Après une autopsie qui avait mis à jour tous les sévices cruels que la fillette avait subis, le corps fut remis à la famille. Plongée dans un silence depuis la mort de l'enfant, Temari Nara survivait plus qu'elle n'existait. Les jours et les nuits se ressemblaient, se succédaient sans qu'elle ne les distingue.

Identiques, ils défilaient sans troubler son mutisme. Tout comme les membres des deux familles réunies dans cette épreuve et les proches défilaient devant elle en lui présentant leurs plus sincères condoléances.

Qu'en avait-elle à foutre de leurs maudites condoléances ?

Elles ne changeraient pas sa situation, elles ne ramèneraient pas sa fille.

Toute cette agitation empathique et pathétique l'insupportait.

Tous ces visages éplorés, peinés nourrissaient une telle colère qu'elle requérait toutes ses forces pour la contenir. Et ces moines shintoïstes qui récitaient leurs prières. Ne savaient-ils donc pas que sa fille n'était ni shintoïste ni bouddhiste ni monothéiste.

Elle n'était qu'une petite fille de quatre ans, bordel !

Temari Nara ne souhaitait pas exploser devant toutes ces personnes.

Se donner en spectacle ne relevait pas de son apanage.

Toute cette compassion la rendait nauséeuse. Ou alors le manque de nutrition. Qu'en avait-elle à cirer ? Tout cela n'avait plus aucune importance.

Les amis se présentaient, l'étreignaient, exprimaient leur affliction si haute et sincère.

Qu'en savaient-ils réellement de ce qu'elle éprouvait ?

Exaspérée par l'étalage de larmes et de sanglots d'une amie proche, elle détourna la tête. Quelle comédienne. Elle avait tellement mal que sa souffrance l'empêchait de verser la moindre larme. Qu'elle passe pour une mère froide et insensible lui importait peu. Ceux qui la critiqueraient n'étaient pas les victimes de cette tragédie. Son cœur saignait abondamment dans sa poitrine.

Si elle pleurait, des larmes de sang rouleraient sur son visage.

Son beau-père intervint et éloigna la madeleine impertinente. Il avait toujours su la comprendre. Il se posta à ses côtés, chargé de chasser tous ceux qui oseraient faire un scandale pitoyable devant elle.

- Shikamaru ?

Il sursauta à l'appel et se tourna vers sa mère. Yoshino refoula la tristesse qui revenait chaque fois qu'elle apercevait le visage de son fils, aminci et ployant sous le poids de son chagrin. Il la regardait toujours avec cet air implorant, la suppliant de mettre à un terme à ses souffrances. Malheureusement, elle ne pouvait panser la plaie qu'il lui demandait de guérir. Elle ne pouvait que lui apporter tout son soutien et son amour. Elle surmontait la perte de sa petite-fille pour soutenir les jeunes parents, anéantis. Avec son mari et la famille de sa bru, ils prenaient en charge tout ce qui requérait la présence des jeunes parents. Ils géraient l'organisation des rites funéraires, l'accueil des proches et veillaient sur eux. L'appartement du jeune couple devenait étroit par la présence de toutes ces personnes. La journée, Shikamaru avait l'impression de se sentir mieux. La tombée de la nuit chassait cette sensation comme elle chassait ces personnes de son appartement. Alors il se trouvait seul.

Seul à supporter ce trop plein de douleur. C'était plus qu'il n'en pouvait supporter.

Et dans ces moments d'abattement profond, sa mère représentait son seul soulagement.

- Maman...

Sa voix se brisa lorsqu'il appela à l'aide sa mère. Yoshino s'approcha de lui et l'enlaça, espérant le décharger de sa souffrance par la force de son amour. Il ne s'effondrait pas. Pas en public. Pas dans cette cuisine. Il ne craquera pas mais dans la poigne ferme, presque douloureuse de son fils, Yoshino sentit que cela lui coûtait beaucoup d'efforts. Avec une tendresse maternelle, elle caressa son visage, essuyant les larmes baignant ses joues, les masquant à la vue des indiscrets.

- Je n'y arriverais pas, Maman, murmura-t-il, dévasté.

- Je suis là, Shikamaru, nous sommes là.

- C'est ... trop dur.

