Bon, bon. Voilà le second chapitre, wouhou !

Aussi, rassurez-vous, je travaille toujours sur « Le rocher » ! J'ai juste de la difficulté à travailler sur un seul projet à la fois...

Bon, alors j'espère que vous apprécierez ce chapitre et qu'il vous donnera envie de lire la suite !

Sinon, merci pour les reviews, ça me fait chaud au cœur; en espérant en avoir encore plus pour ce chapitre-ci (vive l'optimisme) !

Sur ce, bonne lecture !

avec amour,

Hily-chan


- Un vide immense -


- II -

Les trois se promenaient sur le bord de l'eau. La température s'était quelque peu refroidie avec le soleil déclinant, si bien que la plage était désormais vide sauf pour eux ainsi qu'une petite poignée de monde. Et, si ce n'était des regard entendus que son grand-frère lui jetait, Sasuke se dit que la vue était magnifique et qu'il se sentait presque serein.

« Ok, qui est prêt à sauter à l'eau ? lança Naruto, tout sourire.

- Sans façon, merci, répondirent les deux frères à l'unisson, faisant rire le blond aux éclats.

- Tant pis alors, mauviettes ! Moi je saute d'un coup ! »

Naruto courra vers l'eau avant de laisser les deux frères répliquer quoi que ce fut, enlevant son haut pendant la course ainsi que son pantalon et ses souliers. Aussi, il se retrouva en caleçon gris bien assez vite et sauta directement dans l'eau.

« Je ne sais pas si je dois me dire que ses dix-sept ans le rendent anormalement enjoué ou anormalement sexy, dit Itachi, toujours ce même regard entendu envers son frère.

- Je ne savais pas que tu étais gai, répondit Sasuke.

- Je ne le suis pas, mais je sais que c'était ce que tu pensais, non ?

- Et alors, c'est pas une surprise. Même toi tu peux affirmer que cet homme est irrésistiblement beau.

- Tu marques un point », sourit l'aîné en détournant à nouveau les yeux vers l'énergumène blonde qui plongeait, courrait, sautait et nageait dans les vagues.

Les deux frères décidèrent d'un commun accord de s'asseoir sur le sol. Le plus vieux observait son cadet qui dessinait distraitement des arabesques dans le sable à l'aide d'une petite branche qui traînait près d'eux.

« Qu'est-ce que tu vas faire ? demanda-t-il.

- Dans l'absolu ou dans l'immédiat ? T'es pas clair, répondit ce dernier.

- Dans l'immédiat.

- Et bien... De fabuleux dessins dans le sable, toi ?

- Non, je veux dire avec Naruto. C'est quoi ton plan ? »

Sasuke leva la tête et regarda son frère avant de rire dans sa barbe.

« Je vais trouver un moyen de le séduire, j'imagine.

- C'est tout ? Tu n'as pas de vrai plan ?

- À quoi tu t'attendais ? C'est quand même un homme d'église, il va falloir que j'invente.

- Hm, je vois. »

Sasuke, connaissant son frère, tiqua sur cette dernière phrase.

« Tu vois quoi ?

- La plage, la mer, le soleil couchant, Naruto qui avance vers nous d'un pas décidé... toi ?

- Tu vois très bien ce que je veux dire ! Tu as une idée derrière la tête qui va encore me foutre la honte, je te connais !

- Je ne sais pas de quoi tu parles. Allez, fais-toi beau, ton apollon arrive !

- Mais -

- Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas faire trempette ? L'eau est vraiment bonne !

- Non merci, je- »

Soudain, en tournant la tête vers le blond, Sasuke, qui était en train de se lever, se retrouva nez-à-nez avec l'entre-jambe parfaitement moulée dans le caleçon mouillé du blond. Il alla sans dire qu'une telle vue suffit à rougir ses joues et à chauffer son bas-ventre. C'est qu'il était bien membré, en plus !

« Est-ce qu'il y a quelque chose que cet homme n'aie pas ? » se demanda-t-il vaguement.

« Sasuke, tu es tout rouge, est-ce que tu as chaud ? Peut-être que tu as de la fièvre, demanda Itachi, l'air faussement inquiet.

- Euh...»

Naruto se baissa alors au niveau du brun et posa sa main sur son visage. « Et maintenant je risque d'avoir moins chaud, tiens ! », ironisa-t-il intérieurement.

Tout à coup, le blond prit le bras de Sasuke, le passa sur son épaule et prit le brun - qui se sentait de moins en moins viril - dans ses bras à la manière d'un prince portant sa princesse.

« M-Mais... Qu-qu-qu'est-ce qu-que t-tu f-fais ? bredouilla-t-il avec verve.

- Toi, tu as besoin d'une dose d'eau froide !

- Qu-... »

Sur ce, le blond s'élança avec l'Uchiwa dans ses bras vers l'étendue d'eau devant eux. « Est-ce qu'il va me... » commença à penser Sasuke, d'une part distrait par la mer qui s'approchait dangereusement d'eux et d'autre part de plus en plus confortable au creux du torse et des bras nus de Naruto.

Malheureusement, ce moment fut bref: avant que Sasuke n'eut le temps d'opposer quelque résistance, le blond plongea dans l'eau, emmenant avec lui l'Uchiwa qui désespérait. Lui qui avait toujours détesté tout ce qui se rapprochait de la baignade...

Une fois dansant parmi les vagues, Naruto lâcha prise sur le brun qui retrouva son chemin vers la surface de l'eau. De ses deux mains frustrées, il repoussa ses cheveux trempés vers l'arrière de sa tête en reprenant son souffle. Misère ! Pourquoi fallait-il que ça lui arrive ?

Il regarda son frère qui arborait toujours ce même sourire vainqueur que Sasuke aurait pu deviner les yeux fermés. Satané Itachi ! Tout ça n'avait été que le fruit d'une autre de se vicieuses machinations !

Le blond sortit soudain de l'eau, stoppant l'Uchiwa dans ses idées meurtrières.

« Est-ce que tu te sens mieux ?

- Quoi ? demanda instinctivement le brun.

- Ta fièvre ! »

« Oh, ma '' fièvre '' », se souvint-il.

- Euh, oui, merci. Je me sens parfaitement bien », répondit-il.

Le visage de Naruto passa tout à coup d'inquiet à malicieux. Il avança vers Sasuke qui restait quelque peu incompréhensif, et quand ce dernier vit le blond s'élancer vers lui, il comprit ce qui s'en venait. « Oh non, pitié, pas ça... » pria-t-il intérieurement, en vain.

