Vous savez ce qui m'a le plus choqué dans ce chapitre ? Quand j'ai voulu vérifier les origines de Jon Berthal aka Shane, hé bah j'ai pu constater qu'il a bien du sang russe alors que moi, ça me paraissait pas crédible quand je l'ai écrit. J'étais sur le cul et ça m'a fait rire. Bref.
La blague de Maggie liée au titre est à Innocens, dont l'humour finira par me tuer. Le "faire l'amour à la caméra" est une expression d'Eponyme Anonyme. Les deux écrivent des fics géniales, et il faut aller les lire, voilà. Enjoy.
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Ludovico Einaudi – Run
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« Elle est un peu malade, alors du coup, j'ai préféré la laisser à la maison, si ça ne te dérange pas… »
« Non non Michonne, t'as bien fait ! » Blake soupira, se mordit l'intérieur des joues. Sa Penny, malade, et lui si loin d'elle… « Elle a quoi, de la fièvre ? »
« Oui, et elle tousse. Je lui ai donné du sirop et du Tylenol, elle dort mais… »
« Mais ? »
« J'ai peur que ça ne suffise pas. Tu sais, moi et les enfants… »
« Michonne, de toutes les serveuses des Etats-Unis, je ne vois que toi capable de t'occuper correctement de ma fille. »
« C'est gentil, Phil. T'es un homme bien, tu le sais ? »
« Arrête, j'ai l'impression que je vais mourir ! » Elle rit, et lui aussi. C'est promis, elle le rappellera au réveil de la petite, et si par chance le train était arrêté, il pourra lui parler.
On frappa à la porte de la cabine, et Caesar Martinez entra, un autre conducteur. Ils se saluèrent chaleureusement, tous deux se connaissant depuis longtemps. Il allait faire la suite du voyage avec lui, quelle bonne surprise ! Pile au bon moment, il est déjà temps de repartir, après ce troisième arrêt interminable.
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« C'est totalement stupide. Prend ce chargeur et appelle ton frère. »
« Nan. »
« Si tu ne le fais pas, je te découpe en petits morceaux et je te jette par-dessus la fenêtre, là-maintenant-tout-de-suite. »
Daryl haussa un sourcil d'un air blasé, se grattant le menton en imaginant Maggie tenter de le découper. C'était pas pour dire, mais c'était vraiment une menace en l'air, ça. Sérieux. Il faisait deux fois son poids, et même s'il n'était pas très grand, il doutait vraiment qu'une fermière de son gabarit puisse lui faire du mal.
Mais l'adolescente lui tendait impérieusement son chargeur, prête à en découdre. Elle lui mettait littéralement sous le nez, rentrant une des branches dans sa narine d'un mouvement violent. Daryl sursauta et eut un petit cri scandalisé, tandis que les Peletier éclataient de rire.
« Mais je vais te tuer, espèce de petite conne ! » Dit-il en la repoussant du pied, mais elle continuait d'essayer d'enfoncer ce foutu chargeur dans tous ses orifices visibles.
Shane se retourna déjà vers eux, les fusillant du regard, prêt à sortir une nouvelle fois sa plaque et se servir de sa virilité pour calmer le jeu.
« Les enfants ! » Gronda innocemment Carol, les lèvres tremblantes d'hilarité. « Ce n'est pas ainsi que je vous ai élevé ! »
« Ouais bah t'aurais dû faire adopter Maggie, parce qu'elle est insupportable ! » Grogna Daryl en la repoussant brutalement. Maggie baissa la tête, un petit sourire sur les lèvres.
« Petite, Beth m'enfonçait toujours des trucs dans le nez. Je détestais ça. Maintenant, elle me dénonce et me surveille. »
« Ah, et donc tu t'es dit qu'imiter ta sœur c'tait mature ? »
« Ça va, tu vas t'en remettre ! »
« Nan mais depuis tout à l'heure t'arrête pas d'dire à quel point elle est chiante, mais tu te comportes comme elle, espèce d'idiote. »
« Elle faisait toujours tout pour que je fasse attention à elle. J'étais son modèle, j'étais la grande… »
Daryl se renfrogna. Et Merle, était-il son modèle ? Il avait envie d'hurler que non, jamais, mais en vérité, il l'admirait. Parce que Merle ne se laissait pas faire par la vie, qu'il avait un caractère de chien mais il ne laissait rien ni personne se mettre en travers de sa route –sauf la case prison, inévitablement. Daryl admirait Merle autant qu'il le désespérait.
« Dites, Carol. » Celle-ci lui offre un sourire avenant, l'encourageant à demander. « Vous fuyez quoi, vous ? »
« M…Mais…Mais qu'est-ce qui vous dit que je fuis, moi ? »
« Allons, Carol. » Tempéra Maggie, plus sérieuse. « Vous avez peur, on le voit bien. »
« Ma maman n'a pas peur ! » Sophia se cacha derrière son livre lorsque tous les regards convergèrent vers elle. « C'est juste que papa était méchant. »
« Sophia, voyons ! » Rit Carol d'un air apeuré. « Mais qu'est-ce que tu racontes, ma chérie, ce n'est pas pour ça qu'on part ! »
Mais trop tard. Carol rougit, et Daryl serra ses poings si fort que ses jointures blanchirent. Il le savait, mais l'entendre le révulsait. Maggie ouvrit grand sa bouche, mais vous avez bien raison de fuir, se rappelant qu'elle-même n'avait finalement pas de vraie raison de s'en aller.
C'est alors que l'autre petit garçon du wagon s'approcha de leur emplacement, un peu timide, un jeu de cartes dans les mains, dis, tu veux jouer avec moi et Dale ? Et Sophia approuva, bien contente de ne plus être seule au milieu d'adultes et de sa mère qui mentait. Il restait bien une place, à côté de Dale, et Carl la guida jusqu'à lui tout en se présentant.
« Bonjour, monsieur ! » Dit-elle face au vieux qui lui offrit un doux sourire. « Moi, c'est Sophia ! »
« Eh bien, enchanté, Sophia, je m'appelle Dale. Tu sais jouer au Crazy Eight ? »
Carol détourna les yeux de sa fille et fuit les regards des deux jeunes face à elle.
« Vous savez où aller ? » Finit par demander Maggie, très mal à l'aise, tandis que Daryl se rongeait les ongles.
« Bien sûr, oui. »
« Mes amis à L.A. sont avocats. Si vous avez besoin… »
« C'est gentil mais ça va aller. Tu ferais mieux de t'occuper de toi. » Répliqua Carol sur un ton plus acide qu'elle ne l'aurait voulu. Mais elle avait honte d'être si faible face à eux.
« Comment ça ? »
« Tu es quand même en fugue, à traverser tout le pays seulement pour t'amuser, alors que depuis déjà deux heures tu nous parles de ta famille parfaite. »
Daryl, déjà bien immobile, se figea si bien qu'il crut qu'il ne pourra plus jamais se détendre. Carol avait haussé le ton, les yeux humides, rouge de fureur ou honte il ne savait dire.
« Tu as une sœur qui t'adore, un père ouvert et pacifique, une belle-mère aimante et douce. Tu sais le nombre de personnes qui rêve d'avoir une vie comme la tienne ? Et Daryl, hein ? Son frère va en prison, et tout ce qu'il espère, c'est que ça ne le détruira pas trop ! Mais toi…toi… »
Elle se tût, les yeux fixant la table, et elle se leva brusquement. Sans attendre de réponse, elle franchit le couloir rapidement, percutant Lori qui revenait d'elle-ne-savait où. Celle-ci regarda son mari puis Carol, avant de se décider à la suivre, Rick souriant discrètement. Sa femme avait bon cœur, putain. Maggie, toujours choquée, croisa les pupilles haineuses du Dixon, qui n'avait pas aimé qu'on se serve de lui pour un plaidoyer aussi pathétique. Seulement, Carol avait raison, et il ne supportait pas l'expression perdue de cette idiote de Greene. Celle-ci se leva aussi, prenant la direction opposée à Carol, vers le wagon-bar, et passa devant un Rick qui lui jeta un coup d'œil curieux.
