Titre : Le sang des innocents

Auteur : Tabourette

Beta : Celikwi et ClaP74

Rating : MA (pour une bonne raison)

Note 1: cette histoire contient des relations homosexuelles donc toutes les personnes que cela rebute, passez votre chemin

Note 2 : Merci beaucoup aux deux betas qui ont corrigé ce chapitre, Celikwi et ClaP74.

Diclaimer : les lieux et personnages de l'univers d'Harry Potter appartiennent exclusivement à leur auteur J.K Rowling. Le reste, c'est tout à moi ! :D

Petit mot de ma beta, ClaP74 : Si je devais décrire ce chapitre en un seul mot, ce serait probablement "Fantastique" ! Quelle imagination débordante, quelle maîtrise des mots. Les sentiments sont magnifiques, les personnages sont superbes et l'intrigue est incroyablement bien tissée ! On découvre un nouveau Severus qu'on ne peut qu'aimer, un Harry complètement perdu. On en apprend aussi énormément sur les vampires, et je vous assure que ce chapitre va vous donner des frissons de plaisir ! Tabourette nous mènes par le bout du nez dès le début, et franchement, avouons-le, c'est génial ! Alors, les lecteurs et les lectrices, enjoy ! Ce chapitre est plein de promesses !

Petit mot de moi-même : Voici le deuxième chapitre de cette histoire. Apparemment ClaP74 n'est pas de mon avis d'après son merveilleux commentaire ^^, mais j'aime un peu moins ce chapitre. Mais il est sorti comme ça. J'ai beau l'avoir retourné dans tous les sens, je n'ai pas réussi à l'améliorer plus que ça et je m'en excuse. Mais peut-être que je suis trop dur avec moi-même... Histoire de compenser, le chapitre 3 fait partis de mes préférés (si ça peut vous motiver à continuer l'aventure avec moi même si vous aimez moins ce chapitre ci…^^)

Un grand merci à celles et ceux qui ont laissé des reviews et à qui je n'ai pas pu répondre par MP : X1, Zeugma, Kapu, Babylon et Oj24

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À peine le contact visuel fut-il rompu, à peine ses yeux et son esprit se furent fermés que toute brume se dissipa. Les sensations revinrent, sa conscience aussi.

Harry ouvrit brusquement les paupières, oppressé par l'obscurité qu'elles procuraient.

Au-dessus de lui, Severus eut un mouvement de recul sous la surprise. Il se redressa et regarda fixement son élève, incertain.

-Potter ? Demanda-t-il perturbé.

-Oui professeur ?

-Vous allez bien ? S'inquiéta le maître des potions.

-Euh...oui, très bien. Vous commencez quand ?

Severus fut désappointé devant une telle question, surtout à ce moment là du processus.

-C'est fait Potter...

-Ah ! Ça n'agit pas tout de suite ?

-Si. Normalement...

-Oh.

Harry se redressa et fit face à son professeur.

-J'ai quelque chose qui ne va pas ? Pourquoi ça ne fonctionne pas ?

-Je n'en ai aucune idée Potter.

Severus détestait ne pas réussir. Autant dire qu'il n'était pas des plus contents.

-Recommençons vous voulez bien ?

Harry acquiesça malgré sa joie de l'échec. Il avait fait la promesse de ne pas résister.

Severus posa ses mains sur les épaules de son élève et, doucement, le força à se rallonger. Ils se remirent ensuite tous deux dans la même position que précédemment et le même scénario recommença.

Encore une fois, Harry rouvrit les yeux

Sans bouger, l'élève et le professeur se regardèrent sans comprendre.

-Potter ?

Harry secoua la tête.

Dans un soupir, Severus se laissa tomber sur la chaise. Il n'aimait pas se laisser aller de la sorte en publique mais la fatigue se faisait sentir et il fallait mieux qu'il s'éloigne du jeune homme. Malheureusement, sa position ne l'empêchait pas de voir l'artère carotide du Survivant battre sous la peau.

