Posté le : 12 Janvier. Vigilance constante !


Réponse aux reviews anonymes :

Silkydrag : Ouais, je voulais faire de Hermione quelqu'un de très charismatique malgré tout. Je suis contente que tu l'aies tout de suite remarqué ! Oh, et Gilderoy Lockhart continuera d'apparaître dans l'histoire de manière régulière.

Guest : Tiens, beaucoup de gens m'ont demandé ce qu'il adviendrait de Hermione... Je n'avais pas prévu le coup parce que ce n'est pas un personnage que j'aime manipuler en général. Mais bon, je garde l'idée dans un coin de ma tête !

Sam : Un jour, je te tiendrai par la main pour t'expliquer la vie de A à Z. Tu en sortiras grandie. Je suis contente que mon cadeau te plaise, mon bichon. C'est ta croquette de Noël. Savoure-la bien.

Nyanna : Je m'éclate pas mal avec Gilderoy. J'ai toujours pensé que c'était un personnage plein de potentiel, du coup j'en profite. Sinon, Harry et Hermione ne se connaissent pas dans cette histoire. Il n'y a pas de piège là-dessus.

Clelinou : Je te remercie pour tous ces compliments. Ça booste de voir qu'on est autant soutenu !

Camillou : Oui, je me suis renseignée sur les prisons américaines avant d'écrire cette fic. C'est la base avant d'écrire un tas d'âneries, haha. Merci du vote !

Nakata : Je dois être folle, mais quand je fais un truc, je le fais à fond. Sinon je me dis autant pas le faire. Il en va donc de même pour les fics, héhé. À votre plus grand bonheur :p Sinon, ouais, il y a presque toujours une supérette dans les prisons, même en France.

Mane BlackSilver : Il y aura encore quelques clins d'oeil à l'univers HP. J'adore en faire, donc parfois, tu en croiseras certains. Merci pour le commentaire !

Monster : Eh ouais, tu dois te poser pas mal de questions sur le pourquoi du comment. Surtout face aux casiers judiciaires de certains. Mais là est tout l'intérêt, hihi. Je vous réserve pas mal de surprises.

L.L.P. : Je te remercie pour tes encouragements. À la prochaine !

Nono : Hermione a dû faire forte impression pour que tout le monde veuille la revoir. Choix à méditer. J'avais prévu autre chose mais j'aime écouter ce que les gens peuvent en dire, c'est un échange assez enrichissant.

LazyFox : Backwards n'a pas été abandonné. IACB a juste besoin d'un peu de temps pour se sentir à nouveau inspirée. Mais on en discute dès que possible. C'est un projet qui nous tient à cœur. Pour l'alternance des POV, je peux comprendre que tu sois sceptique, mais après, c'est tout le challenge. Si c'est bien amené et bien fait, l'expérience ne peut qu'être enrichissante. ;)

Anonyme : Ton vote a bien été pris en compte pour la suite. J'espère que ce chapitre-ci sera toujours de qualité. :)

Margaux : Non, il n'y a rien de sexuel entre Sirius et Severus, gloups. Je hais ce pairing donc, nope, no. Jamais. Haha. No kidding. L'enquête concernant Goyle continuera d'avancer.

Karin : Il est né le divine enfant... lalalala, haha tu me fais rire. J'espère que ta soif de curiosité sera étanchée avec ce chapitre.

GruviaCrazy : Je crois que tout le monde a envie de savoir pourquoi Harry a été incarcéré. Ça se saura vers le milieu de la fic. Donc patience. Ce chapitre te donnera plus d'éléments sur la mort de Goyle, à toi de mener l'enquête !

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Note d'auteur : Ooooh, merci pour toutes vos réactions ! C'était trop génial, surtout que j'anticipais pas mal vu que le sujet sort de l'ordinaire. Je tenais à vous dire que cette histoire m'obsède (rien que ça). Je passe beaucoup de temps à fignoler certains aspects du scénario pour vous offrir une expérience réellement immersive et inédite. En écrivant ce chapitre, j'ai voulu faire un truc que je n'avais encore jamais fait. Donc bon, je redoute un peu vos réactions pour le coup. Mais voilà, finalement, je ne regrette pas. C'est le tournant que j'ai choisi même si c'est dur à encaisser. Anyway... On se retrouve en note de fin pour le vote ! Bise, D.

