Je tenais à vous remercier pour vos chaleureux messages et quoi de mieux comme remerciement de vous publier la suite, illico presto.
J'ai été extrêmement heureuse de pouvoir en lire autant de vous, j'espère avoir de nouveau l'occasion à l'avenir.
Merci encore à Rizzles67, Amandine, L.I.E et Lilli22 à qui je n'ai malheureusement pas pu envoyer un message pour les remercier :3
Je vous embrasse fort et vous souhaite une très bonne lecture.
Sa tête lui faisait horriblement mal. La lumière qui passait au delà des stores à demi fermé lui agressait les yeux. Elle ressentait chacun de ses membres encore légèrement engourdis et, lorsqu'elle se redressa enfin, la nausée lui prit la gorge. Elle se tint la tête entre les mains et prit un instant pour se ressaisir.
Puis la panique la gagna. Elle n'avait aucune idée de où elle était ni même de comment elle avait bien pu atterrir ici. Dans un élan elle se débarrassa de la couverture et fut heureuse de voir que sa robe était toujours sur elle. Mais une seconde pensée lui vint et elle vérifia, avec un soupir de soulagement, qu'elle portait également toujours ses sous-vêtement.
Mais malgré ce petit moment de répit, l'angoisse survint à nouveau et elle se leva, attrapant son manteau et ses chaussures, prête à s'échapper. Elle ouvrit la première porte qui se trouvait en face d'elle et percuta de plein fouet Jane qui se dirigeait vers la chambre pour veiller à nouveau sur elle. La jolie blonde cria d'effroi et fit marche arrière, sautant sur le lit afin de dominer son environnement… et son adversaire. Jane fut plus que surprise de sa réaction.
- N'approchez pas ! s'écria-t-elle. Je vous préviens je sais me défendre !
Après la surprise, Jane sourit en la voyant brandir les deux talons aiguilles dans chaque main.
- Hey, hey, tout doux, essaya-t-elle de l'apaiser. Je ne vous veux aucun mal d'accord ?
La jeune femme leva le menton dans un air de défi et considéra un instant la grande brune ; elle était sûre de l'avoir vu quelque part… Frustrée, elle ragea intérieurement contre son esprit encore brumeux.
- Écoutez, je vais vous expliquer mais avant, il va falloir que vous descendiez de mon lit… S'il vous plait ? finit Jane, se rappelant l'attrait de l'inconnue pour la politesse.
Encore hésitante, elle posa un pied à terre, ne lâchant pas une seconde Jane du regard.
- Vooooilà… Je vais juste faire quelques pas en arrière et vous attendre dans la cuisine, d'accord ? commença la rookie en levant les deux mains. Pas de trucs bizarres, je le promets.
La jolie blonde hocha la tête et suivit Jane, toujours sur ses gardes, les talons fermement dans ses points, prête à faire feu s'il le fallait.
- Du café ? proposa la grande brune, la cafetière en main.
Elle déclina son invitation en découvrant le sachet de grains en poudre sur le comptoir et prit place sur le tabouret au comptoir que Jane lui présenta. Cette dernière se servit une grande tasse et reposa la cafetière dans la machine.
- Comment va votre tête ?
- Ce n'est pas vraiment ça… Je ne comprends rien à ce qu'il s'est passé. Je dînais avec Alexander et voilà que je…
Soudain, elle eut le déclic :
- Vous êtes la personne qui avait eu une conversation houleuse au téléphone !
Jane hocha la tête en finissant d'avaler sa gorgée de café :
- Yep, Ma'am.
- D'accord alors là c'est vraiment bizarre, s'énerva la jeune femme. Pouvez-vous, s'il vous plait, enfin m'expliquer toute cette mascarade ?
En quelques mots, Jane lui conta le fait que son rendez-vous l'avait drogué et toute la mise en oeuvre afin de la faire sortir de là avant que ce soit lui qui s'en charge. Difficilement, Maura se souvint avoir perdu le contrôle lors du repas et s'être excusée pour aller aux toilettes. Ensuite, elle se rappela l'arrivée de la jeune femme et puis, le vide total. Pourtant, tout ça était irréaliste.
