Et voilà finalement le deuxième chapitre. Cette fois, c'est Bubble qui l'a écrit. J'ai pas grand chose à dire alors je vous laisse directement avec son petit mot avant de commencer votre lecture. Enjoy~
"Coucou tout le monde ! Le voilà enfin, mon chapitre ! Pour certains, ce sera sûrement une première si vous n'avez pas jeté un coup d'œil à mon profil. Parce que oui, j'ai enfin posté quelque chose ! Et ce dernier est bien plus récent que ce chapitre. J'espère qu'il n'y aura pas une différence incroyable entre les deux, et surtout pas entre mes chapitres et ceux de Yuu, sinon ça risque d'être horrible pour vous :C
J'ai tendance à trop blablater avant une fiction, alors je vais couper court. J'espère vraiment que ce chapitre vous plaira ! Vive les chatons et les husky. Bonne lecture ! ~ "
Kyousuke serra ses doigts sur le manche de son épée, levant la tête vers le large château qui surplombait la ville dans laquelle il arrivait. Ses pieds le brûlaient, écrasés dans ses bottes de fer, et son armure, pourtant légère, pesait sur ses épaules, accompagnants le soleil dans sa torture qui durait maintenant depuis des jours. Sa longue robe noire emprisonnait la chaleur ambiante, l'étouffant plus qu'il ne l'était déjà. Il poussa un soupire épuisé en faisant ses premiers pas dans le village, et rangea sa lame pour paraître moins menaçant, ce qui n'empêcha cependant pas les habitants de chuchoter autour de lui, l'observant avec méfiance. Il n'avait cure des messes basses, habitué à ce qu'on parle en mal de lui, vu l'allure qu'il avait. Il était froid, imposant, sombre, malgré son jeune âge, et pas un sourire ne courbait ses lèvres. Il continua d'avancer entre les étalages des marchands, jetant un regard vide d'intérêt vers les articles proposés. Son œil fut pourtant attiré par les nombreux fruits et légumes, et son estomac manifesta rapidement son envie pour ces derniers. Malgré cela, il ne pouvait s'autoriser la moindre pause pour le moment. Il était venu ici dans le seul but de se renseigner sur son ennemi, et rien ne pouvait faire attendre son frère. Il détourna son intention et se remit à fixer le bout de la rue, la tête haute, ignorant les plaintes incessantes de son ventre alors qu'il s'approchait de la place centrale. A partir de là, il commença sa quête d'informations, abordant les passants autour de lui en tentant d'avoir l'air le moins intimidant possible, mais ce n'était pas chose aisée. Plus loin, une femme tenant son enfant dans ses bras se leva et commença à s'éloigner, de peur d'être interrogée à son tour.
" Avez-vous récemment subi des attaques de démons aux alentours...? " Questionna simplement Tsurugi. Il ne prit même pas le temps de le saluer.
L'homme face à lui le regarda d'un air dubitatif, et dans ce court laps de temps, l'enfant s'attarda sur le physique grossier de son interlocuteur. Son visage bouffi et rose mal rasé le dégoûtait, son nez rougi par l'alcool et son air arrogant l'exaspérait, son corps potelé et boudiné dans ses vêtements onéreux le répugnait, et plus que tout, son haleine alourdie par la bière et la crasse qu'il inspira quand il lui répondit le rendirent nauséeux.
" Eh bien- "
" Laissez tomber, merci. " lâcha-t-il en tournant les talons.
Le chevalier haïssait ces bourgeois naïfs qui se croyaient tout permis sous prétexte qu'ils avaient plus d'argent à jeter par la fenêtre. Il espérait ne jamais devenir l'un d'entre eux, et ferait tout pour. Dire qu'il s'engagerait corps et âme plus tard pour la cause des villageois serait mentir, mais il comptait bien protéger ceux qui lui étaient chers, même si cela lui coûtait la vie. Mais encore fallait-il avoir quelqu'un à protéger...
Sa main se crispa à nouveau tandis qu'il approchait d'une femme pour l'interroger, moins âgée, et beaucoup plus attrayante que ce porcelet mal habillé. Il réalisa en s'avançant qu'il n'avait jamais porté grand intérêt à l'amour et aux dames, sans doute était-il trop jeune pour ça. Mais on lui répétait souvent "Tu verras quand tu seras plus grand", et Kyousuke se contentait de faire la moue en pensant que les relations de couple étaient trop niaises pour lui. Il avait besoin de l'adrénaline de la bataille, de la nervosité, de ce sentiment d'aventure et de solitude pour se sentir bien. Une petite amie, c'était une futilité de plus qui risquait de le gêner plus qu'autre chose. "N'écoutes pas les filles !", "Toutes des fragiles !", "Juste bonne à faire la cuisine !", "Elles te retiendront pendant une heure avant de partir pour finir de se pomponner !", c'était tout ce qu'il entendait sur ces êtres là, et il n'avait définitivement pas envie de vivre avec un parasite. La seule femme à qui il portait de l'affection, c'était cette voisine qui avait pris soin de lui après la mort de ses parents. Une personne juste, affectueuse, généreuse et toujours souriante. Rien ne surpassait l'amour qu'il éprouvait pour sa mère, mais il s'était forcé de l'oublier pour ne pas être freiné par ses sentiments, bien qu'il était encore à ce jour hanté chaque nuit par le cauchemar de ce jour où tout avait basculé...