Severus déglutit difficilement. Tous ses sens se souvenaient encore du goût si onctueux du sang d'Harry. Il n'avait encore jamais eu l'occasion de sentir une telle sensation quand il l'avait mordu pour le soigner et savait avec certitude qu'il ne l'oublierait pas de si tôt.

Plus un sorcier était puissant, plus son sang était délectable, mais avec un tel goût, Harry devait surclasser tous les sorciers ayant jamais existé. Severus comprenait que Liam n'ait pas pu s'arrêter.

Le maître des potions crispa ses doigts sur le tissu de son pantalon. La soif se faisait de plus en plus ressentir et c'est avec difficulté que Severus se retenait de bondir pour se nourrir à la source si savoureuse. Jamais encore il n'avait perdu autant le contrôle après avoir usé de son pouvoir, jamais il n'avait été autant attiré par un sang qui ne coulait même pas.

Severus serra les dents et ferma les yeux.

-Professeur ? Vous allez recommencer ? Le questionna Harry, toujours allongé.

-Non, je ne peux pas.

-Comment ça ?

Severus détestait avouer ses faiblesses, mais Potter en savait déjà trop et il valait mieux arrêter maintenant avant qu'il ne fasse quelque chose qu'il allait regretter.

-Chaque fois que j'utilise mon pouvoir, je puise dans mon énergie vitale. Ça m'affaiblit.

-Oh. Il faut que vous vous reposiez un peu avant de recommencer alors.

-Non, il faut que je me nourrisse...

Harry déglutit quand il vit les yeux remplis de désir de son professeur se poser sur son cou.

Un mouvement infime et involontaire rapprocha Severus de son élève. Il n'arrivait plus à détacher son regard de cette peau si tendre.

Dans un réflexe de protection, Harry plaqua sa main sur la zone de son cou que fixait si hypnotiquement son professeur. Le claquement que produisit la rencontre des deux peaux sortit le maître des potions de sa contemplation.

Severus toussota discrètement pour se donner contenance et se leva.

-Hum. Je vais vous laisser vous reposer, Potter.

Autrement dit je vais sortir avant de vous vider de votre sang dessus traduisit Harry.

Severus se leva et se dirigea vers la porte qu'il ouvrit, le poing crispé sur la poignée. Il fallait qu'il quitte la pièce le plus vite possible avant de craquer.

Il ne put pourtant s'empêcher de jeter un dernier regard à Harry avant de sortir.

Severus passa une main tremblante dans ses cheveux. Il fallait vraiment qu'il se nourrisse, mais le sang qu'il buvait habituellement l'attirait encore moins que d'ordinaire. Comment apprécier autre chose après avoir goûté au sang si particulier de Potter. Malgré tout, Severus savait qu'il n'avait pas le choix. Il se redressa et disparut dans le couloir.

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Dès que son professeur fut sorti, Harry se rallongea sur le matelas dur de son lit. Malgré le détachement qu'il avait affiché par rapport à sa situation, il ne se sentait pas rassuré du tout. Il faut dire, pour sa défense, que la situation dans laquelle il se trouvait actuellement était tout sauf habituelle. Se faire attaquer en pleine rue, ça passait encore, rien de bien inhabituel quant on s'appelait Harry Potter, quoique ce soit la première fois que ça lui arrive dans le monde moldu, près de chez son oncle et sa tante en plus. Mais bon, admettons. Se faire sauver et ramener à la vie par son professeur de potion honni, tout de suite on passait dans le domaine de l'étrange, mais en plus découvrir qu'il était un vampire ! Harry avait donc bien le droit de se sentir quelque peu dérouté. Comment un vampire pouvait-il se cacher aux yeux de tous aussi longtemps ? Les vampires ne sont-ils pas censés dormir dans des cercueils, avoir peur des crucifix, de l'ail et de l'eau bénite et brûler au contact du soleil ? En tout cas c'est la vision qu'on avait d'eux dans le monde moldu. Peut-être devrait-il se renseigner un peu plus et se mettre à jour… Quelques minutes plus tôt, Harry ne savait même pas que leur existence dépassait le domaine de la fiction. Et peut-être que dans une autre poignée d'heures il ne s'en ressouviendrait pas. Harry trouvait ça injuste qu'on l'oblige à oublier sans qu'on ne lui demande vraiment son avis. Quoique si Snape demandait son avis à toutes ses victimes, Harry doutait qu'il y en ait beaucoup qui acceptent volontiers de perdre la mémoire.