- Non, c'est impossible, Alexander n'aurait jamais fait une chose pareille. Vous avez du mal interpréter… J'ai du abuser du champagne et…
- On n'a pas de trou noir après un verre d'alcool, la coupa Jane, quelque peu agacée. Ce type vous a clairement drogué. Votre petit-ami est une ordure si vous voulez mon avis.
- Ce n'est pas mon petit ami ! s'offensa la jeune femme.
Jane ricana dans sa tasse. Pour elle, on ne sortait pas avec un homme dans un restaurant quatre étoiles à cinquante dollars le verre de champagne si c'était pas pour avoir un petit quelque chose en échange. Elle eut d'ailleurs un pensée pour Raphaël… Pauvre garçon.
- Mouais et moi je suis la reine d'Angleterre…
Choquée, la jeune femme ramassa une nouvelle fois ses affaires et chercha après son sac, bien décidé à sortir de là :
- Vous êtes décidément une personne très désagréable !
Jane posa sa tasse et se dirigea vers elle.
- Excusez-moi… Vraiment, je n'avais pas à dire ça… Je ne voulais pas, après un temps, le regard de la jolie blonde sur elle, elle finit par se reprendre. Je vous demande pardon ?
La concernée se rappela alors la réprimande qu'elle lui avait faite la veille au soir. Elle ne put qu'esquisser un sourire, surtout face à la bouille d'enfant qu'elle avait sous les yeux.
- Vous êtes pardonnée.
Jane lui offrit ce sourire qui dégagé sa fossette et lui désigna à nouveau le tabouret.
- Au fait, moi c'est Jane. Jane Rizzoli, se présenta-t-elle en lui tendant la main.
- Maura Isles.
Cette dernière lui serra la main en retour et les deux femmes se sourirent, prolongeant plus que nécessaire l'étreinte. S'en rendant compte, Jane se dégagea, quelque peu gênée et le rouge aux joues. Maura sourit timidement.
- Je n'en reviens toujours pas qu'Alexander ai pu faire ça…
- Tu le connais depuis longtemps ?
Maura fut prise de court par le tutoiement soudain. La grande brune interpréta mal son étonnement et se passa la main sur la nuque dans un geste nerveux.
- Désolée, ça ne me regarde pas…
- Non, non c'est bon, c'est juste que… Peu importe, bredouilla-t-elle. Oui, c'est un ancien ami de l'université de passage à Boston. C'est pour ça que je ne comprends pas… Ce n'est pas ce genre de personne…
- On ne connait jamais vraiment les gens après tout, non ?
- Apparemment oui…
Maura remarqua l'hésitation chez la brune et pencha légèrement la tête sur le côté. Il y avait très certainement quelque chose qui la travaillait.
- Demande moi, vas-y, proposa-t-elle.
- Hum ? demanda Jane en levant les yeux de sa tasse.
- J'ai comme l'impression que tu veux me demander quelque chose mais que tu n'oses pas.
- C'est juste que… Jane joua un instant avec sa tasse avant de se lancer. C'est peut-être bête mais au moment de prendre nos manteaux au vestiaire, la nana qui y travaillait…
- Myriam, l'interrompit Maura.
Jane sourit devant son esprit pointilleux.
- Oui, c'est ça, Myriam, insista Jane dans le but de la taquiner, ce qui fonctionna vu que Maura rougit légèrement. Elle te connaissait comme si… Je sais pas comme si t'étais son supérieur ou un truc du genre.
- Pas directement. Le restaurant appartient à ma famille, expliqua la jolie blonde.
- Ah, okay, donc, ta famille est dans l'hôtellerie ? demanda Jane, soudain très curieuse d'en savoir un peu plus sur la jeune femme.
- Pas exactement non plus… On va dire qu'elle touche à tout… essaya-t-elle de contourner.
