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Suffocation - Crystal Castles en fond sonore, évidemment.


CHAP 2

SUFFOCATION

We ignore, refused consent
Animals do not repent
Courtesy to intervene
Weathered down my selfish needs

Aux premiers coups tapés contre leur porte d'entrée, Scorpius se redresse brusquement du lit. Il est dix-huit heures trente et Albus n'est pas encore rentré. Il ne sait pas avec qui il a rendez-vous, mais le jeune homme ne s'attendait pas à ce qu'il y passe autant de temps. Soupirant, il entend distraitement Louis courir vers la porte et ouvrir à sa cousine. Il y a des embrassades et des câlins, et Scorpius se dit qu'il devrait y aller aussi. Passant une main lasse sur son visage, il jette un coup d'œil à la pièce et se dit avoir suffisamment rangé cet après-midi. Leur lit est maintenant collé contre le mur, au coin de la pièce, et les draps sont refaits. À côté, Scorpius a aligné leurs armoires, repeintes en noir, dans lesquelles il a tant bien que mal rangé leur milliard d'affaires. Le mur opposé donne sur une fenêtre haute, et Scorpius a glissé en dessous leur coffre aux milles secrets, remplis de vinyles, CD, accessoires quelconques et souvenirs en commun. Le tapis gris est posé par terre, un peu au hasard, là où il tombe bien. Souriant, Scorpius se détourne finalement de la pièce, apaisé par cette aura de chez lui qu'il a déjà réussi à créer. Saisissant sa baguette, il la glisse dans sa poche arrière et enfile en vitesse un pull noir, avant de rejoindre Louis et les autres dans le salon.

Assise à même le sol, jouant distraitement avec les poils du tapis beige, Dominique relève la tête en le voyant arriver et lui adresse un large sourire. Scorpius est frappé par sa ressemblance avec Louis, lorsque leurs fossettes se creusent. Se redressant, la jeune femme lisse nonchalamment la longue robe bleue qu'elle porte, et glisse les mèches rebelles qui lui sont tombés sur les yeux derrière ses oreilles. Scorpius s'approche et, avec un sourire, lui fait la bise.

- Ma mère est toujours aussi folle de tes tableaux, Dominique !

Avec un rire, la jeune femme laisse reposer sa main sur le bras de Scorpius et s'exclame :

- Ta mère est un ange, mon beau ! Rien que grâce à elle, mon atelier fonctionnerait, ajoute-t-elle avec un clin d'oeil. Puis, se tournant vers son copain, qui s'est relevé en même temps qu'elle, Dominique fait : Je ne sais plus si vous vous connaissiez déjà ? Mais, en tous cas, Scorpius, Wes, Wes, Scorpius.

Tendant la main vers l'homme basané qui lui fait face, Scorpius aborde son sourire le plus sympathique et s'exclame :

- Enchanté ! C'est sympa de venir nous filer un coup de main…
- Avec plaisir ! Bébé Lou s'installe enfin tout seul, alors Grande Soeur Dom voulait absolument le couver quelques instants de plus, lâche-t-il avec un petit rire, adressant un clin d'oeil moqueur à son beau-frère.

Louis, les mains agrippées au dossier du fauteuil couleur taupe, lève les yeux au ciel mais un sourire trahit son amusement.

- Enfin, c'est bien beau de parler, mais vu la surface que vous avez, il ne faudra pas trop de nous quatre pour boucler ça avant le dîner. Vous savez manier le sortilège de peinture ?

Haussant les épaules, incertain, Louis se tourne vers Scorpius en grimaçant :

- Je suis pas doué pour tout ce qui est sortilège mais, toi, ça devrait le faire non ?

Surpris qu'il connaisse son habilité avec cette magie précise, avant de se rappeler que Louis est forcément au courant qu'il est à Bristol auprès d'un Maître en Sortilèges, Scorpius hoche la tête et s'exclame, rieur :

- Ma mère a des crises une fois tous les six mois où elle re-décore tout le manoir… Ça a fini par m'être utile.

Louis pouffe un peu, puis d'une impulsion, lâche le dossier et tape dans ses mains.

- On est prêts ?
- Allez ! Tu te charges des rafraîchissements, incapable de la baguette ?

Avec un cri offusqué, le jeune homme s'apprête à riposter mais sa sœur éclate de rire et le pousse vers la cuisine, en répétant des allez, allez ! Levant les yeux au ciel devant la scène, Wes se détourne du duo comique et retrousse ses manches.

- On commence par le salon ?
- Allez.
- Vous vous êtes fixés sur la couleur ?
- Hmm…
- On a qu'à dire blanc cassé pour ces trois murs, et celui-là on le fait taupe… Pas vrai Dom ?

