Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Théodore Nott/Seamus Finnigan.

Rating : T.

Après une trop longue attente, voici le nouveau chapitre de cette histoire ! ^^ Bon, soyons honnête, ce n'est pas le chapitre le plus passionnant du monde, en particulier parce qu'il se passe durant Papillon, que c'est chiant à écrire et tout et tout... La suite sera nettement plus intéressante, parce qu'on saura enfin pourquoi Seamus a été aussi casse-couille pendant les vacances et comment Théo a réussi (plus ou moins) à le mater !

Je vais essayer de me dépêcher d'écrire la suite, mais avec le boulot, ça risque d'être compliqué. Mais je ferai de mon mieux ;)

Bonne lecture !


Chapitre 2

« Et vous faites attention sur la route, hein ! Ça conduit comme des tarés à cette période de l'année, ne faites pas les cons comme tous les autres !

- C'est sa grossesse qui la met dans cet état-là ?

- Disons que ça n'arrange rien.

- Je vous entends !

- Tata, si ça se trouve Ron va déraper sur un carreau mouillé, se casser la jambe et…

- Je préfère qu'il se pète la jambe au bord de la piscine qu'il crève dans un accident de voiture ! Et ne lève pas les yeux au ciel, beau blond, surtout que tu prends ma voiture !

- Qu'est-ce qui est le plus précieux ? Moi ou ta voiture ?

- Je vais dire toi, parce que l'autre, là, il s'en remettrait pas si…

- Ah bah merci ! »

Harry eut un rire amusé face à l'air outré de son copain. À côté de lui, une tasse de café au bord des lèvres, Théo ricanait tandis que Draco se livrait à une bataille sans merci avec Isaline, cherchant à savoir si vraiment elle préférait sa voiture à sa délicate personne. C'était une manière comme une autre de détendre un peu l'atmosphère et de lui faire oublier deux minutes ses recommandations, qu'elle lui répèterait quelques jours plus tard.

Cependant, Théo devait avouer qu'ils étaient mignons à voir. Depuis l'accident, Draco s'était considérablement rapproché d'Isaline et cette dernière avait commencé à changer d'attitude envers lui, adoptant celle qu'elle réservait en général à Théo, du style « Je ne suis pas ta mère mais ça me dérangerait pas de le devenir ». Le fait qu'ils vivent ensemble et qu'elle lui nettoie ses sous-vêtements n'arrangeait absolument rien à cette situation, et même si Draco affirmait que leurs rapports n'avaient pas tant changé que ça, il se vautrait volontiers dans toutes ces attentions maternelles auxquelles il était peu habitué. Car même si ça le gavait qu'Isaline lui rabâche de faire attention sur la route, il préférait ça au silence de sa mère qui, à l'occasion, lui reprochait de ne pas prendre l'avion et le taxi, bien moins fatigants.

De son côté, Harry regardait la dispute avec un vrai sourire sur le visage. Il venait de fêter ses vingt-deux ans, au cours d'une fête qui aurait pu se transformer en catastrophe mais qui s'était bien terminée, au plus grand soulagement de tous. Dans les faits, Théo avait été un peu tendu et avait eu du mal à se mettre dans l'ambiance. Non seulement Harry le stressait, mais il fallait dire que les vacances qui arrivaient n'arrangeaient pas vraiment son état. Du coup, le jeune homme s'était forcé, en se disant que c'était son ami et qu'il devait passer une bonne soirée sans se laisser aller à ses idées noires.

Et puis, au bout d'un moment, Harry l'avait soudainement pris à part. Enfermés seuls dans une chambre durant une bonne demi-heure, ils avaient beaucoup discuté et Théo avait manqué de s'effondrer en larmes à plusieurs reprises. Ce fut une conversation très personnelle, du genre qu'on ne peut guère prévoir à l'avance, et qui révèle des choses qu'on n'aurait sans doute jamais imaginées, ou osé imaginer. Et la chose la plus importance que Théo en retenait, c'était que son meilleur ami lui avait dit qu'il l'aimait et qu'il serait toujours là pour lui. Et les larmes aux yeux, le jeune homme lui avait répondu la même chose, parce que même si ces paroles paraissaient stupides, parce qu'ils étaient des mecs, parce qu'ils avaient toujours eu une amitié particulière du fait de l'homosexualité de Harry, c'était important de le savoir.

C'était pas comme avec les autres. C'était pas une question de hiérarchie, c'était juste que Théo ne comprenait pas forcément tout mais il était toujours là, et Harry le soutenait dans quasiment toutes ses démarches, quelles qu'elles soient.

Forcément, quand ils regagnèrent la fête, ils se firent immédiatement chopper et malgré son mauvais caractère légendaire, Théo n'eut pas la force de leur gueuler dessus quand ils sous-entendirent qu'ils avaient fricoté tous les deux dans un coin à l'abri des regards. Pour la forme, Draco était allé dans le sens, conscient cependant que quelque chose s'était véritablement passé. Histoire qu'on le laisse tranquille, Théo était allé se chercher un verre, pour sentir aussitôt les mains de Seamus se poser délicatement sur ses hanches, comme il le faisait toujours en public, alors qu'il mourrait juste d'envie de le prendre dans ses bras.

Seamus était une pipelette, mais il ne l'embêta pas avec cette petite entrevue. Il lui demanda simplement si ça allait, et quand Théo lui répondit qu'il avait parlé de plein de choses avec Harry, il s'était contenté de sourire en lui disant que c'était bien. Il ne chercha jamais à savoir ce qui s'était dit, et dans le fond ça ne le regardait absolument pas. Théo apprécia cette discrétion, qu'il retrouva fort peu chez Cho et Ron, qui cherchèrent l'air de rien à savoir un peu de quoi ils avaient parlé.

Et depuis l'anniversaire, Harry allait bien. Bon, tout n'était pas réglé, mais il était de bonne humeur et Draco lui avait glissé au téléphone qu'ils ne s'étaient pas disputés depuis l'anniversaire. Et parce qu'il avait juste besoin de le dire à quelqu'un et que Théo avait tendance à le rejoindre régulièrement depuis quelques temps à la fin de son boulot, le blond lui avait avoué qu'il commençait même à venir chercher lui-même les câlins. Avant, c'était toujours Draco qui proposait, et à présent, Harry semblait reprendre confiance en lui. Si la vie sexuelle de son meilleur ami ne l'intéressait pas le moins du monde, Théo s'était senti malgré tout soulagé que le brun se sente à nouveau suffisamment séduisant pour faire des avances à son copain.

Cet anniversaire n'avait pas chamboulé sa vision des choses, mais Harry semblait avoir décidé d'aller de l'avant. Il avait des amis attentifs, une famille aimante et un petit ami en or. Il fallait qu'il aille mieux pour ne pas perdre tout ça, car malgré tout l'amour qu'on peut vous porter, il arrive toujours un moment où il finit par disparaître, de guerre lasse.

« Sinon, les valises sont terminées ?

- Elles sont grandes ouvertes sur le lit de Seamus depuis une semaine…

- Une vraie fille.

- Ah mais il est terrible, c'est pas croyable ! Hier, il était en plein dilemme sur quels débardeurs il devait emmener selon si on sort ou pas ! Je lui ai dit qu'on partait deux putains de semaines et qu'on avait une machine à laver, et il a pas vu le rapport…

- Heureusement qu'il ne se maquille pas.

- Ça l'empêche pas d'acheter je ne sais combien de crèmes et autres conneries…

- C'est important de se protéger, Théo, il a raison !

- Y a une différence entre acheter une crème solaire et toute la panoplie d'hydratants qui va avec ! »

Isaline haussa les épaules et répondit qu'il avait raison de se protéger, puis Draco approuva à son tour, bien qu'il ne soit pas porté sur les laits hydratants dont Seamus allait se tartiner tout l'été, chose qu'il faisait déjà auparavant d'ailleurs. En les entendant parler, Harry se rappela d'une réflexion de l'Irlandais qui lui avouait être trop soigneux de lui-même quand il était en couple. Il se dit que dans le fond, Théo se plaignait, mais il devait bien aimer ça quand même…

Comme d'autres choses qu'il ne lui avouait pas…

« Au moins t'as un copain qui prend soin de lui, tu devrais être content.