- C'est à dire ? commença Jane prête à prendre la dernière gorgée de son café tiédie.
Puis soudain, la réalisation. Jane s'étouffa et toussa fortement. Par supposition, la rookie avait finit par faire le lien direct avec le nom de famille de Maura.
- Isles ? Comme la Isles Corporation ?!
Maura baissa les yeux dans la gêne. Elle n'aimait pas vraiment parler de ça, se sentant toujours mal à l'aise lorsqu'il en venait à la puissance de sa famille.
- Putain, si on m'avait dit que je viendrai en aide à l'une des plus riches héritières de Boston, s'amusa Jane.
- N'exagérons rien, essaya-t-elle d'atténuer.
- Tu veux rire ?! La moitié de la ville t'appartient !
- Pas à moi, à mes parents, minimisa la jolie blonde. Et nous sommes quand même loin derrière les Farfeilds…
Jane allait insister lorsqu'elle comprit que Maura était mal à l'aise. La grande brune n'en revenait tout de même pas. Cette fille, en plus d'être magnifique et modeste était riche à millions. Son instinct ne l'avait pas trompé non plus quand il lui avait dit qu'elles n'étaient pas du même monde.
Alors que Maura allait reprendre, ses yeux croisèrent enfin la minuterie du four à micro-onde. Il était près de dix heures.
- Ô mon Dieu ! s'exclama-t-elle en bondissant de son siège.
- Quoi ? Mon Dieu, quoi ? s'inquiéta Jane.
- Je suis en retard au travail !
Jane se leva à son tour, se dirigeant vers le sac à main qu'elle avait posé dans le salon.
- Il te faut du repos, tu peux pas aller bosser dans cet état. Tu n'as même pas avaler un petit quelque chose.
Le fait de demander dans quoi elle travaillait lui brûlait la bouche mais c'était peut-être s'immiscer un peu trop dans sa vie privée.
- Non, je ne peux pas me le permettre, mais je t'assure, je vais bien. Si jamais il y a un soucis, je demanderai pour partir, la rassura-t-elle en acceptant le sac que Jane lui tendit. Merci…
Soudain, alors que les yeux ne se lâchaient plus, Maura n'arrivait pas à se décider de partir. C'était comme une sensation étrange. Comme si il y avait plus à dire, à faire… Étonnement, elle se sentait très à l'aise avec la jeune femme. Même si son comportement l'avait irrité plus d'une fois, elle avait toujours pris ça avec légèreté, parce que les taquineries de Jane n'avaient rien eu de méchant au final. Puis elle l'avait sauvé après tout. Elle s'était inquiétée pour elle alors qu'elle ne la connaissait même pas. Ça aussi c'était nouveau ; que l'on s'inquiète pour elle.
Pour Jane, c'était aussi un supplice de la voir partir. Elle n'avait définitivement pas envie que tout ceci s'arrête. Tout quoi, elle n'en avait pas la moindre idée. Mais le fait de savoir qu'elle ne la reverrait jamais, qu'elle n'en apprendrait pas plus sur la jolie blonde, qu'elle ne la verra plus agir de manière excessive à tout bout de champ, lui tordait le ventre. Il y avait quelque chose avec cette fille et Jane voulait savoir quoi. Pourtant, avant qu'elle ne puisse parler, c'est Maura qui prit les devants :
- Accepterais-tu de boire un café avec moi ? Bientôt ?
Jane lui offrit son sourire spécial Rizzoli et hocha béatement la tête, la main toujours bien accrochée au sac à main de Maura.
Cette dernière sourit de plus belles également. Pourtant, après quelques secondes, la même situation s'installa entre les deux femmes qu'il y a quelques minutes plus tôt où elles s'étaient serrées la main. Jane laissa échapper sa prise et se racla la gorge.
- Je… Euh… J'espère que tu n'avais pas ta voiture là bas. Je… Je peux t'appeler un taxi si tu veux ?
- Ne t'inquiète pas, je vais appeler quelqu'un pour qu'il vienne me chercher.