La jeune femme, revenue de la cuisine, jette un coup d'œil rapide à la pièce avant d'hocher la tête. Et, aussitôt, les trois adultes se lancent dans la peinture. En silence, d'abord. Bercés par les pulsations de la musique que Louis a lancée, depuis la cuisine. Scorpius ne sait pas ce qu'il y fait exactement, et depuis quand il ne sait pas utiliser sa baguette pour quelque chose d'aussi simple que peindre, mais la bonne odeur qui se dégage au fur et à mesure qu'ils avancent le convainc de ne pas se plaindre. Louis entre en formation de maître pâtissier à l'université magique de Bristol à la rentrée, et Scorpius doit avouer que d'imaginer des pâtisseries pour leur dessert tous les soirs de l'année a été d'un fort argument pour leur colocation. Respirant profondément l'odeur de cannelle, Scorpius observe son pan de mur achevé, la cuisine, son pan de mur et… quelques secondes plus tard, abandonnant ses acolytes à leur peinture, il s'adosse aux montants de la porte de la cuisine et observe silencieusement Louis.

Les cheveux relevés, attachés en une queue de cheval tenant tant bien que mal, Louis a les joues rougies par la chaleur régnant dans la cuisine et l'air terriblement concentré. Le regard de son colocataire se perd sur son visage, les traits de son corps tendu dans l'effort lorsqu'il bat férocement des oeufs en neige et… Revenant brusquement à lui, Scorpius toussote pour effacer son malaise, faisant sursauter Louis. Ce dernier repose son bol de blancs montés et, essuyant son front de sa manche, tourne la tête vers lui. Un grand sourire se fend sur son visage alors qu'il s'exclame :

- Eh bien, on sèche sa corvée ?
- Hm, j'ai terminé ma moitié… et ça sentait bon par ici, alors…
- Viens voir, je fais des macarons. T'aimes ça ?

Les yeux de Scorpius s'illuminent brusquement, et il s'approche à petits pas. Les macarons doivent être sa confiserie préférée. Avec chaque bouchée refleurissent des dizaines de souvenirs de vacances dans le Sud de la France avec ses parents - les seuls vrais moments où ils lui accordaient tous deux tout leur temps. C'était leur îlot de bonheur à eux, l'endroit où ils se consacraient à leur famille et repartaient avec des fous rires à s'en rajouter des dizaines d'années de vie. Se posant derrière lui, Scorpius jette un coup d'oeil intéressé au plan de travail gigantesque, rempli de diverses préparations et d'une plaque déjà pleine de macarons cuits.

- Ils sont magnifiques ! Rah, regarde-moi ça, s'exclame aussitôt Scorpius, subjugué, en se penchant un peu plus vers eux, frôlant légèrement le dos du pâtissier.

Se figeant, le blond vénitien lâche un rire gêné.

- Ils sont pas si terribles en vrai, je me suis foiré en cassant les blancs… Mais si ça plaît, c'est le principal.
- Tu vas les fourrer à quoi ? demande alors Scorpius, en tournant la tête vers lui.

La proximité déstabilise Scorpius, ne s'étant pas aperçu qu'il s'était autant approché. Seulement, il ne se décale pas, inutile d'instaurer une distance ridicule entre eux. Louis le fixe quelques secondes avant de tourner la tête vers le plan de travail, lui pointant les différents bols.

- Ça, c'est chocolat-cannelle. Là, chocolat orange. Et là, framboise.
- On avait des framboises ? s'enquiert-il sans le quitter du regard.
- Euh, des surgelées, ouais. Ça va, t'aimes bien les goûts ?
- C'est parfait, rassure Scorpius avec un sourire. Ça donne envie, Louis, vraiment !
- De quoi ? s'exclame alors quelqu'un derrière eux.

Louis relève les yeux vers la porte et fait inconsciemment un geste en arrière, comme pour s'éloigner de Scorpius. Ce dernier fronce des sourcils, ne comprenant pas pourquoi ce recul, tant bien même Albus est arrivé. Se détournant, sur un dernier regard, le jeune homme arbore un sourire et se dirige vers son copain.

- Les macarons, baleine. Ils donnent envie, non ?
- Ah ouais, carrément même ! renchérit-il alors, dès qu'il eut posé ses yeux sur les douceurs. Roh Louis, c'était le meilleur plan du monde d'emménager avec toi !

Son cousin éclate de rire et s'exclame :

- Attends que mes cours commencent et qu'ils me demandent de tester des associations de goûts étranges !
- Ah parce qu'on est des gouteurs obligés ?
- C'était dans les petites lignes, sur le contrat de location, t'as pas vu ?