- C'est pas que je suis pas content, c'est qu'il refuse de fermer ces putains de valises…

- Il emmène deux valises ?

- Ah je crois pas non ! T'es con toi !

- Je demande, c'est tout !

- Dray, je crois que tu n'as pas compris que Seamus est juste en train d'envahir un peu plus l'espace vital de Théo en mettant ses affaires dans sa valise. »

Soudain, alors qu'elle était en train de sortir de quoi préparer le dîner du soir, Isaline éclata de rire, manquant de faire tomber sa poêle par terre. Draco, lui, haussa un sourire faussement perplexe puis adressa un sourire moqueur à Théo qui, de désespoir, s'était caché les yeux derrière sa main. Et quand le blond lui demanda confirmation, l'autre ne put qu'hocher la tête.

« Non seulement il investit ton lit et ton placard, mais en plus il investit ta valise.

- Il a pas encore touché au placard…

- Je croyais que c'était une valise par personne ?

- Il a dit que si j'étais pas content, c'était pareil. Qu'est-ce que tu veux répondre à ça ?

- Tu t'adoucies, mon Théo, tu t'adoucies.

- Tu peux pas comprendre, Isaline. Il m'use, ce con, il m'use… »

Il avait beau se plaindre, Harry sentait que c'était plus que ça. Il connaissait Théo depuis quatre ans, il l'avait vu avec des filles, qu'il ne fréquentait que comme ça, parce qu'elles étaient jolies, ou bien plus sérieusement, parce qu'elles éveillaient quelque chose en lui. Il ne s'était jamais laissé mener à la baguette comme Seamus était en train de le faire, petit à petit. Il fallait croire que l'Irlandais était vraiment spécial pour lui pour qu'il le laisse ainsi bousculer toutes ses habitudes, même les plus rudimentaires. Il était déjà parti en week-end ou en vacances avec des copines et jamais aucune d'entre elles n'était parvenue à mettre ne serait-ce qu'un flacon de shampooing dans ses bagages.

Seamus était vraiment différent, se dit Harry. La complicité qui les liait n'avait rien à voir avec celle qu'il avait connue avec d'autres filles. L'Irlandais était un homme, certes, mais aussi son ami, même si Théo peinait à le qualifier ainsi dernièrement. Cependant, il avait toujours éveillé une certaine affection chez lui, même du temps où ils ne s'entendaient pas bien. Et à présent qu'ils sortaient ensemble, que Seamus faisait partie de son quotidien d'une toute autre manière… il devait laisser faire. De toute façon, ça ne changeait pas grand-chose, et Seamus était content.

Ouais, Seamus était content, pensa le tatoueur. Et c'était tout ce qui comptait.

« Roooh allez, tu l'aimes quand même, ta tapette d'Irlandais…

- Il me gonfle, oui. Bon, je vais pas tarder à décoller, moi.

- Nous aussi.

- Comment ça ? Vous sortez, tous les deux ?

- Ouais, mais on sait pas encore où. »

Théo leva les yeux au ciel tandis que Draco s'étirait. Apparemment, une soirée en amoureux était en train de s'organiser chez Isaline et le couple avait tout intérêt à déguerpir pour la soirée, chose qui ne les dérangeait pas outre mesure. Cependant, ni l'un ni l'autre ne savait ce qu'ils feraient de leur soirée. Alors, Théo leur proposa de venir dîner chez lui, si ça leur disait. Le couple sauta sur l'invitation. Enfin, surtout Harry en fait : les sorties au restaurant ne le dérangeaient plus vraiment mais rester assis sur une chaise inconfortable pendant une heure lui plaisait beaucoup moins.

En deux temps, trois mouvements, Théo reprit sa voiture et Draco emprunta celle d'Isaline. Le brun avait bien proposé de les emmener, mais cela le forcerait à faire un nouvel aller-retour, et étant donné qu'il travaillait encore le lendemain, Draco préféra prendre le volant. Et quand il fut seul avec son petit ami, le blond ne manqua pas de le taquiner sur cette soirée qu'ils auraient dû passer en tête à tête dans un bon restaurant. Le sourire aux lèvres, Harry lui répliqua que sa soirée en amoureux, il l'avait eue la veille et ses hanches s'en rappelaient encore. Et visiblement, son copain s'en souvenait très bien également.

Ils mirent peu de temps à atteindre l'appartement des colocataires, où Seamus se trouvait déjà, regardant une série. À peine entendit-il leurs voix qu'il sauta sur ses pieds et vint leur souhaiter la bienvenue, avec un grand sourire et plein de bonne humeur. Perché sur ses béquilles, Harry se laissa enlacer, sincèrement content de le voir. Pourtant, Seamus avait tendance à passer assez souvent à la maison depuis son opération du genou, mais venir chez eux lui fit du bien, parce que ce n'était pas la même ambiance et, même si au final leur amitié était assez récente, retrouver l'Irlandais lui faisait du bien.

Assez récemment, en fait, Harry avait réalisé que Seamus était son seul copain homosexuel. Le fait qu'il soit l'ex de Draco l'empêchait de parler de sa sexualité, ou du moins de problèmes très intimes, mais tous les autres sujets en lien avec son orientation pouvaient être abordées sans problème avec l'Irlandais, ce qui engendrait des conversations que Harry n'avait jamais eues de sa vie, ou alors rarement, et avec Draco seulement. Et parce qu'ils s'entendaient vraiment bien, parce que Seamus cachait un cœur gros comme une maison qu'il essayait de protéger du mieux qu'il pouvait pour éviter qu'on le malmène, comme c'était si souvent arrivé, Harry savait qu'il finirait par lui en parler, de ses problèmes intimes.

Car il n'y avait aucune ambigüité.

Aucune curiosité mal placée.

Et aucun rappel de leur relation passée, car comme lui avait dit Seamus le seul jour où ils avaient réellement abordé le sujet, il n'y avait rien à raconter, à part qu'ils avaient couché ensemble, partagé quelques soirées étudiantes et dîné en tête à tête. Pas de quoi en faire toute une histoire. Du moins, Harry et Seamus avaient décidé de tirer un trait là-dessus, sans en faire un sujet tabou, mais d'accepter l'idée qu'il y avait eu quelque chose et que c'était bel et bien terminé.

Ainsi, quand Seamus se pencha vers Draco pour lui faire la bise, Harry ne ressentit aucune jalousie, aucune gêne. Il n'en avait jamais vraiment éprouvé par rapport à l'Irlandais et il se disait même qu'il pourrait les laisser se fréquenter sans éprouver cette inquiétude naturelle qui aurait dû le tourmenter à chaque instant. Et de toute façon, pensa-t-il tandis qu'il s'asseyait sur un tabouret pour retirer ses chaussures, Draco avait toujours un geste pour lui rappeler qu'il était le seul à ses yeux. Comme se baisser pour l'aider et l'embrasser dans le cou en se relevant.

Plutôt que s'installer dans le salon, ils investirent la cuisine, Théo s'apprêtant à préparer leur repas. Seamus leur servit à boire et très vite, ils parlèrent du boulot, qui s'était terminé pour les uns et qui se poursuivait pour l'autre, de la rentrée qui serait compliquée pour tout le monde, entre Draco qui débutait son doctorat, Seamus qui poursuivait son master et Théo qui entrait dans une espèce de phase finale dans ses études de vétérinaire, comme le blond en fait. Et bien sûr, ils parlèrent aussi des vacances qui arrivaient.