Harry suivit des yeux le mouvement d'une des petites boules de lumière qui flottait au plafond. Elles se trouvaient presque toute au-dessus de son lit, éclairant comme en plein jour le coin où il se trouvait, alors que le reste de la pièce était plongé dans une douce pénombre qu'aucune fenêtre de venaient chasser. Apparemment, il se trouvait sous terre. Rien d'étonnant s'il était dans un repère de vampires.

Le regard d'Harry se tourna vers la porte qu'avait claquée son professeur quelques minutes plus tôt. En quelques instants, il en avait appris beaucoup plus sur le maître de potion qu'en six ans d'enseignement passés avec lui. Mais sa nature vampirique était surement une chose qu'on ne criait pas sur les toits. Les yeux toujours posés sur la poignée de porte, Harry sursauta quand cette dernière s'ouvrit brusquement pour dévoiler la présence de l'homme aux cheveux bruns de tout à l'heure. Il s'effaça pour laisser entrer la jeune femme rousse dans la pièce. Il lança un regard lourd de sens à Harry, le défiant de faire le moindre mal à sa compagne, avant de refermer la porte sans qu'un son n'ait franchi ses lèvres.

-Et bien ! S'exclama Guiliane. Ce n'est pas souvent que je vois Severus dans cet état ! J'ai cru comprendre entre deux grognements qu'il n'avait pas réussi à effacer tes souvenirs ?

Harry rougit légèrement. Quoiqu'il face il fallait toujours qu'il se fasse remarquer. Même quand il ne faisait rien d'ailleurs…

-Je suis désolé, dit Harry tout bas, la tête baissée.

-Oh, mais tu n'as pas à t'excuser, au contraire ! Je dois avouer que je ne suis pas vraiment partisane de cette pratique d'effacement de la mémoire. J'ai failli faire aussi partie des victimes et si Ulver n'était pas intervenu à temps, je serais passée à côté de quelque chose de grandiose.

-Ulver ? C'est l'homme de tout à l'heure ? demanda Harry que l'attitude de la jeune femme mettait à l'aise.

Le visage de Guiliane s'adoucit à la pensée de son compagnon.

-Oui, c'est lui, sourit-elle. Le rencontrer a été la meilleure chose qui me soit arrivée.

Sans aucun doute, la jeune femme était profondément amoureuse de son partenaire, et à en croire l'attitude de celui-ci, c'était réciproque.

-Le fait que ce soit un vampire ne vous dérange pas ? Qu'il se nourrisse de sang humain, qu'il soit immortel ?

-Non, je me suis habitué à l'idée depuis un moment déjà. De toute façon, le seul sang qu'il boit à présent c'est le mien et tant que je suis lié à lui, le temps passe sur moi comme il le fait pour lui.

Harry écarquilla de grands yeux. L'attitude de Guiliane le perturbait complètement. Comment pouvait-elle accepter si facilement sa situation ?!

-Ça ne vous dérange pas d'être sa réserve de sang ?! Qu'il vous considère comme…un garde-manger…

La jeune femme éclata de rire. Ses yeux verts étincelaient alors qu'elle prenait place sur la chaise que venait d'abandonner son professeur.

Elle posa avec douceur sa main fraiche sur le bras du brun.

-C'est un peu plus compliqué que ça, reprit-elle une fois calmé. Il y a une sorte de lien qui s'est tissé entre nous. Je…comment t'expliquer ça sans que ça ne te paraisse avilissant alors que c'est une si belle chose.

Les yeux dans le vague, elle cherchait ses mots.

