その 子供 ひとり/ Cet enfant seul

Il n'y avait rien à voir ici... Enfin, rien qu'il ne connaissait pas, aucun élément nouveau.
Le jeune enfant de quatre ans regardait un peu partout dans la pièce avant de passer un doigt dans les espaces entre les dalles pour s'occuper un peu.
Aussi loin qu'il s'en souvienne, Homura avait toujours vécu dans cette pièce. C'était le seul lieu qu'il connaissait.
Dans cette geôle minable, loin de tous, sans amis, famille ou ennemis, sans personne à apprécier ou hair comme n'importe qui.
Juste des gardiens qui la plupart du temps l'ignoraient superbement, ne lui adressant pas la parole.
C'était normal qu'on ne lui parle pas, c'était normal aussi qu'il y ait des barreaux au lieu d'une porte.
Normal de ne pas pouvoir sortir et de rester ici. Après tout c'était la même chose pour « les autres » même si ils ne lui parlaient pas, eux aussi restaient toujours ici.
C'était sans doute l'unique lieu de ce monde...

Il n'y avait vraiment rien à faire, rien si ce n'est attendre et espérer.
Trois ans avaient passé et le petit Homura commençait à se demander si un jour il pourrait sortir de cet endroit. Parce que non, il y avait bien autre chose qui existait que ces murs gris, ces pièces appelées cellules, ces gardes...
Ce n'était qu'un simple bâtiment parmi tant d'autres dans le royaume céleste.
Et il y avait bien plus de personnes qu'il ne l'avait jamais cru.
Homura avait fini par s'en rendre compte car les gardiens n'étaient plus les mêmes, ils changeaient.
De plus, certains parlaient de leur vie, de leur famille, des faits divers, de l'essor du royaume...
Depuis qu'il avait saisi certaines bribes de la conversation, Homura s'évertuait à imaginer « ce » monde celui qui n'était pas le sien, mais qui était tout proche de lui.
Ici, même si il y avait des murs, une porte, en fait, il n'y avait rien. Rien semblait il au delà hormis le néant. Ou quelque chose qui serait toujours inaccessible et hors de sa portée...
A moins qu'il sache si il devait faire quelque chose pour mériter de voir, entendre sentir, toucher ce monde dont parlaient tant ses gardiens.
Ou peut être que quelqu'un finirait par le remarquer et se montrerait gentil ou méchant, mais pas indifférent. Peut être que si c'était quelqu'un de très gentil il briserait cette porte, le prendrait par la main en lui montrant enfin ce dont il avait tant entendu parler, il répondrait peut être à toutes ses questions.
Mais est ce que ça arriverait ? Se demanda Homura en serrant sa fine veste contre lui. Il avait envie d'y croire, de se dire que ça arriverait, et en même temps songeait que ça ne marcherait pas.
Pourtant, il eût une occasion.
Les torches du couloir s'étaient éteintes, au loin un faible rai rougeâtre éclairait un autre couloir.
C'était l'aube.
Puis un garde au visage inconnu ralluma les torches, regardant les cellules et entrapercût l'enfant dont on parlait beaucoup. Un sale bâtard né de l'union d'une déesse, de sang royal qui plus est et d'un humain !
Une aberration ! Une aberration certes mais qui avait au moins un endroit à lui, qui ne dérangerait pas les dieux de par sa vue.
Le jeune garde lui, ne le trouvait pas ignoble ou laid. Il avait plutôt l'air mignon, et de jolis yeux.
Comment un si jeune enfant pouvait il donc supporter sans pleurer, protester ou essayer de fuir cette horrible existence ?
Quand Homura s'était senti observé, il détourna immédiatement son regard, il avait sans doute du offenser cet homme. La première fois qu'il osait lever les yeux sur une personne ! Il savait parfaitement que si il était ici, il n'avait aucun droit que ce soit parler ou regarder à quelqu'un.
Mais quelque chose d'inattendu se produisit :

