Note : D'abord : Merci à ceux qui ont laissé un commentaire et plus précisément à Actarus à qui je n'ai put répondre directement.
Ensuite, j'espère que ce chapitre ne vous décevra pas trop. Il introduit des personnages plus ou moins inventés et nous ne voyons pas l'ombre d'un Or ici. Rassurez-vous, Angelo Aphro et la terreur en couche reviendrons pour les autres chapitres. En espérant que ces deux nouveaux personnages ne soient pas trop ratés (moi ? Avoir peur des Mary-Sue ? Nan…si peu^^) je vous laisse en leur compagnie.
Bonne lecture !
oOoOoOo
Quelque part ailleurs, en Grèce. Le lendemain.
Le jour commençait à peine à percer et un jeune homme en armure montait les marches d'un escalier sans fin avec le même entrain qu'un condamné à l'échafaud. Il ne faisait pourtant que répondre à la convocation de sa Déesse personnelle. Celle de la chasse, de la Lune et des jeunes vierges effarouchées. La jumelle éternellement vierge d'Apollon, Artémis.
Le jeune homme, du haut de ses trente ans, avait le grand honneur/malheur d'être le doyen des serviteurs de la Déesse lunaire. Ce qui le promulguait d'office au titre de Grand Pope local. Mais son rôle s'apparentait plus à celui d'un larbin personnel qu'à celui d'un représentant sur Terre d'une Déesse Olympienne.
Pour l'heure donc, il montait les interminables marches qui le mèneraient à la salle d'audience de Séléné, nom civil de l'Artémis de ce siècle, en se demandant à quelle sauce il allait bien pouvoir être mangé. Pas qu'il avait peur de sa Déesse mais… en fait, si. Il en avait peur. Séléné, à moins que ce ne soit Artémis, avait une conception bien à elle concernant la façon dont il fallait traiter son personnel. En bref, ceux qui la servaient et qui avait le malheur d'être né dans un corps masculin se voyaient considérer comme des esclaves complètement idiots, frustres et sans aucun sens artistique. Les femmes, elles, étaient portées aux nues comme les huitièmes merveilles du monde. Mais gare à celles qui "pêchaient". Répondre à l'appel de la chair était pour Artémis l'acte le plus abominable qui soit. Impardonnable. En des temps moins modernes, elles avaient fait exécuter plus d'une amazone pour "comportement indécent". Aujourd'hui…ce n'était pas l'envie qui lui manquait de poursuivre la tradition, mais le manque de personnel. C'était toujours le même problème dans toutes les administrations : trouver – et garder - du personnel qualifié…
Notre trentenaire étant pourvu de chromosomes dépareillés et faisant office de Second pour la Déesse, c'était donc lui le bouc émissaire de la demoiselle. Il ne comptait plus les mois passés dans un tout petit cachot humide avec pour seule pitance un quignon de pain et une eau saumâtre, ou les fois où il avait dû récurer toutes les latrines du Domaine ou encore les coups de fouet (mais, ça, c'était quand elle était vraiment furax) tout ça, parce qu'il avait un peu tardé à trouver des fraises fraîches en décembre, ou que les robes hautes coutures n'étaient pas arrivées (faute au couturier, mais qu'importe) et il en passait.
Non, servir Artémis n'était pas le poste de planqué que certains serviteurs d'Olympien croyaient. Ils ne participaient pas aux guerres saintes, c'était vrai. Mais ils devaient se farcir l'incarnation d'Artémis jusqu'à sa mort. Et Artémis mourait de sa belle mort. Centenaire en général… Non, être un Chasseur au service d'Artémis n'était pas un boulot de planqué !