-Il existe une sorte de rituel chez les vampires. En temps normal, un vampire doit se chercher une proie pour se nourrir, c'est assez fastidieux et certains vampires se répugnent à boire le sang d'âmes innocentes, comme Severus par exemple. Il ne faut pas oublier qu'avant d'être des vampires, ce sont des êtres humains. Ce n'est pas parce qu'ils se sont transformés qu'ils ont perdu cette part d'humanité qui nous habite tous. Même si je dois admettre que certains se laissent aller à user et abuser de leurs nouvelles capacités. Mais la plupart des vampires restent aussi civilisés que toi et moi. Mais en tout cas, la façon de se nourrir reste un sujet primordial chez les vampires. Si jamais ils passent plusieurs jours sans boire, ils ont tendance à devenir violents et perdre toute raison. Ils deviennent sauvages en quelque sorte. Si tu te rappelles le comportement qu'a eu Liam avec toi, tu dois voir ce que veux dire.

Harry déglutit difficilement à ce souvenir pénible, mais hocha la tête. Oh que oui, il voyait ce qu'elle voulait dire !

Guiliane sourit de son comportement.

-Ne t'inquiète pas, il ne te fera plus de mal. D'une part parce qu'il est rassasié à présent et d'autre part parce qu'il respecte beaucoup trop Severus pour aller à l'encontre de la protection qu'il t'a accordée.

Harry la regarda, perdu.

-Snape, euh, je veux dire, le professeur Snape m'a accordé sa protection ?

-Oh oui ! Ce qu'il a fait pour toi montre bien combien il estime ta vie. Te sauver la vie de la manière dont il l'a fait est vraiment rare pour un vampire. Il entre en quelque sorte en communion avec toi. Ça ne dure certes que quelques minutes voir heures, mais c'est quelque chose d'assez intime pour que ça en devienne dérangeant pour le vampire qui le pratique. En temps normal, un vampire ne mélange son sang pour sauver quelqu'un qu'à condition d'être très proche de la personne. C'est comme se mettre à nu devant toi. Bien sûr, tu ne t'es rendu compte de rien à cause de ton inconscience, mais Severus, lui, l'a vraiment expérimenté. C'est la première fois qu'il le faisait et ça l'a un peu chamboulé.

Harry essaya d'imaginer ce qu'avait pu ressentir son professeur, mais s'arrêta bien vite quand il commença à voir Snape nu devant lui ! C'est bon, il avait saisi le principe !

Le brun toussota pour cacher sa gêne, mais Guiliane ne semblait s'être rendu compte de rien.

-Pourquoi a-t-il fait ça pour moi ? Je veux dire, nos relations sont assez tendues.

-J'ai cru comprendre oui, mais Severus à un sens moral très strict et laisser un de ses élèves mourir va à l'encontre de celui-ci. Il a donc jugé de son devoir de te sauver, même si c'était quelque chose de perturbant pour lui. Comme je le disais, c'est généralement une pratique dont on use avec quelqu'un de très proche.

-Ulver l'a fait pour vous ? Questionna Harry.

-Non, il ne l'a pas fait, ce qu'il a fait pour moi est un geste encore plus marquant, beaucoup plus intime.

Harry cligna des yeux, attendant la suite.

-Comme je te l'ai dit, se nourrir est primordial chez les vampires et trouver des proies est toujours fastidieux. C'est pour ça que quand un vampire a trouvé la bonne personne et est prêt à s'engager, il crée une sorte de lien avec cette personne. Un peu comme un mariage en quelque sorte, mais beaucoup plus intime. Je ne sais pas vraiment comment t'expliquer ça correctement. Les personnes comme moi deviennent la Source du vampire. Nous sommes leur garde-manger comme tu l'as si joliment dit tout à l'heure, sourit Guiliane, mais c'est un peu plus que ça. Une fois lié à moi, Ulver ne peut plus boire d'autre sang que le mien. Pas que ça le tuerait, mais le sang de quelqu'un d'autre aurait un goût horrible pour lui et de toute façon, un vampire lié n'a plus l'envie de boire un autre sang. C'est un peu devenu sa drogue. Le lien qui s'établit alors entre le vampire et sa Source n'est en aucune mesure comparable à autre chose.

Harry l'écoutait sans dire un mot, complètement envouté par ce que lui racontait Guiliane. Elle semblait si heureuse de ce qui lui arrivait, être la Source d'un vampire avait l'air vraiment merveilleux si on l'écoutait. Mais l'amour qu'elle portait à son compagnon devait y être pour beaucoup. Une personne devenue Source contre son gré ne devait pas tenir le même discours.