En s'agrippant aux hanches du brun, Naruto attira ce dernier vers le fond de l'eau dans une bataille digne de gamins. Au début, Sasuke essayait simplement de se déprendre, résolu à se sortir de cette horrible situation, mais lorsqu'il constata que Naruto prenait presque facilement le dessus, son orgueil en prit un coup.

S'accrochant à toute la volonté Uchiwesque qu'il avait, Sasuke trouva un moyen habile d'échapper à l'emprise du blond et de remonter à la surface, où il reprit son souffle. Quand Naruto le rejoignit, le brun lui sauta dessus sans attendre et le coula à nouveau. Mais le blond restait quand même très fort - étonnement, pour un pianiste -, et rapidement, Sasuke perdit son avantage. Il ne lui resta bientôt que deux options: Abdiquer, ou fuir.

Le moment de réflexion fut bref: en moins de deux il se déprit de la poigne de Naruto et nagea jusqu'à la rive. Vite, vite !

« J'ai gagné ! cria Naruto.

- Pas tant tu ne me l'auras pas fait admettre ! »

Le sourire du blond s'élargit en une expression presque sadique tant elle était narquoise.

Merde.

Sasuke prit ses jambes à son coup mais même s'il courrait très vite, Naruto le rattrapa. « Comment se fait-il qu'il soit aussi en forme ! », se demanda le brun, prit entre une crise de rires et une simple panique à l'idée de perdre la partie.

Le brun se dit néanmoins que même si Naruto courrait vite, il allait finir par se fatiguer. Et plus il mettait de forces dans la vitesse, moins il en aurait pour l'endurance. Donc, stratégie n.1: l'épuiser.

Il décida donc de faire des grands tours de la plage, des zig-zags, monter des butes, les redescendre, et ainsi de suite, pendant plusieurs minutes.

Résultat de la stratégie n.1: négatif. Le blond avait une réserve d'énergie phénoménale.

Merde !

XX

Sasuke frissonnait, ses vêtements mouillés froids sur son corps. Le soleil s'était couché, si bien que que l'air ambiant était devenu assez frais. Itachi était parti un peu plus tôt pour « aller faire des choses importantes », laissant les deux garçons seuls.

« Je te l'avais dit que j'avais gagné ! sourit Naruto.

- Ouais, mais tu ne peux pas dire que je t'ai rendu la tâche facile, répondit Sasuke, un petit sourire en coin, entre deux grelottements.

- Je te l'accorde », renchérit le blond.

Soudain, une bourrasque souffla sur la rue, faisant frissonner le brun de plus belle.

« Merde, il fait froid ! On est pas supposés être ne juin ?!, fit-il en resserrant l'étreinte de ses propres bras entourant son corps.

- Je peux te prêter mon chandail si tu veux, proposa gentiment le blond.

- Ouais, comme ça tu vas rentrer à l'église à moitié-nu; je doute qu'Umino-san n'apprécie ça, répondit-il, sarcastique.

- Ben, on a qu'à arrêter chez toi pour que tu te changes et que je reprenne mon chandail, non ? »

Sasuke considéra l'offre. Pas idiot, quand même.

« Ok, je n'habite pas trop loin. »

Les deux s'arrêtèrent et enlevèrent respectivement leurs hauts, sans gêne. Naruto tendit son t-shirt à Sasuke, qui le mit rapidement. Ce dernier toisa subtilement le torse hâlé et finement musclé du blond, non sans se dire au passage que ce dernier avait vraiment été choyé par la nature.

Il reprirent finalement leur marche, le brun tenant dans sa main son propre haut qui avait des allures de torchon trempé. Mine de rien, avoir un chandail propre faisait vraiment une différence.

« Merci, dit-il poliment.

- Ça me fait plaisir ».

Le brun tenta un autre coup d'oeil subtil de biais pour pouvoir observer le blond. Il arborait une démarche assurée, comme s'il n'avait jamais eu le moindre doute par rapport à lui-même, la tête haute, le dos bien droit et ses enjambées, vigoureuses. Il dégageait une confiance en soi que Sasuke connaissait bien; celle-là même qu'il avait perdu six mois plus tôt en même temps que sa mère et son univers.

Il se rappela soudain que Naruto était orphelin. L'avait-il toujours été ? Avait-il lui aussi perdu ses parents, ou avait-il grandi seul au monde ? Est-ce qu'il avait vécu des choses malheureuses; était-il devenu cette personne charitable qui respirait la bonté suite à des expériences douloureuses, ou était-il juste fondamentalement candide ?

Il entendait le savoir. Et pas seulement parce que Naruto lui plaisait, mais aussi parce qu'en quelque sorte, ce dernier le captivait. L'inspirait, même. Mais cette envie ne relevait encore que du stade des impressions pour le moment, si bien qu'il ne poussa pas d'avantage la réflexion.

« On est arrivés », remarqua-t-il, en détournant les yeux du blond.

Ils pénétrèrent l'entrée du bloc appartement dont les portes étaient rarement verrouillées. Ils montèrent au premier étage, tournèrent dans un petit couloir pour s'arrêter devant la porte qui indiquait le nombre « 28 ». Sasuke ouvrit la porte.

« Itachi ? Je suis avec Naruto », cria-t-il en enlevant ses bottes de cuir encore mouillées sur le tapis de l'entrée, Naruto l'imitant.

Aucune réponse.

« Itachi ? T'es là ?»

Toujours rien.

« Je pense qu'il est pas là, dit le blond, perspicace.

- Ouais, j'avais cru remarquer », sourit Sasuke en coin, faisant encore et toujours dans l'arrogance.

Naruto ne releva pas le commentaire de Sasuke, observant plutôt l'endroit.

Ce n'était pas très grand, à première vue. Sobre, propre et humblement meublé. Ceci dit, les murs blancs et les grandes fenêtres laissaient entrer la lumière de l'extérieur et, bien que le soleil fut couché, les réverbères brillaient contre les planchers de bois poli de la même manière, avec moins de force, certes, que le soleil devait le faire en plein jour.

« Je te fais visiter ?

- Avec plaisir. »

Sasuke présenta donc la petite cuisine adjacente à salon un qui ne comportait qu'un sofa deux places, une table basse et une télévision, pour ensuite se diriger vers un étroit couloir où, à gauche, se trouvait la salle de bain, à droite, la chambre d'Itachi et finalement, au fond, la chambre de Sasuke. Ce dernier intima le blond d'y entrer afin de lui présenter cet espace intime comme l'avait fait Naruto plus tôt dans la journée avec sa propre chambre.

« Alors voici ma chambre », dit-il pour la forme.