Yoshino enfouit le visage de son fils dans sa poitrine, l'empêchant de poursuivre, étouffant ses sanglots en son sein. Ses yeux s'humidifiaient, son cœur de mère et de grand-mère, meurtri. Son regard croisa celui du frère cadet de sa bru, Kankuro, qui dissimulait très mal son envie de pleurer. Yoshino était forte mais même sa force avait des limites. Elle parvenait tout juste à s'occuper de son fils sans faillir. Cependant, elle se savait impuissante face à Temari. La mère qu'elle était ne pourrait pas soulager la jeune maman sans sombrer avec elle.

Et Temari sombrait.

La crémation, l'enterrement, les prières des moines se déroulaient sans que son état ne change. Sans expression, errant telle un esprit, plus morte que vivante, elle se rendait où il fallait qu'elle se rende, elle exécutait celle qu'il fallait qu'elle fasse. Lorsqu'elle effectuait tout ce qu'on exigeait d'elle, elle rentrait dans cet appartement devenu étranger. Les jours, les semaines et les mois passaient sans que cette situation évolue. Shikamaru se noyait dans le travail tandis qu'elle démissionnait, vivant recluse dans la chambre de sa fille.

Et chaque soir, lorsqu'il rentrait, épuisé, aussi moralement que physiquement, il l'apercevait, agenouillée, au milieu de la pièce. Elle ne regardait rien de particulier, se contentait d'actionner les volets selon que le jour se lève ou que la nuit tombe.

Elle ne quittait sa position que pour se désaltérer, assouvir ses besoins et se laver.

Manger ne faisait pas partie de ses besoins primaires. Parfois, lorsque son subconscient s'alarmait de son état, elle attrapait la première chose qui lui tombait sous la main et mangeait sans appétit.

Sa perte de poids impressionnait quiconque venu lui rendre visite. Ses frères souhaitaient l'interner de force, inquiets pour sa santé. Ils lui parlaient, la suppliaient de prendre mieux soin d'elle sans succès. Shikamaru demeurait aussi démuni.

Frappé par sa propre affliction, observer chaque jour sa femme l'endeuillait un peu plus. Depuis que cette terrible perte, leur vie avait été décimée. Il ne savait même pas s'ils formaient toujours un couple. Il partait tôt le matin et rentrait tard le soir, désirant s'éloigner le plus possible de cet appartement qui lui rappelait trop de souvenirs. Il la retrouvait toujours dans la même position.

À genoux. Dos à l'entrée de la chambre de l'enfant.

Elle ne répondait jamais à ses bonjours, au revoir, bonsoir. Cela ne l'empêchait pas de la couvrir d'une couverture, tard dans la nuit, lorsqu'enfin, le sommeil la gagnait. Il la regardait dormir, luttant contre l'envie de la serrer contre lui.

Parce qu'il en avait besoin. Terriblement besoin.

Shikamaru deviendrait fou si leur couple disparaissait.

Temari avait toujours été la plus forte des deux. Elle l'avait toujours porté, soulevé, soutenu toujours plus haut avec puissance. Assister à son naufrage le désarmait, la voir, prostrée dans une telle peine, le bouleversait. Ses propres forces le désertaient. Le peu de courage qu'il prenait de ses parents et de la bienveillance de leur entourage diminuait jour après jour. Aussi indubitablement que leur fille s'en était allée, Temari s'éloignait. Et il ne survirait pas à une séparation.

Combien de jours s'étaient écoulés sans qu'ils n'échangent une parole ?

Trop. Beaucoup trop. La dernière fois qu'elle avait parlé, elle l'implorait de ne pas confirmer la perte tragique de leur fille. Aussitôt qu'elle l'avait aperçu sur le seuil de la salle d'interrogatoire, elle l'avait examiné puis le déni l'aveuglant, s'était précipitée vers lui. Il revoyait ses magnifiques yeux verts embués de larmes naissantes qu'elle refoulait avec une rage déterminée. Il les voyait briller et le supplier de taire cette ignoble nouvelle. Il avait été le dernier rempart avant qu'elle perde toute raison. Il avait été la dernière lueur d'espoir, le symbole que leur petite fille reviendrait à la maison. Il avait été la seule personne en qui toute sa confiance avait été placée.