Le garde lui rendit son regard et étira sa bouche sans paraître fâché.
-Et bien, petit ? Ne me dis pas que tu n'as jamais vu quelqu'un sourire ?
« Sourire, c'est ça ? Faire quelque chose avec sa bouche, mais pourquoi faire ? Ca veut dire qu'on est content? » Homura essaya de faire la même chose, mais n'y parvenait pas.
Le garde se leva avant de partir et revînt très peu de temps ensuite les bras chargés d'un plateau.
-C'est pour toi, petit. Tu dois être affamé non ?
Pas vraiment, la faim ne le tiraillait pas tant que ça : de toutes façons il avait quand même toujours de quoi manger même si c'était quelque chose de fade voire, infect aux yeux des autres.
Et c'était toujours la même chose. Mais sans qu'il comprenne pourquoi, cette fois, Homura avait plus envie de manger.
Peut être parce que quelqu'un était gentil avec lui.
Ils avaient pu se revoir, petit à petit des barrières invisibles tombaient.
D'un côté le garde qui lui adressait toujours des sourires, qui lui avait fait découvrir des choses savoureuses : notamment un drôle de fruit jaune pâle et rose avec une peau douce, très bon à manger sauf ce qui était très dur. Il paraît que c'était une pêche, et ce qui était dur un noyau.
Une autre fois, c'était quelque chose d'orange dont l'intérieur était de la même couleur mais mou et sucré : du kaki.
A chaque rencontre, cet homme lui disait bonjour, l'appelant petit, comme il ne connaissait pas son nom.
Et pour la première fois, Homura se sentait heureux, ce qu'il n'avait jamais éprouvé, il y avait enfin quelque chose de différent.
On lui avait même demandé comment il s'appelait, en expliquant ensuite qu'il avait le droit de répondre.
C'est comme ça que comme les autres enfants, Homura se mit à sourire à cette personne, à aimer la regarder et à oser lui donner son nom.

L'autre en fit de même, lui apprenant qu'il s'appelait Shigeru.

Shigeru ne parvenait pas à comprendre l'attitude des autres : ce gosse n'avait aucune responsabilité dans ce qui s'était passé, n'avait commis aucun crime, ce n'était rien de plus rien de moins qu'un enfant, un enfant !
Un enfant qui aurait du apprendre à lire et écrire, à jouer avec les autres, être dehors, pas enfermé comme le pire des criminels ou un démon maléfique.
Si seulement il avait pu réussir à le faire sortir de cette sinistre cellule, pour l'emmener autre part : dans les couloirs ou alors la cour, là où on pouvait au moins voir le ciel entendre du bruit.
Ou lui amener de quoi pouvoir s'occuper : du papier un pinceau et de l'encre ou un jouet.
Hélas, il ne pouvait absolument pas faire cela, il n'en avait pas le droit. Il était le dernier de l'équipe et devait obéir aux ordres. A moins d'être considéré comme un rebelle et un agitateur, méritant d'être à son tour enfermé.
Tout ce qu'il pouvait faire, quel incapable et lâche il était, tiens ! C'était d'amener d'autres choses sur son plateau, lui parler un peu comme à n'importe qui... Ce qui était déjà énorme, pour un « incapable » aux yeux d'un enfant de sept ans.
Après au moins une bonne dizaine de rencontres, un fragile climat de confiance avait commencé à s'installer entre eux, un lien fin que n'importe qui aurait pu briser si on venait à découvrir l'existence.

Plus ils se connaissaient, plus Homura avait commencé à croire que ce qqu'il avait secrétement espéré pourrait enfin se réaliser. Que plus jamais il n'ait à rester ici sans rien faire, sans personne avec qui parler. Enfin, ce n'était plus tout à fait le cas maintenant.
Comme Shigeru l'aimait bien, il lui demanderait la prochaine fois qu'il le verrait, il lui répondrait sûrement... Sur ces pensées optimistes, il s'étendit sur le sol dur ne tardant pas à s'endormir.

-Qu'est ce que tu as aujourd'hui ? Ne me dis pas que quelque chose ne va pas !
C'était bien la première fois que Shigeru le voyait aussi mal à l'aise, hésitant. Cette attitude lui rappelait celle de son jeune fils soit quand il avait fait une bêtise, soit quand il voulait lui demander quelque chose. Pas besoin d'être un génie pour savoir que c'était la seconde hypothése la bonne.
-Toi, tu as quelque chose à me demander Homura... Ca se voit comme le nez au milieu de la figure, ajouta il pour le taquiner alors que le gamin détourna le regard.
Vas y, dis moi ce qui te tracasse. Tu as le droit de dire ce que tu ressens, c'est un minimum !