(*) « Time Hump Chronicles », dans ce chapitre traduit par « Chroniques des Frottements du Temps » est une histoire mentionnée dans la série Orange Is The New Black. Je l'avais tout de suite trouvée hilarante. Du coup, je réutilise ici des éléments de cette fiction. Bon, ok, j'ai pas trouvé mieux comme trad', mais ''hump'' peut dire tellement plein de trucs, et je voulais pas que le titre soit trop explicite non plus.

Nota Bene : Aucun personnage ne sera OCC. Tout du moins, je l'espère.

Attention : Rating M+

Songs : 01. "Milk & Honey" – Arcade Fire. 02. ''Noise'' – Archive. 03. ''Beautiful, Dirty, Rich'' – Lady Gaga. 04. ''Rape Me'' – Nirvana.


Chapitre 2 : VIOL

Sous-titre : Génie du crime.

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« A rapist getting rapped ? This is what I called Justice »

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Draco Malfoy

Matricule :: 4015. Crime :: Viol. Sentence :: 8 ans.

Draco Malfoy avait toujours été de nature nerveuse. Alors, quand ce matin-là on le convoqua dans le bureau de Ombrage, son anxiété atteignit un pic encore inédit. Le sergent instructeur Shacklebolt se tenait sur le pas de sa cellule, le visage grave.

– Maintenant ? demanda Draco d'un air paniqué.

– Oui. Ombrage te veut maintenant. Laisse tes affaires. Tu prendras ta douche plus tard.

Lentement, Draco déposa sa serviette de bain sur son lit encore défait, puis se leva. Il n'était pas stupide au point de s'opposer de manière directe à Shacklebolt. Draco l'avait déjà vu maîtriser un détenu furieux en une poignée de secondes. Autrefois légèrement musclé, Draco avait fondu comme neige au soleil depuis son incarcération. Sa silhouette frêle en faisait toujours ricaner plus d'un.

Ce n'était pas la privation de nourriture qui agissait ainsi sur son organisme. Sa mère lui transférait chaque mois beaucoup d'argent sur son compte de la prison, pour lui permettre de s'acheter tout ce qu'il voulait. Ce qui le nuisait véritablement, c'était l'atmosphère de la prison et les monstres qui y étaient enfermés. Draco et Shacklebolt passèrent devant un nombre incalculable de cellules ouvertes, où les autres détenus le fixaient d'un air goguenard. Relevant le menton, Draco demeura imperturbable et continua de marcher. Ils quittèrent le district haute sécurité pour traverser les sas de contrôle. On fouilla Draco à trois reprises entre le moment où il quitta son district et son arrivée devant le bureau de Ombrage. D'un hochement de tête, Shacklebolt lui signifia qu'il pouvait tourner la poignée de porte.

La large pièce circulaire épousait les formes de la tour de contrôle du pénitencier. Mais au lieu des murs bétonnés, gris et froids que l'on avait tout le loisir d'admirer ailleurs, ceux de Ombrage étaient tapissés de rose. Cela fit un gros choc à Draco. Depuis combien de temps au juste n'avait-il pas vu la couleur rose ? Avait-elle cessé un jour d'exister pour lui ? ou avait-elle toujours été là, enfouie dans l'une des strates de sa mémoire ? Le jeune détenu fit un pas hésitant à l'intérieur et referma soigneusement la porte derrière lui. Dolores Ombrage – car c'était bien elle – le fixait de ses yeux petits et humides. Draco ne savait pas très bien ce qu'il devait faire ou dire, alors il s'abstint de tout commentaire et attendit.

– Asseyez-vous, Malfoy, caqueta-t-elle de sa voix suraigüe.

Le détenu s'installa sur le fauteuil rembourré et plastifié – rose lui aussi. Dès qu'il posa ses fesses dessus, Draco se sentit aussitôt mal à l'aise. C'était à croire qu'il portait une maladie particulièrement virale pour être installé sur une bâche en plastique, comme si Ombrage le considérait à lui seul comme un microbe.