-Tous les couples Source-vampire sont-ils aussi heureux que vous ? N'est-ce pas une forme d'asservissement de devenir la propriété d'un vampire si on n'en a pas envie ?

-Aucun couple que je connaisse n'est malheureux, personne n'a été fait Source contre son gré et aucun vampire ne s'aventurerait à obliger quelqu'un. Si un vampire obligeait une personne à devenir son calice, la relation qui s'établirait entre eux serait aussi désagréable pour l'un que pour l'autre. Les vampires qui ne sont pas prêts à se dévouer à quelqu'un évitent de prendre une Source, ils se contentent de se trouver différentes proies.

-Et pourquoi ne pas choisir une personne, la considérer comme sa Source sans pour autant quelle le devienne vraiment ?

-Tu veux dire, se nourrir toujours de la même personne ?

Harry acquiesça.

-Ce n'est pas possible. Un humain qui se fait mordre trois fois entre deux Lunes se retrouve dans une situation fâcheuse et les vampires ne sont pas forcément prêts à en assumer les conséquences.

-Qu'est-ce qui arrive à la personne ? demanda Harry de plus en plus curieux.

-La troisième morsure tisse une sorte de lien entre le vampire et sa victime. Même si les précédentes morsures ne viennent pas de lui. Si le lien n'est pas consolidé, la victime meurt, tout simplement, même si la morsure n'est pas mortelle. Le seul moyen pour le vampire de la sauver c'est soit d'en faire sa Source, soit d'en faire un vampire. Dans ce dernier cas, le lien évolue dans une sorte relation filiale, quand ça se passe bien… Le plus souvent, un vampire qui a commis l'erreur de mordre une troisième fois une personne ne veut pas « s'encombrer » et la laisse mourir. Comme je te l'ai dit, établir un lien avec un humain n'est pas une chose à prendre à la légère pour un vampire.

-Mais ça doit arriver souvent ce genre de problème, non ?

-Dis donc, tu es bien avide d'apprendre, rigola Guiliane. Pour te répondre, non, à chaque morsure, le vampire laisse la trace de son passage sur la victime. Je ne sais pas vraiment comment ça se passe, si c'est une odeur ou une sensation, mais un autre vampire saura qu'il ne faut pas l'attaquer au risque de se retrouver avec ce problème sur les bras. Généralement, ça ne se passe pas trop mal. Les vampires restent civilisés et essayent de suivre les règles de conduite qui sont établies. Ils restent des humains après tout, quoiqu'un peu plus dépendant de leurs besoins.

Harry était en train de se rendre compte que la vie d'un vampire n'était pas que faite de comportement insouciant. Ses pensées revinrent à son professeur. Jamais il n'aurait pu imaginer qu'il soit un vampire.

-Le professeur Snape a-t-il une Source ?

-Non, rigola Guiliane, et je le vois mal en prendre un. Il est tellement austère et froid !

Harry sourit. Il ne pouvait que lui donner raison. Mais son sourire disparu quand il imagina Snape en train de chasser un de ses pauvres élèves pour lui boire son sang avant de lui effacer la mémoire. Peut-être que le nid de personnes insouciantes qu'est Poudlard était la raison qui avait poussé Snape à devenir professeur. Parce que franchement, le maître des potions n'avait pas vraiment l'air d'apprécier son travail et d'avoir l'âme d'un professeur.

Comme si elle avait lu dans ses pensées, Guiliane le rassura d'un sourire.

-Ne t'inquiète pas, Severus est totalement inoffensif. C'est un des rares vampires que je connaisse qui rechigne à se nourrir de sang frais. Ça fait plusieurs années déjà que je ne l'ai pas vu attaquer une personne pour se nourrir. Je ne sais pas comment il fait, mais il arrive à se procurer du sang autrement qu'en plantant ses crocs dans la chair d'une pauvre personne. Et je peux te dire par expérience qu'un vampire à beaucoup de mal à résister à l'envie de boire le sang à sa source. Quoique, ça expliquerait l'air renfrogné qu'a tout le temps Severus. Il doit être frustré le pauvre petit pépère.