« Tu comptes le laisser toute sa vie avec Petit-Vieux-Un-Peu-Fou ton fils ou quoi ? »
« Pardon ? » Rick pencha la tête sur le côté, fronçant les sourcils face à Shane. Celui-ci avait remis sa casquette sur sa tête et semblait vouloir disparaitre sous sa petite table tant il était affalé.
« Bah oui. PVUPF. C'est le petit surnom que je lui ai trouvé au fil du voyage. Il me tape sur le système, je n'arrête pas de l'écouter parler avec Carl. »
« Ah. »
« Il lui parle d'armes à feu, de paix dans l'monde, d'ses souvenirs… »
« Tu peux aller discuter avec eux si tu veux. »
« Va te faire. » Et sur ce, il se détourna et abattit sur son visage son blouson, mais Rick soupira et le lui enleva. « Je vais te tuer si tu continues, tu le sais ça ? »
« On doit discuter, toi et moi. »
« De quoi ? »
« De ta famille. »
« Oh putain… » Shane reprit son blouson, et se l'enfonça sur la tête. « J'essaye de les oublier, là, alors fait un effort ! »
Mais Rick lui jeta un regard intransigeant, lui arrachant la pensée qu'il pouvait être plus autoritaire avec son meilleur ami que son fils. Le Shérif pencha la tête sur le côté, plissant un peu les paupières.
« Wow. Qu'est-ce que tu fais, là ? »
« Quoi ? »
« Ton regard. A croire que tu veux faire l'amour à une caméra*. T'intensifies au max ton regard, et je déteste ça. »
« L'amour…à la caméra ? »
Shane haussa les épaules et passa la main sur sa tête. Rick soupira et se frotta les yeux. La discussion s'annonçait bien.
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« Madame ? Tout va bien ? »
Carol se retourna vers Lori, essuyant ses larmes avec honte.
« Oui, oui…Je voudrais juste être tranquille. »
Mais étrangement, Lori ne se détourna pas. Elle n'avait pas envie, et sentait que la femme en face d'elle, un peu plus âgée, avait besoin d'une oreille attentive. Elle était très solidaire avec les femmes, elle pouvait sentir quand ces dernières attendaient une aide quelconque. Ici, tout à l'arrière du train, il n'y avait pas un chat pour faire attention à Carol, juste elle et la baie vitrée.
« Vous avez déjà rêvé de vous enfuir à l'autre bout du monde ? »
Question un peu stupide, c'était un peu le rêve de n'importe qui. Qu'importe, Lori s'adossa au mur et croisa les bras, observant le désert défiler devant elles.
« Bien sûr, et je l'ai fait. »
Carol se tourna vers Lori, curieuse. La femme lui offrit un sourire aimable, et continua.
« Mes parents sont européens, Finlandais, plus précisément. Et ils sont riches, très riches. Petite, j'étais danseuse, j'apprenais le piano et le chant, j'allais être parfaite. Et puis, lors d'un voyage aux Etats-Unis, j'ai rencontré Shane puis Rick. J'avais intégré l'American Ballet Théâtre, j'aspirais à devenir une étoile. Mais je suis tombée enceinte de mon petit Carl, j'ai pris quelques kilos en trop… »
Carol chercha les kilos en trop, mais ne les trouvant pas, elle se reconcentra sur la discussion.
« ...Ma famille m'a répudiée. Ce n'était pas la vie d'une, je cite, catin vulgaire des classes populaires, qui m'attendait. Ils m'ont fait du chantage, avant ça, puis m'ont simplement coupé les vivres et m'ont tourné le dos lorsqu'ils ont compris que je n'avorterais pas. Rick, lui, m'a épousé. Un jour, je suis retournée les voir, dans cet immense manoir où j'avais grandi, Carl n'ayant pas un an. Ils ne m'ont même pas ouvert. »
Elle s'était approchée, jusqu'à ce que leurs coudes se frôlent, sans la regarder.
« Je les avais trahis, vous comprenez. Ils avaient misé toute leur réputation sur moi. Ils m'aimaient, d'une certaine façon. Je ne leur en veux pas, enfin plus maintenant. »
« Pourquoi ? »
« Parce que j'ai détesté cette vie jusqu'au jour où ils m'ont oublié. J'avais beau tout avoir, l'argent, la gloire, l'amour de mes parents quand j'étais enfant, des gens qui me comprenaient…ce n'est pas pour autant que ça me correspondait. Ce n'était pas moi. Et je l'ai enfin compris en épousant Rick… Ce rejet a été une libération. »
La plus vieille la fixa un long moment, ne comprenant pas l'étrange sourire sur les lèvres de sa compagne.
« Vous êtes une idiote. » Dit-elle en se tournant vers la vitre, les mains serrées sur sa veste. « Vous devriez leur en vouloir. »
« Pourquoi ? »
« Parce que la colère aide à surmonter tout ça, même après. La colère fait disparaitre les regrets et les remords. »
« On n'a pas besoin de la colère si on est vraiment délivré. L'êtes-vous ? » Lori ne savait même plus de quoi elles parlaient, mais le mal pesant sur les épaules de Carol était suffisant. Elle avait déjà vu des femmes battues, elle savait ce que c'était dès le premier regard.
Carol qui, l'espace d'un instant, avait le regard dur et froid. Ravagé, aussi. Presque déjà mort. Un long moment passa avant que Carol ne se décide à répondre.
« Non. Jamais. J'aurai beau traversé la Terre, ça ne me quittera pas. »
« Pourquoi ? » Répéta Lori, de plus en plus curieuse.
« Parce que j'ai tué mon mari. » Sa voix avait eu un raté, et la moitié de sa phrase disparut dans un gémissement éreinté, mais néanmoins libéré.
« Quoi ? »
« Enfin…je crois. Je lui ai fichu un coup sur le crâne, et il s'est cogné au coin de la table, il ne bougeait plus…le coup est parti tout seul…je ne savais pas quoi faire, alors j'ai pris ma fille, j'ai acheté deux billets, et… »
Et elle se mit à pleurer devant une Lori dont les bras ballaient contre sa taille, complètement choquée.
« Je voulais plus qu'il me touche, je ne voulais plus qu'il touche à Sophia, je ne pouvais pas le laisser nous tuer, il aurait fini par le faire, mais je ne veux pas aller en prison, je… C'est la colère qui a sauvé ma fille, en abattant cette casserole sur son crâne. La colère me sauvera, mais…» Elle se tût, éclatant véritablement en sanglots, avant de se réfugier dans les bras d'une Lori statufiée.
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« Shane, réponds à ma question. »
« Et qu'est-ce que tu veux que je te dise ? »
Le policier fixa son supérieur avec colère, alors que Rick commençait tout juste à s'énerver. Des deux, c'était toujours lui le plus calme, le plus passif. Shane comme Lori se plaignaient de passer pour les méchants à chaque conflit, mais Rick devait bien être le gentil flic, et l'intermédiaire à chaque fois. Il y avait toujours eu des tensions au sein de leur famille un peu étrange aux yeux des autres, et Rick savait que sans son calme et tact à toute épreuve, beaucoup de choses auraient dérapé. Shane était sanguin, et dans leur boulot, ça pouvait être autant un atout qu'un poids.
« Je t'ai déjà dit pourquoi je les supportais pas. On n'a pas la même philosophie, eux et moi. Eux, c'est des pédants hyper-laxistes, des rouges, des marxistes qui comprennent pas pourquoi j'suis un tyran au service de ce sale gouvernement capitaliste, qui pensent que mon boulot n'est juste qu'oppression et noirceur, alors qu'y sont jamais sortis d'leur campagne, jusqu'à ce qu'ils décident d'aller célébrer leur Marx dans des casinos et des bars de Los Angeles. »
« Putain ça m'étonnera toujours que tu sois russe. T'as la tête d'un hispanique. »
« Bordel. » Soupira Shane en se passant les deux mains sur la tête, menaçant de faire exploser de rire Rick. « Est-ce que tu peux arrêter de te foutre de ma gueule cinq minutes ? »
Le Shérif ne répondit pas, se recomposant un visage sérieux sous le regard peu avenant de son ami.