- Bien sûr, réalisa Jane, se rappelant la position de Maura.
Elle lui ouvrit la porte, ne manquant pas de la regarder glisser dans ses hauts talons. La jolie blonde s'avança vers le palier :
- Bon et bien… Encore merci pour tout, sincèrement…
Jane prit un air nonchalant, un main appuyée sur le chambranle et l'autre négligemment enfoncée dans la poche de son survêtement.
- Tout le plaisir fut pour moi.
Maura ne manqua pas d'attraper sa légèreté et se laissa aller dans un ricanement.
- On se dit à bientôt alors ?
- À bientôt, confirma Jane.
Elles se sourirent une dernière fois et Maura tourna les talons, lui envoyant un dernier regard quand elle atteint la première marche. Jane lui offrit un petit signe de la main et Maura disparut. D'un geste du pied, elle ferma la porte derrière elle et resta un instant pantoise, ne réalisant toujours pas qu'elle allait revoir la jeune femme.
Jane réalisa très bien que tout ceci n'avait rien d'une simple rencontre amicale. Elle en était persuadée. Pourtant rien ne la dérangeait. Elle se sentait juste bien. Il n'y avait pas de questions en plus à se poser. Ça, ce sera pour plus tard. Maintenant, elle avait juste à attendre que Maura l'appelle…
- Putain ! râla Jane en ouvrant la porte de son appartement en trombe.
Elle dévala les escaliers quatre à quatre. Juste à attendre son appel ? Et comment puisque la jeune femme n'avait même pas son numéro. Oui elle savait où elle habitait mais bon, Maura n'oserait peut-être pas venir à l'improviste puis, ce n'était vraiment pas quelque chose de pratique. Alors qu'elle pestait contre elle-même, espérant de tout son coeur que Maura n'avait pas déjà quitté la rue, Jane la vit, un palier en dessous, remonter les marches au trot. Leurs regards se croisèrent encore et elles se mirent à rire de bon coeur toutes les deux devant la situation. Puis, essoufflées, elles parlèrent en même temps :
- J'ai oublié de te demander ton numéro…
- Je ne t'ai pas donné mon téléphone…
Et à nouveau, le rire qui continua. Jane finit par descendre la douzaine de marches qui les séparée.
- C'est stupide, en sortant mon téléphone pour appeler mon voiturier, j'ai réalisé que je n'avais aucun moyen de te joindre, s'amusa Maura, le mobile à la main.
Jane la rassura d'un sourire et lui communiqua ses coordonnées. Après un dernier au revoir, où Jane la regarda descendre les dernières marches avant de disparaitre dans le hall, elle allait rebrousser chemin lorsqu'elle entendit violemment claquer, un peu plus haut dans l'immeuble. Sa main se crispa autour de la rambarde.
- Non, non, non, non… pleura Jane, dépitée, en grimpant jusqu'au palier de son appartement.
Devant elle, la porte était close. Elle se retrouvait alors dehors, pieds nus, en pyjama avec aucun moyen de joindre qui que ce soit. L'italienne se tourna vers la porte voisine, priant silencieusement pour que la vieille dame qui y habitait et à qui elle avait confié un double de ses clés en cas d'extrême d'urgence ne soit pas de sortie. Après plusieurs tentatives, Jane devait se faire une raison, sa voisine n'était pas dans les parages.
Dans un moment de solitude immense, elle s'affaissa contre sa porte d'entrée, prête à camper là jusqu'au retour de sa sauveuse. Jane repensa alors à Maura. À cette soirée et matinée hors du commun. Au café, promit et bientôt…
Et c'est comme ça que, une heure passée plus tard, Madame Klimt trouva sa jeune voisine, un sourire niai sur le visage.
[…]
Jane se réveilla vers vingt heures. Une fois que la vieille dame lui avait donné le double de ses clés et l'avait réprimandé, telle une mère, sur le fait de sortir de son appartement de la sorte, la rookie s'était alors couchée, se reposant pour la nuit de travail qui l'attendait. Son oreiller s'était imprégné du parfum hors de prix de Maura. Jane, après une courte conversation avec elle-même, affirma qu'elle aimait beaucoup ce parfum.