Harry sursauta et avala sa salive de travers. Une quinte de toux le saisit. Comment quelqu'un de normalement constitué pouvait appeler Snape « petit pépère » ?! D'accord, Severus n'était pas aussi terrible qu'il voulait le faire croire, preuve était la manière dont il s'était comporté avec lui un peu plus tôt. Sans être vraiment attentionné, il n'avait pas vraiment été désagréable avec Harry et plutôt soucieux de lui avant de lui effacer la mémoire. Mais ce n'est pas pour autant qu'Harry allait l'appeler « petit pépère »…

Dans un dernier toussotement, Harry s'écroula sur son lit, complètement épuisé.

Guiliane se leva et alla chercher une fiole dans un des placards dont la porte avait précédemment été réduite à néant. Revenant vers Harry, elle lui tendit la potion.

-Tient, boit ça, ça va t'aider à dormir. Ton corps est encore faible. Le sang de Severus doit être totalement éliminé maintenant, mis tu as quand même passé presque une heure au bord de la mort. Un corps ne peut pas s'en remettre immédiatement.

Harry jeta un coup d'œil vers la porte fermée. Guiliane suivit son regard.

-Je ne sais pas quand Severus va revenir. Surement quand il aura trouvé ce qu'il peut faire avec toi. Mais tant que tu dormiras, je te jure qu'il ne te fera rien.

Avec réticence, Harry porta le flacon à ses lèvres et en avala le contenu. Quelques secondes plus tard seulement, il sentit ses paupières se faire lourdes et ses yeux le picoter. Docile, il les ferma et s'endormit presque aussitôt.

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Severus soupira. Qu'est ce qu'il allait faire de Potter ? Et qu'est ce qu'il allait faire de lui-même ? Il avait été à deux doigts de sauter sur son élève et d'enfoncer ses dents dans sa chair si tentante. Il aurait suffi qu'il ait un peu moins de contrôle sur ses pulsions pour que… Mieux valait ne pas penser aux conséquences. Il avait réussi à se contrôler, c'était le principal. Mais cela ne résolvait aucunement son problème avec Potter. Pourquoi est-ce qu'il n'arrivait pas à effacer sa mémoire ? Jamais jusqu'à présent sa capacité ne lui avait fait défaut. Et pourtant, il n'avait rien pu faire. Rien. Potter avait toujours ses souvenirs et en prime, il avait soif ! Qu'est ce qu'il détestait se nourrir. Rien que d'imaginer ce sang insipide lui couler dans la gorge le révulsait. Mais attaquer une personne innocente lui était encore plus détestable. Le souvenir de son premier repas en tant que vampire ne cessait de le hanter dès qu'il envisageait la perspective de mordre quelqu'un pour enfin assouvir cette soif qui le tenait depuis trop longtemps. Un manque se faisait toujours ressentir lorsqu'il buvait ce sang sans saveur et à de nombreuses reprises, il avait été sur le point de craquer et de partir en chasse. Mais le souvenir de cette nuit sanglante, de cette boucherie ressurgissait et lui faisait reprendre le contrôle de lui-même. Il savait qu'à présent il serait parfaitement capable de mordre quelqu'un sans que cela vire au bain de sang. Il n'était plus un nouveau-né qui ne savait pas se contrôler. Surtout que maintenant l'hypnose n'avait plus aucun secret pour lui.

Severus se redressa. Et si… Et si ce n'était pas ça capacité à effacer les mémoires qui était en cause. Et si…

Severus se releva vivement et dans un mouvement fluide, sortit de la pièce. Il n'eut pas à chercher bien longtemps Liam, ses cris exubérants lui traçaient un chemin fléché jusqu'à lui.

-Liam ! Cria Severus

Le dénommé Liam tourna la tête vers Severus et sans aucune considération pour les personnes à qui il parlait, il s'approcha de lui.

-Oui Rus ?

