Bonjour/Bonsoir !
Oui, c'est un miracle que je vienne enfin poster cette deuxième partie. Deux ans après, mais elle est enfin là, sous vos yeux. J'en avais assez de la voir prendre la poussière dans mes fichiers... Et je suis heureuse de l'avoir achevée. Vous allez pouvoir la lire ! Enfin ! Vous remarquerez sûrement une nette transformation de mon écriture, j'espère que ça ne dérangera pas :') Pour information, j'ai repris des éléments de "The Diary of Luke Castellan", une nouvelle sortie avec "The demigod Files". C'était important à mes yeux de soulever le passé de Luke et de Thalia. J'espère que cette deuxième partie vous plaira et je vous souhaite une très bonne lecture ! :)
Cette nuit était plus fraîche que de coutume. Un doux vent faisait bruisser les feuilles des arbres, et portait un agréable parfum d'été. Dans sa légère veste en cuir, Thalia se sentait dans son élément dans cette paisible forêt, comme si elle avait toujours été destinée à rejoindre la chasse. Elle appréciait écouter le chant harmonieux des oiseaux à l'aurore et admirer le crépuscule. Tout ce qu'elle n'avait jamais pu faire entre quêtes et attaques de monstres. Elle ne s'était jamais sentie aussi libre et épanouie que ces dernières années. Aussi fidèle à elle-même.
Assise près d'un grand pin, Thalia gravait son arc en fredonnant un ancien titre de rock. A une époque, elle écoutait ces tubes en boucle en compagnie de Luke. Comme s'ils pouvaient les aider à échapper à la réalité et à se réfugier dans des mondes artificiels, loin du leur. Thalia avait l'impression que ces douloureux souvenirs provenaient d'une autre vie. Qu'une éternité la séparait d'eux. Qu'elle observait ces images et ces moments précieux à travers une vitre, d'un air totalement détaché.
« Je n'avais pas entendu cette musique depuis longtemps. », fit une voix masculine, brisant la tranquillité de cette soirée d'été.
Thalia sursauta de surprise et brandit d'instinct son arc armé en direction de la voix. Elle plissa les yeux dans l'espoir de distinguer l'identité de la silhouette élancée et dissimulée dans la pénombre. Alors que l'inconnu avança d'un pas assuré dans la lumière pâle de la Lune, ne semblant pas craindre les flèches de la lieutenante d'Artémis, celle-ci écarquilla peu à peu ses yeux bleu électrique. Abasourdie, choquée, Thalia recula et sentit ses jambes défaillir sous les nombreuses émotions qui l'assaillaient de toute part. Le monde cessa de tourner. Elle ne voyait plus que lui. Lui. Les larmes lui montèrent aux yeux sans qu'elle ne pût les contrôler, croyant à une horrible chimère créée par son esprit pour intensifier sa souffrance déjà insupportable. Pour lui rappeler qu'elle n'avait rien pu faire pour le sauver. Qu'elle avait échoué. Qu'elle avait laissé tomber l'une des seules personnes qui l'avaient comprises et qui avaient de la valeur à ses yeux.
« Tu n'es pas réel. », tenta de se convaincre la fille de Zeus en chassant ses émotions. « Tu es mort. J'ai vu ton corps… Je… Tu es une illusion. »
Il en était impossible autrement. Il ne pouvait être ici. Oui, il ne le pouvait pas. Toute logique empêchait l'authenticité de sa présence. Il était mort et enterré. Luke n'était plus. Aussi horrible soit-elle, la réalité était immuable, inscrite et gravée dans le marbre. Rien ni personne n'avait le pouvoir de modifier le passé. Pas même les dieux. Thalia garda sa position, posant un regard méfiant et dangereux sur le jeune homme. Elle ne devait pas se laisser duper. Son esprit lui jouait un mauvais tour et ses yeux la trompaient. Un ennemi pourrait parfaitement la déstabiliser en apparaissant sous l'apparence de son vieil ami.
