Salut !
Voila le second chapitre ! Les choses se mettent en place...
Sinon, pour lyra : merci de ta review ! Elle m'a faite plaisir, et à eiahmon également.
Bonne lecture!
A/N : A TatteredSeraphim, AMoS connait des mises à jour régulières depuis début Mai, donc si tu aimes le lire, va voir les liens sur mon profil pour être redirigé sur mon LiveJournal.
A/N : Musiques, et BOOM, feux d'artifice ! Joyeux 4 Juillet, Amérique !
Chapitre 1 : Famille
1.
Il y en avait tant, pensa-t-il. Dieu les a-t-Il toutes créées, ou a-t-Il fait appel aux anges pour les y placer ? Est-ce que son homonyme a aidé également ?
Les étoiles brillaient depuis le ciel nocturne, et à ses yeux il semblait presque qu'elles se moquaient de lui, comme si elles trouvaient ses questions amusantes.
Nous sommes ici parce que le Tout-Puissant nous veut ici, pensait-il pouvoir les entendre dire.
Voyaient-elles tout ? Entendaient-elles tout ? Connaissaient-elles la vérité sur ses parents ? Regardaient-elles, la nuit où, bébé, il fut laissé sur le perron du bâtiment de la Confrérie ? Savaient-elles pourquoi ses parents l'avaient abandonné ? Ne voulaient-ils pas de lui ? Avaient-ils été incapables de s'occuper de lui et avaient-ils voulu qu'il ait une vie meilleure ? Il avait entendu des rumeurs qui prétendaient qu'il était un bâtard non désiré, mais il se plaisait à imaginer qu'il avait été volé, emporté loin de parents aimants pour quelque infâme objectif puis abandonné pour n'importe quelle raison.
L'alternative – que ses parents n'aient tout simplement pas voulus de lui – n'était pas quelque chose que son esprit de six ans appréciait penser.
Il savait qu'il devrait être reconnaissant, ses aînés le lui répétaient. Il avait été trouvé à temps. Si Maître Liam n'avait pas vérifié la porte une dernière fois, il n'aurait pas été retrouvé avant le matin, et il n'aurait surement pas survécu à la nuit froide. Il avait un toit au-dessus de la tête, un endroit chaud où dormir, des repas réguliers, et il recevait une éducation. Il pouvait déjà lire un peu, et connaissaient ses chiffres et ses lettres.
On lui enseignait également l'art du combat, et il avait entendu ses professeurs dire qu'il était très tall-en-tuheux, quoi que ça puisse signifier. Il appréciait ses leçons (même si le livre de cours était parfois ennuyeux) et il appréciait de pouvoir courir à travers les champs quand ses leçons étaient finies pour la journée. Il aimait la compagnie de ses aînés aussi, parce qu'ils étaient gentils avec lui et parce qu'ils lui avaient sauvés la vie. Il aimait s'assoir avec eux dans la grande salle à manger où ils prenaient tous ensembles leur repas, tandis qu'ils racontaient des histoires sur les endroits qu'ils avaient vus et les batailles qu'ils avaient menés. Parfois il leur racontait ses propres histoires, et ils riaient et lui tapotaient la tête. Parfois ses histoires lui attiraient des ennuis (« Je vous jure, Maître Liam, un énorme dragon est apparu de sous mon lit ! Et il avalé le parchemin que j'utilisais pour étudier mes lettres en une bouchée ! »), mais habituellement elles rendaient juste les anciens heureux.
Il bailla et se frotta les yeux. Il devrait être au lit, il le savait. On l'avait envoyé dormir depuis des heures, et il était fatigué, mais il ne pouvait pas s'arrêter d'admirer les étoiles. Les histoires qu'elles pourraient dire, si quelqu'un pouvait leur parler…
Il entendit sa porte s'ouvrir trop tard, et avant qu'il ne puisse se glisser dans son lit de plume et prétendre être endormi, l'un de ses professeurs entra.