Forcément, Théo et Draco eurent droit à toutes les vannes de leurs copains respectifs. Non seulement ils allaient se taper huit à neuf heures de voiture pour descendre jusqu'à la station balnéaire, mais en plus ils allaient se taper les courses et le ménage. Et si Draco parvenait à se débrouiller à peu près dans un hypermarché, on ne pouvait pas en dire autant avec les balais et les produits ménagers. Et quand Harry raconta la première fois que le blond s'était retrouvé face à des toilettes à nettoyer, Seamus faillit se faire dessus et Théo dut éteindre le feu sous sa casserole, désireux de ne pas laisser sa viande cramer à cause de son fou rire. Bizarrement, Draco, lui, rigolait un peu moins.

Cependant, il ne se laissa pas faire et eut vite fait d'attaquer Seamus et Théo, le premier n'étant pas une fée du logis tandis que le second ne tarderait pas à devenir maniaque, étant donné que Harry était tout juste capable de tenir sur ses béquilles et donc pas fichu de passer un coup de balai. Dans son coin, le tatoueur regarda petit à petit Draco se détendre et plaisanter à nouveau avec Théo, puis avec Seamus qui semblait de très bonne humeur ce soir-là. En effet, il ne lâchait pas son colocataire, qui ne tarda pas à s'énerver contre lui. Comme d'habitude.

Ils ne se touchaient pas.

Récemment, Seamus lui avait avoué que c'était un des aspects de leur relation qui serait le plus difficile à changer et endurer : Théo ne le touchait jamais en public.

Pourtant, l'Irlandais ne demandait pas la lune, il voulait juste que Théo ait des gestes avec lui devant leurs amis. Il n'était pas tactile pour deux sous, mais il faisait des efforts quand ils étaient ensemble et Seamus avait du mal à supporter sa prise de distance quand ses proches étaient présents. Pas de câlins, de bisous… Juste qu'il ne se braque pas quand Seamus s'approchait de lui, qu'il cherche des fois à attraper sa main et qu'il ne le contourne pas quand il voulait attraper quelque chose et qu'il était juste devant…

Mais ça prendrait du temps. De toute façon, le forcer ne donnerait rien de bon. Harry pensait le contraire : à la place de Seamus, il l'aurait secoué depuis longtemps… Seamus était vraiment trop gentil avec lui, et peut-être un peu trop accro, aussi…

« Allez, direction le salon ! »

Comme arraché à ses pensées, Harry mit quelques secondes à trouver ses béquilles, posées sur le sol. Il gagna le salon avec Draco et Seamus qui apportaient les assiettes, couverts et verres. Et tandis que Théo posait sur la table basse un saladier rempli de spaghettis bolognaise dont il venait de préparer la sauce, son colocataire revenait avec de la boisson. Très vite, ils se retrouvèrent tous les quatre assis par terre, après que Théo ait entassé tout un tas de coussin dans le dos de son meilleur ami. Seamus fit son jaloux, se prit un coussin dans le visage mais parvint à gagner une petite caresse dans les cheveux.

Première caresse depuis le début de la soirée. Dire que Seamus l'avait attendue serait un bien grand mot, parce qu'il n'espérait plus grand-chose de la part de Théo quand il était en présence de ses amis, mais il avait espéré qu'il se montre quand même un peu tactile. Leur relation avait bien évolué en un mois, même si personne ne devait s'en être rendu compte. En même temps, ils ne sortaient pas beaucoup à cause du travail et comme Théo ne montrait jamais rien…

Et pourtant, il y avait de l'évolution. C'était même peut-être pour cela que Seamus se montrait si patient avec lui sur certains aspects de leur relation. Et bien qu'il soit devenu très proche de Harry et qu'il lui ait avoué quelques petites choses sur sa vie intime, l'Irlandais avait préféré rester discret sur certains événements qui embarrassaient encore Théo.

Tout en mangeant et en les écoutant parler du trajet en voiture, Seamus se dit que ces vacances promettaient d'être compliquées. Elles intervenaient au mauvais moment, en fait. Entre lui et son petit ami, les choses avaient commencé à avancer et elles ne manqueraient pas de reculer durant ces deux semaines, et surtout après. La semaine précédente, Seamus avait voulu parler de ses angoisses à Harry, lui dire que ces vacances lui faisaient peur. Que peut-être que Théo changerait d'avis, qu'il reviendrait sur leur relation et qu'il y mettrait fin, parce que Seamus était chiant, possessif, jaloux et, surtout, un homme sans poitrine et petits dessous colorés.

Peut-être qu'il reviendrait dans le droit chemin.

Celui où on ne se faisait pas toucher la bite par son colocataire et qu'on n'essayait pas de lui rendre la pareille parce que c'était plus équitable, et en fait, tout compte fait, c'était pas si mal de frotter sa queue contre celle de son partenaire. C'était même plutôt agréable, même si on n'arrivait pas à le reconnaître, parce que ça restait dégueulasse. Et en plus, on le faisait dans le noir, c'était dire à quel point c'était honteux.

Bon Dieu, je deviens cynique, soupira-t-il intérieurement. Mais comment ne pas le devenir quand on fréquentait un mec si plein de paradoxes, qui faisait un pas vers lui avant d'en faire deux en arrière… Il avait été si content la première fois où sa main s'était aventurée sur son sexe, maladroite, certes, mais caressante, curieuse… Il avait aimé la sentir aller et venir sur son membre, caresser ses cuisses, effleurer ses poils pubiens, et puis le mener à la jouissance… On avait beau dire, c'était toujours meilleur quand c'était un autre qui le faisait. Et Théo le faisait bien. Il était maladroit car embarrassé, mais après deux ou trois tentatives, ça devint vraiment bon. Peut-être pas autant qu'une vraie partie de jambes en l'air, mais c'était toujours mieux que rien.

Et au moins, son copain se détendait. Il n'était plus aussi tendu au lit et il ne le repoussait plus comme avant, sauf quand il faisait vraiment trop chaud dans la chambre. Bon, ils n'en parlaient pas vraiment, Théo refusait d'aborder le sujet. Seamus avait, comme toujours, du mal à se situer. Et il eut encore plus de mal un soir où, frustré au possible, il lui monta dessus pour lui montrer que la branlette, c'était bien gentil, mais il existait d'autres moyens de prendre du plaisir, tel que se frotter les parties intimes. Forcément, Théo gueula, il voulut le renverser sur le côté, Seamus se leva pour aller prendre une douche froide, son copain le rattrapa, s'excusa, et il étouffa ses gémissements avec sa main quand l'Irlandais reprit là où il s'était arrêté.

Théo ne le cherchait pas. Mais ne le repoussait pas non plus. Il le laissait faire. Que ce soit au lit ou dans leur vie de tous les jours, il le laissait faire. Quand il avait commencé à faire les valises et qu'il devint évident que Théo devrait lui céder un peu d'espace, son colocataire n'émit que peu de résistances, alors qu'il avait toujours entendu dire qu'aucune de ses ex n'avait eu le droit de partager ses bagages. Il le laissait également disséminer ses affaires un peu partout dans la chambre, sauf dans le placard parce que là, Théo avait imposé son veto. En gros, Seamus envahissait son espace vital un peu plus chaque jour et son copain le vivait plutôt bien.

Il laissait faire.

Mais avec les vacances qui arrivaient, les choses changeraient. Ils seraient sans arrêt l'un sur l'autre, Théo serait bloqué à cause de Harry et Draco, peut-être que des disputes éclateraient entre eux quatre, et peut-être que son colocataire tomberait sous le charme d'une fille, ou déciderait que son truc, c'était vraiment pas les mecs. Et ça le terrifiait. Parce que même si c'était rien, ces branlettes, elles comptaient pour lui. Théo lui faisait découvrir autre chose et Seamus se sentait bien avec lui. Et il ne voulait pas que ça s'arrête.

Mais à quoi bon lutter… Quand on aime un homme, on aime un homme. Quand on aime une femme, on aime une femme. C'est comme ça, on ne peut rien y faire, et lutter pour que Théo reste avec lui serait stupide. Tout simplement parce qu'il finirait un jour où l'autre par s'en aller, de guerre lasse.