« Bon, j'imagine qu'il est temps que je te parle de ce que j'avais prévu, moi, pour ce week-end. »
Shane plissa les paupières, aussi curieux que méfiant, se demandant pourquoi le ton du brun était soudainement plus léger.
Rick, c'était son meilleur ami depuis une éternité. Ils étaient devenus flics parce qu'au-delà de leurs conneries habituelles (là-dessus, ils ressemblaient un peu aux Dixon, avec cependant plus de retenue), ils avaient cette même envie d'offrir à leur entourage stabilité et confiance. C'était eux qui, à leurs épreuves de Terminale, étaient montés sur le toit de leur lycée avec des enceintes pour diffuser un morceau de rock cinq minutes avant la sonnerie. Eux qui avaient au collège libéré les souris du département scientifique en se proclamant révolutionnaires (ça c'était la faute de Shane, mais il disait que fallait voir ça avec ses parents, qui les avaient ensuite félicité). Eux à la réunion des alcooliques anonymes plus torchés que jamais, eux qui faisaient parfois peur aux gamins du quartier pour les tenir à l'écart des problèmes de la rue, eux qui se faisaient un devoir de protéger tous ceux qu'ils pouvaient. Ils étaient des gardiens de la paix dans l'âme, même si Shane était plus prompt à la colère et la rancœur.
Et cette étrange lueur qui venait de naître dans les yeux de son meilleur ami l'étonna, parce qu'il sentait le plan foireux arriver.
« Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? »
« Je me disais juste que c'était la bonne occasion pour baptiser Carl. »
Shane, choqué, ouvrit la bouche de stupeur. Rick lui balança un regard signifiant tu t'y attendais pas, hein, et il hocha négativement de la tête.
« Non non, Lori va nous tuer, déjà, et en plus je ne suis vraiment pas d'humeur et ma propre famille –ils seront TOUS là- va nous prévoir des trucs, donc… »
« Donc il nous faudra riposter. »
« C'est pas la bonne occasion, il est trop jeune. »
« Justement, c'est à cet âge-là qu'on en profite le plus et qu'on en garde un meilleur souvenir. Ecoute, on avait promis de faire ça avec le premier qui aurait un enfant, et Carl a déjà huit ans. C'est le moment ou jamais, et j'ai même pris le sac. »
Il se leva et prit un petit sac noir dans le petit placard au-dessus de leurs sièges, tandis que Shane se redressait, vraiment surpris. Lentement, Rick posa le sac sur la petite table, et Shane s'approcha avec une certaine peur et excitation.
Rick l'ouvrit sous ses yeux ébahis, et dévoila un petit carnet en cuir bien abimé, ainsi qu'une multitude d'objets.
« Le Carnet de la Dépravation…tu l'as encore ? » Chuchota-t-il en le feuilletant. « Merde, j'pensais que Lori l'avait jeté…t'es allé le chercher dans la poubelle, hein ? Putain, chaque fois qu'on se bourrait vraiment, on prenait l'temps de remplir ce truc de tout ce qui nous passait par la tête… »
« On a même fait une page pour les conneries à faire avec nos gosses, au cas où on serait devenus trop vieux pour innover. »
« Putain, oui ! On s'était même posé des questions auxquelles on devrait répondre des années plus tard ! »
« Ouais, j'ai vu, et j'crois que les Shane et Rick d'avant doivent être déçus de ce qu'on est devenus. »
Enchanté, un peu ému face à un tel souvenir, Shane retrouva le sourire. Bon Dieu, il était même prêt à filer un ticket resto à Jésus, tiens. Il y avait des boules puantes, des bonbonnes de peinture –mais comment avait-il passé les douanes ?-, et des tas de choses qu'ils avaient gardé au fur et à mesure des années pour l'occasion. Carl allait adorer.
« Pourquoi tu m'en as pas parlé plus tôt ? »
« J'attendais le bon moment. C'était censé être une surprise pour tout le monde. »
« T'es vraiment con. »
« Merci. » Rick lui offrit un clin d'œil puis décida de faire l'amour à la caméra pour le taquiner, le faisant rire.
N'empêche, Rick et Lori s'étaient vachement bien trouvés, selon Shane. Et il avait du cul d'avoir de tels amis.
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Lori revint s'assoir un peu plus tard, légèrement bouleversée par l'étrange conversation qu'elle avait eue avec Carol. La femme lui plaisait, elle sentait même qu'elles pourraient être amies, si elle acceptait l'aide de son mari. Elle l'avait consolé et laissé là-bas le temps pour elle de reprendre ses esprits, et son mari embrassa furtivement sa tempe. Shane, lui, farfouillait la valise à la recherche de pétards, prêt à faire péter le manoir de ses parents, heureux de voir que les Grimes étaient volontaires pour tout gâcher avec lui. C'était sa famille qui sera humiliée, pour une fois.
Carl et Sophia se présentèrent à eux au même moment, demandant à ce qu'on les accompagne aux toilettes, ceux du wagon étant occupés. Soupirant et sentant qu'il allait encore devoir courir pour les garder à l'œil, Rick obtempéra, et Lori lui souhaita bonne chance.
« Hé ! » Dit Shane en relevant soudainement la tête. « Elle s'appelle comment, ta mère ? 'Faudrait pas qu'elle s'inquiète en revenant. »
« Elle s'appelle Carol, et moi c'est Sophia monsieur ! » Répondit l'enfant avant de suivre Carl vers l'avant du train.
« Je t'ai pas demandé comment toi tu t'appelais. » Grommela-t-il dans sa barbe, avant de se prendre un coup de coude réprobateur de Lori.
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Tic-tac, faisait la montre du Gouverneur. Tic-tac, faisait aussi la Mort, qui rit bien fort lorsque les rails tremblèrent.
Aah, ce pauvre et las Philip, n'en finissait plus de ces voies ferrées infinies qui lui brûlaient la rétine. Des voies tellement semblables, traversées d'années en années par des milliers de voyages toujours plus loin de sa fille. Une autre heure passa, et son ennui n'en n'était que plus mortel.
Philip était fatigué, mais ça, vous le saviez mais ce qu'il ne savait pas, lui, c'est qu'il n'était pas sur la bonne voie, par mégarde et par mauvaise manipulation des rails. Et il n'eut même pas le temps de s'en rendre compte, le pauvre ! En moins d'une dizaine de secondes, à l'horizon, un train coupait son chemin, chargé de charbon. Alors qu'il tentait de se réveiller en se donnant de petites claques, son train à lui fonçait sur l'autre. Il perdit quelques misérables mais précieuses secondes à ça, et lorsqu'il actionna le frein, c'était déjà trop tard.
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Daryl avait d'abord cru être dans un rêve. En un instant, la gravité avait cessé d'exister, et il s'était senti être soulevé.
Rosita ne comprit pas pourquoi elle avait soudainement volé, elle qui marchait calmement entre les rangs, plus qu'énervée par ce voyage éreintant.
Lori vit pourtant cette barre de fer aussi grande qu'elle foncer sur sa personne, mais c'était si irréaliste et rapide qu'elle n'eut pas conscience du danger.
Jésus était aux toilettes lorsque la cabine se ratatina sur lui. Le pauvre, il ne s'était rendu compte de rien. Toujours aussi heureux d'avoir semé les contrôleurs, il s'apprêtait à fêter sa victoire lorsque sa tête avait violemment percuté le plafond, chose plutôt étrange. N'était-ce pas son sang, coulant sur ses yeux ?
Abraham sentit plus qu'il ne vit le bout de son wagon s'écraser contre celui de devant, tandis que la tôle se froissait comme du papier.
Lizzie rit lorsque son père se jeta sur elle, le trouvant un peu stupide, ne comprenant pas son expression de pure terreur, et soudainement, elle ne vit plus rien.
Carl aimait beaucoup courir. Il se sentait voler, parfois –et c'était exactement la même sensation, sauf qu'il volait vraiment. Comme si une force extérieure semblait vouloir l'aplatir contre un siège défoncé devant lui.