A ces mots, le jeune fils d'Hermès esquissa un sourire triste et abattu. Il s'attendait à cette réaction en vérité. Mais le désespoir et le chagrin qui l'assaillirent violemment à cet instant se montraient insoutenables. D'un pas prudent, Luke se rapprocha de son ancienne acolyte et planta son regard accablé sur ce visage marqué par une perplexité grandissante. Il avait oublié ses tâches de rousseur qui parsemaient son nez comme des étoiles. Ses prunelles d'un bleu féroce qui le terrassaient autrefois. Tous ces petits détails qui jaillissaient de ses souvenirs et qui lui rappelaient à quel point il l'admirait. Il contraint Thalia à baisser son arme, d'une main apaisante, avant de lier ses doigts aux siens. Ce contact les électrisa.
« C'est moi, Thalia. », souffla Luke.
« Non… »
Une seconde, Thalia hésita. Un torrent de questions se bouscula dans son esprit, risquant de le faire chavirer dans la folie. Tout ceci ne pouvait être réel. Il ne pouvait s'agir que d'une ruse, d'un coup-monté par un ennemi aspirant à son malheur. Pourtant, ce contact. Ses doigts entremêlés aux siens. Thalia sentait sa chaleur se diffuser sur sa peau glacée. Elle ne pouvait le nier. Inspirant longuement, elle osa relever ses iris et croiser son regard. Son regard bleu, pétillant de malice comme autrefois. Jamais elle ne s'était rendue compte à quel point cet éclat de gaieté et ce bleu si particulier lui avaient manqué. Les yeux brillants d'émotions, Thalia perdit tout contact avec la réalité, omettant l'univers tout entier qui l'emprisonnait, et se jeta dans les bras de Luke sans réfléchir.
Luke resta figé par la surprise du geste, mais finit par approfondir leur retrouvaille en la serrant davantage contre elle. Son cœur s'emballa dans sa poitrine, frappant contre sa cage thoracique, et une eau brûlante commença à dangereusement affluer à ses yeux. Ce n'étaient pas des larmes de tristesse, non. C'étaient des larmes de joie. De bonheur. Jamais il n'aurait espéré la revoir et la serrer dans ses bras. De pouvoir réentendre sa voix et affronter son regard. On lui accordait plus qu'il ne méritait. Pour une fois, Luke était heureux d'avoir écouté ses parents.
« Tu m'as manquée, Luke. Tellement. »
Elle n'avait jamais osé se l'avouer et, pendant des années, elle s'était acharnée à taire cette cruelle absence qui lui avait laissé un trou béant dans la poitrine. Elle avait tenté de tourner la page et de l'oublier. Il lui avait pourtant toujours manqué, comme s'il était sa partie manquante. Son sourire malicieux, son rire éclatant, son regard protecteur. Elle avait toujours cru qu'elle avait rejoint les Chasseresses d'Artémis pour elle, pour prouver qu'elle était bien plus qu'une fille de Zeus. Mais, consciemment, elle savait qu'aucun autre homme ne pouvait remplacer Luke dans son cœur.
Luke resserra son étreinte et enfouit son nez dans ses cheveux. Il s'emplit les poumons de son parfum si particulier en espérant l'ancrer dans sa mémoire pour l'éternité. Pour s'en souvenir par de-là les siècles.
« Et j'ai tant rêvé de ce moment. », lui répondit-il dans un murmure. « Toi et moi. Comme avant. »
A contre cœur, Thalia brisa leur étreinte et posa ses prunelles remplies de larmes sur Luke. La gorge comprimée par toutes ses émotions, elle avait l'impression que les dieux l'avaient privée de sa voix. Les mots peinaient à s'ajuster et à franchir ses lèvres. Elle avait tant de questions à lui soumettre. Tant de mystères à résoudre. Tant de blessures à guérir.
« Pourquoi, Luke ? », parvint-elle à articuler d'une voix brisée. « Pourquoi avoir pris tous ses mauvais choix ? Pourquoi avoir haï ton père au point de rallier Cronos ? Pourquoi ? »
Le fils d'Hermès eut soudain la gorge sèche et ses iris s'assombrirent d'une peine visible. Il n'était ni étonné ni déconcerté. Il s'attendait à devoir répondre de ses actes et à en assumer la pleine responsabilité. Il avait fait ce qu'il avait fait. Jamais il ne pourrait s'en soustraire.