Après une douche, Jane enfila son uniforme et quitta son appartement. Elle allait prendre un repas sur le pouce chez ses parents avant de partir pour le commissariat. Angela lui avait fait promettre de passer. Elle avait surtout très envie que Jane lui raconte sa soirée avec Raphaël.
- Hey Ma' ! s'écria Jane en franchissant le seuil de la maison familiale.
La grande brune accrocha son képi et sa veste sur le porte manteau de l'entrée.
- Janie !
Angela l'étouffa dans une étreinte démesurée et lui claqua un baiser mouillé sur la joue.
- C'est bon, Ma', c'est bon.
Jane se dégagea de l'accolade, s'essuyant le visage du revers de la main et alla embrasser son père dans le salon.
- Les gamins sont là ?
Frank secoua la tête, les yeux toujours rivés sur la rediffusion du match des Red Sox.
- Frankie est chez un copain puis Tommy… Ta mère le laisse encore trainer les rues…
Les yeux au ciel, Jane retourna dans la cuisine et s'installa à la petite table en bois.
- Ma, il est près de vingt et une heure, Tommy n'a rien à faire dehors.
- Il se dégourdit les jambes… Puis demain c'est dimanche, il n'a pas école, essaya-t-elle de convaincre sa fille.
- Il a quinze ans, Ma'… commença Jane mais elle fut bien vite interrompu par Angela.
- Et je suis sa mère alors laisse un peu vivre ton frère ! Maintenant, mange, gronda-t-elle en lui claquant une assiette sous le nez.
Jane grogna. Quand il en venait à Tommy, Angela montait toujours sur ses grands chevaux. Elle avait bien conscience de ses problèmes mais c'était comme si elle préférait fermer les yeux. Son premier argument était qu'il était jeune et que ça finirait par lui passer. Jane, quant à elle, n'était vraiment pas sûr de ça.
- Alors, dis-moi, s'impatienta la Mama Rizzoli, un grand sourire sur le visage, en prenant place sur la chaise face à sa fille. Comment s'est passé ton rendez-vous avec Raphaël ?
- Laisse la tranquille, Angie ! s'écria Frank depuis le salon.
- Pop a raison, Ma', ricana Jane en mastiquant bruyamment sa première bouchée.
- On ne parle pas la bouche pleine ! la réprimanda Angela en assénant un coup de torchon sur le bras de sa fille.
Frank Rizzoli apparut dans la pièce et s'avança vers le frigo.
- J'avais dit à ta mère que c'était une mauvaise idée pour Raph', mais tu la connais, plus têtue qu'une mule, sourit-il en prenant une bière au frigo avant d'embrasser les cheveux de sa femme.
- Mais on connait déjà toute sa famille ! riposta Angela qui était toujours persuadée que le jeune homme était un très bon parti.
- Écoute, Ma', ça ne l'a pas fait d'accord ?
La Mama Rizzoli haussa les épaules et se leva, prête à s'affairer au reste de vaisselle du repas de tout à l'heure.
- Tu ne lui as même pas laissé une chance.
- Ma ?! Sérieusement ?! Même avec toute la volonté du monde !
Son père se mit à rire fortement et serra l'épaule de sa fille dans un geste de contentement.
- Dis-moi, il t'a fait le coup du resto' quatre étoiles ? demanda-t-il en se penchant vers Jane.
Le visage de la rookie se décomposa et Frank partit dans un fou-rire franc.
- Tais-toi Frank ! gronda Angela en abattant à nouveau son torchon.
L'homme partit dans le salon, son rire se répercutant toujours sur les murs. Jane n'en revenait pas.
- Ma', me dis pas que c'est toi qui lui a soufflé l'idée, prévint Jane en apportant son assiette à l'évier.
Angela fit mine de ne pas avoir entendu et continua de vaquer à ses occupations.