Et tout cela s'était évanoui.

Il avait anéanti ses espoirs, brisé son âme et libéré cette blessure qui ne cicatriserait jamais. Dans ses souvenirs, elle n'oublierait jamais qu'il avait été le porteur de la mauvaise nouvelle, le messager du départ de leur fille. Et elle avait toutes les raisons de reporter sa colère sur lui. Il avait simplement tenu son rôle. Son rôle de mari et son rôle de père. Il avait été fort les premiers temps, espérant qu'elle le relèverait lorsqu'il s'effondrerait à son tour.

Mais il était à bout.

Il ne tenait plus. Il avançait sans vie. L'amour de sa mère et le soutien familial ne lui suffisaient plus. Son être implorait une seule et unique personne capable de le sortir de cet abyme de souffrances. Et, pitoyable, meurtri, misérable, il se tournait vers cette personne.

- Temari ?

Sa propre voix peinait à prononcer ces trois syllabes au bout de ces longs mois de solitude et de silence. Elle ne fit pas le moindre mouvement. Elle garda sa pose intacte, feignant d'entendre son appel au secours.

- Temari, s'il te plaît, poursuivit-il, en s'approchant d'elle. On ne peut pas ... on ne peut plus continuer comme ça, Tem. Parle-moi, je t'en prie.

Sans grande surprise, il n'obtint aucune réponse. Il n'abandonna pas, contournant le petit lit pour s'installer à ses côtés. Il ne dit rien durant un moment, observant la femme qu'il aimait. Le changement physique était stupéfiant mais ce qui l'attristait le plus, restait le néant de ses belles prunelles. Autrefois si vives et brillantes, elles reflétaient actuellement la profonde douleur de Temari. Sa tristesse, mêlée à sa colère, son déni face à cette cruelle perte, détruisait cette femme si joyeuse, énergique et vivante jadis. Shikamaru souffrait encore plus de ce changement.

Par amour pour elle, il ferait n'importe quoi pour la tirer de cet état d'autodestruction.

Elle avait autant besoin que lui d'être sauvée.

- Tem... murmura-t-il. Parle-moi.

Il ne reçut aucune attention. En désespoir de cause, il tenta de toucher son épaule. Mais avant même qu'il ne la frôle, elle eut un mouvement de recul si brusque et rapide, qu'il le laissait sans voix. Puis, il avança à nouveau sa main vers elle. En vain. Elle s'éloigna. Elle s'éloigna de lui. Sidéré, il la fixait, perdu, et craignant le pire.

Temari le rejetait ?

- Tem...

- Tais-toi, souffla-t-elle.

N'ayant pas utilisé ses cordes vocales depuis de longs mois, sa voix différait totalement. Cassée et comme dépourvue de la vivacité qu'il l'avait habitée auparavant. Elle reflétait parfaitement l'état de sa propriétaire.

Surprise par sa propre voix, Temari détourna la tête non sans avoir jeté un regard haineux à son mari. Regard qui le blessa. Qui le toucha. Qui lui fit si mal, qu'il se délesta du peu de forces restantes.

- Temari, j'ai besoin de toi.

Elle se retenait de lui jeter à la figure toutes les atrocités qui lui passaient par la tête. Elle se maîtrisait pour l'instant. Seulement s'il s'entêtait, elle ne se retiendrait pas. Elle lui balancerait tout ce que son esprit mutilé accumulait depuis la mort de l'enfant. Il deviendrait son exutoire et elle lui crierait des choses horribles.

Des paroles qui l'anéantiraient. D'ailleurs, pourquoi l'épargner ? Pourquoi le protéger de toute cette haine, mélangée à cette culpabilité sans nom, cette douleur sans limite qui la rongeait en son sein ? Pourquoi devait-il vivre sans supporter son fardeau ? Pourquoi se tenait-il debout, lui, le couard et fragile Shikamaru, alors qu'elle, la brave et forte Temari, s'enterrait dans sa souffrance et ne parvenait plus à remonter de cet abysse ?

- Tout cela est de ta faute.