Jim et Jacqui, un couple de quarantenaire voyageant innocemment, assistèrent, impuissants, à l'incendie qui se déclencha dans le wagon devant le leur.
Gabriel lisait sa Bible lorsque celle-ci gicla de sang. C'était bizarre, ce bout de fer qui chatouillait son cou il n'était pas là, une seconde avant…
Rick en était sûr, il était dans une machine à laver. Ce n'était pas possible autrement, parce que le wagon était secoué dans tous les sens, que des membres se brisaient et se démembraient, que son cerveau implosait, que son visage était noyé par le sang, et qu'il ne voyait plus Carl, son tendre Carl…
Shane n'avait pas eu le temps de penser ou comprendre, sa tête avait touché avec brutalité l'accoudoir face à lui.
Carol pensa à Sofia. Sofia pensa à Carol. L'une cherchait encore innocemment sa fille –l'autre se disait qu'elle ne pourra plus jamais la revoir.
Maggie riait avec Glenn lorsque les vitres explosèrent, et elle sentit les Griffes de l'Enfer venir la tâter.
Morgan et Tara étaient à une baie vitrée lorsqu'ils virent le train en face arriver. Une seconde à peine, où ils assistèrent à l'entassement des wagons, leur déraillement, et après…
A une vitesse pareille, tout se pliait comme un rien. L'incident fut si soudain, si terrifiant que personne ne pouvait être préparé à une telle chose. A une vitesse pareille, il ne restait que peu de survivants.
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Shane fut le premier à ouvrir les yeux. Son cerveau clignota, s'alluma, et décida de se restaurer tranquillement. Fallait pas pousser mémé dans les orties, l'était quand même secoué, le Shane. Lentement, difficilement, Cerveau-Shane reprit pied et se hissa hors de l'inconscience.
La première chose qu'il aperçut, ce fut son pied. En vrac, déchiré de part en part. Il s'était dit qu'il était un peu dans la merde, que ça allait être difficile d'être présentable. Le train s'était encore arrêté, en plus. Et dorénavant le sol était le plafond.
La deuxième chose qu'il vit fut des gouttes de sang venant d'au-dessus de lui. Il comprit que le wagon s'était complètement renversé, même si ça restait incompréhensible. Enfin, on ne quittait pas des rails comme ça…
Sauf que le sang provenait de quelqu'un –Lori, plus exactement. Toujours assise, avec des éclats de verre partout dans sa chair, et une barre de fer profondément enfoncée dans l'épaule qui la maintenait sur son siège.
Lori, étrangement, n'avait pas perdu connaissance. Elle s'agrippait de toutes ses forces à son siège, se sentant lentement tomber, la barre déchirant méticuleusement sa peau. Les dents serrées, les yeux exorbités, elle cherchait la signification de ce qu'il venait de se passer, pour savoir à quel moment précis ça avait merdé.
« Lori…Lori ! »
Oh, il devenait ennuyant, Shane. Bah oui Lori. Qui d'autre ? Quoique…Elle ne comprenait toujours pas ce qu'elle foutait là, la tête en bas. Shane se releva de ce qui fut un jour leur baie vitrée, tenta de la décrocher. Mais Lori n'étant pas un vulgaire portemanteau, elle hurla de douleur.
« ME TOUCHE PAS ! » S'égosilla-t-elle. « Me touche surtout pas. »
« Lori. Si tu restes comme ça, tu vas perdre ton bras. »
La blessure était telle qu'il était déjà perdu, le bras. Mais ça, Shane ne voulait pas l'admettre.
Il posa son pied au sol, cria face à sa propre stupidité. Ses doigts de pieds étaient tordus et écrasés, sa chaussure avait carrément disparu. Mais s'il posait uniquement le talon, il pouvait boitiller.
Il chercha des yeux de quoi la détacher, pendant qu'elle gémissait, et peu à peu, ce fut tout le wagon qui s'ébranla dans des lamentations tragiques. Partout, des gens saignaient et hurlaient, lui déchirant l'âme. Il atteignit le siège de Daryl, qui le fixait de ses grands yeux exorbités. Tu peux te lever, demanda le plus âgé, est-ce que t'es encore en vie, continua-t-il face à l'absence de réaction. Daryl cligna des yeux, chuchota qu'il n'en savait rien, qu'il allait rester quelques instants là pour réfléchir, méditer tranquillement, s'poser. Shane finit par l'ignorer, et aida le vieux Dale qui, indemne, était en état de choc, répétant que sa montre s'était arrêtée, qu'il fallait la réparer, et qu'il voulait retrouver son chapeau. Mais Lori criait, Shaaaane, alors il retourna vers elle, suivi de Dale, hoquetant d'effroi.
Daryl se leva finalement, un immense bleu au niveau des côtes et la respiration sifflante. La vision floue, il s'accrochait à ce qu'il pouvait pour marcher, et s'avança jusqu'à Lori, ignorant les autres et le sang qui se répandait par litres dans le compartiment.
« Vous deux, maintenez-là contre le siège, et tenez-là fermement ! »
Dale et Daryl s'approchèrent, obéissant sans vraiment comprendre, tandis que Lori implorait, pleurait et priait. Mais Shane répétait qu'il n'avait pas le choix, qu'elle allait se vider de son sang, qu'il fallait faire quelque chose. Ils comptèrent, Daryl chuchotant à Lori de fermer les yeux, les mains plaquées sous ses aisselles, tandis que Dale la retenait par le ventre et les jambes. Shane s'empara de la barre de fer, tira, déchira la chair et l'âme de la pauvre femme, mais la libéra de son piège infernal. Elle chuta dans les bras des hommes, ayant perdu connaissance, et Shane s'empressa de presser un chiffon contre sa blessure. Daryl, complètement éveillé, prit ce qui lui reste de chemise pour en faire un premier garrot avec le chiffon de Shane, tentant de réveiller par petites claques Lori.
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Carl ouvrit brusquement les yeux, toussant très fort. Il ne vit rien les premières secondes, paniquant et hurlant, sa voix se répercutant avec celles des autres qui agonisaient dans le wagon. Il finit par discerner un rayon de lumière face à lui, éclairant une main portant une belle montre, celle de son père.
« Papa ? Papa ! »
Mais il ne répondait pas. D'ailleurs, à part sa main, il ne voyait rien. Il était enseveli sous des décombres, de la tôle et un tas de choses qu'il ne pouvait discerner. Le wagon s'était flétri comme un vieux fruit, se pliant sous le choc, et il semblait s'être déchiré en glissant sur le sol. C'était le cinquième wagon, et le sixième était même en partie monté par-dessus le sien, pliant un peu plus le plafond, qui avait fini par céder. Il ne savait comment, mais il s'était retrouvé au milieu de tout ce fouillis sans être vraiment blessé, mis à part au niveau des mains et du cou par différents éclats de verre et métaux. Il discerna aussi à sa droite, à côté de la main de son père, la fille qui les accompagnait. Sophia, oui, c'était son nom. Sophia qui pleurait et l'observait de ses grands yeux effrayés.
« Hé. » Chuchota-t-il en se tortillant pour se dégager. « Dis, tu m'entends ? Sophia ? »
Hochement de tête à peine perceptible, chuchotement glacé qui le fit frissonner.
« J'ai mal aux jambes. »
« T'as beaucoup mal ? »
« Je sais pas. Je crois que j'ai mal. »
« Tu crois ? »
« Je crois que je ne les sens pas. »
« Tu peux bouger ? »
« Non. »
« Et mon papa, tu peux le toucher ? Mon papa va nous sortir de là. »
Sophia gémit, tendit le bras, et Carl vit enfin son pull blanc se gorger de sang au niveau de sa taille, là où il ne pouvait plus voir son corps. Elle put attraper la main, et appela le Grimes enseveli.
« Monsieur Grimes, vous m'entendez ? Vous pouvez nous aider monsieur ? Au secours ! »
Il ne se passa rien les premières secondes. Puis, la main se crispa autour de celle de Sophia, lui arrachant un petit hoquet de douleur, et Carl s'écria de joie.