« Gabriel, » Dit Maître Cecil, son professeur de combat, avec un froncement de sourcil désapprobateur. « Pourquoi n'es-tu pas endormi, jeune homme ? Tu dois te lever tôt demain matin, pour que nous puissions aller nous entraîner dans les montagnes. »
Gabriel baissa la tête. Normalement, Maître Cecil avait une très gentille expression, avec ses cheveux grisonnants et des yeux gris enfoncé dans leurs orbites qui sortaient d'un visage vieillissant et tanné par les années passées sous le soleil à l'extérieur, mais ce soir ce regard chaleureux était absent alors qu'il fixait durement son étudiant. Gabriel n'était allé dans les montagnes qu'un ou deux fois, mais il les adorait, aussi quand on lui avait dit qu'il allait avec d'autres dans un camp des montagnes pour quelques jours, il était devenu trop excité pour dormir.
« Je ne pouvais pas dormir, Maître Cecil. » Répondit-il doucement, conscient qu'il était à un cheveu de se faire interdire de venir. « J'étais trop excité. »
« Alors pourquoi n'es-tu pas allongé et en train d'essayer de dormir, au lieu de regarder les étoiles ? »
A cela Gabriel n'avait aucune réponse valable, et il leva les yeux vers son professeur avec un sourire humble, qui faisait toujours fondre la cuisinière et lui obtenait des douceurs en plus à chaque fois qu'il visitait les cuisines.
Maître Cecil n'y fut pas sensible cependant. Il pointa juste du doigt le lit de Gabriel. « Au lit, Gabriel, et il vaudrait mieux que je ne te surprenne pas debout à nouveau ce soir, ou il n'y aura pas d'expédition pour toi demain. Suis-je clair ? »
Gabriel hocha la tête sans mots dire alors qu'il retirait ses bras du rebord de la fenêtre et s'installa légèrement dans son lit. Les cordes qui retenaient son matelas grincèrent sous son poids alors qu'il se glissait sous ses couvertures et s'allongeait. Maître Cecil lui offrit un hochement approbateur et se tourna pour sortir de la chambre.
« Maître Cecil ? » L'homme s'arrêta et se retourna pour le regarder, et Gabriel passa nerveusement la langue sur ses lèvres avant de se jeter à l'eau. « Pensez-vous que… avant de partir… je pourrais visiter l'amie que je me suis fait aujourd'hui ? »
L'espace d'une seconde il crut que son professeur allait sourire. « Non Gabriel, nous partirons bien trop tôt pour ça. Tu pourras la voir à notre retour. Maintenant dors. Nous avons une longue journée devant nous demain. »
Son professeur sortit de la chambre, et Gabriel se pelotonna sous sa couette et ferma les yeux. Il avait hâte que demain arrive, et bien qu'il adore réellement les montagnes, il avait aussi hâte de revenir, parce qu'il pourrait aller voir son amie à nouveau ! Il n'avait jamais eu d'amis avant, mais il l'avait rencontrée en courant à travers le champ derrière l'écurie. Elle ramassait des fleurs, et ne regardant pas devant lui, il lui était rentré devant, les faisant tomber tous les deux. Il l'avait aidée à se relever, parce que ses professeurs lui avaient dit que c'était ce qu'il devait faire s'il croisait une fille par terre (bien qu'il ne savait pas pourquoi elles seraient par terre pour commencer, avant de la renverser), s'était excusé (parce qu'encore une fois, c'était ce que ses professeurs lui avaient dit de faire s'il rentrait dans une dame), et elle lui avait souri.
L'un de ses nourrices était venue le chercher quelques heures plus tard, parce qu'il n'était pas revenu à la maison à l'heure habituelle, et l'avait trouvé en train de jouer joyeusement avec sa nouvelle amie. Comme il fallait, ils l'avaient raccompagnée saine et sauve à ses parents, et ils étaient rentrés, Gabriel discutant tout le long du chemin à propos de son amie et de l'amusement qu'ils avaient eu en jouant ensemble. Qu'était son nom, déjà ? Oh, oui, c'était…
« Marie ! » Le vampire gémit en se réveillant de son sommeil torturé. Il s'assit et prit la tête dans ses mains, comme s'il essayait de se maintenir en un morceau. Pourquoi, pourquoi, pourquoi, POURQUOI ? Après tout ce qu'il avait fait, tout ce qu'il avait sacrifié, pourquoi était-il forcé de rêver de ce qui était avant que tout n'aille de travers ?