– Du thé ?

Du thé ? songea Draco, surpris. Depuis combien de temps n'en avait-il pas bu ? On ne vendait pas de boisson chaude à la supérette. Pas depuis qu'un détenu avait démonté pièce par pièce le seul micro-ondes de la cantine pour créer un explosif qui avait coûté la jambe d'un gardien. Alors un thé... Un excellent thé infusé, Draco n'y avait pas goûté depuis trois ans maintenant. Et cette occasion ne se présenterait plus jusqu'à la fin de sa peine. Comment pouvait-il même refuser une telle proposition ? Impatient, il tendait déjà ses mains vers une tasse, les yeux avides. Ombrage la lui glissa sur son plateau en argent du bout de son stylo. Draco but une gorgée, laissant la saveur mentholée lui envahir le palais, puis le sucre et la légère amertume suivant derrière. Tout était parfait.

– Je m'excuse de vous avoir délogé de votre cellule à une heure aussi matinale, dit Ombrage. Mais je crains que les circonstances actuelles ne m'obligent à prendre des décisions qui vont à l'encontre de nos petites habitudes.

Draco déposa la tasse vide devant lui, interdit :

– Les circonstances actuelles ? Que voulez-vous dire ?

Les yeux noirs de Ombrage brillèrent de malveillance et d'amusement mêlés.

– Hier, qu'avez-vous fait de votre journée ?

– C'est un interrogatoire ?

– Interprétez-le comme vous le voulez, mais je tiens à obtenir une réponse.

– Je... euh, eh bien, comme tous les autres jours je me suis levé avant l'ouverture des portes, commença Draco. Puis je suis allé me doucher. Je suis retourné dans ma cellule déposer mes affaires et je suis ensuite parti prendre mon petit-déjeuner à la cantine...

Ombrage notait tout ce qu'il disait, à la virgule près. Puis elle l'interrompit :

– Avec qui déjeunez-vous, la plupart du temps ?

– Je suis souvent accompagné de Blaise. Blaise Zabini, précisa-t-il en voyant son air légèrement confus. Mais puisqu'il est au Trou depuis une semaine, je suis resté en compagnie d'autres personnes.

– Les gardiens disent que vous ne parliez plus beaucoup à Crabbe et Goyle.

– On s'est disputé.

– Ah... Et à propos de quoi ?

– Je ne suis pas une balance.

– Mais votre silence pourrait vous attirer de graves ennuis, fit remarquer Ombrage. Vous le savez, n'est-ce pas ? (Un long silence inconfortable s'étira dans la pièce rose bonbon) Quoiqu'il en soit, je dois impérativement savoir quand avez vous vu Goyle pour la dernière fois.

– Hier, au déjeuner. Il avait fini de balayer la cour. P-Pourquoi ? Il a fait quelque chose de grave ?

– Lui, non...

– Ah, soupira Draco, soulagé.

– … Il est juste décédé, termina Ombrage.

Malfoy ouvrit la bouche puis la referma aussitôt. Il était impensable pour lui que Goyle puisse mourir un jour. Ils étaient entrés ensemble à la prison de Crawl Pills pour agression sexuelle. Entre ces murs, les violeurs étaient extrêmement mal vus. Ils étaient considérés comme des raclures de fond de capote bien en-dessous du reste. Une sorte de caste inférieure qui, pour survivre, se serrait les coudes. Même si les brimades envers eux étaient nombreuses, jamais Draco n'avait songé qu'on puisse s'en prendre sérieusement à Goyle. Comment cela était-il possible ?

– Nous l'avons découvert hier soir, dans la laverie, précisa la directrice, comme si elle était capable de lire dans ses pensées. La police scientifique a encore du mal à déterminer le scénario exact du décès. Plusieurs pistes ont été soulevées sans qu'aucune ne semble satisfaisante... Goyle avait-il des ennemis dans cette prison ou à l'extérieur ?

Draco fit lentement non de la tête, encore sous le choc.

– J'aurais besoin de davantage de coopération de votre part, Malfoy.

– Non, formula-t-il, atone. Non, personne ne lui voulait le moindre mal. C'était quelqu'un sans histoire. Enfin, il n'a jamais créé d'histoire avec les autres détenus.