« Tiens bon papa ! Lève-toi ! Tu peux le faire ! »
Mais seule la main bougea, continua de tordre celle de la blonde, avant de la relâcher. Je suis en vie, mais je ne peux pas bouger. Je suis là, Carl, je ne t'abandonne pas. Carl ne savait pas si c'était ça le message, mais il y trouva la force de se dégager véritablement, et ramener ses jambes sous sa poitrine.
« Je vais aller chercher du secours pour toi et mon papa, d'accord Sophia ? »
« Non ! » S'égosilla-t-elle. « Ne me laisse pas là ! »
Il s'approcha lentement, murmurant des chh chh pour l'apaiser, et il prit son visage entre ses paumes, effaçant ses larmes.
« Il faut que je trouve nos mamans pour venir vous aider. Tu dois être forte ! Comme un adulte ! Mon papa dit toujours qu'on a tous quelque chose à faire dans notre vie, qu'on a un travail à accomplir. Mon travail à moi c'est d'avertir nos mamans du danger. Et ton travail à toi, c'est de veiller sur mon papa. D'accord ? C'est très très important pour moi. Tu veux bien, dis ? Promis, je reviens très vite. »
Elle acquiesça sans mot dire, terrorisée et en proie à une souffrance hystérique, mais il remit sa main dans celle de son père, qui s'en empara faiblement.
« Papa ? Il faut que tu prennes soin de Sophia jusqu'à mon retour, d'accord ? »
Comme seule réponse, la main appuya deux fois, et il hocha la tête, déglutissant avec difficulté. Il s'enfonça dans l'espèce de petit trou un peu plus loin, rampant vers la lumière, croisant une femme qui l'empoigna en l'implorant de l'aider, la poitrine écrasée par un amas de débris, à peine en vie. Il se dégagea en pleurant, ignorant ses murmures suppliants, remonta jusqu'au bout, et il sortit de wagon, tremblant.
Le soleil lui agressa les yeux, le dardant de son regard véhément, et il chancela, toussant en sentant une fumée s'éprendre de son nez. Il leva la tête, et aperçut, deux wagons plus loin, des flammes dévorer le bout du train avec avidité. Et, debout quelques mètres plus loin, face au quatrième wagon éventré, Lizzie hurlant au désert silencieux, le visage trop sec pour pleurer, son manteau en lambeaux, richesse éparpillée et oubliée.
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Jacqui secoua son mari si fort qu'il en claqua des dents, avant d'ouvrir les yeux en criant.
« Jim ! Jim, lève-toi, vite ! »
La fumée obstruait déjà sa gorge, mais Jacqui n'était pas une femme qui se laissait mourir facilement. Jim dégagea les valises qui lui étaient tombés dessus, regarda autour de lui deux autres personnes se lever, aussi surprises et stupides que lui. Un homme arriva droit sur eux, portant les loques de l'uniforme d'Amtrak, secouant le plus de gens possibles, hurlant qu'il fallait fuir. Jim se leva sans comprendre, poussée par sa femme qui lui intimait de presser un tissu contre sa bouche. Bientôt, il entendit les cris sourds de tout un train, lui retournant les tripes, et il fixa, statufié, le feu commencer à s'amouracher de leur wagon, juste derrière…
« Sortez ! Sortez tous ! » Morgan Jones poussa le couple qui venait de se lever, les flammes lui brûlant la nuque.
Morgan saignait du nez et celui-ci semblait s'être enfoncé dans son visage tant il était abîmé, et son œil gauche n'était désormais plus qu'une immense boursouflure rouge violacée. Il était avec une enfant, juste avant, la petite Lizzie, qui hurlait à son père de se réveiller, et qu'il avait fait sortir en première. Il imaginait très bien l'impact : le premier wagon avait été réduit en cendres, le deuxième ne ressemblait plus à rien et avait pris feu, le troisième avait entraîné les autres dans le déraillement. Morgan avait appris ça durant sa formation : à une vitesse pareille, peu survivaient dans les premiers wagons. Et s'il n'y avait personne pour éteindre l'incendie…
Il gardait son sang-froid, pourtant. Il avait de la chance d'être encore en vie –pas comme Tara, qu'il avait dû abandonner à son sort.
Tara était quelqu'un de bien. Douce, avec le rire facile, et qui s'était trouvé comme meilleur ami Eugene Porter, un contrôleur. Elle ne le voyait pas souvent, mais c'était ainsi que leur relation fonctionnait, entre les nombreuses piques qu'ils pouvaient s'envoyer. Eugene n'était pas très causant, ni même vraiment vivant –et Morgan avait la sensation qu'il allait mourir sans Tara. Car Eugene sans Tara, c'est comme Morgan sans Douane : invivable.
Et Rosita ? Glenn ? Martinez et le Gouverneur ? Qui allait les aider ou les pleurer ?
Il se remit enfin à respirer, observant le désert du Texas. Ils devaient être au Texas, leur dernier arrêt étant El Paso, et qu'ils n'étaient reparti que depuis peu. Il regarda autour de lui, observant les survivants se rassembler, bloqua sur l'incendie qui ne cessait de s'étendre. Un grand roux l'aborda, le secouant comme prunier en été.
« ..Eau ! Où on peut trouver de l'eau ?! »
Morgan papillonnait des yeux, balbutiait, mais Abraham Ford ne le laissait pas répondre. Il avait les bras en sang mais ne semblait pas s'en inquiéter. Jacqui s'approcha, essayant de le calmer, mais il la repoussa avec violence, faisant intervenir Jim. Mais avant même que celui-ci ne rapplique, Morgan appuya ses doigts sur l'épaule musclée du soldat, qui se dégagea en criant.
« Restez calme, nom de Dieu ! » Hurla-t-il. « On ne peut pas éteindre le feu. Par contre, il y a des dizaines de vies dans les autres wagons, et eux ont besoin de nous ! » Termina-t-il en pointant du doigt le reste du train en piteux état. Le cinquième wagon avait disparu entre les deux autres, et n'était désormais long que d'une dizaine de mètres.
Abraham s'ébroua, ouvrit grand les yeux, se donna trois claques, avant d'assurer qu'il était prêt à aider. Tous, une dizaine des quatre premiers wagons, regardaient à présent Morgan comme s'il était le messie. Il fronça les sourcils lorsqu'il vit Jésus, pourtant sorti du train à la Nouvelle-Orléans, vagir comme un veau en fixant l'ampleur du désastre.
Morgan ne pouvait pas s'attarder. Des tas de gens attendaient son aide.
« Rentrez dans les wagons et faites sortir le plus de monde possible. Récupérez aussi les trousses de soin si vous le pouvez, et amenez-le tout à au moins vingt mètres, c'est compris ? Toi ! » Clama-t-il en s'approchant de Jésus. « Viens avec moi ! Tu ne me quittes pas un instant, tu fais tout ce que je dis, c'est clair ? Vous, le militaire ! »
« Ford, monsieur. »
« Essayez de sortir les gens ensevelis, trouvez d'autres gros bras avec vous. »
« Pas besoin, je suis amplement suffisant ! »
« Vous, le couple ! »
« Jim ! Et ma femme Jacqui. »
« Courez de wagon en wagon et prévenez haut et fort de l'incendie. Ne vous arrêtez pas avant d'avoir fait tout le convoi ! Ceux qui pourront vous suivre aideront les autres. J'ai besoin que tout le monde soit au courant de ce qu'il se passe ici. »
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« Monsieur Grimes ? Vous êtes réveillé ? »
La main serra la sienne, faiblement. Trop, peut-être. Sophia renifla, espéra et s'effraya. Parce que si le papa de Carl mourrait, elle sera seule. Et l'odeur étrange commençait à lui griller les poils du nez, lui faisant monter les larmes aux yeux, déjà bien nombreuses. Manquant de place, elles churent et s'écrasèrent, parcourant sa peau comme une caresse. Oh, elle aimerait tant que sa mère lui caresse le visage ! Une dernière fois, pour son dernier soupir. Mais elle n'avait qu'une main, avec elle, et elle s'entêta à lui parler.