« Pourquoi ! » Hurla-t-il de désespoir et de colère, alors qu'il frappait du point sur le sol de pierre, le brisant. « Tu m'as tout pris, et maintenant tu m'y fait penser ! Quand cela va-t-il s'arrêter ! » Il se redressa sur ses genoux, et releva la tête vers le plafond alors que sa colère se dissipait, laissant toute la place à la tristesse. « Pourquoi ? » Son corps immortel fut secoué de sanglots, des larmes roulant sur son visage, il chancela et tomba sur le sol, et ainsi qu'elles l'avaient fait chaque nuit depuis le début de l'hiver, les voix vinrent.
Nous ne vous laisserons jamais.
Nous serons toujours avec vous.
Vous nous appartenez.
C'est chez vous désormais.
Elles lui murmuraient, et il s'imaginait pouvoir sentir des mains caresser sa peau et ses cheveux, mais en aucun cas ces gestes pouvaient-ils être considérés réconfortants. Ils lui donnaient la chair de poule, et il frissonna en essayant de les ignorer, mais ils refusaient de s'en aller. Il tressaillit et se força à se relever. Il avait besoin de se nourrir, et du moment qu'il bougeait, les caresses cessaient.
Il n'avait pas besoin d'aller très loin, il y avait du sang partout où il posait les yeux : dans des vases, des jarres, des bassins, des tubes, des tasses, des bols, partout. Il ignorait d'où il venait, mais ça étanchait sa soif et lui permettait de rester dans l'enceinte sombre du château. Après être devenu un vampire et avoir absorbé les pouvoirs de l'Oublié, il ne voulait pas s'aventurer à l'extérieur, parmi les vivants.
Nous prendrons soin de vous.
La soif assouvie pour le moment, il vagabonda dans les salles silencieuses du château, avec pour seule compagnie ses pas et les murmures occasionnels. Il n'avait rien à faire, et ne trouva aucune distraction. Les ombres jouaient sur les murs alors qu'il avançait, et les flammes de bougies dansaient à son approche et s'estompaient alors qu'il passait à côté. Une partie de son nouveau pouvoir, supposait-il. Les statues semblaient presque vivantes à ses yeux, et elles semblaient bouger quand son regard se posait sur elles. Il détourna la tête et les yeux rapidement. C'était perturbant.
Gabriel…
Il secoua la tête. « Non, laissez-moi tranquille. »
Gabriel…
« Laissez-moi. »
Gabriel… Tu ne peux pas nous ignorer à jamais, Gabriel.
Il s'arrêta et serra ses bras contre lui en frissonnant. « Allez-vous en ! » Fi-il brutalement. Il ignorait d'où venaient les voix, parfois elles semblaient venir de ces mêmes murs qui le protégeaient du monde extérieur, et il les haïssait d'une haine qui rivalisait avec celle qu'il vouait à Zobek. Etait-ce cela, la récompense de Dieu pour son travail ?
Une main invisible courut dans ses cheveux. Mon seigneur…
« Assez ! » Hurla-t-il, et sa voix trouva son écho dans les murs de pierres, secoua les chandeliers pendus au plafond.
Nous voulons simplement nous occuper de vous, mon seigneur.
« Je ne suis pas votre seigneur ! » Il cria, une boule se forma dans sa gorge. « Je ne suis rien. » Il s'effondra au sol quand ses genoux le lâchèrent. « Rien… du tout. »
C'est faux. D'autres mains le touchèrent, son visage, son cou, ses épaules. Vous êtes tout. Nous avons besoin de vous. Nous voulons que vous restiez avec nous.
« Non ! » Hurla-t-il. « Laissez-moi seul ! »
Il se remit sur ses pieds, et trébucha un instant avant de commencer à courir, loin des caresses, loin des voix, loin de tout.
Vous ne pouvez pas fuir, mon seigneur.
Il courut, plus vite qu'un humain ne le pourrait jamais, à travers les chambres et les pièces du château, sans prêter attention à où il allait. Les chambres étaient floues alors qu'il y passait en trombe, les salles des tâches de couleur alors qu'il les traversait en courant.
Je vous en prie, restez avec nous.
« Restez loin de moi ! » Il sanglota, prenant conscience qu'il pleurait de nouveau. « Partez ! »
Une porte claqua quand il la dépassa dans sa course, et le son puissant trouva écho dans l'espace vide tandis qu'il fonçait à travers un couloir traversé de portes. Elles claquèrent toutes quand il les approcha, comme si elles essayaient de l'empêcher d'entrer dans leurs pièces. Au bout du couloir se trouvait un escalier, et il trébucha en le descendant à toute vitesse, ce qui l'envoya valdinguer au pied des marches, recroquevillé. Il se roula en boule d'un côté et cacha son visage dans ses bras alors qu'il pleurait. Les voix, heureusement, avaient cessées pour le moment.