Notre Larbin en Chef en pleurait presque en poussant les lourdes portes qui cachaient la salle d'Audience/torture de sa Malédiction personnelle – pardon, Déesse. Avançant comme s'il marchait sur des braises ardentes sans être pourvu d'un cosmos, il finit par arriver à la hauteur de Séléné. La demoiselle avait l'air d'être dans un de ses grands jours (elle allait faire chi….suer son monde, quoi), elle avait d'ailleurs sorti une robe griffée Saint Laurent pour l'occasion. Blanche la robe, comme toujours. Avec son teint laiteux cadavérique, ses yeux bleu-gris presque transparents et ses longs cheveux blond/blanc albinos… C'était tout juste si on la distinguait des murs passés à la chaux. Heureusement qu'elle possédait une voix forte - et de crécelle – ça permettait de la repérer…
- Vous m'avez fait mander, ma Déesse ? Demanda humblement le bagnard en s'agenouillant.
- En effet, Talos. Et tu es en retard, comme d'habitude, lui répondit très "aimablement" l'incarnation sur Terre d'Artémis sans lâcher des yeux sa main qui se faisait manucurer. Tu m'as fait perdre trois minutes de mon précieux temps. J'espère que tu mesures l'outrecuidance de ton comportement ?
- Oui, Déesse. Je vous pris d'accepter mes plus plates excuses, Ma Déesse.
Allez savoir pourquoi, à cet instant, Talos se vit dans la peau d'un jeune loup les quatre fers en l'air, la queue entre les pattes, exposant son ventre à la Première louve de la meute… Louve qui eut l'air d'apprécier la soumission dont faisait preuve son subalterne puisque son regard daigna se poser sur lui et ses traits s'adoucirent très, très, très légèrement.
- Va pour cette fois. Mais si tu continus à être encore à ce point en retard, je me verrais dans l'obligation de t'infliger une punition exemplaire. Je crois me souvenir que le nettoyage des latrines du Domaine t'est particulièrement insupportable. C'est vrai que tu es mon Chasseur qui possède le meilleur odorat…
L'Ethérée poussa un petit gloussement qu'elle dû croire plus civilisé de cacher derrière sa fine main crémeuse (et osseuse)
- Bref, je ne t'ai pas fais venir pour te donner du ménage à faire mais parce que j'ai une mission de la plus haute importance à te confier.
- C'est un honneur, Ma Déesse.
Il pouvait le faire : ne pas réagir aux piques que sa Chère et Douce (et garce de) Déesse lui lançait, continuer à faire le faux-cul obéissant et dévoué et lui servir des "Ma Déesse". Il avait de la pratique, il pouvait le faire… Il fallait juste que l'entretien dure le moins longtemps possible et qu'il trouve quelqu'un pour faire baisser la pression en sortant. N'importe qui ferait l'affaire et n'importe quelle activité un peu "vive" lui convenait : pugilat, courses, galipettes (les deux sortes), une partie de Taboo XXL… tout. Il prenait tout. En même temps, il flirtait toujours avec la dépression…
- Je veux que tu retrouve mon bébé, il doit être né hier ou avant-hier. A moins, qu'il ne soit pas encore né. Mais ça ne serait tarder.
Ah... Ben non. Il ne pouvait pas le faire finalement. Il n'avait pas put retenir sa tête de se relever en direction du Cachet d'Aspirine divin, ni ses yeux de s'écarquiller et encore moins sa mâchoire inférieure d'aller heurter le sol avec fracas.
- Allons, ne fais pas cette tête. Ce n'est pas si extraordinaire que cela.
Non. Bien sûr. C'était tous les jours qu'elle lui annonçait qu'il devait partir à la recherche de son Divin Enfant. Et d'abord, comment elle avait fait pour avoir un chiard ? Hein ? C'était pas une Déesse Vierge, l'Artémis ? Lui aurait-on mentis pendant l'entièreté de sa vie de laquais ? Et comment ça "retrouver" ? Elle savait pas où il était son gosse ? Alors que c'était son gosse ? Le pauvre Talos était complètement paumé dans un monde qui semblait s'être écrouler sur lui.
- Je sais, repris la Déesse comme si le cerveau de son Grand Pope local n'avait sauté deux secondes plus tôt. Tu dois te dire qu'étant l'incarnation d'Artémis-la-Déesse-Éternellement-Vierge, avoir un enfant est impossible. Mais c'est sans compter mon suprême intelligence, mon cher Talos. Je me suis simplement servie d'une sorte de "mère porteuse".