- Maaaaa… insista Jane, le voix plus grave que d'habitude.
- Je me suis dit que tu allais trouver l'attention adorable, s'expliqua Angela, l'air innocent.
- Ô c'est pas vrai !
- Mais avoue quand même que c'était une bonne idée !
Jane allait répliquer mais, en y repensant, oui, c'était une bonne, voire même une excellente idée, mais sur le fond, sa mère avait eu tout faux.
- Bon allez je vais bosser, soupira la grande brune en enfilant sa veste d'uniforme. Merci pour le repas ! Salut Pop' !
Jane s'attacha les cheveux dans un chignon et enfila son képi.
- Janie, tu promets de revenir bientôt, on ne te voit presque plus…
- Promis Ma', sourit Jane en tendant la joue à sa mère.
Angela embrassa sa fille et la détailla un instant. Son grand bébé qui maintenant avait quitté le nid. Elle était tout de même fière de la voir dans son uniforme flambant neuf. Son enfant faisait respecter la loi. Elle était un symbole de droiture et de sécurité. Pourtant, la savoir sur le terrain la rendait toujours fébrile.
- Tu prends soin de toi, d'accord ? Tu fais attention…
- C'est promis.
- Je t'aime ! s'écria Angela en la voyant monter dans son vieux tacot.
[…]
Une dizaine de jeunes officiers attendaient avec impatience vingt-deux heures pile afin de prendre leur service. Jane, assise sur l'une des rares chaises du hall, fixait l'horloge avec détermination. Bras croisés et pied posé sur son genoux, elle essayait de ne pas prêter attention aux rookies à côté d'elle. Le grand blond à l'allure baraquée, Craig Simons, était le chef de fil. Il avait toujours été méprisant avec Jane. Pour lui, une femme ne pouvait pas prétendre au poste de détective. Pour elle, un corrompu et lèche botte comme lui ne devrait même pas faire parti de la police.
Craig avait sa manière de faire avec les supérieurs. L'italienne, elle, refusait clairement ce genre de soumission pour se faire bien voir. Ses résultats devaient parler d'eux-même, point à la ligne.
- Rizzoli !
Jane détourna les yeux à l'appel de son nom. Craig s'avança vers elle tel un coq en pleine parade. La jeune femme leva les yeux au ciel et reporta son attention sur l'horloge. Pus que cinq minutes.
- T'as entendu l'annonce ? demanda le grand blond en tirant une chaise afin de s'installer face à l'italienne.
Mâchoires serrées, Jane hocha la tête. Cette nuit, ils allaient travailler en binôme. Habituellement, la direction les laissait faire cavalier seul. Mais à l'académie, ils leur ont dit que ça n'allait durer qu'un temps. Jane préférait de loin sa solitude. Même si de savoir ses arrières gardés la rassurait quand même un peu plus, elle n'était pas prête à faire confiance à l'un des officiers comme Craig avec sa vie.
- Avec un peu de chance, on aura le plaisir de partager une banquette cette nuit…
Jane pouvait presque voir le miel couler de sa bouche. Il avait toujours eu le béguin pour elle. Pourtant, Craig ne faisait que la taquiner et lui mettre des bâtons dans les roues. C'était un macho égocentrique. Le fait que Jane repousse ses avances avait fait d'elle sa cible principale. Sans compter sur la rumeur qui avait finit par circuler sur son compte ; Personne n'avait jamais vu Jane sortir avec quelqu'un de l'Académie ou de l'extérieur. Quelques personnes de la promo qui la connaissaient d'ailleurs du lycée avaient confirmé cette version. Il y avait alors deux choses sur Jane qui circulait dans les rangs : elle était soit vierge, soit lesbienne. Dans les deux cas, le jeune homme s'était promis d'y remédier. Alors toute une nuit en compagnie de lui ? Hors de question.
- Fais pas sous-entendre ça comme si c'était quelque chose que je voulais aussi, riposta Jane.
- Ouch, s'amusa-t-il en se penchant un peu plus vers elle. Tu mords aussi ?
