autres gens ». Avec le temps, cela a du influencer son esprit. C'est également pour ça qu'elle n'a pas pu se libérer du nen de la bête de l'ombre. Je pense qu'elle est incapable de désirer faire du mal aux autres.
- Mais c'est complètement débile ! Elle ne pourra jamais se défendre contre personne ! Elle ne peut pas passer sa vie à pardonner à tout le monde !
- En tout cas, elle ne devrait pas poser de résistance, on est plutôt tranquille.
- Vous ne comprenez vraiment rien, grogna Nobunaga. Même sans le vouloir, elle peut nous faire du mal.
- Explique.
- Vous vous trouviez bizarres après qu'elle vous ait guérit, non ?
- Ben, c'est qu'on n'avait jamais sentit ce genre d'émotion avant.
- JUSTEMENT ! Pensez un peu aux conséquences, si vous commenciez à vous habituer à cette bienveillance. Vous vous mettriez à faire des sentiments, à hésiter…
- Vu comme ça…
- Je te trouve gonflé, Nobunaga. S'il y a bien quelqu'un qui fait passer ses sentiments en priorité, c'est bien toi.
- Ce n'est pas vrai !
- Ah oui, pourquoi étais-tu si nerveux en présence de cette Inochi ?
- C'est parce que… J'ai l'impression de l'avoir déjà vue, mais je n'arrive pas à me rappeler d'où.
Le silence retomba au sein du groupe. Ils arrivèrent au bureau de communication de la « communauté » de York Shin. Ils se postèrent sur le toit. Sharnalk bidouilla une antenne avec son ordinateur et eut ainsi accès à toutes les conversations téléphoniques ou internautiques du bâtiment. Ils n'avaient plus qu'à attendre le message révélant la situation d'Uvogine. Au bout de 40 minutes, ils interceptèrent un appel venant du clan Nostrad, affirmant qu'il voulait remettre l'assassin des bêtes de l'ombre à la communauté. La brigade se mit en mouvement, Elle fixa rendez-vous aux autres araignées à proximité de l'immeuble Nostrad et pria Feïtan de ramener la guérisseuse. Il y eut alors un léger problème. Il s'avéra que leur compagnon était injoignable.
Les plans furent donc à nouveau bouleversés. Il fallu redéfinir l'équipe de sauvetage pour le géant et en constituer une autre pour partir à la recherche de Feitan.
Franklin, Pakunoda et Boronerof partirent donc à la recherche de leur compagnon, pendant que les autres interceptaient les voitures de la mafia et prenaient leur place. Le sauvetage d'Uvo se passa comme une lettre à la poste. L'unique homme que la brigade croisa dans le bâtiment périt. Uvo fut débarrassé de ses chaînes et du poison. Cependant, pour ce dernier, l'opération n'était pas terminée. Il refusait de rentrer au QG avant de s'être vengé de l'impudent qui avait osé le capturer. Avec Sharnalk, il partit en quête d'information. Dans le même temps, les autres eurent un appel de Feitan, qui s'était retrouvé sans comprendre comment sur la rive du fleuve. Lorsque le groupe fut enfin réuni, le guerrier raconta tout ce dont il se souvenait. La guérisseuse et lui s'étaient rendu dans le beau quartier de York Shin, où le tortionnaire de la jeune possédait une villa. Ils eurent la désagréable surprise de trouver cette villa en feu. Inochi se rappela que Kazuke avait déposé beaucoup de pièges de nen dans la demeure. Ils avaient du prendre feu à la mort de la bête de l'ombre. Les pompiers étaient déjà sur place. Le feu fut rapidement maitrisé. Mais c'était tout de même la pagaille à l'intérieur du bâtiment. Tout était éparpillé sur le sol ou à moitié brûlé. Au bout de quelques longues minutes, Inochi trouva intact son sac de voyage. Elle en sortit un portable. A son regard réjouit, Feitan en déduisit qu'elle avait reçu un message intéressant. Elle lui répondit que des amis étaient également à sa recherche et qu'ils arrivaient à York Shin.
Alors qu'ils quittaient les ruines, la jeune fille lui cria d'éviter les feuilles de papier. A ce moment là, il y eu comme un flash de lumière. Lorsque tout se dissipa, il était au bord du fleuve, et la guérisseuse n'était plus là. Que s'était-il donc passé ?
- Feitan, tu commences à rouiller. C'est la deuxième fois, ce soir, que tu tombes dans un piège.
- Cette sale peste est une trop bonne comédienne, d'accord ? Elle était en Zetsu la plupart du temps et elle l'était encore au moment de l'alerte des feuilles de papier. Il était impossible de sentir de mauvaises intentions venant de sa part.
- Ne nous fait pas rire. Ne nous dis pas que tu n'as pas trouvé suspect qu'elle mette son aura en Zetsu.
- Arrêtez ! Il faut réfléchir à ce qui s'est passé. La guérisseuse s'est enfuie, alors qu'elle était sensée être incapable de vouloir du mal aux autres. Elle devait avoir une carte assez spéciale dans son jeu.
- Et surtout, le boss tenait vraiment à ses facultés. Il faut la retrouver.
- Sauf qu'apparemment, elle aura bientôt des amis avec elle.
- Eh, si ça se trouve, ils étaient déjà à la maison en flamme. Si Feitan ne l'a pas senti déployer d'aura agressive, c'est que le piège venait d'une autre personne.
- Ce qui veut donc dire que… des personnes très puissantes vont arriver à York Shin, de nouveaux adversaires.