Le regard noir qu'il reçut à l'énoncé de ce surnom ridicule ne fit en aucun cas disparaitre le sourire du blond. Severus soupira. Il allait vraiment falloir qu'il revoie ses regards meurtriers, ils n'avaient plus vraiment l'air de faire effet…

-Liam, quand tu as attaqué Harry Potter, tu l'as hypnotisé avant ?

Le blond prit un air faussement outré.

-Bien sûr ! Je sais que tu n'aimes pas quand je mords quelqu'un sans l'hypnotiser avant alors je ne le fais plus.

-Pourtant je l'ai entendu crier quand tu l'as mordu. Reprit Severus.

-Oui, je sais, mais je ne comprends pas pourquoi. Je suis pourtant sûr de bien l'avoir fait, je l'ai senti devenir tout ramollo et sans défense avant de le mordre. Mais dès que j'ai arrêté, il a semblé reprendre conscience. Pourtant, je t'assure que je l'ai hypnotisé ! Tu me crois, hein, Severus ?!

Son regard de chien battu dont il usait et abusait ne faisait plus aucun effet à Severus, pourtant, Liam continuait à l'utiliser avec lui.

-C'est bon, je te crois…

-Il parait que tu n'as pas réussi à lui effacer la mémoire ? Tu te ramollis Rus !

Severus lui frappa l'arrière de la tête avant de partir vers l'infirmerie de Guiliane. Derrière lui, il entendit le ricanement du blond le suivre.

Arriver devant la porte, Severus hésita à entrer. Il avait encore soif, mais les quelques gouttes de sang qu'il avait avalées après être sorti de l'infirmerie lui suffiraient pour résister à la tentation. Mais ce n'était pas ça le problème. Le problème c'est qu'il ne savait pas quoi faire de Potter et redoutait de se retrouver face au regard si pur et pourtant complètement détruit de son élève. La guerre avait marqué tout le monde, mais lui un peu plus que les autres. Logique. Pourtant en apparence, Potter ne semblait pas en souffrir plus que ça et peut être Severus aurait-il gardé cette impression s'il n'avait pas partagé son sang avec son élève. Il avait ressenti des choses que le jeune homme n'était surement pas prêt à partager, surtout avec lui. Oh, ce n'était rien de vraiment précis, pas des images ou des souvenirs comme avec l'occlumencie, plutôt des sensations, des peurs, de la douleur et de la joie. Plus de douleur que de joie d'ailleurs. Mais ça ne le regardait pas.

À cause de cette nouvelle vision de lui, le regard qu'il portait sur son élève avait inconsciemment changé. Sans qu'il en ait vraiment eu conscience, le mépris qu'il éprouvait pour lui n'avait pas obscurci sa vision des choses lorsqu'il avait conversé avec lui un peu plus. Il s'était comporté avec lui comme avec n'importe quelle autre personne qui n'avait aucun lien avec Poudlard, ce qui se réduisait à peu de gens. Severus n'était pas vraiment réputé pour sa sociabilité et son amicalité, même quant il tombait le masque du professeur de potions.

Toujours planté devant la porte, Severus finit par entrer dans l'infirmerie de Guiliane. Généralement, elle servait aux Sources dont l'emportement de leur vampire pendant qu'il se nourrissait ou pendant des ébats amoureux un peu trop passionnés leur était préjudiciable. C'était la première fois au souvenir de Severus, depuis qu'il venait ici, que cette infirmerie servait à une victime. Le maître des potions avait du mal à s'imaginer Potter en victime, mais c'était bien ce qu'il était.

La porte ouverte révéla un Potter endormi dans son lit avec Guiliane qui vaquait à ses occupations dans la pièce. À son entrée, l'infirmière tourna la tête et lui sourit, tout en lui intimant le silence.

Il s'approcha doucement d'elle.

-Comment il va ? Demande l'austère professeur des potions.

Il se souciait rarement du bien-être des gens, mais dans le cas de Potter, il se sentait légèrement responsable. Il était à quelques mètres seulement de lui pendant qu'il se faisait attaquer, et il n'avait rien fait.