Le blond détailla l'endroit, également sobre, mais qui laissait d'avantage entrevoir la personnalité du brun: le lit négligemment défait, les vêtements qui traînaient par terre, les tiroirs d'un commode, jonchée d'objets divers, entrouverts, puis une table de travail visiblement inutilisée, excepté pour les quelques bouteilles d'alcool, vides et pleines, qui avaient prit le plan horizontal en otage. Curieux, Naruto approcha les bouteilles inconnues, lisant l'étiquette de chacune d'elles, touchant la texture de plastique ou de verre et observant méticuleusement la couleur des liquides.

« En a tu déjà bu ? demanda Sasuke, intéressé.

- Et bien... J'ai déjà goûté, disons.

- À ça? questionna-t-il en pointant un fond de bouteille de Jack Daniel's.

- Non, juste un peu de vin... »

Le brun sourit, une idée en tête.

« Goûte, pour voir, proposa-t-il.

- Quoi ? Mais c'est fort ce truc, non ?

- Et alors ?

- Ben je veux pas être malade ! refusait le jeune blond, presque outré.

- Alors tu as peur, si je comprends bien ?

- Non ! Je... »

Le blond chercha ses mots.

« J'ai raison alors, tu as peur !

- Non, merde ! »

Et, narquois, Sasuke ignora les protestations de Naruto.

« Tu as peur !

- Arrêtes avec ça à la fin...-

- J'ai gagné !

- T'es chiant !

- Et toi t'es peureux !

- Non mais ! Rhha ! Passes-moi ça, merde ! »

Il prit la bouteille des mains à Sasuke et but plusieurs gorgées d'une traite. Voilà qui allait probablement suffire à ce que le blond se détendit un peu.

Soudain, ce dernier décolla ses lèvres de la bouteille en toussant bruyamment.

« Bon, tu n'es pas mort, non ?

- C'est dégueulasse !

- Mais non, tu vas voir on s'habitue, rit Sasuke, satisfait.

- Je ne sais pas trop si j'ai envie de m'habituer, dit-il dans sa barbe.

- On verra bien. Pour l'instant - il prit la bouteille des mains blond - c'est à mon tour, lança-t-il avant de caler le reste de la bouteille.

- J'arrive pas à croire que tu vas boire tout ça », fit Naruto, les yeux écarquillés.

Sasuke devait avouer qu'il savourait cet instant de pouvoir, voyant naruto un peu comme lui-même lorsqu'il était plus jeune, adulant et imitant Itachi tout simplement parce qu'il le trouvait cool.

Alors il se força à boire le liquide jusqu'à la toute dernière goutte, histoire de ne pas « décevoir son fan ». En fait, c'était surtout parce qu'il était trop orgueilleux pour admettre que le blond avait raison; il eut fallut que Sasuke fut alcoolique depuis plusieurs années pour boire naturellement le reste de la bouteille d'une traite. Aussi, il allait probablement être malade le lendemain. « Rien à foutre », se dit-il, tandis qu'il voyait le reste de la bouteille diminuer jusqu'à être entièrement vide.

« Tu l'as fait !

- Et je suis toujours debout, sourit victorieusement le brun.

- Ouais, c'est un miracle tu veux dire !

- Peut-être », fit Sasuke.

Le brun loucha sur le torse toujours nu de Naruto. Bon sang, il l'avait oublié celui-là. Il se dit qu'il devait redonner le chandail à Naruto, mais à la réflexion, il en conclu que quelques minutes d'oubli additionnelles n'allait pas lui faire de mal. Après tout, ce n'était pas tous les jours que Sasuke avait la chance inouïe de pouvoir mater ce beau blond finement musclé à la peau si adorablement hâlée. « En fait, c'est la deuxième fois que je vois son torse, aujourd'hui », se corrigea-t-il intérieurement.

Soudain, remarquant qu'un certain silence s'installait, Sasuke reprit contact avec la réalité.

« Bon, à mon tour de te montrer de la musique », lança le brun qui commençait à sentir les effets de l'alcool sur son corps.

Il se dirigea vers un petit système de son qui traînait sur le sol derrière la table de travail. Il alluma son Ipod qui y était déjà branché et choisit judicieusement une chanson du groupe Gentle Giant, « proclamation ». Il se dit que, pour sortir du style classique qui était complexe, où s'emboîtaient différents rythmes, mélodies, ambiances et où se mêlaient des émotions constamment contradictoires, il devait choisir un genre de musique qui appelait à cette même richesse. Le rock progressif, que Gentle Giant possédait et maîtrisait avec brio, lui sembla être le meilleur choix.

Le blond s'assit sur le lit pour écouter attentivement. Il posa ses coudes sur ses genoux et en fit de même avec son menton sur ses mains jointes. Sasuke l'observa attentivement, tentant de décrypter toutes ses expressions. Le blond souriait de temps en temps, comme surpris par la tournure que prenait la chanson. Il commença à taper du pied pour tenter de suivre le rythme de base, ce qui s'avéra - évidemment - plus difficile qu'il n'y parut. C'était du rock progressif, après tout.

Mais après un nombre respectable de mesures, Naruto avait trouvé une certaine aisance avec le rythme, si bien que son pied s'adaptait rapidement aux changements de ce dernier. Sasuke ne fut que plus admiratif vis-à-vis du talent rythmique que possédait le blond en plus de tout le reste (qui n'était pas à négliger, il allait sans dire).

Sasuke sourit sans pouvoir s'en empêcher, comme si les muscles de son visage lui répondaient de moins en moins. Un autre effet agréable de l'alcool; il était tellement plus facile de ressentir de l'euphorie, quand le brun était saoul.

Et ses pieds bougeaient tous seuls, le portait avec mollesse, faisant danser Sasuke sans la moindre vigueur, mais avec une passion irrévocable. Car enfin, Sasuke avait toujours été passionné de musique. Il n'avait juste plus vraiment l'occasion de s'en rappeler. C'était peut-être un peu pour ça que Naruto prenait une telle place dans ses pensées: le blond n'aimait pas seulement la musique de toutes ses forces, pour Sasuke, il était la musique. Il l'incarnait.

Sur cette pensée, le brun marmonna les paroles de la pièce qui lui revenaient en tête.

«You may not have all you want or you need, all that you have has been due to my hand »...

Et, incapable d'arrêter sa voix de percer la barrière d'une gêne désormais ensevelie sous l'alcool, il continua, plus fort, plus sûr de lui.

« [I]t can change, it can stay the same, who can say, who can make their claim »...

Il rit dans sa barbe. Ce que c'était bon d'être saoul.

« C'est que ça cogne quand même de caler autant autant de fort ! » pensa-t-il, amusé.