« Parce qu'il faut que vous restez éveillé. C'est ce que ma maman dit toujours quand il arrive quelque chose comme ça. Je n'aime pas quand ma maman dort. Elle dort souvent, parce qu'elle dit que quand papa l'aime, bah c'est trop fort. Mon papa il aime trop ma maman vous savez ? C'est pour ça qu'elle s'endort, après. Dans le salon, la cuisine, le couloir…là où papa l'a aimé. Papa, il n'est pas très gentil. Mais il doit aimer ma maman, non ? C'est ce qu'elle dit tout le temps. Mais si j'ai plus ma maman, je veux pas rester avec papa. Parce qu'après, c'est moi qu'il va aimer trop fort. Ça lui arrive, vous savez ? Ça se voit sur mon corps. Mais maman me soigne si bien avec ses sourires que moi, j'ai pas mal. Mais elle, si. C'est pour ça qu'elle voulait partir. »
Rick serra sa main au fil de son récit, comme un encouragement. Elle lui occupait l'esprit, elle le maintenait en vie, malgré sa propre douleur, comme maman. Quand Carol pleurait, Sophia ravalait ses propres larmes et séchait les siennes. Le papa de Carl avait besoin d'elle, comme sa mère.
« On allait rejoindre ma cousine Enid à Los Angeles. Elle a déjà la trentaine, et elle est prête à nous héberger. Maman dit qu'elle ne peut pas survivre à l'amour de papa. Moi, ça m'arrange un peu, parce que…parce que… »
Elle ferma les yeux, prise peu à peu par l'inconscience. Elle aimerait tant que le père de Carl se relève, ou que Carl lui-même vienne enfin la hisser hors de l'enfer. Ses jambes, son dos la faisaient tant souffrir, à croire qu'elle était morte.
Pitié, faîtes que Carl revienne à temps. Il fallait qu'elle tienne le coup jusque-là. La main de Rick ne lâchait pas la sienne, comme une promesse.
« On va s'en sortir, vous le savez, Monsieur Grimes ? Ma maman va venir me chercher, elle vient toujours. Et Carl a promis, aussi. Ils vont venir. »
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Shane s'activait pour sauver la vie de Lori lorsque Daryl aperçut Maggie sortir de ce qu'il restait du wagon trois, ensanglantée des pieds à la tête et noire de suie. Il était au sol, son immense bleu virant au violet foncé, tandis que sa respiration se faisait plus sifflante.
« Daryl ! » Hurla-t-elle en voulant courir vers lui, mais elle tomba. Elle regarda ses jambes, se releva, puis retomba à nouveau. « DARYL ! » Mais il n'a plus la force de se lever, c'était à elle de se bouger.
Alors, rassemblant force et courage, elle rampa quelques mètres, prit de longues inspirations, s'éloignant de la fumée et du feu conséquent. Elle finit par se relever, ne le quittant pas des yeux. Daryl non plus, parce que s'il le faisait, il n'était pas sûr d'y survivre. A côté, Shane hurlait et tentait de sauver Lori, il ne fallait pas qu'elle abandonne, alors que Rick et Carl avaient besoin d'elle, et lui aussi par la même.
Maggie s'écroula une nouvelle fois, mais cette fois, elle était là. Daryl soupira, tandis que des points noirs dansaient devant ses yeux et qu'il ne pouvait plus respirer.
« Mais qu'est-ce qu'il a ? » S'écria Dale, valsant entre Daryl et Lori. « Il faut que je retrouve mon chapeau. Mon chapeau, c'est très important, ça. »
« Il a... Il a… » Paniqua Maggie, observant la marque sous la peau du Dixon s'étendre lentement. « C'est une hémorragie interne ! »
« Mon Dieu, le feu… Et mon chapeau, c'était celui de mon père, comme ma montre…»
« Dale bordel ! Aide-moi enfoiré ! Lori, ouvre les yeux, allez, c'pas l'moment de dormir, t'entends ? »
« Mon père. Mon père saigne les animaux pour les aider. Il faut saigner Daryl. Il me faut un…un… » Elle se leva, inspecta les alentours, fouilla dans les débris du wagon et revint avec la trousse de secours qui avait valsé avec les valises, et y trouva une seringue.
Daryl, voyant là sa mort prochaine, s'effraya et se débattit, mais Maggie ne se laissait pas faire.
« Je dois le faire ! Je dois le faire ! »
Mais Daryl, malgré ses lèvres bleues et son manque d'oxygène, secoua la tête en signe de négation. Maggie se rappela lorsque Beth était tombée de l'arbre derrière la maison, et que son père devait lui faire des sutures. Comme elle paniquait, il l'avait faite rire, piquant ainsi le premier point, et le reste était allé tout seul.
Faire rire Daryl, voilà ce qui lui laissera le temps. Elle attrapa sa tête à deux mains, le forçant à s'immobiliser et la fixer.
« C'est l'histoire d'un homme qui s'appelle Petit-Train-Qui-Siffle-Dans-La-Prairie-Où-de Grands-Oiseaux-S'envo-bref. Il n'aimait pas son nom. Alors il alla changer de nom. Et la dame de l'état civil lui dit alors : « quel serait votre nouveau nom ? » l'homme dit : Tchou-Tchou. »
Daryl resta un instant glacé, papillonnant des yeux, et elle profita de ces quelques secondes pour l'ouvrir de haut en bas. Un sang épais s'écoula lentement, et la douleur et quelques secondes passées, la poitrine de Daryl expira un nouveau souffle. Il se laissa retomber, inspirant de longues goulées d'air pendant que le sang coulait. Un groupe les atteignit enfin, et un homme du train prit la parole.
« Bonjour, je suis Morgan, j'ai besoin de vous pour dégager... » Il s'interrompit lorsqu'il vit les deux au sol. « Jim ! On a besoin de toi ! »
Celui-ci apparut quelques secondes plus tard, couvert de sang et l'adrénaline débordant de sa pupille, se précipitant sur la femme, une autre trousse de secours avec lui.
« Vous êtes infirmier ? » Demanda Maggie en sortant les compresses pour Daryl, qui lui serrait la main d'appréhension.
« Assistant-infirmier. » Corrigea-t-il sèchement. « Elle a besoin d'anticoagulants. »
« Vous en avez, pas vrai ? Pas vrai ? » Shane avait la voix qui cassait tant il était inquiet. Dire qu'il ne savait toujours pas où étaient Rick et Carl, ni dans quel état il allait bien les retrouver…
Morgan s'approcha, et s'empara fermement par l'épaule, et ses yeux tombèrent face au T-shirt orné de l'insigne de la Police.
« Vous ! Vous êtes flic, non ? J'ai besoin de vous pour sortir les survivants d'ici ! »
« Lori a besoin que je reste avec elle, je peux pas… »
« Non ! Ce dont a besoin votre femme, c'est de cet homme-là. » Répliqua-t-il en pointant du doigt Jim qui s'occupait de la blessée. « Et moi, je ne pourrais rien faire sans vous. Aidez-moi à faire votre boulot ! »
Son boulot, oui, bien sûr. Shane savait que Morgan avait raison, alors il essuya ses yeux et se releva. C'est à ce moment que Lori ouvrit les siens, droit sur lui, et il se rassit tout aussi vite.
« Shane, où sont…où… »
« Je sais pas, Lori. Je suis désolé, si tu savais comme… »
« Trouve-les ! Trouve mon fils et mon mari, je t'en prie, Shane ! »
« Madame, calmez-vous ! »
« Allons-y, monsieur. Allez ! »
« …j'le f'rai Lori, c'est promis. Quoiqu'il arrive. »
Maggie observa Shane disparaitre avec les autres hommes, tandis que Daryl gémissait.
« Ta blague…c'était de la merde… »
« Cette blague t'as sauvé la vie, alors ferme-là. » Dit-elle avec des trémolos dans la voix, décidant qu'il était temps d'arrêter le saignement.