Alors, plutôt que d'envisager les vacances à venir comme un moment de détente, Seamus ne les regardait pas d'un très bon œil et signait presque d'avance la fin de son couple.

OoO

Le réveil sonna, le tirant soudainement du sommeil. Les yeux grands ouverts sur le noir, Seamus écouta Théo se réveiller, son corps commençant à se mouvoir contre lui. La veille, il s'était endormi contre son dos et il l'avait enlacé dans la nuit, comme en témoignait son bras sur sa taille. Bras qui fut gentiment retiré quand Théo eut éteint le réveil pour se lever avant que le sommeil ne le rattrape.

À la base, Seamus pensait rester au lit. Il ne se levait jamais avec Théo quand il travaillait tôt, le week-end. Ce n'était pas vraiment de la fainéantise, Théo n'avait juste besoin de personne le matin pour se réveiller et lui préparer son café, gestes mécaniques et solitaires qui lui convenaient tout à fait. Mais cette fois-ci, c'était différent : il prenait la voiture pour de longues heures de route avec Draco et Blaise et ils ne se reverraient que le lendemain. Ils avaient terminé les valises la veille et il ne restait plus qu'à remplir le coffre. Et même si c'était stupide, Seamus était angoissé à l'idée que son copain parte avec son propre véhicule : la voiture d'Isaline avait un petit souci au niveau du moteur, et bien que les deux engins se valent, l'Irlandais aurait préféré que Théo ne parte pas avec le sien.

Son ami quitta la chambre tranquillement pour aller prendre une douche. Seamus réfléchit quelques secondes, puis, bien réveillé malgré tout, il se leva à son tour et se traîna dans la cuisine pour lui préparer un café. Sans doute allait-il en boire un autre chez Isaline quand il irait récupérer Draco, mais au moins ça leur permettrait de passer encore un peu de temps en plus. Et puis Théo chargerait la voiture tout seul, comme il avait prévu de le faire. Ah, qu'est-ce que c'était mignon, son petit côté macho…

Assis dans la cuisine, une tasse de thé fumant devant lui, Seamus l'écouta traîner sous la douche, sans doute pour se réveiller, puis s'habiller, se brosser les dents, et enfin sortir de la salle d'eau. Très vite, il le rejoignit dans la cuisine, l'air étonné. Seamus lui fit un léger sourire.

« Je croyais que tu restais au lit ?

- Je croyais aussi. T'es prêt à partir ?

- Ouais, ça va.

- Je vais te servir du café.

- C'est bon, je vais me servir. Merci. »

Théo se servit, s'assit à table et piocha mécaniquement dans la panière à gâteaux. Et son bisou du matin, il pouvait toujours se le mettre où il pensait, hein…

« Tu m'appelleras durant le trajet ?

- On en a déjà parlé… Tu vas m'emmerder avec ça à cinq heures du matin ?

- J'ai pas le droit de m'inquiéter pour toi ? Le voyage est long et…

- Si c'est pour parler de ça, autant que tu retournes te coucher. »

Sans un mot, Seamus se leva et quitta la cuisine, mais au moment où il entrait dans le couloir, Théo lui attrapa le poignet et le tira vers lui. Aussitôt, l'Irlandais enserra son cou de ses bras et poussa un soupir quand son ami lui rendit son étreinte avec force. Bien sûr qu'il l'emmerdait, et bien sûr que plus il l'appellerait, plus il serait sur les nerfs, à compter les minutes et les heures, mais rester sans entendre sa voix semblait plus angoissant encore.

Seamus leva son visage et l'embrassa sur la joue, et en réponse, Théo déposa un baiser dans ses cheveux avant de passer la main dedans, comme il avait pris l'habitude dernièrement. Ce geste l'apaisa, pour peu de temps il le savait, mais ça lui fit du bien.

« T'es un emmerdeur.

- Je sais. »

L'Irlandais se dégagea doucement de ses bras puis se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser sur la bouche. Théo se laissa faire, puis ils regagnèrent la cuisine ensemble, avec sa main dans son dos. Seamus savait qu'il l'appellerait, son copain finissait toujours par céder à un moment ou à un autre. Un mois plus tôt, il ne l'aurait pas rattrapé dans le couloir, considérant sa demande comme un caprice. Mais les choses avaient changé, pour son plus grand plaisir.

« Bon, tu dors chez Harry ce soir ?

- Non, ça ira.

- Pourquoi tu vas pas chez lui ? Tu vas le chercher demain de toute façon, autant…

- Théo, je vais dormir dans mon lit…

- Dans le mien, quoi.

- … Et j'irai le chercher demain.

- Tu te lèves tôt pour rien du tout. ça me dérange pas que t'ailles dormir chez lui, je m'en fous.

- Je sais.

- Draco s'en fout aussi.

- Arrête d'insister, s'il te plaît. »

L'air de rien, Seamus glissa sa main dans la sienne et caressa sa peau du pouce. À la fois, il voulait aller dormir chez Harry, et en même temps, il ne savait pas comment Draco le prendrait au fond de lui. Déjà qu'il allait se retrouver seul avec Théo… Seamus n'était pas stupide, il savait qu'il allait se passer quelque chose en son absence, il savait qu'ils se parleraient. C'était évident. Et puis, Harry lui avait avoué que Draco se sentait parfois un peu mal parce qu'ils étaient sortis ensemble et que ça gênait peut-être Théo, ce qui n'était pas vraiment le cas, mais l'Irlandais ne pouvait pas vraiment l'affirmer. Il n'était pas dans sa tête. Et dormir chez Harry n'était résolument pas une bonne idée.

« Ok, j'arrête. Mais, vraiment, je m'en fous. Limite je préfèrerais, comme ça tu te fais pas chier demain matin.

- Je verrai, d'accord ?

- Tu dis ça juste pour que je me taise.

- Oui. »

Son léger sourire lui fit hausser les épaules. Il termina son café et son paquet de gâteau, puis se leva pour nettoyer. Entre temps, Seamus fila dans la chambre enfiler un pantalon et un tee-shirt pour l'aider à descendre tous les bagages. Il y avait deux valises et son sac à dos avec tout un tas d'affaires personnelles. La voiture fut vite chargée, et quand Théo eut claqué le coffre, il se tourna vers lui et, sur le coup, ne sut quoi faire. Le jour avait commencé à se lever, il n'y avait personne, mais ils étaient dans la rue et Seamus vit dans ses yeux que ça le bloquait.

Et parce qu'il ne voulait pas rester sur une impression négative avant son départ, Seamus se contenta de le prendre dans ses bras et de le serrer fort, respirant son odeur et savourant le contact de ses mains dans son dos. Son cœur bondit dans sa poitrine quand il sentit sa bouche sur sa tempe, et en levant le visage, il se sentit fondre contre lui au moment où il l'embrassa sur les lèvres avec une douceur infinie.

Baiser furtif qui dura à peine quelques secondes, mais baiser quand même.

Puis, Seamus le laissa partir et remonta à l'appartement. Il voulut se recoucher, mais il était trop réveillé à présent pour pouvoir se rendormir. Du coup, il s'habilla et se mit devant la télévision avec son ordinateur. Et trois quarts d'heure plus tard, il recevait un message de Harry l'informant que les garçons étaient partis chercher Blaise et qu'il avait intérêt à rester dormir chez lui ce soir.

OoO

« Qu'est-ce qu'il est triste, ce film…

- Avec un titre pareil, comment veux-tu qu'il soit joyeux ?

- Dire que j'étais venu pour pas être tout seul chez moi…

- Eh bah t'es servi, mon Seamus ! »

Quel triste tableau ils faisaient là, tous les deux, installés dans le canapé, entre Seamus blotti contre Harry qui piochait honteusement dans un bol de pop-corn posé sur ses cuisses. Après un dîner tout en simplicité, ils s'étaient installés dans le salon et avaient zappé jusqu'à trouver un bon film, qui s'avérait plutôt triste. Bon, ils n'en étaient pas à pleurer comme des perdus en se mouchant toutes les cinq minutes, mais on avait fait plus joyeux comme film de veille des vacances.