L'accusation le surprit et le blessa. Il se sentait déjà bien coupable de n'avoir pas su protéger sa fille. Si sa propre femme, la personne dont l'avis comptait le plus pour lui, l'accusait, il ne pouvait que se sentir encore plus misérable et indigne de vivre.

- Je suis désolé, murmura-t-il, sa culpabilité jointe à l'accusation de Temari l'étouffant.

Temari retint de justesse les propos immondes avant qu'ils ne s'échappent de sa bouche. Il s'excusait ? Elle n'avait pas prévu qu'il s'excuse alors qu'elle l'accusait sans fondement et en toute injustice. Il n'avait rien fait et pourtant revêtait ce manteau de criminel sans broncher. Il n'était coupable de rien.

C'était elle qui était coupable de lui faire porter ce fardeau parce que ses propres épaules ne le supportaient plus. Sa haine contre le monde entier et surtout contre elle-même, cette culpabilité qui ne la quittait jamais et dont elle voulait se débarrasser sur lui, la rendait mauvaise. Il baissa la tête, supportant son jugement sans se défendre. Elle vit les larmes couler silencieusement sur ses joues.

- Je ne veux pas te perdre, Temari, entendit-elle.

Son aveu lui arracha un hoquet de stupeur.

Elle observa l'homme qu'était son mari. Elle l'avait négligé. Durant ces mois sombres, il avait maigri, les traits de son visage étaient tirés et son air éreinté la médusait.

Elle mesurait à quel point elle avait été égoïste. En se réfugiant dans sa propre peine, sa propre colère, elle avait délaissé un homme en proie à une grande sensibilité.

Son mari était fragile et lâchement, égoïstement, elle l'avait laissé se noyer dans ses tourments.

Shikamaru redressa la tête et la contempla à travers des yeux embués.

Elle était aussi perdue et dévastée que lui.

Elle devait se raccrocher à quelqu'un tout comme il implorait son aide. Ils ne remonteraient pas à la surface s'ils ne se portaient pas secours mutuellement. Acculé à une dernière chance, il se risqua une nouvelle fois de la toucher. Sa main frôla craintivement son visage, ses doigts caressant à peine sa joue.

Ce toucher réveilla un besoin irrépressible.

Aussi soudaine que brutale, l'envie de l'autre supplanta tout autre raisonnement.

Le corps de Shikamaru s'échauffa, réclamant sans protestation celui de Temari.

Il désirait la toucher, promener ses mains sur son corps, le redécouvrir de ses doigts, de sa bouche et de sa langue. Il désirait entendre ses soupirs, percevoir ses gémissements étouffés et l'observer se pâmer. Plus que tout, il souhaitait sentir la chaleur de son corps contre le sien, se lover dans son odeur et se poser sur sa poitrine pour écouter battre son cœur. Il la voulait d'une manière irraisonnée et irraisonnable.

Son besoin était irrésistible, vital.

S'il ne la touchait pas, s'il ne l'embrassait pas, s'il ne l'étreignait pas, Shikamaru se viderait. Il se viderait de ses forces et de la volonté de vivre. Il se viderait de son essence même. Elle lui renvoya son regard désespéré, aussi désœuvrée et désemparée que lui. Elle avait plus besoin de lui qu'elle ne se l'admettait.

Une ultime minute d'immobilisme s'acheva avant que, d'un commun et tacite accord, leurs bouches ne se rejoignent. Les souffles se mêlèrent, les corps se rapprochèrent, les mains se redécouvrirent.

Affamées, elles recherchaient à combler le manque créé par le deuil.

Elles exploraient l'autre, se rappelaient de ses courbes et de ses lignes, cherchant à renouer avec le passé, à retrouver ce qui avait fait défaut pendant ces longs mois de solitude. La nécessité de retrouver la sérénité qui les comblait auparavant était puissante. Le besoin de l'autre n'était pas tant une soif primaire basique fondée sur le sexe, mais plus une réelle exigence d'échapper à la solitude.

L'un comme l'autre cherchait à fuir cet état d'isolement, ne supportant pas davantage de demeurer esseulé. Ce deuil les avait frappés au plus profond de leur être. Il avait blessé leur chair et menaçait de les emporter s'ils l'enduraient chacun de leur côté. Être ensemble n'avait pas d'autre but que de traverser les épreuves à deux.