Les lèvres du Dixon avaient repris des couleurs, et son bleu se faisait moins sombre. Sa respiration était toujours sifflante, mais il allait s'en sortir. Jim lui demanda de l'aide pour stopper l'afflux de sang de la blessure de Lori, et il attacha tout autour de son épaule un Tee-shirt déchiré, plaquant ainsi son bras contre son torse, pour resserrer au mieux les bords de la plaie. Lori ne pouvait pas bouger ses doigts ni même lever un tant soit peu le bras, mais elle n'arrivait pas à se dire qu'elle pouvait le perdre. C'était son bras, quand même. Il était plus fort que ça.
Une fois cela fait, Maggie se tourna vers Daryl, qui tentait de se redresser, et soudainement, elle sentit le choc remonter ses entrailles et s'enfuir par sa bouche. Daryl l'observa vomir sans gêne, lui tapant le dos en lui assurant que ça allait passer, mais ce n'était qu'une longue minute plus tard qu'elle put enfin se reprendre.
« Glenn…Glenn était sur moi, quand je me suis réveillée. Mais il avait les yeux grands ouverts, il ne me voyait pas. » Daryl dû s'approcher pour mieux l'entendre, ses cheveux mi-longs cachant ses yeux. « Il était mort, et il était sur moi. »
Elle se tût, juste le temps d'entendre le feu faire craquer la tôle des wagons, avant de se mettre à pleurer.
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« Hé, toi ! Arrête d'hurler comme ça ! »
Lizzie ne voyait même pas Carl, tant elle avait peur. L'homme noir qui était avec elle, où était-il ? Que lui restait-il, sans son père ni son manteau plein de richesse ? Qui, pour vivre encore, dans ce train en flammes ?
Carl n'abandonna pas. Il n'était pas comme ça. Il prit Lizzie par les épaules, et hurla plus fort qu'elle, jusqu'à s'en briser l'âme, jusqu'à ce que le feu soit asséché d'air par son souffle, jusqu'à ce que la fille ceda. La chaleur heurtait sa peau, une chaleur hystérique, comme Lizzie, en proie aux larmes.
« Il faut que tu viennes avec moi ! »
« Mon père…mon père ! »
Le sien aussi, mourrait dans ce train. Du moins, pas tout à fait. Pas tant que Sophia veillait sur Rick. Mais le Temps, insolent et capricieux, pouvait tout aussi bien s'emparer des deux pour les donner à Dame Mort, peu incline lorsqu'il s'agissait de compromis.
« Tu peux pas rester là ! »
« Je le laisserai pas tout seul ! Il a besoin de moi ! »
Carl ne l'écouta pas, l'éloignant lentement de Sire Feu, qui, d'une gloutonnerie fiévreuse, noyait les âmes des victimes dans sa fumée. Elle eut beau le repousser, tenter de revenir, il ne lui laissait ni choix ni répit, la tirant vers le groupe de survivants qui se faisait plus grand. C'est là que devait être sa mère, Shane, et puis Dale. Shane les aidera, Shane les sauvera. C'était son parrain, son oncle presque, son deuxième père, celui qui protégeait sa vie quand Rick n'était pas là. Shane sauvera papa, il en était sûr.
Mais Lizzie finit par se détacher, se libérer, et hurler, encore et toujours. Mais en silence, car ses cordes vocales ne supporteront pas tant de souffrances, fallait pas déconner, les larmes n'avaient qu'à s'en charger. Carl aurait voulu être plus fort, et l'aider. Mais Sophia et Papa n'attendaient que lui, il ne pouvait les faire plus languir. Alors il se détourna, lui promit de revenir, et se mit à courir, de toutes ses forces vers le groupe d'hommes aussi perdus que lui. Il regarda les visages enfumés et ensanglantés, cherchant un familier, et son cœur manqua de s'écrouler dans sa poitrine lorsqu'il vit une Lori plus qu'affaiblie. Il se précipita sur sa mère, mon Dieu elle était en vie, et elle l'accueillit du mieux qu'elle le put au creux de son bras maigre et valide.
« Maman ! » Il avait tant à lui dire, et il n'avait que ce mot-là à la bouche.
« Oh Seigneur, Carl, mon chéri, mon petit homme, tu es là, t'es vivant, oh Seigneur, Seigneur… » Lori pleurait autant de joie que de tristesse, parce que Carl n'était pas avec Rick, et qu'elle envisageait le pire. « Ton père... »
« Il est coincé avec Sophia, j'ai besoin de toi ! » Carl fixait avec terreur le bras en écharpe de sa mère, et la pâleur de son visage. Il n'était même pas sûr qu'elle puisse se lever. « Il faut le dire à Shane ! »
Mais Shane était parti depuis déjà de longues minutes sauver les autres. Jim s'occupait du mieux qu'il pouvait avec sa femme des blessés, mais ils agonisaient tous. Personne pour l'aider.
Elle se releva difficilement, jetant avec inquiétude un œil aux flammes qui continuaient de s'étendre. Le quatrième wagon commençait à libérer des flammes hautes. Daryl et Maggie étaient plus loin, aussi épuisé l'un que l'autre, et semble-t-il pas d'attaque pour une nouvelle escapade.
« Emmène-moi vers ton père, allez. » Chuchota-t-elle tandis qu'il l'épaulait du mieux qu'il pouvait, sans voir Maggie qui la fixait curieusement.
« Ils vont où, à ton avis ? »
« Où est Carol ? Et Sophia ? »
« On devrait aller les aider. Enfin, je devrais. Toi, reste ici. J'ai beau avoir mis trois gros pansements, ça tiendra pas longtemps. »
Daryl fronça les sourcils et se leva brusquement, un air de défi déformant les traits de son visage. Mais il tangua, et manqua de s'écrouler si Maggie ne l'avait pas rattrapé.
« Pas question que je te laisse seule ! » Gronda-t-il, et elle eut un pitoyable sourire.
« Tu ne peux pas venir. Et moi, je ne peux pas rester là sans rien faire. J'ai que quelques coupures çà et là, alors… »
« Mais… »
« La ferme ! » Elle l'immobilisa au sol, et il devint un peu plus pâle. « On a tous un boulot à faire, O.K. ? Et le tien, c'est de rester en vie ! Alors tu vas m'attendre ici, fermer ta gueule, et veiller sur les autres blessés ! »
Ses prunelles affrontèrent durement celles du Dixon, qui finit par abdiquer, voyant bien que ça lui tenait à cœur. Elle hocha la tête aussi, embrassa furtivement son front, avant de se lever pour aider les autres. Daryl attendit qu'elle fût assez loin pour se lever, plus lentement cette fois-ci, et suivit Lori et son fils. Abraham, qui déposait tout juste une jeune femme sur le sol, laissa Jim la prendre en charge pour poser ses yeux sur le Dixon qui titubait jusqu'à l'incendie. Fronçant les sourcils, il se décida à l'imiter, sans vraiment savoir pourquoi.
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Lori ne voyait pas clair, pas plus qu'elle ne respirait correctement. Mais elle sentait la vie de son mari battre faiblement sous l'amas de métal et diverses choses –personnes ?- qui composaient avant le wagon. Elle avait beau crier son nom, il ne répondait pas. Et elle paniqua, trembla, manqua de faillir si ce n'était son Rick, là, qui tentait d'éviter une danse avec la mort.
Sophia ouvrit les yeux en entendant crier, la gorge irritée. Depuis quelques minutes, une fumée se frayait un chemin dans son trou, l'asphyxiant peu à peu. La lumière avait disparu, et elle se sentait terriblement seule. N'ayant pas la force de parler, elle caressa la peau de la main, qui tressautait de temps en temps. Elle en était sûre, ce n'était qu'un réflexe. Rick n'était pas vivant.
« …phia ? »
Elle ouvrit les yeux, trop faible pour exprimer sa surprise. La voix semblait venir des entrailles de la Terre, tant elle était rauque et sourde. Elle cachait sa bouche et son nez dans son autre main, n'arrivant plus à déterminer le réel de l'imaginaire.
« Ça va aller, maintenant. Maman est avec toi. »
Elle eut un frisson, et elle referma les yeux en pleurant silencieusement. Elle était folle, parce que c'était la voix de Carol qu'elle entendait, alors que c'était la main de Rick qu'elle tenait. Main qui avait arrêté de tressauter, et pendait lamentablement dans la sienne. Elle ne le lâcha pas pour autant, car elle tenait chacune de ses promesses. Rick ne restera pas seul, en attendant Carl.