– Goyle ne travaillait pas à la laverie, continua Ombrage. Il a toujours été à l'atelier mécanique ou préposé au balayage de la cour. Connaissait-il quelqu'un là-bas ? Avait-il des comptes à régler avec quelqu'un ?

– Goyle ne parlait pas avec grand monde. Il n'aimait pas vraiment faire la conversation, donc je ne crois pas qu'il connaissait quelqu'un là-bas. Peut-être... peut-être qu'on l'a attiré dans un piège.

– Un piège ? répéta la directrice, en arquant un sourcil. Quel genre de piège ? Dans quel but ?

Draco remua sur son fauteuil plastifié.

– J'en sais rien... Il y a deux ans, c'était très à la mode les embuscades dans la prison. C'est peut-être revenu au goût du jour.

– Croyez-vous que ceci est une plaisanterie ? demanda Ombrage en lâchant brutalement son stylo. Sans doute imaginez-vous que j'aime prendre le thé avec les détenus crasseux juste pour faire causette de leurs états d'âme ? Malfoy, nous sommes ici pour une enquête de la plus haute importance. Qu'un détenu meurt entre ces murs n'est pas chose rare. C'est déjà arrivé et cela se reproduira. Mais que quelqu'un meurt sans que quiconque n'arrive à comprendre comment cela est arrivé, ça, c'est intolérable ! Si je vous ai fait venir ici, c'est bien en guise de dernier recourt, Mr Malfoy. La laverie était fermée à clef hier soir. Alors, à moins que l'un de vos gentils petits camarades ait le don de passe-muraille, je me demande bien comment Goyle a pu s'y retrouver ! Mais il n'y a pas que ce léger détail qui me gêne. Tout, absolument tout est un mystère ! Je tiens à élucider tout ceci avant que cela ne remonte aux oreilles du shérif, ou pire, des journalistes ! Goyle a bien dû faire quelque chose qui a déplu à quelqu'un, non ? Donc trouvez-moi le coupable.

– M-Moi ? balbutia Draco, livide.

– Oui, vous, termina Ombrage, un large sourire étirant sa bouche molle. Vous étiez amis, non ? Donc en souvenir du bon vieux temps, vous lui devez bien cette faveur.

Il était clair que refuser n'était pas une option.

– Nous avons un marché ? demanda la directrice de son insupportable voix de petite fille. (Draco acquiesça) Parfait, dans ce cas. Je laisse Shacklebolt vous raccompagner jusque dans votre cellule. N'hésitez pas à lui faire parvenir la moindre information pouvant éclairer les faits.

Tel un automate, Draco se dirigea vers la sortie. Goyle est mort. Il marchait sans même s'en rendre compte, remontant le long corridor de l'administration. Goyle est mort. On le fouilla dans le sas de sécurité, s'assurant qu'il n'avait rien volé dans le bureau de Ombrage. Goyle est mort et ne reviendra pas. Le pire dans tout ça, c'est que Draco ne pouvait même pas en parler à Blaise puisque ce dernier faisait un séjour au Trou pour avoir craché au visage de Flint mardi dernier. Alors, vers qui se tourner ? Crabbe venait juste d'être transféré au pénitencier de Pelican Bay pour une sombre histoire de consommation de drogue. Draco devrait sans doute lui annoncer la nouvelle par courrier. Crabbe et Goyle avaient toujours été inséparables, partageant jusqu'à la même cellule.

La mort dans l'âme, Draco fut presque surpris de se retrouver dans sa cellule sans aucun souvenir d'avoir parcouru une telle distance. Atomisé, il s'allongea sur son lit, sa serviette de bain sous sa nuque, pour digérer la nouvelle. En fait, il ne lui restait plus personne. Goyle était le seul rempart contre la solitude. Même Blaise l'avait totalement laissé tomber, au profit de ses nouveaux amis qui lui « ressemblaient plus ». Draco – qui n'avait jamais pu supporter la solitude – resta un long moment à cogiter. Il en oublia même l'heure qui glissa sur lui dans la plus parfaite indifférence.