Levant les yeux au ciel, Albus se glisse derrière Scorpius, le prenant par la hanche et posant son menton sur son épaule. Cachant mal son sourire, il ignore cependant son cousin et s'exclame :

- Et ce soir, sinon, on s'commande des pizzas ?

I'm wasting my days as I've wasted my nights
And I've wasted my youth
You're waiting for something you've waited in vain
'Cause there's nothing for you, suffocation

Les boîtes vides des pizzas sont empilées sur la table, et ils sont tous là, à profiter du silence et du confort du salon, après cet après-midi de peinture. Dominique est aux pieds de Wes, assise en tailleur, la tête reposant sur ses genoux. Elle bâille, discrètement, puis tend deux doigts vers Louis. Nonchalamment, il saisit son paquet de roulées et lui en glisse une entre les deux doigts.

- Tu fais tourner ?

Sa sœur hoche la tête et, du bout de sa baguette, allume le joint de mandragore. Elle aspire une bouffée et ferme les yeux quelques instants.

- Vous êtes potes, à la base, vous deux ? lâche-t-elle brusquement, en pointant son cousin et Scorpius du doigt.

Al a un petit sourire et, se positionnant plus confortablement contre le blond, hoche la tête.

- Tu te rappelles pas le scandale que ça a fait ? Un Potter qui devient meilleur pote avec un Malfoy…
- Hum, je me souviens surtout de la tête d'Oncle Ron en apprenant qu'il invitait un Malfoy chez lui l'été de votre première année.
- C'est vrai qu'à la base, on est amis grâce à Rose, lui concède son cousin avec un rire. On partageait le même dortoir depuis trois semaines sans jamais s'être vraiment parlés, mais Rose est allée le voir d'elle-même dès qu'elle a appris qu'il avait des manuels de sortilèges supplémentaires sur sa table de nuit.
- Dès la rentrée ? s'horrifie alors Wes, en jetant un regard scandalisé vers Scorpius.

Saisissant le joint qu'il lui tend, le jeune homme hausse les épaules en souriant :

- L'enthousiasme du début, que veux-tu. Au final, je suis bien content d'avoir fait ma Granger, regarde comment j'ai fini.
- À fréquenter les Potter-Weasley… Je veux pas dire, mais d'ici six mois à vivre avec eux, tu finis malade mental, mon pauvre.

Dom lève les yeux et lui tape la cuisse, avant de reprendre :

- Écoute pas cet imbécile, on est la meilleure famille du monde. C'est drôle tous les jours avec nous.
- Hmm, sept ans en dortoir avec Albus c'était déjà un avant-goût assez préparateur, je pense.
- Plains-toi, pour voir, gronde son copain en lui pinçant la peau.
- Mais, du coup, depuis quand vous sortez ensemble ?

Il y a un silence, et Albus tourne un peu la tête vers Scorpius, l'air songeur. Louis déplie les jambes et les tend devant lui, crispé. Alerté par le mouvement, Scorpius détourne les yeux du regard scrutateur d'Albus et observe le blond vénitien. Il fronce les sourcils, surpris par le malaise qu'il semble dégager. Il s'apprête à se lever et à ouvrir les fenêtres, inquiet que l'odeur de la mandragore le rende nauséeux, mais Louis semble se détendre et tend même la main vers lui, pour lui prendre le joint. Albus observe le manège quelques secondes avant de secouer la tête et d'adresser un sourire à Dom.

- On a jamais vraiment défini quand est-ce qu'on commençait vraiment à sortir ensemble. À partir d'un moment, ça c'est su, c'est devenu officiel aux yeux des autres, alors ça l'est un peu devenu pour nous aussi.
- Et avant… ?
- Avant, on… on était jeunes, on se cherchait, on s'attirait, et on s'est essayés. Ça collait bien, on est plutôt fusionnel, on se complémente un peu et… Je sais pas, ça c'est fait comme ça. Al' et Scorpius, le duo de PD de Poudlard, la honte des élites.
- Al', dis pas ça, râle Scorpius en lui recouvrant la bouche.

Albus se renfrogne et hausse les épaules, comme pour dire qu'il ne fait qu'énoncer la vérité.

- Et du coup, vous n'avez jamais tenté quelqu'un d'autre ?
- Dom !
- Quoi ? On partage un joint, on peut bien partager des histoires de cul avec ! s'exclame sa sœur en levant les yeux au ciel, saisissant le joint au passage.

Désespéré, Louis se relève, passant une main sur son visage.

