Bonjour tout le monde ! Comme promis, la suite de l'OS sur Matt (je n'ai pas mis trois ans, victoire !), et celui là est sur Near. Il est beaucoup plus court, mais je pense que Near est assez laconique et fait moins de commentaires sarcastiques. Il a juste le super sourire en coin qui tue. Le texte sur Mello arrive aussi, et… je vais probablement… faire la même chose pour le côté japonais... voilà… Bonne lecture !
Si on demandait à Near comment était sa vie d'avant, la première chose qu'il répondrait, de façon mécanique, serait « Avant quoi ? ».
À vrai dire, on lui a déjà posé la question. Des têtes curieuses, à la Wammy, des voix faussement innocentes qui partent à la chasse aux informations. De sa voix neutre, Near leur répond que sa vie « avant » était normale. Deux parents, qui vivent ensemble, une école de quartier, un professeur qui le remarque et qui l'envoie ici. Il n'a pas besoin de dire plus, personne ne demandera. Un mensonge, un pieux mensonge. Near n'est plus seul – oh, les autres ne lui parlent toujours pas, les autres le regardent toujours de haut et du fond d'un gouffre à la fois, mais ils sont là. Mello est là, parfois, Mello et son regard brûlant et ses yeux qui le sondent comme s'il pouvait lire en lui. Near n'a jamais eu d'amis, mais c'est probablement ce qui s'en rapproche le plus, alors il regarde Mello de ses yeux éteints pour l'inviter à le rejoindre.
Et puis Mello part. Et puis Mello le laisse seul.
Quand Matt lui repose la question, un soir, alors qu'ils sont blottis sous la couette dans les petites heures du jour, « Dis, Near, c'était comment, ta vie avant ? », il y réfléchit, et répond de la même voix monotone.
« Avant, c'était froid, » Near retient sa respiration, attend de voir si Matt va réagir de la même façon que les autres, un hochement de tête idiot, comme si ce simple mot, « avant », expliquait tout.
Matt ne dit rien, cherche sa main pour la serrer plus fort.
« C'était vide. Surtout ça, c'était vide. »
Near ne dit rien d'autre, et Matt ne repose jamais la question, mais c'est trop tard. Oh, Near n'y repense pas – pas plus que d'habitude – et continue à porter ses pyjamas trop grands. Ceux qu'il avait à son arrivée à la Wammy vont bientôt être à sa taille mais il les garde, les met la nuit, comme de vrais pyjamas. Ils sont à son père, après tout, et il ne lui reste rien d'autre de cet homme grand, très grand, qui aimait les pyjamas blancs. C'est tout ce que Near sait de lui, ses choix vestimentaires quand la grande maison est déserte et qu'il trouve refuge dans les penderies, il peut passer des heures à caresser l'étoffe des robes de sa mère.
On lui a déjà posé la question. Roger, d'une voix un peu lasse, comme s'il se sentait obligé de demander quand il sait que ni lui ni Near n'en ont envie.
« Tout se passait bien chez toi, Near ? »
« Oui, Roger. »
Qu'est-ce qu'il devrait raconter ? Qu'il n'avait pas d'amis, parce qu'il était petit et trop grand à la fois ? Qu'il se sentait seul, souvent, avant de comprendre que le sentiment de solitude ne dépendait que de lui ? Qu'il a froid la nuit, parfois, et que c'est pour ça qu'il a commencé à fouiller dans l'armoire de ses parents pour y chercher des pyjamas ? Non. Qui s'intéresse à ça ? Aussi vite que les souvenirs lui reviennent, Near les écarte. Parler du passé au présent ? Et puis quoi encore.
Roger fait plus que ce à quoi Near s'attendait : il le croit. Mello aurait ricané – Roger n'a jamais rien compris aux enfants, mais là, il atteint des niveaux que Near ne pensait pas possibles.
Il n'empêche que Near est bien content que personne ne vienne lui dire que ses parents n'ont pas divorcé parce qu'ils pensaient que ça allait perturber leur enfant encore plus qu'il ne l'était déjà (il l'a appris tout seul en les écoutant se disputer), ou que ses camarades de classe ont demandé où il était parti (Near les a entendus demander au professeur s'il partait pour l'asile)…
Non, malgré son avidité pour tout ce qui est un fait, malgré sa volonté quasi maladive de tout analyser, Near n'aime pas penser au passé. « Le passé c'est loin et c'est fini, » comme Matt répète à chaque fois qu'on lui en parle, et Near est d'accord – il aimerait juste que ses pensées comprennent et arrêtent de lui montrer à quel point son pyjama est froid quand le tissu de laine râpe contre ses pieds. « Avant, c'était vide, comme maintenant, » et Rester ne comprend pas cette phrase – mais après tout, elle ne lui était pas adressée.