Okaaay… et ça l'avançait en quoi ? Elle avait perdu sa "mère porteuse"… Ça pouvait se perdre une "mère porteuse" ? Une Déesse pouvait perdre quelque chose ? Et surtout, c'était quoi, une "mère porteuse" ? Talos savait qu'il n'était pas l'homme le plus intelligent sur Terre. Il n'avait pas été à l'école. Il était né dans le village qui alimentait le Domaine et sa mère était à peine sur pied après son accouchement, qu'elle avait apporté le marmot au Grand Pope local de l'époque pour qu'il s'en occupe "puisqu'il en était à l'origine". Talos avait donc grandit au Domaine. Et au Domaine, il n'y avait pas d'école et encore moins d'enseignants. C'est son maître/père qui lui avait appris les bases, mais c'était tout ce à quoi il avait eut droit. Compter les pompes qu'il devait faire, lire les listes de ravitaillement et écrire ces mêmes listes. C'est tout. Alors les fleurs, les abeilles, le miel et les mères porteuses….
- Vois-tu, poursuivit encore la Grande Blonde divine toujours sans se préoccuper du désarroi dans lequel elle avait plongé son subordonné, cette envie d'enfant me trotte dans la tête depuis plusieurs incarnations. Mais l'obstacle de la "confection" me posait le problème que l'on sait.
De quoi parlait-elle, là ? Ah oui ! Qu'il était bête ! La Virginité Éternelle de la personnification de l'Astre Solaire… Oui, oui, il confirmait, c'était un problème quand on voulait produire une descendance. Même chez les Olympiens, la reproduction ne se faisait pas encore par parthénogenèse (1). Il fallait qu'un dieu et qu'une déesse mélangent leurs chromosomes pour produire un dieu tout neuf à qui il faudrait trouver du personnel pour construire un nouveau sanctuaire qui accueillerait sa chair à canon/larbin personnel. C'était le jeunot-encyclopédie-vivante qui lui avait appris ça, quelque mois plus tôt. Est-ce que la "mère porteuse" avait quelque chose à voir avec le mélange des chromosomes ?
- Or, continua l'Albinos divin, il se trouve qu'il y a un peu moins d'un an, une femme m'a prié.
Plait-il ? Décidément c'était la journée des annonces pas communes. Plus personne depuis des siècles n'avait envoyé une prière adressée à un Olympien. La mâchoire de Talos – qu'il avait finit par ramasser – retomba au sol, lui donnant, il fallait l'avouer, un air tout à fait co…idiot.
- Oui, je sais, moi aussi ça m'a surprise. Le culte des dieux Olympien est dépassé depuis longtemps. Mais, la femme en question a prié la Lune, ce qui revient à me prier moi. Bref, ce genre de détails techniques t'importe peu, de toutes façons, tu ne comprendrais pas, tu es trop lent pour ça. Tu es un homme après tout…
Et là, le cerveau de Talos – preuve qu'il en possédait un en état de marche – ne put que s'insurger. Si elle le trouvait si stupide, pourquoi c'était à lui qu'elle faisait appel ? Hein ? Elle disposait de toute une phalange d'Amazone qui auraient été plus que ravie de lui rendre le moindre service. Alors pourquoi lui ? Et l'idée que sa Déesse faisait ça dans l'unique but de l'emmerder ne lui effleura même pas l'esprit…
- Donc, je disais, cette femme m'a prié de lui donner un mari. En échange, elle m'offrait son premier-né. Tu penses bien que j'ai immédiatement accédé à sa requête. Je lui mis dans les bras le premier mec qui passait dans son coin et voilà. Elle m'a priée pour me remercier de mon cadeau et m'informer que mon enfant était en route il y a de ça neuf mois. En toute logique il doit être né. J'aimerais donc que tu ailles me le chercher.