- J'ai pas forcément envie d'écouter leurs histoires de cul, merci. Je vais me coucher, je commence à sept heures demain.
- Tu bosses ?
- Oui je bosse, Dom. Retiens mes histoires de vie au lieu d'écouter leurs histoires de cul, tu veux ? lâche-t-il sèchement.

Un silence lourd se crée dans la pièce et Louis soupire profondément.

- Désolé, je suis crevé. J'y vais. Merci pour votre aide. On s'appelle dans la semaine, conclut-il froidement.

Se tournant vers le couple enlacé, il lève la main dans un signe de bonne nuit et quitte la pièce sans plus un mot. Se mordant la lèvre, Dom se redresse et vient se caler contre Wes, tendant le joint à Albus.

- Mais qu'est-ce qui lui a pris ?
- Il a pas forcément envie de savoir avec qui ses colocs passent la nuit, Dom. Al est son cousin, en plus.
- Justement ! On se raconte bien ça entre cousin, non ? Vous êtes proches, en plus Al, pas vrai ?
- Hmm, Louis n'a jamais été du genre à écouter mes histoires avec Scorpius, non.
- Donc tu as couché qu'avec Scorp, pour de vrai ? intervient-elle alors, en riant.

Levant les yeux au ciel, Albus retient un sourire en coin et, tournant légèrement la tête vers son copain, murmure :

- Ouais, juste lui ouais.

Juste Scorpius.

Morality disgrace us now
Entertain and take a bow

Scorpius bâille grossièrement et retire son haut. Albus est déjà au lit et l'observe en silence, les bras croisés derrière la tête. D'un geste de baguette, le blond ferme la porte et vérifie l'insonorisation de la pièce. Il attrape un des vinyles posés sur le coffre et le place sur la platine. Avec un énième bâillement, il se glisse enfin dans le lit et soupire de bonheur. Albus pouffe et se tourne sur le côté, posant ses yeux verts sur son copain.

- Scorp ?
- Hmm ?
- Ça te dérange, qu'on parle jamais ?
- On parle, là, pourtant.
- De nous, idiot.

Et là, Scorpius se tait. Il ne répond pas. Il ne réfléchit pas, non plus. Ça sonne bizarre, dans sa tête, la phrase d'Albus. "Parler de nous", c'est un concept inconnu.

- Ça t'a retourné, les questions de Dom ?
- Réponds, s'il te plaît.

Scorpius soupire. Il tourne la tête vers Albus et, de sa main gauche, effleure sa joue. Il le caresse lentement, fixant ses yeux avec attention, réfléchissant. Pour lui, leur relation n'a pas besoin de définition, ni de discussion. Il pense qu'elle tient sur elle-même telle qu'elle est. Pourtant, souvent, il se demande s'ils ne devraient pas se les dire, ces mots d'amour que les couples se murmurent, s'ils ne devraient pas s'assurer qu'ils s'aiment, vraiment - et puis, toujours, il se demande ce que c'est, l'amour, au fond. Il a peur que leur discussion les amène à se dire qu'ils ne s'aiment pas, pas vraiment, mais qu'ils sont ensemble parce que… parce qu'ils sont eux, et que ça a toujours été comme ça. Qu'ils n'ont jamais rien connu d'autre. Qu'ils n'ont jamais voulu quelqu'un d'autre. C'est juste eux deux, sans explication. Alors, même si parfois il en souffre, même si il doute, ce soir, il n'en a pas envie.

Relevant un peu la tête, Scorpius fait pression sur la nuque d'Albus et lie leurs lèvres ensemble. Il l'embrasse, appuyant fort, avec tous ces mots qu'il ne sait pas dire, et serre les doigts sur sa nuque. Je t'aime ? Je sais pas, putain, mais t'es là, et c'est ce que je veux. Je crois. Je sais ? Putain. Et Scorpius l'embrasse plus fort, encore plus fort, et le serre contre lui, et l'embrasse encore, à n'en plus pouvoir. Du contact, du contact, encore du contact, pour rendre tout cela réel, tout ça concret, pour les figer dans leur amour, et ne plus penser au reste. Et Albus se laisse faire, il renchérit même, à celui qui serrera le plus fort, celui qui mènera le plus la danse, celui qui aimera le plus fort.

On ne parle pas, alors. Pas ce soir. Demain ? Jamais, peut-être ?

Et t'es sûr, ça te dérange pas ?

Même si t'as connu que moi ?

T'es sûr, tu m'aimes ?

T'es sûr ?

Et ils s'embrassent, encore un peu. Et ils s'endorment, comme ça, serrés l'un contre l'autre. À celui qui étouffe le plus.

I suffocate
And promise me you won't resuscitate
And if I change my mind it's far too late