Il continua de demander à plusieurs inconnus la même question, mais aucun ne su lui répondre. Il essaya d'être plus direct, en tentant de savoir si certains avaient déjà vu un monstre de petite taille emmitouflé dans un épais manteau à capuche, mais il resta sans réponse positive, et certains osèrent même rire de son imagination débordante et de son costume des plus réalistes. Kyousuke se retenait de cracher à son tour sur leurs goûts vestimentaires ou leurs ceintures mal fermées, et préférait repartir plutôt que de s'attarder avec des imbéciles pareils. Le temps passait, et pas un indice supplémentaire ne lui avait été accordé. Il fini par s'adosser au mur d'une auberge, fatigué de courir dans tous les sens pour rien sous un soleil de plomb, et ferma les yeux. Il savoura un instant le silence de l'agora qui se vidait peu à peu de ses occupants, et le souffle régulier du vent traversant les brèches entre les plaques de son armure pour venir glisser contre sa peau blanche. Dans ces moments là, il réfléchissait à ce qu'aurait été sa vie s'il n'avait pas entreprit de sauver Yuuichi. Sans doute serait-il confortablement installé chez sa voisine, encore endormi dans son lit moelleux, sous sa couverture. Il aurait vécu une enfance plate et banale, mais il aurait été bien plus heureux. C'était un fait. Cependant, il ne pouvait plus faire marche arrière, et sans doute que s'il ne s'était pas lancé sur cette voie aussi tôt, elle l'aurait rappelé bien plus tard. Il n'aurait pas pu ignorer la condition de son frère toute sa vie. Ce souvenir l'aurait hanté, le hantait toujours, et le hantera encore dans les années à venir s'il ne parvient pas à ramener son aîné sain et sauf. D'ailleurs, était-il toujours en vie ? Que lui avait-on fait ? Et même s'il parvenait à le retrouver, serait-il le même Yuuichi qu'il avait connu auparavant ? Ce garçon protecteur et plein de joie de vivre qui le réconfortait toujours quand il en avait le plus besoin ?
Il préférait ne pas se poser ces questions là.
Ses pensées furent interrompues par une voix juvénile de petit garçon se rapprochant de lui, chantant à tue tête une de ces mélodies populaires que les paysans fredonnent en travaillant, et qui reste en tête pendant des jours, ce qui avait pour don d'agacer Kyousuke. Il rouvrit doucement les yeux, et son regard fut irrésistiblement attiré par l'enfant au milieu de la place.
Il paraissait avoir environ l'âge du jeune chevalier, faisant de grands pas en chantonnant. Son intonation était joyeuse et entraînante, sa voix était claire et aigüe, pleine d'un bonheur débordant. Le chevalier détailla son apparence sans parvenir à détourner le regard, comme ensorcelé par son visage d'ange et son attitude joviale. Il avait une peau couleur caramel et des joues rondes qu'on aurait envie de pincer, un petit nez relevé et de grands yeux bleutés nuancés de gris. Il portait un vêtement clair moulant ses bras et ses jambes, et par dessus, une tunique turquoise aux larges manches traînant au sol, ainsi qu'un chapeau digne d'un vrai magicien assorti, et de hautes bottes blanche parsemées de traces de terre et de fils voyants qui faisaient difficilement tenir le tissu déchiré par endroits. Il tenait dans sa main un long et ferme bâton sur lequel pendait un baluchon qui semblait ne rien contenir de pesant. A ses pieds marchait un chien blanc tâché de noir au regard hébété.
Le vagabond tenait une pomme rouge dans sa main, qui fit aussitôt grogner gracieusement l'estomac de Tsurugi, ce dernier tournant la tête en soupirant. Le brun reporta alors son attention sur lui et s'empressa de l'accoster, son sourire niais toujours collé aux lèvres. Il lui tendit gentiment la pomme en riant.
" Tu as l'air d'avoir faim ! Tiens !"