Edeline fixait silencieusement l'extérieur par la fenêtre de son salon en remuant distraitement son thé. Par la vitre cerclée de bois, elle pouvait voir dans la neige fondante de nouveaux bourgeons sur les arbres, et ici et là le chant d'un oiseau perçait l'air. Elle soupira : c'était exactement comme le jour… le jour de la naissance de Mathias.
Elle sentit la présence de son mari derrière elle avant que ses bras l'enserrent. « A quoi penses-tu, mon amour ? » Il lui demanda d'une voix douce.
« Cela fait 33 ans. » Elle souffla, et les bras de Wolfram se tendirent un moment avant de se détendre.
« Oui. » Il dit calmement. « En effet. » Il bougea de manière à se tenir à ses côtés, et elle détourna la tête de la fenêtre pour le regarder. Ses yeux marron, autrefois de la même couleur que les châtaignes, avaient palis avec le temps, et ses cheveux qui avaient été quelque peu plus sombres que ses yeux étaient devenus entièrement blancs. Son visage était constellé de ridules, et bien qu'il soit toujours robuste et en bonne santé, il préférait s'assoir calmement près du feu que de chevaucher lors de parties de chasse.
Edeline savait qu'on pouvait dire la même chose d'elle. Ses cheveux blonds avaient presque tournés blancs, et ses yeux étaient obscurcis par une taie blanche laiteuse dans ses iris. Elle voyait toujours suffisamment pour aller dans aide, mais lire et coudre devenait impossible. Elle tendit une main ridée, couverte de tâches et de lignes creusées, pour gentiment la poser sur la joue de son mari. Ils n'étaient plus tous jeunes, et leur temps sur le plan mortel s'épuisait rapidement.
Wolfram lui sourit doucement, et il tendit sa propre main et serra la sienne un moment. Il lui embrassa le dos et la lâcha ensuite. Edeline laissa la sienne retomber en se retournant vers la fenêtre. Sans le moindre indice de qui l'avait pris ou de pourquoi, et sans rançon demandée, ils avaient depuis longtemps laissé leur fils pour mort, mais cela ne l'empêchait pas de penser à lui, spécialement lors des jours de début de printemps comme celui de sa naissance.
« Si Mathias avait vécu… » Elle dit, et hésita un moment. Wolfram s'était aussi tourné pour regarder à travers la fenêtre, mais il la regarda quand elle parla. « Si Mathias avait vécu, » continua-t-elle « à quoi penses-tu qu'il aurait ressemblé ? » Elle aimait à penser qu'elle le savait déjà, parce qu'elle l'avait souvent imaginé à différents âges, et dans son esprit il ressemblait énormément à son père : grand, large d'épaules, une forte mâchoire anguleuse et un intense regard profond. Ces yeux cependant auraient été verts comme les siens, et peut-être qu'il aurait suivi l'exemple de son père et se serrait laissé pousser un bouc.
Wolfram la regarda un long moment, puis se tourna à nouveau vers la fenêtre. « Je pense… » il commença d'une voix basse. « Je pense qu'il aurait été aussi beau que sa mère est belle, avec ses yeux verts qui auraient étincelés quand il riait et lancés des éclairs quand il aurait été en colère. Je pense que sa peau aurait été tannée par les longues heures au soleil lors de parties de chasse, et que cela aurait donné des éclats d'or dans sa chevelure châtain. Je pense qu'il aurait été grand, fort et très courageux, capable de s'occuper de n'importe quelle menace sur son chemin, mais toujours d'accord pour se détendre au coin du feu et réciter les classiques à ses enfants. » Il se tourna entièrement vers elle. « Je pense qu'il aurait été tout ce que nous avons pu rêver. »
Edeline leva les yeux vers son époux de 46 ans et essaya de sourire, mais ses lèvres tremblaient alors que quelques larmes s'échappaient. Wolfram la serra dans ses bras, et elle se plongea dans l'étreinte, reposant la tête contre sa poitrine puissante. Elle entendit quelques discrets reniflements, et ferma les yeux alors qu'ils se remémoraient tous deux l'enfant qu'ils avaient perdus.