-Il va mieux. Je lui ai donné une potion pour dormir, histoire de soulager un peu son corps de toute la tension qu'il a emmagasiné. Je pense qu'il ne va pas tarder à se réveiller, tu peux attendre ici si tu veux.

Severus se renfrogna. Détournant les yeux de la jeune femme, il lui avoua, gêné par son attitude :

-Je ne suis pas sûr qu'il veuille me voir. J'ai… J'ai eu envie de le mordre et il l'a vu.

Devant son air dépité, elle posa une main compatissante sur l'épaule de son ami.

-Ne t'inquiète pas, je lui ai dit que tu étais un gentil vampire.

Elle ricana en voyant la grimace qui traversait le visage de Severus.

-Je ne suis pas gentil ! Et puis je ne pense pas que cela ait suffi à le rassurer, il me côtoie depuis 6 ans.

-Il te côtoie peut-être, mais il ne te connait pas et je pense qu'il en a conscience. Il n'a pas l'air d'être du genre à avoir des préjugés sur les gens.

-Oh si, il l'est, en ce qui me concerne en tout cas.

-Je lui ai parlé un peu des vampires et il avait plus l'air intéressé que perturbé ou rempli d'a priori.

-Tu lui as parlé des vampires ?! Mais je n'arrive pas à lui effacer la mémoire, il risque de s'en souvenir !

-C'était le but à la base, rigola Guiliane. Je ne voulais pas qu'il ait une trop mauvaise opinion de toi, de nous.

Severus grommela.

-Je ne pense pas que ça suffira à lui faire changer le regard qu'il a sur moi.

-Pourquoi ? Demanda la jeune femme rousse un sourire au coin des lèvres, tu veux qu'il te voit autrement ?

-Non, je m'en fiche.

-Severus.

-Quoi ?

-Non, rien, soupira la jeune femme. Tu me désespères Severus, tu le sais ça ?

Severus lui offrit un sourire goguenard et malicieux qu'il ne montrait qu'à ses amis.

Guiliane sourit malgré elle. Severus avait un caractère impossible, mais elle ne pouvait s'empêcher de l'apprécier. Elle était tellement désolée pour lui qu'il soit si seul, si renfermé sur lui-même. Elle aurait voulu que tout le monde partage le même bonheur qu'elle connaissait avec Ulver. Surtout Severus, il le méritait.

-Je pense que tu ne devrais pas effacer la mémoire de ce garçon. Je ne pense pas qu'il causera des problèmes à la race des vampires. Il a plus l'air intéressé par le sujet qu'hostile. Tu pourrais peut-être parler avec lui de ta condition, ça te ferait peut-être du bien d'en discuter avec quelqu'un d'étranger au milieu.

-Quoi ! S'offusqua Severus, tu veux que je me confie à ce gosse ?

-Ce n'est pas un gosse Severus, il n'a que quatre ans de moins que moi.

-C'est bien ce que je dis.

Guiliane voulut lui frapper la tête pour son insolence, mais autant essayer d'épingler une mouche sur un mur avec une fourchette. Un vampire était très difficile à surprendre et encore plus à toucher s'il ne le voulait pas.

-Pfff ! Bon, je te laisse si c'est comme ça. Essaye de ne pas le bouffer !

Severus lui jeta un regard noir qu'elle ignora avant de sortir de la pièce.

Son attention de nouveau portée sur Potter, il alla s'assoir sur la chaise qui était restée près du lit alors que les paupières de son élève commençaient à s'agiter.

Qu'est-ce qu'il allait faire de lui ?

Harry sentit les bribes de sommeil qui l'enveloppait s'effilocher. Il souleva difficilement les paupières encore engourdies de sommeil et ouvrit les yeux. Il sursauta en croisant le regard de son professeur posé sur lui, mais ne détourna pas les yeux. Pendant plusieurs secondes, ils restèrent à se fixer.

Son professeur finit par rompre le silence.

-Qu'est-ce que je vais faire de vous, Potter…

Harry haussa les épaules et afficha un sourire mi-malicieux, mi-innocent.

Sous les yeux écarquillés de surprise de son élève, Severus se laissa tomber contre le dossier de sa chaise dans un soupir et s'avachit sur son siège.

À suivre