Vers huit heures du matin, Uvogine arrivait à proximité de l'hôtel Beach Takuru. Sur les documents que lui avait obtenus Sharnalk, il était indiqué que c'était le quartier principal du clan Nostrad, le lieu où dormaient le chef des gardes du corps et leur employeur. Il était certain de faire une bonne pêche à cet endroit. Cependant, en pleine journée, il serait tout sauf discret. Son adversaire aurait tout le temps de disparaître. Il s'installa donc dans une petite ruelle parallèle pour établir un plan d'attaque. Ce fut à ce moment qu'une ombre familière s'arrêta devant la ruelle. C'était une jeune fille de moins de 20 ans, aux cheveux courts et au visage innocent. Elle avait l'air d'un oisillon qui venait de s'envoler pour la première fois. Uvo se redressa.
- Ino-chan ?
- Uvo-Sama ?
La jeune fille entra dans la ruelle. Uvo en oublia ses idées de vengeance.
- Je ne m'attendais absolument pas à vous voir ici, Uvo-sama.
- Et toi… Attends, c'est toi que mes potes ont rencontré hier soir alors qu'ils affrontaient les bêtes de l'ombre ?
- Et c'est donc vous qu'ils voulaient me faire soigner.
- Tu as préféré filer. Pourquoi je n'ai pas eu droit à tes traitements ?
- Je ne pouvais pas rester indéfiniment dans la brigade. Si je ne partais pas de moi même, vous ne m'auriez jamais laissé partir. J'étais seule avec ce type, j'ai profité d'un instant de distraction de sa part. Cela n'arrive qu'une seule fois, une occasion pareille.
- Tu vois les choses de façon tellement pessimiste. Mais si tu voulais éviter la brigade, pourquoi n'as-tu pas déjà quitté la ville ?
- Parce que les autres vont venir. Le maître m'a demandé de retenir toute une série de chambres dans son hôtel préféré.
- Hun, elle va venir ?
- Vi ! J'irai les accueillir à 19h 30 à l'aéroport. Vous pourriez venir. Je suis sûre que Nohime-Senseï sera ravie de vous revoir.
- Oui, moi aussi, je serais très content, mais j'ai du boulot à faire. Je dois m'occuper d'un sale petit rat.
- Vous comptez vous battre dans votre état ? Les sangsues ne vous posent pas de problèmes ?
- Je bois beaucoup de bière. Les œufs n'écloront pas.
- Quoi ? Mais vous êtes complètement fou !
- Pourquoi ça ?
- Parce que les adultes, elles, vont se débattre et faire des ravages dans vos intestins. Vous n'avez rien sentit lorsque vous avez bu vos bières ?
- Heu… maintenant que tu le dis…
La jeune fille poussa un soupir.
- J'ai compris. Je vais vous soigner vite fait. Je réserve les chambres et je pratique l'opération.
- On ne peut pas le faire ici ?
- Vous savez, vous risquez d'avoir du mal à utiliser votre nen dans les heures qui viennent, si je vous soigne. Alors autant se reposer tranquillement dans une chambre.
Le géant poussa un grognement, mais accepta la proposition. Les deux personnes entrèrent dans l'hotel Beach Takuru. Cela arrangeait bien le guerrier, car cela lui donnait un prétexte pour entrer dans l'hôtel sans avoir à faire du bruit.
Inochi réserva donc 3 chambres, dont la suite présidentielle. Elle choisit la plus petite des chambres pour se reposer et s'occuper de son compagnon. Mais lorsque le groom les conduisit à la chambre, ils eurent la surprise d'y trouver quelqu'un, un jeune adolescent blond et androgyne. Uvogine reconnu tout de suite le sale morveux à la chaîne.
Le groom, d'une voix gênée, demanda au garçon de quitter la chambre dans laquelle il n'avait rien à faire, mais Inochi, sentant la tension monter, affirma qu'il n'y avait pas de problèmes et le fit sortir.
Après un instant de regards tueurs, Uvo lança au garçon à la chaine : Tu es seul, tu es courageux…
- Euh, Uvo, c'est qui, ce garçon ? Qu'est-ce qu'il fait dans ma chambre ?
- Il m'attendait. Je crois que c'est son employeur qui occupait cette chambre la nuit passée.
- Eh, ne vous battez pas dans ma chambre !
- Ca ira. Eh, gamin, je te laisse choisir l'endroit et l'heure où tu veux mourir.
- Ce sera dans un endroit désert. Je suppose que ton cri d'agonie doit être particulièrement bruyant.
Inochi se retourna vers Uvo.
- Tu es sérieux ? Tu comptes vraiment te battre dans ton état ?
- Ca ne devrait pas me déranger.
- Mais si, espèce d'idiot. Tu ne vas qu'aggraver ton cas.
- Tu n'as qu'à venir et me soigner à la fin du combat.
- Ah non ! J'ai passé une nuit blanche et j'aimerai bien dormir un peu.
- Et cela ne m'intéresse pas de me battre contre un homme diminué, répondit le garçon blond.
- Raah, mais ne le provoquez pas !
Inochi se tourna vers le type à la chaîne.
- Tu le retrouveras ce soir à 22 heures dans le désert de Goldo. Il sera en pleine forme. Maintenant, j'aimerai profiter de ma chambre, si ce n'est pas trop vous demander.
Le blond lui jeta un regard glacial et sortit. La jeune fille tremblait. Dans le regard de ce garçon, elle avait sentit quelque chose qui la terrifiait.
Ce soir-là, un peu avant 23 heures, dans la base secrète du Geneï Ryodan, Sharnalk eut soudain la certitude qu'il ne reverrait plus jamais Uvo. A ce même instant, une chaîne perçait le cœur de ce guerrier.