« Pour toi. », souffla-t-il d'une voix meurtrie et désolée. « C'était l'unique moyen de te retrouver, de te sortir de ce maudit arbre et de pouvoir à nouveau te serrer dans mes bras. Cronos a profité de ma souffrance et de ma rancœur envers mon père. »
« Halcyon avait raison. » murmura-t-elle. « Nos choix ont changé le monde… »
Luke baissa les yeux, le cœur mutilé et détruit, et se permit de lui prendre la main.
« Je t'ai trahie, Thalia. Après tout ce que nous avions vécu et traversé, j'ai brisé ta confiance. Je ne mérite pas tant d'amour. Je ne te mérite pas. Tu es la seule avoir toujours cru en moi, qui aies toujours pris ma défense. Même quand Hal a prédit mon sacrifice, mon choix. Ma trahison. »
N'acceptant pas ses paroles, Thalia secoua la tête et les larmes dégringolèrent aussitôt sur ses pommettes.
« Oui, tu as ordonné des choses affreuses. », l'interrompit-elle. « Mais tu es mort en héros, Luke. Tu as fait ce que tu pouvais pour réparer tes erreurs. Tu t'es sacrifié pour ta famille, pour les dieux, pour l'humanité. Pour moi. »
Peu convaincu par les paroles de Thalia, Luke demeura silencieux. Il ne se pardonnerait probablement jamais d'avoir causé la souffrance d'autant de personnes. D'avoir anéanti la vie d'autant d'enfants et d'adolescents. De s'être laissé manipuler et corrompre. D'avoir été faible. Aucun de ses actes, aucune de ses paroles, aucun jour de sa vie le rendait fier. Excepté amener le chaos et la guerre, il n'avait rien accompli. Rien de louable. Rien de respectable, d'estimable. Luke n'éprouvait pas le sentiment d'être un héros.
Les yeux plus affligés que jamais, le fils d'Hermès sortit un carnet de la poche arrière de son jeans. Sans qu'il ne prononçât un seul mot, la lieutenante d'Artémis le reconnut immédiatement.
« Ton journal. », s'étonna Thalia en effleurant la couverture abîmée de ses doigts et d'un regard émerveillé. « Je croyais que tu l'avais jeté, depuis tout ce temps. On avait douze et quatorze ans, je crois, c'était avant de trouver Annabeth. »
Opinant du chef, il eut l'ombre d'un sourire au coin des lèvres du fils d'Hermès. Ce journal représentait le dernier souvenir de toutes ces années passées à parcourir le pays et à fuir. Luke ne savait pas vraiment la raison pour laquelle il l'avait préservé. Peut-être pour se rappeler qu'il avait autrefois été quelqu'un de bien. Quelqu'un de loyal envers ses amis. Non un jeune homme qui les avait abandonné et trahi sans état d'âme. Ce carnet nourrissait le dégoût et la haine qu'il se portait.
« J'avais promis à Hal d'essayer de le maintenir. Je le relisais, parfois, avant que je ne remarque qu'il suscitait plus de douleur que de bons souvenirs. », avoua Luke en le posant entre les dignes mains de la brune. « C'est notre histoire, Thalia. Je voudrais que tu le gardes, que tu écrives à la suite de mes mots et de ceux d'Halcyon. »
« Luke… »
« S'il te plait. », la coupa-t-il en agrafant leur regard. « Dès que je partirai, je compte retenter ma chance, renaître, épuiser mes trois tentatives et atteindre l'île des Bienheureux. Le monde peut me considérer comme celui qui a retourné sa veste, celui qui a trahi sa propre famille. Mais je ne veux pas que tu oublies que ce même garçon avait été quelqu'un d'autre avant de ne connaître que rancœur et dégoût envers le monde… »
Tous deux avaient les yeux larmoyants. Ils ne pouvaient rompre leur contact visuel sans fêler un peu plus leur cœur. Sans rouvrir un peu plus leurs vieilles cicatrices. Luke souhaitait graver ses traits dans sa mémoire dans l'espoir de ne jamais les oublier. Jamais il ne désirerait que Thalia s'effaçât de son esprit. De ses pensées. Guidé par ses sentiments, Luke se pencha et lia ses lèvres à celles de Thalia dans un tendre baiser. La fille de Zeus savait qu'elle avait un vœu à respecter mais, étourdie par un orage d'émotions, elle répondit à son baiser sans tergiversation. Un baiser traduisant un amour profond et ancien. Authentique. Leur seul et unique baiser. Thalia désirait prolonger ce moment, l'inscrire en elle à jamais. Malgré les papillons qu'il lui procura, ce baiser raviva des blessures douloureuses dans son cœur, blessures qui n'avaient jamais réellement cicatrisées, et elle se fustigeait de tant l'aimer.