Au final, il avait cédé. Dans la matinée, il avait pris ses affaires et il était allé chez Harry. Ils avaient passé la journée ensemble, discutant de tout et de rien en regardant la télévision. Au bout d'un moment, Draco et Théo les avait appelés. Pas longtemps, bien sûr, mais au moins ils avaient passé un coup de fil. Son colocataire avait paru rassuré qu'il dorme chez Harry ce soir-là et apparemment l'idée ne déplaisait pas non plus à Draco. Depuis, ils avaient reçu des SMS pour les informer que les courses et le ménage étaient faits.

Avant de dîner, ils avaient finalisé la préparation de leurs affaires, vérifiant leurs billets de train, les horaires… La routine, en somme. Histoire de se rassurer, même s'ils vérifieraient une dernière fois au moment de programmer leurs réveils. Ils partaient tôt, aux alentours de huit heures, de façon à arriver à midi dans le sud et ainsi permettre aux garçons de faire la grasse matinée et se préparer tranquillement avant de venir les récupérer.

« Bon, on va se coucher ?

- Ouais. Je suis fatigué.

- T'es sûr que tu veux pas dormir avec moi ?

- Ça me gêne par rapport à Draco. Et à sa place, ça ne me plairait pas vraiment.

- Vous êtes terribles, tous les deux…

- Pourquoi ?

- Vous êtes jaloux. C'est terrible d'être comme ça, quand même.

- Il est possessif. Je suis possessif et jaloux.

- Là, tout de suite, ça revient au même.

- C'est vrai. »

De toute manière, Seamus voulait dormir seul. Il allait passer une sale nuit, à coup sûr, donc autant tourner tout seul tranquillement dans le lit de la chambre d'amis. Bon, en vrai, il aurait bien voulu lui raconter ses petits malheurs, mais lui avouer qu'il stressait parce qu'il avait un service trois pièces et rien pour remplir un joli petit maillot de bain au décolleté plongeant serait ridicule. Harry allait se moquer gentiment de lui, sans pour autant le rassurer car Théo était hétérosexuel et qu'il était évident que son regard traînerait sur les filles au bord de la piscine.

Et ça le rendrait malade. Il aurait beau lutter, Seamus serait incapable de contenir sa jalousie, il le savait déjà. C'était plus fort que lui, mais surtout, il était terrifié à l'idée que Théo mette fin à leur relation à cause de toutes ces gonzesses à moitié à poil au bord de la piscine, en minishort dans les rues, les lunettes sur le sommet de leur tête et leur sac à main coloré sur l'épaule. Elles attireraient son attention, alors que lui, petit pédé possessif et tout juste mignon, resterait comme un con à le regarder sans pouvoir le toucher.

Oh non, ces vacances ne seraient pas simples. Mais tant pis, il fallait y aller, et peut-être que Théo aurait un électrochoc, même si Seamus en doutait fortement. Enfin, au moins, ils allaient vivre avec Draco et Harry et non pas avec les autres, il ne subirait donc pas leurs remarques ou leurs regards curieux. C'était toujours ça de gagné.

« Au lit ?

- Ouais.

- Tu peux m'aider à monter ?

- Comme si j'allais te laisser monter tout seul… Si tu tombes, j'en connais un qui va m'arracher les yeux.

- Ou autre chose.

- Ah, oui. Il terminera par les yeux. »

Ils échangèrent un sourire complice. Draco était devenu si protecteur depuis l'accident, si attentionné… Il avait vraiment changé. C'était mignon à voir, dans un sens, cette manière qu'il avait de regarder Harry, de le couver du regard, de le toucher comme s'il était une chose fragile… pour ensuite se faire mener par le bout du nez et le malmener comme bon lui semblait une fois la lumière éteinte. Et ce n'était pas Harry qui allait s'en plaindre…

Et tandis qu'il se redressait, Seamus se dit que sa vie sexuelle était vraiment trop calme depuis qu'il avait largué ce joli garçon rencontré au Cap d'Agde, quelques mois plus tôt. Ce n'était pas quelques petites caresses sous la couette qui allaient faire disparaître sa frustration.

Frustration qui ne ferait que croître quand il le verrait se balader en maillot de bain…

OoO

Un paysage de campagne défilait encore derrière la vitre. Ils s'étaient déjà arrêtés dans deux villes et c'était à croire qu'ils ne parviendraient jamais à atteindre la mer. Du moins c'était l'impression de Seamus et d'Hermione qui n'avaient qu'une hâte : arriver. Le premier, peu patient, trouvait le trajet trop long, tandis que la seconde frissonnait à cause de la climatisation. Comme disait Cho, on mettait la clim' de peur d'avoir froid… du coup, on se les caillait tout au long du trajet.

Le nez plongé dans un bouquin et des écouteurs aux oreilles, Seamus essayait de se concentrer sur l'histoire qui peinait à avancer. Cela faisait déjà deux heures qu'il s'était enfermé dans son monde, percevant vaguement des bruits de voix. En face de lui, Harry discutait avec Luna, gribouillant sur un grand calepin. À côté de lui, Hermione l'avait imité, la lecture semblant lui faire oublier la climatisation et le temps un peu trop long du trajet. Dans le carré à côté d'eux, les autres filles devaient sans doute s'occuper comme elles pouvaient.

Plongé dans sa lecture, Seamus fit peu attention à la voix du conducteur leur annonçant leur arrivée à Sète. Il ne leva donc pas le nez de son bouquin, et quand le train repartit, il regarda rapidement l'heure sur son téléphone avant de se replonger dans sa lecture. Mais ça, c'était sans compter Harry et son pied qu'il sentit contre son tibia sous la table.

Aussitôt, Seamus leva le nez, puis tourna la tête, le brun lui montrant la fenêtre. La plage venait d'apparaître, un peu plus loin, par delà ce qui semblait être des marais où le train fonçait à toute allure. Ils arrivaient et cette idée le fit sourire et arracher ses écouteurs.

« On y est presque ?

- Je crois bien. On devrait commencer à rassembler nos affaires.

- C'est surtout Luna qui devrait les ranger.

- Pourquoi moi ? »

Harry et Seamus échangèrent un regard éloquent : sur la table, elle avait étalé bouquins, papelards, journaux gratuits, biscuits et boissons en tout genre… À croire qu'elle avait le sac de Mary Poppins, avait dit Hermione en regardant avec des yeux ronds la montagne de conneries s'accumulant sur leur table. Luna avait rétorqué qu'elle exagérait, Harry avait levé les yeux au ciel. Et lui avait fait promettre de jeter les vieux journaux qui traînaient dans son sac depuis deux semaines.

Alertées par le soudain changement du paysage, les filles s'animèrent et rangèrent leur bordel. Ils hésitèrent à se lever, le train restant peu de temps à Agde, mais décidèrent de laisser les autres quitter le wagon avant eux : Harry ne tiendrait pas plus de cinq minutes sur ses béquilles avec les cahots du train et en plus ils emmerderaient tout le monde. Du coup, ils regardèrent le paysage en s'enthousiasmant d'être enfin arrivés, médisant gentiment après les garçons qui avaient tout intérêt à ne pas être en retard.

Enfin, le train entra en gare. Aussitôt, les quelques personnes encore assises se levèrent et firent la queue dans l'allée du wagon pour pouvoir sortir. Le groupe attendit un peu, puis Luna se leva, prit ses affaires et prit le chemin de la sortie, suivie de Seamus, Harry et Cho.

« Qu'est-ce que l'allée est étroite !

- Tu t'en sors, Harry ?

- J'ai pas le choix…

- Allez mon Ryry, tu peux le faire !