Il jeta un regard sur Naruto qui souriait, toujours aussi concentré sur la chanson, mais en bougeant désormais sa tête au rythme de la musique. Il aimait, et Sasuke en était content. Ce qui le fit chanter plus fort.

« The situation we are in at this time, neither a good one, nor is it so unblest »...

Il se dirigea vers sa table de travail, toujours en chantant et bougeant mollement au rythme de la chanson, et prit un reste de rhum brun. Il ouvrit, sentit et prit une petite gorgée. L'alcool ne s'était pas évaporé.

Il se retourna et la tendit à Naruto. Ce dernier rit, voulant dire « t'es pas croyable », et en but à son tour.

« [I]t can change, it can stay the same, I can say, I can make my claim. », entendaient-ils, se laissant tous deux envoûter par l'alcool qui pulsait dans leurs corps flottants comme par la richesse musicale embaumant la pièce.

Et, toujours les yeux posés sur son ami, Sasuke se dit que pour la première fois depuis des lustres, sa chambre suintait l'art.

XXX

« Écoute, écoute, écoute ! », dit Sasuke, essoufflé, qui mimait la musique à l'aide sa main levée dans les airs.

Naruto rit haut et fort en comprenant du changement de la signature de temps dont le brun voulait parler, ou plutôt qu'il mimait. Ils étaient certes tous les deux assez saouls, or cela n'enlevait rien au faut que la musique était réellement excellente et qu'elle surprenait Naruto, habitué à n'entendre que du classique.

Et plus ce dernier regardait le brun varier ses expressions faciales comme il ne l'en croyait pas capable et qu'il l'entendait chanter haut, juste et bellement, plus l'image de l'homme qu'il avait trouvé au beau milieu de la nuit, l'air mort et perdu, étendu sur le sol froid de la ruelle sombre, lui semblait venir d'un rêve enfoui. Si ce n'avait été d'Itachi qui avait démontré qu'il s'était agi son petit-frère, Naruto aurait probablement finit par croire que le Sasuke en face de lui était un autre garçon que celui qu'il avait aidé à marcher, ce soir-là.

« Ah ! N'est-ce pas tout simplement grandiose ? », se réjouissait le brun tandis qu'il se laissait tomber de dos sur son lit.

Pour Sasuke, la vie aurait dû se résumer à ça: écouter de la merveilleuse musique aux côtés de Naruto en étant complètement ivre.

Il sourit à cette pensée, qui lui rappela la décadence bourgeoise du XIXème siècle qu'il lui était arrivé quelques fois de lire, notamment dans un des ouvrages d'Oscar Wilde. Aussi, avant de se laisser complètement absorber par la musique, il se dit que cet auteur avait, en y repensant bien, probablement inspiré le train de vie que Sasuke menait en ce moment. Ou peut-être utilisait-il la beauté séductrice de l'impiété derrière le livre qu'il avait lu de lui, le portrait de Dorian Gray, pour justifier le manque total de morale dans sa vie présente ? Qu'importait; de toute façon, l'heure n'était pas à la philosophie, mais à la musique. L'heure était au plaisir !

« Le plaisir, oui ! Je ne demande rien d'autre ! Qu'on me noie dans l'alcool ou que je meures d'épuisement dans la luxure, tant que puisse étreindre la mort enseveli sous toutes les sensations plaisantes qui existent ! » divaguait-il en pensées, sombrant peu à peu dans un délire à la fois musical et étrangement littéraire.

Naruto vint le rejoindre dans la même position. Ils se retrouvèrent donc côte à côte, pleins de musique et plongés dans leurs pensées.

Le blond tourna la tête vers Sasuke, qui avait les yeux fermés et un faible sourire sur le visage. « Qui est-il ? » se demanda soudain le pianiste. Et, en observant sa peau blanche aux traits naturellement harmonieux contrastant avec ses cheveux ébènes, sans oublier la puissance d'un simple sourire au coin de ses lèvres qui semblait suffisant à illuminer son visage en entier, le blond se posa une simple question, qu'il s'était déjà posée, mais qui cette fois s'imposait avec autrement plus de force: qu'avait donc fait Sasuke pour se retrouver dans un état pareil, l'autre soir ? Comment quelqu'un comme lui, beau, apparemment sensible et irrévocablement intelligent, avait-il pu se retrouver en partie déshabillé, visiblement mort, sur le sol froid d'une ruelle sale aux petites heures du matin ?

Ces questions commandaient à son esprit d'une manière que le blond eut du mal à s'expliquer. Car en enfin, pourquoi toutes ces choses dérangeaient-elles autant Naruto ?

Pourtant, la réponse n'avait pas été difficile à trouver, il suffisait d'y penser deux secondes. Pourquoi Naruto voulait-il autant comprendre pour quelles raisons ce quasi-inconnu menait un style de vie qui le dépassait, que le blond n'arrivait pas à concevoir ? Autrement dit, un mode de vie que Sasuke gardait secret ? Et bien, pour la raison suivante: en quelque sorte, Naruto admirait Sasuke de manière irrationnelle.

C'était étrange d'admirer quelqu'un qu'il connaissait à peine, et de ça le blond en était bien conscient. Mais c'était plus fort que lui: le sens de la réflexion et les remises en question des choses de Sasuke, ses connaissances musicales, sa façon d'être ému par le jeu instrumental du blond, et même sa dépravation apparente, signe d'une certaine liberté, tout ça captivait indéniablement Naruto. Il pouvait concevoir et même comprendre certaines de ces caractéristiques, mais d'autres lui étaient parfaitement inconnues. Devant Sasuke, il se sentait curieux; content de partager ce qu'ils avaient en commun, et inassouvi face aux choses qui lui échappaient.

Et parce qu'il admirait Sasuke comme il en était fasciné, il voulait le comprendre. Il voulait tout comprendre.

« Je peux te poser une question ? » demanda-t-il avant de l'avoir réalisé et quelque peu surpris par la texture anormalement pâteuse de sa bouche.

Le brun ouvra les yeux en se tournant vers Naruto, qui le regardait déjà depuis un bon moment.

« Oui ?

- Et j'aimerais que tu me répondes, cette fois. Promis ?

- Ouais, ok, répondit simplement le brun.

- Qu'est-ce qui t'es arrivé l'autre nuit ? Pourquoi t'était dans un sale état ? »

Sasuke retourna son regard vers le plafond, pensif. Il aurait dû s'y attendre, après tout. Que répondre ? Il savait que d'expliquer ça revenait à tout expliquer. Il ne voulait pas, pas à ce moment-là. Non, là, il était bien. Il se sentait parfaitement bien, près de Naruto, l'esprit embrumé et entouré de musique.