– Tu n'étais pas au petit-déjeuner, prononça une voix glaciale.

Lentement, Draco papillonna des paupières, sachant déjà ce qu'il verrait. Au-dessus de lui, la silhouette haute de son codétenu assombrissait la pièce. Les pupilles étroites de Tom Jedusor s'attardèrent un moment sur son visage.

– Encore ? dit-il. Quand vas-tu donc arrêter de pleurer ?

Machinalement, Draco porta sa main à ses joues, remarquant qu'elles étaient humides. Un frisson d'effroi le secoua tout entier. Draco n'était pas censé pleurer. Pas ici. Pas à la vue de tous. Pas alors que Tom pouvait débarquer d'un moment à un autre. Sans cesser de le fixer, Tom s'assit sur le lit de Draco, son pouce retraçant le chemin d'une larme. Il semblait fasciné.

– Tu ne pleures pas pour cet idiot de Goyle, j'espère.

– Comment...

– Comment est-ce que je sais ? Eh bien, ici, rien ne m'échappe. Le bruit court depuis ce matin qu'on l'a retrouvé pas plus tard que cette nuit enfermé dans une machine à laver. (Tom sourit) Apparemment, c'était assez amusant à voir. Barty va essayer de dénicher quelques photos de la morgue. Il a un bon contact là-bas qui lui filait les dents en or de quelques macchabés. Il n'y a pas de petites économies (Tom tapota deux fois sa joue avant de se relever) Sèche-moi ces foutues larmes avant que je ne décide de m'en charger avec un chalumeau de la cuisine, d'accord ?

Le chef des Mangemorts ôta son tee-shirt, dévoilant un torse recouvert d'une mosaïque de tatouages complexes. Chaque jour, Draco remarquait un nouveau détail selon l'angle avec lequel il l'apercevait. Est-ce que cet escalier avait toujours été là ou était-ce le fruit de son imagination ?

– Si tu vas à la bibliothèque, essaie de me trouver un livre en rapport avec Hitler, demanda Tom en observant dans le miroir sa croix gammée gravée sur sa gorge.

– Ils les ont enlevés des rayons, rappela Draco. Ils ont dû remarqué que ces bouquins étaient empruntés beaucoup plus souvent que d'habitude.

– Et ceux de Mussolini alors ?

– Disparus aussi.

– Kim II Sung ?

– Radié des listes.

– Mobutu ? Moubarak ? Hussein ?

Draco fit non de la tête.

– Oh, je vois... Ils veulent réduire ma liberté de penser à néant. Très bien. Je vais écrire une lettre au comité de gestion des plaintes.

Tom adorait écrire. Que cela soit des lettres de plaintes, des résumés de films projetés dans le réfectoire les derniers vendredis du mois ou des messages codés au Ku Klux Klan leur garantissant son grand retour. Tom Jedusor avait même un journal intime qu'il ne prenait pas même la peine de cacher, comme si, au fond, il espérait qu'un jour quelqu'un tombe dessus et le lise. Draco – qui partageait sa cellule – n'avait jusqu'ici pas eu la bêtise d'y toucher. Qui sait ce qu'il finirait par y apprendre ? De mémoire d'homme, le seul qui avait posé les yeux dessus était mort le lendemain, pétrifié dans son sommeil. C'était une gardienne que l'on surnommait Mimi Geignarde et qui ne laissa aucun autre souvenir au pénitencier que d'une hystérique larmoyante.

– J'aimerais lire quelque chose, poursuivit Tom, d'un air songeur. Ramène-moi un livre, n'importe lequel fera l'affaire.

Draco hocha de la tête puis sortit de leur cellule, le ventre creux. Il ne voulait pas être en retard pour son emploi à la bibliothèque. Il l'avait rapidement déniché car l'administration avait remarqué son sens du détail et sa minutie. Ordonner les livres de la prison n'était pas une mince affaire. Chaque jour, les volumes changeaient mystérieusement de place. En fait, certains détenus tiraient avantage du calme apparent de la bibliothèque pour y échanger de la contrebande. Les livres servaient tantôt de cachette, de paravent ou de moyen de transport pour la marchandise. Dès que les fauteurs de troubles finissaient leur petite affaire, ils déposaient les livres n'importe où.