« Comment pourrais-je t'oublier ? », lui confessa-t-elle d'une voix étranglée par le chagrin, le souffle court. « Tu étais le seul sur qui je pouvais compter. Le seul qui comptait réellement pour moi. »
Luke referma ses doigts autour des siens et inscrivit dans son âme toutes les sensations grisantes et agréables qu'elle engendrait en lui. Il regrettait de ne pas les avoir connues de son vivant. En rendant son dernier souffle, il avait réalisé qu'il n'avait jamais goûté aux joies de l'amour. Qu'il avait laissé filer sa chance. Que le destin lui avait arraché sa seule chance. Cette simple pensée ranimait son désespoir.
« Dans une autre vie, nous aurions pu être heureux, en paix. Fonder une vraie famille, qui sait ? Puis atteindre nos soixante ans et se rappeler de tous nos vieux souvenirs. »
« Cesse de remuer le couteau dans la plaie, Luke. Notre vie est ce qu'elle est. Nous avons simplement pris des voies différentes. »
Le cœur déchiré et éclaté en mille morceaux, Luke entraîna une dernière fois Thalia dans une chaleureuse étreinte, aux terribles accents d'adieu. Il ne voulait pas la lâcher. La laisser partir. Etre à nouveau séparer d'elle. Il n'en avait plus la force. Mais il ne pouvait que lui souhaiter une longue et heureuse vie au sein des chasseresses d'Artémis. Il n'appartenait plus à sa vie désormais.
Se réjouissant simplement de ce moment inestimable, Thalia abandonna ses doigts sur la nuque de Luke et sourit en le sentant parcouru de frissons de contentement et de bien-être. Elle aurait pu rester l'éternité ainsi, tout contre son torse, bercée par sa respiration régulière et enveloppée de ses bras protecteurs.
« Je t'ai laissé un message, à la fin. », lui murmura Luke à son oreille.
Piquée d'emblée par la curiosité, Thalia se détacha de Luke. Sous ses yeux embués, elle ouvrit le journal à la dernière page où il avait écrit ses ultimes aveux. Pour les avoir lus et relus, les avoir fixés durant des heures, ses mots étaient ancrés en lui tel un tatouage, tel le venin qui s'écoulait dans ses veines et le tuait à petit feu. Le feu ardent de l'amour. A l'instar de Pâris et Hélène, de Roméo et Juliette, ils avaient été les héros tragiques d'une histoire d'amour loin d'être rose. Du haut de ses quatorze ans, posté dans un abri de fortune et entre deux attaques de monstres, Luke avait débuté à inscrire ses phrases, à analyser ses sentiments en vain. Il les bouclait à vingt-trois ans, simplement, sans récits de cinquante pages pour expliquer l'évidence implacable, celle qui lui avait sauté aux yeux quand il l'avait perdue. Deux fois.
J'en ai peut-être perdu mon cœur et ma raison mais, Thalia, je t'aime.
Luke Castellan – définitivement terminé.
Quand elle releva les yeux en inspirant profondément, la vision brouillée par les larmes, Luke s'était déjà évaporé dans la nuit. La laissant. Elle, ses sentiments éternels et son cœur plus effondré que jamais.
Oui, c'est terminé pour ce two-shot. Cela a été un vrai plaisir de l'écrire et j'espère que vous l'appréciez autant que moi ! :) Je ne me suis toujours pas remise de la fin du tome 5... Thalia et Luke méritaient plus. Au moins des adieux dignes de ce nom. Ils n'ont jamais réellement eu l'occasion de se retrouver et de se parler avec honnêteté. Mon petit cœur avait besoin de l'écrire, et j'espère que tous les passionnés de Thaluke ont pu profiter de ces quelques lignes. :')
Plein de bisous, et n'hésitez pas à écrire quelques mots pour laisser votre ressenti ! :)
'Helo