Il se tourna à nouveau vers le blond, et lui dit:

« Je ne veux pas t'expliquer. Mais je peux te montrer, si tu veux, sourit-il.

- Quoi ?

- Si tu veux vraiment le savoir, je vais te montrer, c'est tout. L'expliquer serait inutile. Est-ce que tu veux vraiment savoir ?

- Évidemment !

- Alors ferme tes yeux. »

Naruto répondit par l'incompréhension. Pourquoi devait-il fermer ses yeux ?

« Euh...

- Si tu tiens tant à le savoir, fais-moi confiance !

- ...

- C'est vraiment si difficile ? »

Non, ce n'était pas du tout difficile. Et c'était d'autant plus étrange qu'il arrivât à faire aveuglément confiance à quelqu'un qu'il connaissait à peine. Enfin, il fallait aussi dire que Naruto n'était pas du genre suspicieux, pour ne pas dire qu'il avait parfois tendance à être plutôt naïf.

Naruto capitula donc et ferma les yeux. Il resta parfaitement immobile, couché sur le dos. Soudain, il eut l'impression que Sasuke bougea à côté de lui alors il entrouvrit instinctivement les yeux pour voir ce dernier se redresser.

« Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il.

- Je t'ai dit de fermer tes yeux !

- Ok, ok... »

Il s'exécuta à nouveau, se faisant violence intérieurement pour ne pas rouvrir les paupières. Puis, alors qu'il attendait avec de plus en plus d'impatience, il sentit tout à coup une pression chaude et humide contre ses lèvres. Incompréhensif, il regarda et, en voyant le visage de Sasuke presque collé contre le sien, Naruto comprit ce qui se passait.

Sasuke l'embrassait.

« Que fais-t-on quand on se fait embrasser ? Est-ce que je devrais partir, puisque c'est un gars? Seigneur, je ne sais pas quoi faire... » pensait-il, alors qu'il avançait sa main vers son ami pour le repousser, faute d'une meilleure option.

Mais alors, le brun remua légèrement ses lèvres, envoyant des chocs électriques dans tout le corps du blond, si bien que la main que ce dernier s'apprêtait à utiliser pour briser leur contact, sous l'emprise d'une vague de bien-être, ne fit que se déposer sur le torse de Sasuke.

Le baiser continuait, doucement, comme si le brun laissait à Naruto le temps de se décider quant à ce qu'il allait faire, à savoir rester ou le repousser. Et, sentant que le blond ne partait pas, Sasuke essaya d'approfondir encore un peu le baiser en pointant le bout de sa langue à la commissure des lèvres entrouvertes du pianiste. Ce dernier contact acheva les doutes du blond: sous le joug d'une chaleur insoutenable, son corps ne lui permit désormais plus la moindre hésitation.

Naruto glissa donc sa main contre la clavicule du brun et remonta vers le cou de ce dernier. Sasuke, en proie à une excitation violente, rangea sa timidité au placard et embrassa franchement le blond, qui l'en remercia par la pareille. La main gauche du brun, qu'il avait gardé pour lui jusqu'à lors, empoigna vigoureusement la hanche nue de Naruto qui commençait à se sentir sérieusement fiévreux. Mais bon sang, jamais il n'avait ressenti quelque chose comme ça. Même pas en jouant du Bach.

Soudain, au pris avec un désir irrépressible, Naruto enfonça ses deux mains dans la tignasse corbeau de Sasuke, qui en grogna d'excitation contre les lèvres du blond.

« Sasuke ? Je suis rentré ! »

Ils se séparèrent en sursaut, le brun maudissant son frère d'être arrivé à un tel moment. Merde !

« Sas'ke ? »

Ils entendirent des pas se diriger vers la porte de la chambre du cadet Uchiwa qui s'éloigna du blond à contrecœur.

« Oui, je suis là avec Naruto, dit-il de l'autre côté de la porte.

- Ah, ok. Je vous laisse alors. Au fait, bon choix de musique !

- Merci », dit le brun alors que les pas de son frère s'éloignaient.

Sasuke se retourna vers Naruto qui s'était redressé et qui se grattait l'arrière de la tête, le regard perdu quelque part autour du plancher.

« Ça va ? » demanda le brun, le plus naturellement du monde.

Sauf que derrière son masque, Sasuke redoutait que le blond ne veuille plus jamais le voir, ni l'embrasser comme ils venaient de le faire. Pourquoi avait-il été si impulsif ! Il avait voulu faire peur à Naruto, ou quoi ?

D'un coup, il réalisa qu'il ne se sentait plus du tout saoul. La seule sensation qui persistait malgré l'arrêt brutal de leur baiser, c'était l'excitation cuisante entre ses deux cuisses, mêlée à une vive impression de privation.

« Ouais, toi ? »

Sa voix cachait clairement un malaise. Non, il devait régler ça. Sasuke ne voulait pas que le blond prit peur.

« Et pour ce qui vient de se passer... tenta le pianiste, complètement rouge.

- Oui ? »

Il allait d'abord voir ce que Naruto voulait lui dire, quand même. Peut-être qu'il y avait de l'espoir... Et puis merde, depuis quand Sasuke croyait-il en l'espoir ?

« Et bien, je... Je ne sais pas trop pourquoi j'ai... Enfin... Tu vois... »

C'était ce qu'il avait prédit: malaise, peur, enfin, Naruto se rétractait. Il devait réagir, vite !

« Écoutes. Si tu ne veux pas que ça se reproduise, ça ne se reproduira pas. Mais si jamais tu changes d'avis, ça va définitivement se reproduire. »

Euh, le brun avait-il prévu de s'exprimer avec autant d'audace ? Ceci dit, avec le tumulte d'émotions et de sensations qui se battaient en lui, à quoi s'attendre d'autre ? « En espérant que je ne l'ai pas encore plus effrayé... » se dit-il, avant de maudire cette propension qu'il avait de remettre les choses entre les mains de l'espoir. Ça ne lui ressemblait vraiment pas.

Naruto le regarda donc, les yeux grands ouverts. Sasuke pouvait voir sans difficulté le rouge sur ses joues, sa gêne et ses craintes. Cependant, sur son visage régnait quelque chose que Sasuke connaissait bien: la curiosité. Oui, l'Uchiwa avait éveillé une curiosité qu'il savait intarissable. Alors en voyant l'expression perdue de Naruto, Sasuke sut qu'il aurait une deuxième chance. Du moins, il essaya de s'en convaincre. « De l'espérer », pesta-t-il à nouveau en pensées.

« Je crois que je vais devoir y aller, il commence à se faire tard, donc... fit le blond en se levant.

- Attends », dit Sasuke alors que Naruto s'apprêtait à quitter la chambre.