Le seul ici que cela arrangeait était Gilderoy Lockhart. Régulièrement, il se faufilait jusqu'à la bibliothèque avec des exemplaires de ses propres romans qu'il glissait sur les étagères. Cela ne dérangeait pas outre mesure Draco, qui pour les avoir lus, les trouvait assez drôles. Mais les romans de Lockhart étaient encore à ce jour considérés comme d'importantes pièces à conviction. En effet, l'écrivain à succès fit face à un procès houleux l'accusant de plagiat. Dans ce pays, les plagiaires n'étaient pas traités avec légèreté, loin de là. Copier une œuvre était considéré comme un crime tout aussi brutal qu'un braquage, du vandalisme ou d'une séquestration. Et dans un sens, le plagiat était un savant mélange des trois : on braquait le savoir et la connaissance d'autrui, on vandalisait sa création, puis on la séquestrait à son propre profit.

Lockhart devait donc endurer une peine allant de trois à cinq ans. Peine qu'il mettait à profit pour consolider sa communauté de fans. Draco – qui travaillait avec lui à la bibliothèque depuis près de huit mois – appréciait sa compagnie. Au moins, l'ambiance semblait plus légère. La bibliothèque, située au rez-de-chaussée, était un endroit deux fois moins large que la petite église, et jusqu'à quatre fois plus étriqué que le centre de désintoxication. L'éducation des détenus n'était qu'un détail du cahier des charges de l'administration. Draco possédait un bachelor en marketing et un master en droit. Même s'il faisait partie des plus qualifiés de la prison, il doutait fortement de retrouver un travail dans ces domaines un jour... Alors en attendant, il passait son temps dans la bibliothèque, à entretenir les quelques fragments d'intelligence qui lui restaient.

Il faisait partie des premiers arrivés. Le gardien Flint, affalé sur une chaise, jouait avec le cordon de son talkie-walkie. Généralement, il ne bougeait pas de sa place, les laissant vaquer à leurs occupations. Parfois, il s'endormait même à son poste, ce qui laissait du temps aux revendeurs d'échanger leur marchandise en toute tranquillité. Draco n'aimait pas particulièrement Flint. Il le trouvait grossier et détestable en bien des points. Mais son père avait acheté sa protection auprès de Flint grâce à de généreux dons. Si Draco aurait dû se sentir reconnaissant, cela était loin d'être le cas. D'abord, Draco n'aimait pas l'idée d'être baby-sitté en permanence par quelqu'un payé par son père. Ensuite, il fallait admettre que Flint faisait un travail déplorable au vue de tous les malheurs lui étant déjà arrivés. Enfin, payer un gardien pouvait le mettre dans une position extrêmement délicate si cela venait à s'apprendre. Et Draco ne pouvait pas dormir tranquille en ayant ça dans un coin de sa tête.

– Malfoy, referme cette foutue porte derrière toi, grogna Flint. Ce soleil finira par me tuer.

Apparemment, Flint décuvait. C'était un alcoolique notoire dans la prison et Draco s'étonnait encore qu'il conserve son poste après tous ses écarts de conduite. Il regarda la pile de livres la plus proche, évaluant les dégâts laissés la veille. Aujourd'hui, après avoir rapidement rangé les étales, Draco devra se rendre avec un chariot jusqu'au quartier haute sécurité, appelé la Max. C'était là qu'on enfermait les plus dangereux détenus qui ne parvenaient à s'insérer ou se plier aux règles les plus basiques. Tom Jedusor venait d'ailleurs tout juste d'en sortir, faisant preuve d'une bonne foi extrêmement suspecte. Les prisonniers de la Max ne quittaient leur cellule que pour une balade solitaire de quinze minutes par jour dans une cour étroite, bordée de murs hauts de quatre mètres et inondée d'un soleil cuisant.