- Ahem…
Talos reprit comme il put contenance. Il sentait qu'il arrivait au terme de l'entretien et qu'on en venait donc au moment "sérieux" de l'entrevue. Il devait faire honneur à son rang et arrêter d'écarquiller les yeux, de fixer sa Déesse bêtement et il devait ramasser sa mâchoire aussi. Ah oui, et reprendre son air soumis. Il se doutait qu'il avait bien amusé sa Patronne en perdant son sang-froid. Mais il ne fallait pas que ça dure trop longtemps ou elle allait vraiment finir par lui confier le récurage des latrines avant de partir.
- Oui. A vos ordres, Ma Déesse. Savez-vous où je peux trouver euh…cette "mère porteuse" ?
- Non. C'est une gitane. Ça change de ville comme je change de robe. Et comme je ne peux me connecter à elle que lorsqu'elle me prie, je n'ai aucune idée d'où elle peut bien être à l'heure actuelle. Mais je suis sure que tu arriveras à la trouver. De toute façon, rajouta-t-elle avec un sourire sadique plaqué sur les lèvres, tu n'as pas le choix.
Talos déglutit difficilement en voyant le sourire de sa Déesse, mais se reprit. C'était bientôt finit. C'est ce qu'il fallait qu'il se dise. C'était bientôt fini…
- Bien sûr, Ma Déesse. Pouvez-vous juste me dire où elle était la dernière fois qu'elle vous a priée, Ma Déesse ?
- Hum…La Figure Solaire sur Terre fit mine de réfléchir, si je me souviens bien, elle était dans un village près de Thèbes. Bien, s'exclama-t-elle en accompagnant ses mots d'un claquement de main, tu as tout ce dont tu as besoin. Tu peux disposer.
- A vos ordres, Ma Déesse.
Ça y était, c'était fini. Il n'avait plus qu'à se relever sans geste brusque, faire un signe de tête que la Jeune Mère par procuration qu'il servait ne verrait pas et partir lentement et sans bruit pour ne pas se rappeler au souvenir de la Divinité.
- Ah, Talos.
Zut ! Raté ! Le jeune homme se retourna au ralenti en priant pour que ce ne soit pas l'ordre de nettoyer les latrines qui sortirait de la bouche de sa Déesse.
- Oui, Ma Déesse ?
- Tu as trois jours pour me ramener mon bébé.
- Oui, Ma Déesse.
Talos sortit de la salle d'audience. Quand il fut sûr d'avoir bien refermé les portes et après avoir vérifié qu'il était seul sur le parvis du temple, il se mit à pleurer. C'est vrai quoi, trouver en trois jour une donzelle qui changeait de ville comme de chemise et qui était certainement sans papiers et donc potentiellement expulsée vers il ne savait dans quel pays, c'était du gâteau. Les doigts dans le nez, il pourrait faire ça…
Talos renifla un bon coup. Ravala ses dernières larmes. Il était le Premier Chasseur que diable ! Il était l'équivalent d'un Grand Pope. Il avait un certain standing à respecter. Si d'autres chasseurs – ou pire, des Amazones – venaient à le croiser en pleine crise de larmes, le peu d'autorité qu'il possédait disparaîtrait comme neige au soleil. Le jeune homme prit une grande respiration avant de repartir dans ses quartiers.
N'empêche, en redescendant les marches, Talos se demanda si le petit jeunot-rat-de-bibliothèque-et-encyclopédie-vivante-des-lois-et-autres savait s'il existait une procédure de demande d'asile dans les autres sanctuaires… Et aussi ce qu'était une "mère porteuse". Il n'était pas sûr d'avoir bien compris le principe.
A suivre.
(1) D'après mes souvenirs de prépa kiné (donc pour plus de détails scientifiques, google est votre ami) : mode de reproduction aséxué. En gros, une femelle non fécondée donne quand même naissance à des petits par un processus de division cellulaire qu'il serait long d'expliquer ici. Par exemple, les phasmes se reproduisent comme ça, sans mâle. Il n'y a que des dames phasmes. C'est une sorte "d'immaculée conception".
Conclusion : On nous ment depuis deux milles ans, Marie était un phasme et Jésus est une fille ! ^^