Ce dernier se retourna, incompréhensif. Soudain, le brun enleva le haut qu'il portait pour le tendre au pianiste.

« Il ne faudrait pas que tu l'oublies, quand même, sourit-il en voyant les yeux de Naruto loucher sur son torse nu.

- O-Oui, merci, baragouina-t-il.

- De rien, et à bientôt.

- Hm. »

Sur ce, il quitta la pièce et partit sans même remettre son chandail, ni saluer Itachi. Sasuke arbora un léger sourire en coin. Non, rien n'était perdu.

Quelques secondes plus tard, alors que Sasuke éteignait son Ipod, son grand-frère débarqua dans la chambre.

« Est-ce que Naruto vient de partir ?

- Ouais, merci à toi, le nargua le plus jeune.

- Désolé pour ça, d'ailleurs.

- Ça va.

- ... Alors ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Sasuke soupira d'énervement.

« Tu t'attends à ce que je te déballes tout, c'est ça ?

- J'ai quand même pas passé trois heures dans un bar à lire comme un con pour du vent !

- Ben si t'avais pu lire disons quatre ou cinq heure à la place je t'en aurais bien remercié, crois-moi.

- Arrêtes de changer de sujet ! Racontes plutôt, fit-il en allant s'asseoir sur le lit de Sasuke.

- Fais comme chez toi, surtout...

- Allez ! Arrêtes de glander et dis-moi !

- C'que tu peux être... »

En regardant son frère qui lui faisait de grand yeux tristes, Sasuke soupira à nouveau. Puis, résigné, il alla le rejoindre.

« D'accord, d'accord.

- Super !

- D'abord on a écouté de la musique, on a bu, et finalement on s'est embrassés, voilà.

- ... c'est tout ?

- Ouais. »

Itachi regarda son frère qui était visiblement perdu dans ses pensées. Il s'était probablement produit beaucoup plus que ce qu'il avait raconté. Mais il n'insisterait pas; il n'avait pas à le faire.

« Bon, alors je vais aller me coucher.

- Ok, bonne nuit », sourit-il faiblement.

Son grand-frère lui répondit par un sourire avant de se lever et de quitter la chambre en fermant la porte derrière lui.

Le brun se laissa tomber sur le dos et observa le plafond.

De minute en minute, le brun pouvait sentir le vide revenir. Mais pour une fois, ce triste processus se fit si lentement que Sasuke eut le temps de fermer les yeux et de s'endormir en savourant les derniers instants de plénitude qu'il avait ressentis aux côtés du blond. Et, un faible sourire en coin, il se dit que jamais il n'avait expérimenté autant de sensations en embrassant quelqu'un au cours de sa courte vie.

Juste pour ça, il devait trouver un moyen de recommencer. N'était-ce pas après tout la meilleure source de sensations qu'il avait découverte depuis maintenant près de sept mois ?

XXX

Sasuke écarquilla les yeux, le cœur au bord des lèvres.

« Vomir », paniqua-t-il intérieurement, tandis qu'il scellait grossièrement ses lèvres à l'aide de sa main. Il courut jusqu'à la salle de bain et dégobilla dans la cuvette.

« Ça t'apprendra à boire comme un trou... », se maudit-il, conscient qu'il récoltait ce qu'il avait semé la veille. Quelle heure était-il ? Tôt, surement. Faisait-il jour dehors? Il ne s'en souvenait pas... « Arrête de réfléchir, la tête me tourne... » s'ordonna-t-il avant de vomir à nouveau dans la toilette.

Il cracha deux trois fois et, à bout de forces, s'écria:

« ITACHIIIII ! »

...

Pas de réponse.

« Je suis seul dans l'appart'. Putain de vie de merde. » pensa-t-il avant de régurgiter à nouveau.

À ce train là, il allait passer le reste de la journée assis à côté de la toilette. Était-il encore saoul ? Sa tête lui tournait tellement qu'il n'aurait su dire s'il sentait encore un tant sois peu les effets grisants de l'alcool.

Et à chaque fois qu'il expulsait, ses sens se confondaient et ses pensées se mélangeaient entre réflexions et souvenirs. Il entendait une musique dans sa tête, chantée, qui lui était tellement familière. Qu'elle était-elle ?

Il cracha une nouvelle fois et s'éloigna de la cuvette pour prendre son souffle, accoté contre le mur. Il détailla ce qui se trouvait devant lui, c'est-à-dire un court pan de meuble qui servait à la fois à soutenir le lavabo et à ranger des articles de salle de bain. Ce vieux meuble, il avait la même couleur qu'avant, remarqua-t-il. Itachi ne l'avait pas repeint ou simplement remplacé, comme tous les autres meubles de la maison. Pourquoi avoir laissé ce petit espace inchangé ?

Soudain, les nausées du brun se calmèrent, lui donnant un repos bien mérité. Puis, comme si la paix soudaine de son corps l'avaient plongé dans un état de transe, il ferma les yeux puis se laissa attirer vers un monde peuplé de souvenirs auxquels il n'avait pas songé depuis la mort de sa mère. Pourquoi pensait-il à ça maintenant ?

« Une âme s'est mise à danser, comme un voile sur la pensée, danse pour me faire chanter. Les yeux fermés pour mieux te voir, la fin d'un gros trou noir, oublier le mémoire d'une geste improvisé; mon âme voulez-vous danser ? » (1)

Cette mélodie, il la laissait l'étreindre, le serrer et dévorer son cerveau. Il reconnaissait la voix de sa mère et l'entendait comme si elle avait été là, à ses côtés.

Puis la suite de la chanson arriva - c'était quoi déjà, la suite ? Il s'en rappelait, c'était certain. C'était, c'était...

« Un arbre s'est dessiné tout le long de mon dos, comme tous les déracinés, ces racines sont en haut. Tout le monde a vu que l'écorce, la forme déguisait la force, moi je brûle de la tête aux pieds, mon corps veux-tu me laisser ? »

Sasuke réalisa à peine que sa voix, éraillée par la bile et le sommeil, s'était élevée pour accompagner celle de sa mère qui résonnait dans sa tête. Il se souvenait de chaque parole, de chaque note; comment avait-il pu oublier cette mélodie pendant six longs mois ?

Tout à coup, une nouvelle vague de hauts-le-cœur le prit par surprise. Aussitôt, il se pencha vers la toilette où il vomit encore. Quelques larmes de douleur perlaient aux coins de ses yeux fermés avec force. « Que tout ça finisse, merde ! » criait-il intérieurement.