- Vas-y doucement, ne tombe pas. »

Manquant de lui rentrer dedans à plusieurs reprises, parce que le train s'arrêtait peu de temps et Harry ne supportait pas d'être si lent, Seamus atteignit bientôt les escaliers. Là, ça allait s'avérer compliqué, mais un simple regard de son ami le dissuada de lui proposer son aide. À la maison, oui, parce qu'il n'y avait personne, mais dans les lieux publics, certainement pas. Et quand Seamus descendit la moitié des marches…

« Putain ! »

… il manqua de se péter la gueule en tombant en avant, Harry s'écroulant à moitié sur lui. Derrière, les filles gueulèrent de peur, Seamus s'accrochant à la rambarde pour ne pas atterrir en bas de l'escalier. Mais très vite, il parvint à se stabiliser, le cœur battant à la chamade.

« Pardon, Seamus…

- Tu vois, on aurait dû t'aider.

- J'aime pas quand on m'aide.

- Pourtant, moi, tu me laisses faire.

- Parce que toi, je m'en fous.

- Allez mon Ryry, on se lève !

- Cho, tu peux essayer de le tirer ? »

Et parce que la Chinoise avait quand même une bonne poigne, ils remirent très vite leur estropié sur ses pattes, ou plutôt sur ses béquilles. Confus, le brun termina sa descente et fit un joli sourire à Seamus quand ce dernier le regarda d'un air sévère, à la sortie du train. Mais ce petit accident fut bien vite oublié, parce qu'une fois qu'ils furent tous dehors, sous l'agréable et chaude lumière du soleil, ils virent les garçons venir à eux. Enfin, courir vers eux, les jumeaux criant pour les accueillir. Comme si on pouvait les louper, avec leurs tee-shirts ringards sortis d'on ne savait où et leurs grands gestes, des fois qu'on ne les ait pas entendus. Ou vus. Mais impossible de les louper, malgré la foule…

Discrètement, Seamus pencha la tête vers Harry, qui ne quittait pas les garçons des yeux, avec une drôle d'expression sur le visage.

« Je rêve où ils sortent du lit, là ?

- Draco est pas coiffé.

- Et on dirait que les jumeaux portent leur haut de pyjama.

- Et ils ont vraiment pas l'air frais.

- Même Théo se frotte les yeux… »

Effectivement, même Théo qui était pourtant du matin semblait peu réveillé, ses cheveux partant dans tous les sens. Le brun s'avança vers lui tandis que les autres se retrouvaient. Seamus ne s'attendit à rien de particulier, et heureusement, parce que Théo ne le toucha pas, se contentant de lui demander si le voyage s'était bien passé. Seamus se dit qu'il aurait quand même pu le prendre dans ses bras, au moins, mais visiblement, c'était trop demander. Et malgré sa patience, il ne put s'empêcher de lui en vouloir.

Pour ne pas lui faire de reproches, Seamus lui raconta la petite mésaventure de Harry dans les escaliers, ce qui le fit rire, puis Théo le taquina parce qu'il avait finalement décidé de dormir chez son meilleur ami la nuit dernière. Faisant la moue, Seamus répliqua qu'il n'avait pas à se moquer, que c'était normal qu'il ait hésité, et plutôt que de chercher à comprendre, Théo lui répliqua qu'il était vraiment bête et têtu. Agacé, l'Irlandais lui répliqua qu'il n'était pas mieux, car dans le cas contraire, il l'aurait au moins pris dans ses bras à son arrivée.

Sa réplique surprit Théo, mais avant qu'il ne puisse répondre, leurs amis commencèrent à longer le quai en direction de la sortie. Son colocataire resta à côté de lui mais cessa de lui parler. Tant pis s'il n'était pas content, se dit Seamus. Il était patient mais l'hypocrisie, ça allait bien deux minutes. Et puis, il avait le droit de temps en temps d'avoir les idées noires, aussi, et de ne pas toujours être si optimiste. Pourtant, il s'en voulut très rapidement, et quand il voulut se rattraper dans la voiture, Théo mit du temps à répondre à ses taquineries. Et si Millicent n'avait pas été là pour partir avec lui dans le délire, peut-être même qu'il aurait fini par l'ignorer.

En une demi-heure, ils furent à l'appartement. Une fois la voiture garée sur le parking, Seamus se sentit vraiment en vacances et les quelques petits nuages noirs flottant au-dessus de sa tête disparurent. Pas tous, mais une partie, au moins. Il était en vacances, il allait se reposer, et Théo avait retrouvé un peu le sourire, même si ce n'était pas encore ça.

Tranquillement, ils gagnèrent tous ensemble leur appartement, et très vite, ils se retrouvèrent tous les quatre dans le studio d'Isaline. Il n'était pas très grand mais disposé tout en longueur, avec une salle de bain près de l'entrée, une kitchenette où un clic-clac permettait à deux personnes de pouvoir dormir, et ensuite venait la pièce principale, avec la cuisine, l'espace salon où se trouvait un autre canapé-lit avec une télévision, et enfin venait la terrasse et un petit espace jardin. Ils allaient y passer deux semaines, et en découvrant les lieux, Seamus se dit que ce ne serait pas facile, même si la kitchenette où Théo et lui allaient dormir serait un bon refuge si jamais cet enquiquineur lui prenait la tête. Et bien malgré lui, quand il vit Harry debout devant la terrasse sur ses béquilles se faire enlacer dans le dos par Draco, il ne put s'empêcher de vouloir la même chose. Était-ce donc trop demander, un petit câlin ? Visiblement, oui.

« Bon les mecs, je sais pas vous, mais moi j'ai une dalle d'enfer ! Je prépare la tambouille ?

- Tu nous fais quoi ?

- Escalopes à la crème ?

- Théo, tu me prends par les sentiments, là…

- Ok Ryry, je te fais ça !

- Et si moi je voulais autre chose ?

- Eh bah tu prépares ta bouffe ! Je fais pas deux plats, t'as vu la vierge toi !

- Mais c'est moi, ton copain !

- Seamus, cherche pas, j'étais là avant.

- Mais c'est pas juste !

- Ah si, c'est juste, t'avais qu'à être là avant.

- Vous avez fini de l'embêter, le pauvre ?

- Dray, t'es un pote, un vrai… »

Après que Harry se soit installé dans le canapé devant la télévision, Seamus et Draco entreprirent de mettre la table tandis que Théo préparait à manger. Il fit cuire du riz, découpa les escalopes avant de les faire revenir dans la casserole, puis prépara la sauce à la crème et les champignons. Très vite, le blond se retrouva à côté de lui à le regarder cuisiner alors que Seamus s'exilait avec son téléphone au fond du jardin, semblant clairement s'énerver contre son interlocuteur. Harry le regarda de loin en se demandant bien qui est-ce qu'il pouvait appeler pour se mettre dans un état pareil alors qu'ils venaient d'arriver sur leur lieu de vacances. Quand l'Irlandais revint vers lui, le brun hésita à lui poser la question, puis il jugea qu'il valait mieux se taire. Et quelques minutes tard, ils s'attablèrent et déjeunèrent.

OoO

Seamus était encore au téléphone. Avant le déjeuner, il l'avait repéré du coin de l'œil en train de s'énerver au bout de la terrasse, et alors qu'il aurait dû se détendre dans le canapé à regarder son émission de téléréalité avec Harry, qui s'était mis aux programmes de merde à cause sa convalescence, il tournait en rond sur le carrelage rouge.

Il portait un débardeur un peu lâche sur le dos, le genre de vêtements qu'on met quand on ne compte pas ressortir, et un petit short en jean qui dévoilait ses jambes. Malgré lui, Théo ne put s'empêcher de suivre des yeux la ligne de son corps, son regard s'attardant sur ses cuisses et ses mollets. Chacun son point faible, hein… Certains aimaient les fesses, les mains, les seins… Et lui, c'étaient les jambes. Et même si Seamus n'était pas franchement grand, pas plus que Harry d'ailleurs, il avait de jolies jambes. Avec de grosses cuisses, apparemment, et des gros mollets.