Se soutenir mutuellement, se relever successivement faisait partie du contrat. Partager la douleur, supporter ensemble le poids de la souffrance distinguait un couple. Ils avaient promis d'affronter ensemble toutes les épreuves que la vie poserait sur leur chemin. Ils avaient promis d'être toujours présent l'un pour l'autre. Cette promesse fondait la base de leur couple. Pendant que leurs corps se recherchaient, se retrouvaient et s'unissaient, ils se rappelaient de ce serment. Son importance fondamentale dans leur histoire. Son respect, capital pour leur avenir.

Les mains agrippaient, touchaient, caressaient, les lèvres baisaient, effleuraient et nourrissaient ce désir impérieux de sentir l'autre près de soi, en soi pour faire à cette terrible épreuve à deux. L'union serait leur force. Comme toujours.

Ils se renforçaient avec la présence de l'autre, ils s'armaient, combattifs, aspirant et partageant l'énergie que leur symbiose produisait. Cette force commune les vivifierait face à ce deuil insoutenable. Ensemble, ils vaincraient.

Grâce à Shikamaru, Temari sortirait de cet état apathique, de ce naufrage psychique qui la tuerait. Grâce à elle, Shikamaru émergeait de son effondrement.

Ensemble, ils surmonteraient la disparition de leur fille.

Plus aucune barrière ne faisait obstacle à leur union. L'un dans l'autre, les mains s'accrochant au corps, les bouches expirant bruyamment. Leur cœur battait rapidement, s'accordant au rythme soutenu de leur échange.

Peau contre peau, bouche contre poitrine, main contre lèvres, pas une partie de leur corps ne se soudait à l'autre. Tout était rapide, brusque, illustrant l'état désespéré qui les habitait. La soif du soutien de l'autre guidait leurs corps, la rédemption, le soulagement qu'ils attendaient de leur partenaire les enfiévrait. Les spirales de la jouissance frappèrent subitement Temari.

Ce fut soudain, puissant et blasphématoire.

La réalité la frappa brutalement.

Sans prévenir, avant qu'elle ne puisse se contrôler, elle éclata en sanglots.

Les barrières solidement édifiées pour affronter ce deuil s'effritèrent et tombèrent en poussière, son orgasme libérant un flot de larmes. Ces larmes qu'elle avait vaillamment retenues, refoulées durant tous ces mois, refusant de pleurer la mort de son enfant. Pleurer révélait son impuissance, signifiait que leur fille ne reviendra pas. Pleurer symbolisait son chagrin incommensurable, son état de mère endeuillée. Pleurer revenait à admettre que son bébé ne deviendrait jamais une fillette allant à l'école, jouant au base-ball, faisant du judo et entrant à l'université.

Pleurer, pleurer et se confronter à l'inévitable, à l'indubitable.

Pleurer la mort de sa fille mettait en exergue sa vulnérabilité, sa faiblesse face à ce deuil trop dur à supporter.

Les sanglots noyaient sa gorge, les larmes inondaient son visage et la brûlaient.

Son être se tordait sous la souffrance, son déni violemment battu par la réalité cruelle. Dans cet enfer, deux bras l'enlacèrent plus fortement, l'attirant contre l'homme le plus doux qu'elle n'ait jamais connu. Et même si les pleurs continuaient, le degré de souffrance diminuait, à mesure qu'elle réalisait qu'elle n'était pas seule. Une nouvelle vague de sanglots étreignit sa poitrine et à corps perdu, elle s'abandonna à Shikamaru. Ses mains le serraient plus fermement, ses ongles s'enfonçaient dans sa chair. Elle avait terriblement besoin de lui.

Seule, elle ne parviendrait pas à faire surface.

Avec une délicatesse infinie, Shikamaru essuya son visage, retenant à grand peine ses propres larmes. Il ignora les pincements marquant son dos et ses flancs et embrassa doucement sa femme. Il baisa son front, ses tempes, enfouit son visage dans son cou et la laissa déverser les larmes qu'elle ne s'était pas autorisée à verser.

Il demeura en elle, près d'elle, la tenant contre lui, refusant de la livrer à elle-même. Ils resteraient ensemble.