« Seul, ensemble, plus on est haut plus tout s'assemble, comme s'est beau de tout laisser vivre sans dire un mot. »

La voix de sa mère s'éleva à nouveau dans le crâne de Sasuke, comme pour le calmer. Il recommença à chanter faiblement.

« Seul, ensemble, plus on est loin plus on se ressemble, le repos, c'est mourir pour apprendre à vivre »

Il se redressa lentement, l'estomac plus léger. Après avoir craché à nouveau, il se repositionna contre le mur, les yeux fermés.

« Laisser vivre, c'est mourir quand il le faut. »

Sa voix s'éteignit comme sa conscience le quittait: épuisé et bercé par un doux souvenir, Sasuke se laissa tomber dans les bras de Morphée.

XX

Quand Sasuke ouvrit les yeux, sa nausée l'avait quitté. Il ne sut dire combien de temps il avait dormi à côté de la toilette, mais de ce qu'il en savait, son corps était courbaturé et ce qui restait de sa beuverie de la veille se résumait en un sale mal de crâne.

« Merde... », pensa-t-il.

Il jeta un coup d'oeil vers la cuvette et eut presque à nouveau envie de régurgiter en voyant le vomit qui flottait nonchalamment à la surface de l'eau. « Beurk ! », dit-il avant d'allonger son bras pour tirer sur la chasse d'eau.

Sasuke détourna le regard pour échapper à la vue dégoûtant de la bile tourbillonnant dans le fond de la cuvette et se dit qu'il devait se lever. « Debout », pensa-t-il, alors qu'il se relevait.

Une fois à la verticale il sentit sa tête prête à exploser, mais Sasuke ne se laissa pas abattre. Il ouvrit la porte de la salle de bain et marcha d'un pas décidé vers la cuisine. « De l'eau », lui dictait presque son corps déshydraté.

Arrivé à destination, il ouvrit mollement l'armoire qui contenait les verres, s'en prit un et y versa de l'eau froide du robinet.

Soudain, au moment où il buvait la dernière goutte d'eau, la porte d'entrée s'ouvrit. Sasuke se retourna vers son frère qui, en le voyant, arrêta ce qu'il faisait.

« Bon sang, Sasuke. Quel teint magnifique.

- Rhha, la ferme et dis-moi plutôt où t'étais toute la journée, grogna le cadet, de mauvais poil.

- Je travaillais, et toi ? sourit-il.

- D'après toi ? », dit-il en se pointant le visage.

Itachi étouffa un petit rire.

« Ça t'apprendras à-

- À boire comme un trou, je sais. »

L'aîné Uchiwa déposa son sac et enleva ses souliers d'un geste rapide et expert. Sasuke, n'ayant jamais tout à fait saisit comment son grand-frère faisait pour toujours avoir l'air si gracieux, regarda son aîné s'approcher de lui.

Soudain, ce dernier ouvrit une armoire et en sortit des cachets contre les maux de tête qu'il tendit à Sasuke.

« Prends-en deux, pour l'instant. »

Le plus jeune s'exécuta, sans détourner les yeux de son frère qui mit une petite casserole sur le feu après avoir sortit d'une seconde armoire une boîte de soupe poulet et nouilles déshydratée.

« Vas t'allonger, je vais te préparer quelque chose, ordonna-t-il à Sasuke.

- Ok, merci », répondit-il simplement, recevant un sourire pour seule réponse.

Le cadet Uchiwa avait beau dire ou faire, il ne pouvait nier cette boule de chaleur réconfortante qu'il ressentait à cet instant-là, tandis qu'il s'allongeait sur le canapé avec une couverture. Son grand-frère prenait soin de lui, et c'était tout ce dont il avait besoin. C'était tout ce qu'il demandait.

XXX

Finalement, cette journée horriblement longue et pénible finissait par finir. Mais malheureusement pour le brun, si ses maux de tête ayant disparut le contentaient, il n'en allait pas de même avec le sommeil, toujours absent.

Il devait donc se trouver une quelconque divertissement. Alors.

Son frère était couché et travaillait tôt le lendemain, donc pas de films dans le salon pour ce soir-là. Ensuite, il avait assez cuvé pour prendre une pause de beuverie pour au moins quelques jours, donc tant pis pour la sortie dans un bar. Et finalement, même s'il avait bien envie de baiser, son corps en entier lui faisait un mal de chien. Conclusion: pas de film, pas d'alcool et pas de baise. En gros, pas de plaisir.

Il soupira tandis qu'il se dirigeait vers son Ipod. Au moins il pouvait mettre de la musique pas trop forte.

Sasuke choisit donc de mettre des morceaux de radiohead sur aléatoire, alors qu'il se couchait sur son lit en observant le plafond.

« Please could you stop the noise I'm trying to get some rest »(2), chanta-t-il en même temps que la chanson.

Il fronça les sourcils. Qu'avait-il donc à chanter sans arrêt depuis la veille ? Il avait bien passé six mois, presque sept, sans chanter, et là: Pouf ! D'un coup, il ne pouvait plus s'empêcher de chanter toutes les paroles qu'il connaissait dès qu'une chanson qu'il aimait jouait. Ou alors il repensait à la belle voix cristalline de sa mère.

Il se souvint de ce que Itachi disait, quelques mois auparavant, avant la mort de sa mère; au le temps où Sasuke était dans la chorale de son école: « Tu as la voix de maman, tu sais ça, non ? »

Le brun sourit légèrement à ce souvenir, simplement parce que c'était ce qu'il avait fait, à ce moment-là. Il avait été si heureux que son frère l'aie complimenté comme ça, et ce même s'il refusait de se l'avouer; son frère qu'il admirait secrètement. Puis, qu'il aie dit que Sasuke avait la même voix que leur mère voulait dire beaucoup pour lui. Alors pour ça, il avait sourit derrière ses cheveux, la tête légèrement tournée pour cacher sa joie.

Soudain, Sasuke se rappela que ce souvenir remontait à quand le cadet avait annoncé qu'il avait été nommé soliste dans la chorale. Bon sang ! En y repensant, le brun eut l'impression que ce souvenir appartenait à une autre vie.

Il revit l'énorme sourire de sa mère, la façon dont elle avait frénétiquement applaudit, en pinçant ses lèvres pour étouffer ses petits cris de joie. Il sentit à nouveau la main d'Itachi sur son crâne, lui ébouriffant les cheveux. Puis, il se souvint du petit sourire de son père, seule marque de fierté qu'il avait été capable de lui accorder. Son père. Ce monstre.

« Ambition makes you look pretty ugly, Kicking and squealing gucci little piggy », chanta-t-il au rythme de la chanson, pour chasser ses pensées noires envers son traître de géniteur.