Encouragé par ces mots, la réponse se fit un peut attendre, mais au moins il y avait une réponse.
-Shigeru san, vous croyez que si je peux sortir d'ici, je dois faire quelque chose pour le mériter ?
-Hum, je ne crois pas... D'autres ont tendance à penser que la seule place qui est la tienne est ici et nulle part ailleurs.
-Mais pourquoi ?
-Parce que tu es... Différent, dit Shigeru en dissimulant la vérité, avait il vraiment besoin de balancer des horreurs à un enfant innocent qui souffrait déjà assez .

Mais à mes yeux, tu ne l'es pas.
-Alors, vous ne pourriez pas me faire sortir d'ici ? Vous ne pouvez vraiment pas, insista il ne comprenant pas si pourquoi pour lui, il n'était pas différent, il était condamné à rester ici .
Pourquoi, demanda il encore une fois, agrippé à la porte.
-Parce que je n'ai pas le droit de le faire... Je suis vraiment désolé Homura, mais si je pouvais...
Sa phrase fût interrompue par l'arrivée de deux autres gardiens, prémice à la malchance.
-Alo-pour-rs la rumeur était donc vraie : tu t'es entiché de cette horreur et tu lui parles !

-Tu devrais essayer de discuter aussi avec les vers ou les déchets ! J'y crois pas qu'il en éprouve aucune honte !
Et toi ! Continua le nouveau venu en pointant un doigt accusateur sur le jeune prisonnier.
Tu ferais bien de la fermer et de te faire oublier ! C'est pas parce que tu es un gosse, un petit merdeux qu'on va avoir pitié de toi.
-Ouais, batard ! Ferme là, c'est un bon conseil. Ta mère était qu'une traînée sans foi ni loi mais tu ne vaux pas mieux qu'elle apparemment. Y a pas de chances pour que tu vois autre chose que ce palace ! Aucune chance que tu voies le ciel ou autres choses, t'en es pas digne même si tu voulais nous lécher les bottes ou servir de chiens !
-Ecoute nous bien... Ta -Place- est-ici-pour-l'éternité ! Dit lentement le deuxième garde avant d'ouvrir la porte, de saisir cette aberration par le haut de sa veste.
-Laissez le tranquille, s'indigna Shigeru, ne pouvant qu'assister impuissant.
-Toi fermes là aussi ! C'est un bon conseil, répondit le deuxième garde en jetant contre le mur sa faible proie alors que le premier s'amusait de la situation ne se privant pas de rire.
Le contact avec le mur avait été douloureux, tout son corps lui faisait mal, jusqu'à ce qu'il sombre dans l'inconscience.

Quelque temps s'était écoulé depuis ce triste incident. Et les choses étaient redevenues ce qu'elles étaient : A nouveau ignoré.
Homura avait espéré revoir Shigeru, mais le temps passait et il ne revenait pas.
Pendant longtemps, il crût qu'il avait du le vexer et qu'il ne voulait plus lui adresser la parole.
Jusqu'à ce qu'il le revoie. A cet instant, son cœur fit un bond dans sa poitrine d'enfant, si il était là tout redeviendrait comme avant.
Mais ce ne fût pas le cas. Shigeru se contenta de le regarder avec tristesse et de lui adresser un de ses sourires avant de disparaître. Il avait été « remercié » et si il s'attardait un peu plus, les choses pourraient s'aggraver. Plus jamais ils ne pourraient se voir ou se parler.
Tout redevînt comme avant. Il n' y avait vraiment aucun espoir, c'était ici et nulle part ailleur qu'il vivrait.
Seul, sans personne, eternellement.
Homura se laissa tomber sans bruit à terre avant de pleurer en silence pour la première fois, puisqu'il éprouvait enfin en plus de la joie ce qu'on appelle la tristesse.