Kyousuke secoua la tête et repoussa la main du garçon, lui lançant son habituel regard glaçant. Il ne faisait jamais confiance aux inconnus, encore moins en ce qui concernait la nourriture. Il baissa les yeux sur l'animal qui le regardait sans avoir l'air d'éprouver le moindre intérêt pour lui et qui s'allongea contre son jeune maître. Il lui rappelait sa vie d'antan, où ses parents et son frère étaient toujours à ses côtés. Il avait toujours voulu un chien, mais aucun adulte n'avait le temps ni l'envie de s'occuper d'une boule de poil, et puis c'était une bouche de plus à nourrir. Mais peut-être se serait-il senti moins abandonné s'il avait un compagnon sur pattes qui le suivrait partout où il irait. Un ami muet, avec lequel les mots seraient même de trop pour se comprendre et s'apprécier. Mais le risque aurait été bien trop grand pour lui, et perdre un nouvel être cher aurait été la goutte de trop. Oui, la meilleure solution, c'était de rester seul...
Le fanfaron insista en rapprochant à nouveau l'aliment, ne perdant pas son air enjoué.
" Qu'est-ce que tu veux en échange ? De l'argent, des vêtements, une arme ? " L'interrompit l'épéiste alors qu'il ouvrit la bouche.
" En échange ? " Répéta-t-il, perplexe. " Je ne veux rien en échange, quelle question !"
Il haussa un sourcil et resta silencieux. C'était bien la première fois qu'un paysan ne cherchait pas à faire du bénéfice en offrant quelque chose. Même des enfants plus jeunes que lui traînaient aux abords des rues et sautaient sur le moindre noble de passage pour leur offrir une quelconque broutille faite à la main en échange d'un petit peu de nourriture. Mais lui était différent... Il apparaissait comme plein de bonté, comme une mince lumière au milieu de tous ces obscurs hypocrites. Feignant l'indifférence, il accepta tout de même la pomme et croqua dedans, non sans appréhension. Puis une seconde fois, sans un mot, et encore, jusqu'à la terminer complètement. Jusque là, il ne sentait rien de différent en lui. Pas de champignons sur la tête, pas de nausée, ni de bruitage d'amphibien, ce qui le rassura. Le garçonnet l'observait avec amusement, et une fois le fruit finie, il se remit à chanter en repartant avec son ami canin.
" Attends. " Le stoppa Kyousuke, le forçant à se retourner. " Tu as déjà vu un démon de petite taille, avec des cornes et un manteau ? "
Le gamin se mit à réfléchir, cherchant au plus profond de sa mémoire pour retrouver une silhouette similaire, mais rien ne lui venait, et il secoua la tête avec une mine dépitée. Alors que le guerrier s'apprêtait à reprendre ses recherches auprès d'autres personnes, le jeune individu émit un grand "Ah !", comme soudain illuminé d'une brillante idée.
"Je ne connais pas de démon, mais je connais une voyante ! Peut-être qu'elle pourra t'aider !"
Il s'arrêta aussitôt et reposa son regard sur lui. Une voyante ? Comme s'il allait croire à des sottises pareilles. Les voyantes, comme les alchimistes et les sorciers, étaient d'habiles arnaqueurs, payés une mine d'or pour raconter quelques bobards qui font plaisir à leurs clients. Une telle personne ne le mènerait à rien. Il s'abstint de refuser, s'étonnant à y réfléchir à deux fois. Après tout, c'était sa seule piste pour ne moment, et il ne pouvait pas rester très longtemps dans ce village non plus. Autant reprendre la route et faire une escale chez cette harpie. Avec un peu de chance, ça le divertirait avant de reprendre sa course. De toute manière, il avait largement de quoi la rémunérer. Le chevalier souffla et retourna vers lui.
" Tu saurais m'y conduire ? Je ne veux pas te forcer à quitter la ville, mais j'ai besoin d'indications. "
" Je connais le chemin par cœur, ça ne prendra que quelques jours à pieds ! Je peux t'y emmener sans problème ! "
Une fois de plus, Tsurugi garda ses lèvres scellées, incrédule. Décidément, ce gosse le surprenait de plus en plus. Il était si jeune, et pourtant, il n'avait peur de rien, et était d'une gaieté sans limite qui faisait remonter les mémoires nostalgiques de son grand frère disparu. Au fond, il le savait pertinemment. Il avait besoin de quelqu'un à ses côtés, même pour quelques jours seulement... Il ne supportait plus ce sentiment grisant à chaque fois qu'il regardait autour de lui sur sa route. Personne n'était là pour lui parler, pas une simple présence près de lui. Ça en devenait fatiguant... Alors pour une fois, il voulait faire un effort. Quoi qu'il en soit, il avait besoin de lui pour trouver cette magicienne.
" Très bien. " Conclu Kyousuke. " Nous partirons demain, avant midi. Je t'attendrai ici. "
" Pas de soucis, m'sieur ! Oh, au fait... Je suis Tenma Matsukaze ! " Et il repartit vivement en se remettant à chanter, ne lui laissant pas le temps de répliquer.
Un énième soupir s'échappa de ses lèvres pâles. Ce garçon était une vrai furie, mais il avait le mérite l'amuser un peu, bien qu'il fut incapable de lui sourire une seule fois.