Après leur douche et malgré sa fatigue, Draco avait proposé à son petit ami de l'emmener se balader. Forcément, Harry avait accepté, même si l'idée de se balader en fauteuil roulant l'ennuyait un peu. Cependant, il avait gagné en forces et tirer son siège lui demandait moins d'efforts, et peut-être que l'environnement lui ôtait quelques complexes. Enfin, tout ça pour dire qu'il avait accepté sans broncher et qu'ils étaient partis tous les deux, en amoureux, les laissant seuls à l'appartement.

En soit, qu'ils soient seuls ne dérangeait pas Théo, au contraire. Seamus lui paraissait bizarre depuis leur arrivée. Bon, il fallait dire qu'il avait essuyé une sale réflexion à son arrivée, et que depuis, Seamus n'avait pas cherché à le toucher ni même à lui parler. Sauf à la piscine, bien sûr, où Théo avait quasiment dû monnayer pour l'attirer dans l'eau. Bon, dans les faits, son colocataire n'avait pas vraiment fait le difficile et ils avaient passé un petit moment ensemble, discutant tout en nageant de tout et de rien.

Mais depuis qu'ils étaient rentrés, Seamus le fuyait. Il lui avait servi un café, tartiné deux tranches de pains avec de la confiture pour le goûter improvisé qu'il avait fait avec Harry, mais il gardait cette distance un peu bizarre que Théo ne comprenait pas. Il pensait que tout s'était arrangé avec leur baignade, mais visiblement, l'Irlandais avait d'autres choses à lui reprocher, et surtout, des comptes à régler par téléphone.

Discrètement, tout en débarrassant la table pour installer son ordinateur, Théo avait essayé d'écouter la conversation, mais Seamus parlait en irlandais… Bon, en vrai, il comprenait un peu l'irlandais, étant donné que Seamus avait tendance à mélanger français, anglais et sa langue natale quand ils étaient ensemble. En général, ce n'était que des mots ou expressions, et des fois, rarement, il arrivait qu'il lui dise des phrases complètes et Théo les comprenait. Et en l'occurrence, en l'entendant parler, il sut tout de suite qu'il s'engueulait avec ses parents. Pas ses cousins, il entendait clairement le mot « maman » quand il parlait. Cependant, il parlait trop vite pour qu'il comprenne quoi que ce soit.

Agacé, Théo s'installa dans le canapé avec son ordinateur portable, histoire de laisser Seamus tranquille, même si dans les faits il ne comprenait absolument pas ce qu'il racontait. Il attrapa le téléphone haute technologie de l'Irlandais et le régla en mode routeur, priant pour avoir du wifi. Rapidement, il put se connecter et regarder un peu ses mails. Il allait répondre à l'un d'eux quand Seamus cessa soudain de parler, revenant dans la pièce à vivre d'un air peu aimable. Il passa devant lui et alla se remplir un mug d'eau avant de le mettre au micro-onde, sans doute pour se faire un thé et se calmer par la même occasion.

« Seam' ? Ça va pas ?

- Non, ça va pas.

- Je t'ai fait quelque chose ? »

Il y eut quelques secondes de flottement, puis l'Irlandais se retourna. Les sourcils froncés, il le regarda d'un air interrogateur.

« Quoi ?

- T'es pas normal depuis que t'es arrivé.

- Comment ça ?

- T'es pas sur mon dos. Ça fait bizarre.

- Je ne suis jamais sur ton dos quand tes potes sont là.

- Arrête… Tu te plains que je ne te fais pas de câlin mais tu m'adresses à peine la parole depuis ce matin, t'es pas mieux. Tu m'en veux encore ? Je sais que t'attendais à autre chose, mais franchement, je peux pas faire ça sur le quai, comme ça… »

Sans un mot, Seamus contourna le bar séparant le coin cuisine de l'espace salon, se planta devant lui, attrapa son ordinateur pour le poser sur la table basse, puis il s'assit à côté de lui et balança ses jambes sur ses genoux. Théo se laissa faire d'un air perplexe, puis il leva le bras et laissa Seamus se blottir contre lui. Visiblement, quelque chose n'allait vraiment pas…

Enfin, l'Irlandais leva son visage vers lui et le regarda avec le plus grand sérieux.

« Si tu m'embrasses, je te pardonne.

- C'est si simple que ça ?

- Tu vas me le faire, ce bisou ? Ou il faut que je vienne le chercher, comme d'habitude ? »

Dans un sens, il était plus simple de céder et de clore leur petite brouille plutôt que de jouer les saintes nitouches. Du coup, Seamus eut le plaisir de recevoir un baiser, un vrai baiser, sur la bouche. Le genre de baiser que Théo ne lui donnait que dans ses grands moments de tendresse : lèvres contres lèvres, bien appuyé et ponctué d'un léger souffle sur sa joue.

Putain, mais qu'est-ce qu'il ne donnerait pas pour en avoir tous les jours, des bisous comme ça… Bon, ça manquait de sensualité, c'était certain, mais c'était bon quand même…

« Dispute terminée ?

- Elle n'a jamais existé. Tu pourrais me faire au moins un câlin le matin ?

- On va dormir dans le même lit…

- Donc je tire un trait sur le moindre câlin durant toute la durée des vacances ?

- Dis pas ça…

- Un bisou et un câlin minimum par jour.

- T'es sérieux ?

- Ouais. Sinon, je te fais la gueule.

- T'es chiant.

- Je sais.

- Ça marche. »

En réponse, Théo reçut un gros bisou sur la joue, qui lui fit lever les yeux au ciel, et piquer un léger fard. Cependant, il ne s'appesantit pas sur le problème qui semblait résolu, du moins en partie, et décida d'aborder les fameux coups de fil qu'il avait passés dans la journée à ses parents.

« Et sinon, tes deux coups de fil d'aujourd'hui, c'était pour quoi ?

- C'étaient mes parents.

- Ça, je sais. Mais pourquoi tu t'énervais ?

- Je me suis engueulé avec eux hier.

- Parce que tu les as appelés trois fois ?!

- Plus ou moins, ouais…

- Tu veux en parler ?

- T'as envie que je t'emmerde avec ça ?

- Allez, raconte. »

Contre lui, Seamus s'installa confortablement. Le micro-onde venait de sonner mais il décida de l'ignorer, tripotant le bas de son débardeur comme un gamin qui allait avouer une faute.

« En fait, mon frère veut prendre son indépendance.

- Comment ça ?

- Bah il quitte mes parents. Il veut son propre appartement. Il a commencé une formation dans je sais plus quoi cette année et il en peut plus d'être si loin.

- Il a combien de temps de transport ?

- Quarante-cinq minutes.

- Correct, quand tu vis à Paris.

- Ouais.

- Et ça te pose un problème, qu'il quitte tes parents ?

- Oui. Parce qu'il ont décidé de réduire mes aides financières et payer seulement la moitié de mon loyer.

- Mais pourquoi ? Mais attends, ton frère a pas pris un appart' à un moment donné ?

- Si, mais il passait la moitié de son temps chez les parents parce qu'il est pas foutu de se gérer tout seul, alors il est revenu chez eux. Et comme il est dans une situation précaire, tu comprends, il a besoin qu'on lui paye son loyer et sa bouffe… »

Théo écarquilla les yeux de surprise. Il avait déjà entendu parler de la famille de Seamus, qu'il n'avait par ailleurs jamais rencontrée. Parce que sa mère avait des origines françaises, sa famille avait vécu quelques temps en France dans une maison qu'ils avaient finalement laissés à la location pour repartir en Irlande. Et puis, au moment de son installation en France deux ans plus tôt, ses parents l'avaient rapidement rejoint avec son frère aîné, Connor.