« Maman, arrête ! »
Mais Lori ne pouvait pas. Pas maintenant. Elle s'acharnait à déblayer ce qu'elle pouvait, et ce n'était pas beaucoup. Mais avec une main, on fait ce qu'on peut, et avec une carrure comme la sienne, c'était pire. Elle maudissait toujours un peu plus Shane et Morgan, qui avaient abandonné les premiers wagons pour les derniers, là où il y aura le plus de survivants. Elle détestait la logique. Elle détestait les trains, elle détestait son mari, elle…
Elle tomba, sa peau râpa contre quelque chose qu'elle ne vit pas, et cria. Une flaque de sang gouttait depuis ses hanches, sa blessure ne cessant de la vider. Carl avait reculé sous la chaleur du feu, et Lori y avait perdu ses sourcils et quelques cheveux. Mais elle se releva et continua, hystérique, sachant bien qu'elle ne pouvait pas laisser Carl se faire dévorer par les flammes, mais c'était l'homme de sa vie, en dessous.
Quelqu'un la poussa. Alors qu'elle allait gueuler contre ce connard qui l'empêchait de sauver son mari, Abraham attrapa les débris avant de les jeter derrière lui sans se soucier de savoir qui pouvait y être. Lori contempla, stupéfaite, le grand roux tout en muscles se frayer un chemin jusqu'au corps de Rick, aidé par Daryl, qui saignait des lèvres tant il se les mordait du fait de sa souffrance, ses pansements presque noir de sang. Ils se battirent ainsi de longues minutes, toussant et s'arrêtant par intermittence pour tenter de respirer, exceptée Lori qui refusait d'arrêter.
Enfin, une fois un dernier siège retiré, le visage du Grimes apparut à la lumière, et Lori sentit le poids du monde s'enlever de ses épaules, si vite qu'elle tangua. Et tout ce sang, à ses pieds, était-ce le sien ou…
« Il a l'air vivant ! Mais y'a que sa main qui est dans le bon sens ! »
« Comment ça, dans le bon sens ? »
« Il est tout retourné. » Daryl vit enfin Sophia, qui le fixait sans avoir la force de lui parler. Son sang ne fit qu'un tour, et alors qu'Abraham dégageait Rick, il se pencha sur l'enfant, qui ne pouvait être extirpée aussi facilement.
« Tu m'as trouvée… » Chuchota-t-elle les yeux mi-clos, alors que Lori s'écroulait contre la structure en miettes. « Tu es revenu. » Carl hocha la tête, pleurant de concert avec sa mère, alors qu'Abraham hissait Rick sur son dos. « Je ne l'ai pas lâché… »
Elle ferma à nouveau les yeux, et Daryl lui donna des petites claques, souleva un peu le tas qui la coinçait, fixant ses cuisses aplaties et rouges. A l'intérieur, certaines veines avaient explosé, et son cœur manqua d'imploser.
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Jésus dégagea une dernière plaque de métal, aidé de Shane, et il vit enfin le visage de la femme qui gémissait dessous. La poitrine écrasée, les yeux exorbités, Carol contempla ses sauveurs avec ébahissement. Des heures, des années entières passées dans le noir, avant de pouvoir enfin admirer la lumière. Cet homme, celui qui mendiait dans son wagon, venait de lui sauver la vie. On la tira, et tout pour elle était comme un rêve, sa peau crissant sur le verre de la baie vitrée, le temps s'était figé, aussi mort d'inquiétude qu'elle. Si Carol était en vie, qu'en était-il de Sophia ? Elle avait peur que sa survie n'altère celle de sa fille. Sophia était tout. Sophia devait déjà survivre à ses parents, Dieu ne pouvait-il pas la sauver du train ?
Elle ne se rendait même pas compte qu'elle ne pouvait plus respirer. C'est pourquoi elle ne comprit pas pourquoi Shane s'acharnait à lui faire un massage cardiaque, ni pourquoi Jésus s'était soudainement mis à pleurer, comme pour relâcher toute la pression.
« Allez, putain, allez ! » Shane ne savait même plus ce qu'il disait, à force. Il transpirait, avait les mains moites et glissantes, et par-dessus tout, il en avait marre de voir les gens mourir autour de lui. Cette femme devait vivre, parce qu'il l'avait tellement méprisé durant ce voyage, comme tous les autres, qu'elle n'avait pas le droit de mourir. Pour sa santé mentale, pour la gamine qu'elle laissait derrière elle, ce genre de choses.
C'était agréable, en même temps, pensa Carol. Les coups répétés contre ses os beaucoup trop abîmés pour ne pas avoir déchiré l'intérieur lui faisait du bien. L'étincelle dans les yeux de l'homme était extraordinaire. Personne ne l'avait jamais regardé ainsi. Aux yeux de Shane, Carol était quelqu'un. Elle était vivante, et humaine, pas la petite souris auquel on ne prêtait guère attention. Sa vie était importante pour quelqu'un, et pour la première fois de sa vie. Et elle se mit à sourire, une goutte de sang traçant un sillon vermeille de sa bouche jusqu'au menton.
Pourquoi elle souriait ? Pourquoi elle lui faisait ça, putain ? Non, cette femme n'allait pas mourir, parole de Shane Walsh. Et putain, où était Rick Grimes quand on avait besoin de lui ? Pourquoi Jésus ne voulait-il pas l'aider ? Putain, mais pourquoi… !
En vérité, sous les décombres, elle n'était pas si mal. Certes, elle avait un peu chaud et tremblait de froid, mais elle était intouchable, protégée du monde. Non…elle était le centre du monde, plongée dans le silence. Mais elle était contente que quelqu'un l'ait trouvée. Parce que si elle mourrait, et que personne ne venait pour le constater, Sophia pourrait croire qu'elle l'avait abandonnée, ou bien qu'elle avait autant de chance d'être en vie que morte. C'était toujours plus terrible de ne pas savoir.
Le bouche-à-bouche contre ses lèvres gelées ne donnait rien, et Morgan semblait vouloir dire quelque chose. Là, maintenant tout de suite, Shane était prêt à le gifler de son inactivité. Putain, il s'agissait d'une mère dont la gamine jouait, même pas une heure plus tôt, avec le fils de son meilleur ami ! Elle ne pouvait pas finir comme ça, c'était un cauchemar, le voyage ne pouvait pas être aussi destructeur, dire qu'il n'avait toujours pas trouvé Rick et Carl, mais comment Lori pourrait y survivre, comment pourrait-il se regarder dans une glace, comment Carol pourrait mourir aussi brusquement, elle qui n'avait certainement connu que la souffrance ?
Vous savez quoi ? Carol n'avait même pas peur. Enfin, pas pour elle. Sophia, par contre…sa petite fille était la plus merveilleuse de toutes les petites filles, elle n'était pas préparée à l'enfer que lui réservait son père, si jamais celui-ci avait survécu. Qui pour la protéger maintenant ?
« Tu prendras soin d'elle, pas vrai ? »
Shane se recula des lèvres de Carol, les siennes tâchées de son sang, tandis qu'un voile épais s'étendait lentement sur ses yeux.
« Tu veilleras sur Sophia. J'ai confiance. »
« Carol, putain, fais pas ça ! » C'était la première fois qu'il prononçait son nom, tiens. Mais c'était l'occasion ou jamais, hein.
Et c'était trop tard, aussi. Hystérique, incrédule, il tapa sur sa poitrine, criant son nom encore et encore, jusqu'à ce que Jésus l'empoigne fermement pour faire sortir la femme du train. Ce n'était pas parce qu'elle était morte qu'il fallait la laisser ici, et puis qui sait, quelqu'un pourra peut-être l'aider, dehors, alors faut qu'on l'emmène Shane, peut-être que pour l'instant elle dort, putain mais réveille-toi Shane ! Gémissait-il à son oreille. Mais rien, ni personne ne pouvait empêcher Shane de devenir fou, ni de continuer à crier.