Le regard foudroyant que Jane lui envoya le fit rire et il posa négligemment la main sur sa cuisse. La rookie se crispa sous le geste.
- Craig, retire ta main… gronda-t-elle, la voix un ton en dessous.
La prise se resserra un peu plus, glissant dangereusement vers son aine, et il se pencha brusquement vers elle, le sourire méchant :
- Sinon quoi ? ricana-t-il malicieusement en lui baisant la joue d'une manière animale.
Le pied qui n'avait toujours pas bougé de sur son genoux vint se poser sur le bord de l'assise du jeune homme, juste entre ses jambes. De toutes ses forces, Jane le propulsa loin d'elle. Les quatre pieds glissèrent sur le sol jusqu'à ce que les deux arrières rencontrèrent un joint entre deux dalles de carrelage. Craig bascula dangereusement en arrière et s'écrasa sur le sol. Les autres officiers qui avaient suivi la scène depuis le début, se mirent à rire fortement et Jane esquissa un sourire en voyant ses yeux hagards et son visage rouge.
Il s'était relevé, furieux, prêt à bondir sur l'italienne qui s'était également redressée quand, alerté par le vacarme, un des Détectives sortit des bureaux pour voir ce qu'il se passait.
- Vous vous croyez à la garderie, merde ?!
Jane fut la première à se mettre au garde à vous et les autres suivirent. Le silence de mort qui régna dans les locaux en disait long sur la prestance de l'homme qui venait de les réprimander. Ce dernier les scruta un instant et se détourna pour atteindre les listes de déploiement.
À ce moment, Jane sentit son téléphone vibrer dans la poche de son pantalon. Alors qu'elle comptait ne pas y prêter attention, l'image de Maura s'imprima sur ses pupilles. Et si c'était elle ? Jane résista à l'envie de jeter un oeil à l'écran, voir seulement si c'était un numéro de son répertoire ou un numéro inconnu car ce n'était définitivement pas le moment, surtout après s'être failli faire prendre pour une vulgaire chamaillerie. Mais l'envie était trop forte. Jane plongea la main dans sa poche et en sortit discrètement son téléphone. Le numéro qui s'affichait lui était inconnu. La rookie pria pour que ce soit un appel de Maura. Son instinct lui criait même que c'était elle. Comme elle aurait voulu décrocher en ce moment…
- Rizzoli ! aboya l'homme bourru.
Jane sursauta et laissa tomber son portable dans sa poche.
- Faut le dire si j'vous dérange. Désirez-vous peut-être un peu d'intimité ?
- Non Monsieur.
- Putain de merde alors bougez votre cul ! gronda-t-il. Vous êtes avec Silvester.
- Bien Monsieur.
La jeune femme trotta vers son binôme qui déjà l'attendait à la porte. Elle était soulagée d'être tombée sur lui. C'était un garçon calme du genre à appliquer les ordres à la lettre. Il lui ouvrit le battant et elle le remercia d'un hochement de tête.
- On dirait que le Détective Korsak t'aime bien, la charia-t-il.
Jane repensa à la scène. Elle détestait se faire remarquer et encore moins à cause de cet imbécile de Simons. Une légère vibration dans sa poche lui arracha un sourire soudain. Maura venait de lui laisser un message vocale. Cette soirée s'annonçait pas trop mal finalement.
- Hey, Rizzoli ? l'appela le jeune homme.
La concernée leva les yeux vers lui.
- Bien joué pour Craig, la félicita-t-il en lui balançant les clés de la voiture de patrouille que Jane attrapa au vol.
Donc oui, comme vous vous en doutez après la lecture de ce chapitre, je compte bien travailler sur le parallèle des deux univers de Jane et Maura. D'un côté la rookie en galère qui doit s'imposer pour y arriver et de l'autre la jeune héritière qui a le monde à ses pieds mais dont la vie n'est pas si simple finalement.
Êtes-vous autant tentés que moi par le voyage ?
Merci pour vos avis ;)