Contrairement à Seamus, l'aîné de la famille avait un parcours professionnel un peu cabossé. Il avait débuté une formation en droit avant de laisser tomber et faire de l'économie, qui ne lui avait pas franchement réussi. Cela faisait quelques années qu'il cherchait quoi faire de sa vie, sans jamais trouver, et ce que ses parents prenaient pour excuse commençait à vraiment agacer Seamus. Car à cause de son frère, il avait été obligé de chercher une colocation à cause du loyer que ses parents refusaient de payer dans son intégralité, parce que son frère avait besoin d'aide pour s'établir, ce que Seamus comprenait tout à fait. Ce qu'il avait en revanche plus de mal à saisir, c'était la baisse discrète mais continue des aides de ses parents, qui estimaient que ses petits boulots le mettaient bien plus à l'abri du besoin que la situation précaire de Connor.

Cependant, il était évident aussi bien pour Seamus que Théo que Connor profitait de la situation. Lui aussi faisait un job à côté mais il jouait avec sa précarité pour tirer un peu plus d'aides de ses parents, au détriment de son frère cadet. Une telle inégalité le rendait malade et les reproches qu'il essuyait, parce qu'il était égoïste et ne pensait qu'à lui, lui faisaient un mal de chien.

Et en l'écoutant lui expliquer que la rentrée serait difficile malgré son stage rémunéré, que ses parents n'en avaient rien à foutre de lui et qu'ils lui avaient toujours préféré son frère, qu'il ne demandait jamais d'argent à la fin du mois, qu'il ne jouait jamais au faux-cul pour quelques petits faveurs, et qu'il avait fait de grandes études, plus grandes que Connor et qu'il méritait au moins du respect, car ils n'avaient jamais payé ses frais d'inscription, il s'était toujours démmerdé seul… Théo eut envie de gueuler. Et quand il vit des larmes apparaître aux coins de ses yeux noisette, son envie d'aller chercher son téléphone et d'exploser son frère fut vraiment difficile à réfréner.

Seamus parlait rarement de sa famille. Il n'en avait pas honte, au contraire, et il adorait ses parents, mais avait toujours souffert d'un sentiment d'infériorité par rapport à son frère toujours privilégié et admiré par ses parents. Il pensait que c'était dû à ses bons résultats, ses compétences sportives et son bon physique, et au fait qu'il était hétérosexuel. Plus frêle et timide, Seamus n'avait jamais été reconnu à sa juste valeur et son homosexualité n'arrangeait rien, même si ses parents l'aimaient en dépit de son orientation.

Ces souffrances qu'il cachait en lui du mieux qu'il pouvait l'amenaient à ne jamais parler de ses parents et de son frère. Si Seamus abordait régulièrement le sujet, c'était à cause de leur colocation et la colère qui grondait en lui et qu'il ne pouvait décharger indéfiniment sur Théo, beaucoup trop gentil pour mériter ça. Et à force d'en entendre parler, le jeune homme avait fini par comprendre que cette obsession que Seamus nourrissait pour les hommes issus des hautes sphères et dotés d'un bon compte en banque était due à cette infériorité qui avait malmené son enfance et son adolescence. Sa vie amoureuse avait été si compliquée et son quotidien si fade comparé à celui de Connor qu'il essayait de rattraper comme il pouvait son retard, et surtout, il tentait vainement de se hisser plus haut que lui en montrant à ses parents que, oui, il était pédé, mais il avait du charme et il pouvait se faire aimer d'hommes riches et influents.

Il valait quelque chose. Cette idée de ne pas être une sous-merde comme il en avait la sensation depuis des années, elle le malmenait dans de nombreux aspects de sa vie et gâchait ses amitiés et ses amours. Cependant, c'était presque inconscient et Seamus refusait d'en parler, les rares fois où Théo avait essayé de l'amener sur ce chemin. Ça lui faisait plus de mal que de bien. Et Théo n'aimait pas lui faire mal.

Et à cet instant précis, alors qu'il voyait quelques larmes d'énervement couler sur ses joues, parce que ça faisait deux fois qu'il avait ses parents au téléphone dans la journée et qu'il ne supportait plus les caprices de Connor, Théo préféra se taire. Sa prise se resserra autour de Seamus qui se blottit contre lui, l'enserrant dans ses bras, ses jambes toujours sur ses genoux. Comme l'ami qu'il avait été durant des mois, il l'écouta lui parler et sécha ses larmes, et comme le petit ami qu'il était en train de devenir, il l'embrassa dans les cheveux et lui assura que tout irait bien. Il était là, il avait de quoi compléter les fins de mois, et à deux, ils s'en sortiraient.

Petit à petit, Seamus se calma et cessa de parler. Un silence resta entre eux quelques minutes, troublé par le bruit de la télévision qu'ils se mirent inconsciemment à regarder, attendant que l'autre prenne la parole. Et ce fut Seamus qui amorça un mouvement, levant son visage pour l'embrasser sur la joue. Il lui chuchota dans l'oreille qu'il avait peur qu'ils se séparent, qu'il se retrouve obligé de rentrer chez ses parents par manque de moyens et que… Mais Théo lui assura qu'ils resteraient amis, que s'ils se quittaient, ce serait dans le respect l'un de l'autre. Ce serait difficile, forcément, mais ils s'appréciaient suffisamment pour ne pas tout gâcher et trouver une solution ensemble, sans précipitation.

Les yeux clos, Seamus l'écouta le rassurer. C'était vraiment un type bien, se dit-il en sentant sa main attraper la sienne. Il rouvrit les yeux et se redressa à nouveau, cherchant cette fois-ci sa bouche. Il la trouva sans mal, et quand il voulut approfondir ce baiser trop sage, il eut le plaisir de sentir son petit ami désirer la même chose, ses lèvres s'entrouvrant sans qu'il n'ait besoin d'insister. Il finit par s'asseoir sur ses cuisses, ses mains caressant ses joues tandis que Théo l'enlaçait, se laissant embrasser comme Seamus en rêvait depuis son départ, la veille.

Quand ils se séparèrent, ils se regardèrent quelques instants, et au moment où l'Irlandais allait prendre la parole, Théo le précéda.

« Tu sais, t'aurais pu m'en glisser un mot ce matin, que tu t'étais engueulé avec tes parents. Je sais que t'étais énervé contre moi, mais t'étais aussi comme ça à cause de…

- On s'est pas engueulé pour ça, hier. Enfin, pas au début.

- Pour quoi, alors ?

- Ils viennent de réaliser que je ne passerai même pas une semaine de vacances avec eux et ils partent dans la semaine avec mon frère.

- Attends, mais pour les billets…

- Oh mais ça, ils ont toujours les moyens. Ils ont pris leurs billets en avance, sauf pour Connor, comme il savait pas s'il pourrait partir… Du coup, ils m'ont pris la tête parce que je partais pas du tout avec eux.

- Bah t'as prévu tes vacances, quoi…

- Et j'ai pas envie de les voir. Enfin, ça, je leur ai pas dit, mais je l'ai pensé encore plus fort quand Maman a commencé à me reprocher de pas savoir ce que je voulais, quand elle me propose quelque chose je refuse, et qu'en plus cette année ils allaient plus pouvoir se permettre d'autant m'aider parce que Connor veut prendre un appartement… Enfin voilà.

- T'en as parlé à Harry ?

- Non. Mais c'est pour ça que je suis allé chez lui, en fait. Je tournais en rond à la maison et je m'énervais.

- T'aurais pu m'appeler et on en aurait parlé.

- Je voulais pas t'embêter avec ça, et puis c'était pas grand-chose, hier…

- Te laisse pas bouffer avec ces conneries, Seam'. Garde pas ça pour toi et parles-en moi. Okay ?

- Okay. Merci. »

Une dernière fois, Seamus le prit dans ses bras et le serra fort contre lui, sentant comme un poids disparaître de sur son cœur. Puis, il se recula, l'embrassa légèrement sur la bouche, et enfin se leva pour se passer un coup sur le visage et récupérer sa tasse d'eau chaude, qui avait quelque peu refroidi. Il la remit à chauffer et tandis que Théo reprenait son ordinateur, il sortit un sachet de thé et son sucre.

Puis, il regarda son petit ami, en se disant qu'il avait angoissé pour rien, finalement.

A suivre...