N'était-ce pas comme ça qu'il faisait, avant la mort de sa mère, pour ne plus penser à son père: chanter haut et fort, de toutes ses forces, se concentrer sur les fioritures les plus riches et complexes pour effacer la violence qui l'empoisonnait un peu plus à chaque fois qu'elle s'abattait sur sa famille ? Oui, c'était comme ça qu'il avait su combiner sa passion pour la musique à un moyen éprouvé pour conserver une santé mentale décente.

Tout à coup, il revit le petit sourire de son père comme au ralenti, le narguant sans vergogne. Salaud !

« You don't remember, you don't remember, why don't you remember my name ? »

La musique devenait de plus en plus chaotique et la tête de Sasuke copiait cette tendance, de manière tout à fait involontaire. Il revit les poings levés de son horrible paternel, et le sang, trop évident, trop dur à ignorer, qui souillait ses larges mains.

« Off with his head, man ! Off with his head, man ! Why don't you remember my name ? I guess he does... », chanta-t-il à gorge déployée, alors qu'il se repliait sur lui-même, la tête entre les genoux.

Pourquoi pensait-il à tout ça ! Ne pouvait-il pas simplement continuer à se foutre de tout, comme il l'avait fait pendant les six derniers mois; ne pouvait-il pas faire comme si rien ne s'était passé, comme il l'avait toujours fait quand il voyait sa mère blessée ou quand il entendait la porte d'entrée claquer lorsque son père partait pour la nuit ?

« Sa foi ne l'a pas tuée, arrête avec ça... » entendait-il son frère lui dire.

Était-il devenu psychotique ? Il se laissait complètement dominer par ses souvenirs et ses remords comme jamais auparavant. Pourquoi à cet instant-là ?

Soudain, il eut l'impression que la musique arrêta, au loin, et il sentit des bras l'enlacer avec force. Cette étreinte lui rappela vaguement la veille, quand Naruto s'était agrippé à son cou tandis qu'ils s'embrassaient avec fougue. Bon sang, tous ses souvenirs se mélangeaient, plus rien n'avait de sens ! Et ces bras qui l'entouraient, qui l'apaisaient...

« Sas'ke, je suis là, calmes-toi... »

Itachi ? Itachi ! « Mon grand-frère », se dit-il. Il était avec lui. Il était là. Comme quelques heures plus tôt, il lui préparerait une soupe poulet et nouilles et lui donnerait des cachets. Oui, tout irait mieux. Son grand-frère était là.

« Ita-chi... » gémit Sasuke, retenant une crise de larmes.

Les doigts fins de son aîné lui caressa tendrement la tête.

« J'ai... j'ai oublié le reste de la chanson. Toi tu t'en rappelles, n'est-ce pas ? Tu n'as jamais oublié un seul couplet dans ta vie, p'tit frère. Tu as toujours été doué », commença Itachi.

Le concerné ne comprenait pas vraiment de quoi il parlait, mais le laissa continuer, le simple son de sa voix ramenant un peu plus le cadet sur terre.

« Ma tête s'est mise à bouger, comme le bout d'une chandelle... La suite, Sas'ke, c'était quoi déjà? »

Ce dernier réfléchit. Quelle était cette chanson, déjà ? ah oui, il s'en souvenait. Il se l'était chantée plus tôt, non ? Pourquoi ne s'en était-il pas souvenu avant ? Tout était si confus...

« ... La raison part en fumée, on aura plus besoin d'elle. La flamme sort des deux côtés, moi je brûle de la tête aux pieds; au milieu de mon corps monte un grand corridor. »

Sasuke avait continué à chanter à la place d'Itachi sans même le vouloir. Quand il s'en rendit compte, il renouait déjà avec la réalité.

« J'avais complètement oublié la suite, sourit l'aîné. Et qu'est-ce qu'il y a après ? » finit-il.

Le jeune Uchiwa pensa pendant deux secondes et répondit aussitôt, retrouvant son calme habituel:

« Il n'y a rien après, la chanson se termine comme ça.

- C'est vrai, tu as raison, pensa Itachi à voix haute.

- Bien sûr que j'ai raison », se moqua gentiment Sasuke.

Itachi sourit et ébouriffa les cheveux de son cadet. Tous deux se regardèrent, conscients du silence qui s'installait. Pour Sasuke, ce silence fut accueilli avec joie, car pour une fois cette impression de vide lui sembla plus agréable que la crise qu'il venait de vivre.

« Tu as faim ? demanda Itachi d'une voix posée. »

Le cadet laissa passer quelques secondes où il observait le plafond en silence.

« J'sais pas.

- Allons voir, alors. Viens, on va écouter un film», décida Itachi.

Ce dernier délaissa doucement son frère pour se lever. Il savait que s'il restait trop longtemps dans cette position, Sasuke le chasserait n'aurait-ce été que par orgueil.

« Tu ne travaillais pas tôt demain ?

- Oui mais j'arrive pas à dormir. Allez, viens !

- Ok, ok... »

Sasuke se leva et alla rejoindre son frère dans la cuisine. En regardant ce dernier préparer des restes de plats en tous genres tout en sifflant, le cadet se rendit compte que c'était la deuxième fois de la journée que son frère lui « sauvait la vie ».

Ce n'était peut-être pas grand-chose, mais Sasuke ressentait bien une pointe d'affection claire et nette envers son aîné. C'était limpide et cette émotion ne s'estompait pas. Comme s'il avait juste débloqué le chakra « affection fraternelle » à l'intérieur de lui. « ridicule, cette histoire de chakra », pensa-t-il. Néanmoins, il avança vers son frère et tira le bas de son chandail comme il le faisait quand il était enfant.

Le concerné se retourna et afficha un air interrogatif.

« Merci », dit simplement Sasuke en détournant le visage pour cacher sa gêne.

Pour seule réponse, il sentit sa main chaude de Itachi ébouriffer ses cheveux. Ça devenait vraiment une habitude... « Non, se corrigea-t-il en pensées, Itachi a toujours fait ça ».

« De rien p'tit frère. Bon, la bouffe est prête ! »

L'aîné sortit deux assiettes qu'il remplit, et les deux frères allèrent s'asseoir sur le canapé et mangèrent en silence devant un de ces navets qui leur servit davantage de somnifère que de divertissement.

À suivre...

Alors, qu'en avez-vous pensé ?

J'attends vos commentaires avec impatience !

Hily-chan xx


NBP:

(1) Chanson d'un groupe québecois des années '70 du nom de Harmonium. Le titre de la chanson c'est Le corridor, tiré de l'album l'Heptade.

(2) Chanson du nom de Paranoid android, du groupe Radiohead.