Dès que les détenus atterrissaient en Max, tout privilège leur était enlevé. Les livres étaient distribués une fois toutes les deux semaines parmi une sélection rachitique, prévisible et conventionnelle. On ne pouvait recevoir aucune visite de l'extérieur. Le courrier était retenu des semaines, des mois, des années par l'administration qui le distribuait au compte goutte comme un os que l'on donnait à ronger à un chien. La lumière était allumée en permanence dans leur cellule afin de voir ce qu'ils y fabriquaient à chaque instant. Mais alors, les détenus de la Max perdait toute notion du jour et de la nuit, les rendant parfois encore plus fous qu'ils ne l'étaient déjà. On se douchait sous un jet d'eau glacial à l'heure où on vous l'imposait devant l'œil d'au moins deux gardiens. Et même chier sans être observé était un privilège car, là-bas, les gardiens étaient aussi payés pour vous voir faire ça. L'administration espérait toujours que vous finiriez par déféquer des sacs de cocaïne. Donc même les selles étaient examinées avec attention. C'était ça la Max. Et Draco frissonnait rien que de s'y retrouver.

– Bon, tout le monde est là ? demanda Flint une fois que la dizaine de détenus en uniforme gris ou orange se placèrent en demi-cercle face à lui. Je vais faire l'appel... et fermez-moi cette satanée porte ! (Flint déplia une feuille froissée de sa poche) Avery ? Ok. Binns ? Bole ? Corner ? Ok. Higgs ? Lockhart ? Malfoy ? Verpey ? Ok. Et enfin Quirrell ? Ok, tout le monde est bien là. Parfait.

– De toute façon, ce n'est pas comme si on pouvait se rendre ailleurs..., marmonna Michael Corner, d'un ton plein d'aigreur.

– Tu te la carres où je pense ton insolence à deux sous le litre ! tempêta Flint. Tu veux que je te colle un rapport ? dit-il en agitant son carnet de sanctions sous le nez. C'est ça que tu veux ? Allez, au boulot avant que ma main commence à trouver d'elle-même des représailles pour insubordination.

Corner, Higgs, Lockhart et les autres se dispersèrent entre les étagères de la bibliothèque. Draco se retrouva, comme à son habitude, dans la section roman américain. Autrefois confiée à Lockhart, l'administration avait jugé préférable d'intervertir leur postes. Draco se souvenait parfaitement avoir vu de nombreux exemplaires de « Flânerie avec le Spectre de la Mort », « Voyage avec les Vampires » ou encore « Une année avec le Yéti ». Les lectrices de Lockhart lui faisaient chaque semaine parvenir ses livres car elles savaient qu'on les lui confisquait.

– Psst, Malfoy !

Draco tourna la tête pour découvrir le visage rayonnant de Lockhart entre deux classiques de Hemingway. Afin de ne pas attirer l'attention du gardien, le jeune détenu se rapprocha, l'oreille aux aguets.

– Tu sais quoi ? Je viens d'avoir une nouvelle idée de roman ! Mes lectrices n'arrêtaient pas de demander quand l'inspiration reviendrait, eh bien, elle est là ! Et je suis absolument certain que « Chronique des Frottements du Temps » sera un nouveau best-seller. J'ai déjà rédigé les deux premiers chapitres. L'héroïne se prénomme Edwina et elle vit une relation tumultueuse avec une soldate nommée Gilead, mmphf, mais je préfère Gilly. Ça sonne mieux. Mais voilà le truc, Edwina rencontre aussi l'Amiral Rodcocker qui est l'incarnation même de la virilité. Le mec est juste incroyablement doué et parfait et...

– D'accord, soupira Draco, blasé. Mais pourquoi tu me racontes ça ?

Gilderoy lui tendit un rouleau de papier après avoir rapidement regardé à droite et à gauche.

– Tiens, lis ça. (Draco resta parfaitement impassible) Tu sais lire, au moins ?

– Oui, je sais lire. Merci bien. Et à quoi ça va me servir ?

L'écrivain à succès le regarda d'un air désabusé.

– Tout le monde sait ici que tu fais partie... mmh, disons, ''des plus à l'aise financièrement'' (Gilderoy mima les guillemets avec ses doigts) Alors je me disais que si tu appréciais ma prose, tu pourrais devenir mon mécène dans cette prison. Le papier coûte très cher et les crayons aussi. Si tu te les procures pour moi, je te promets 25% des royalties du livre dès ma sortie. C'est... un deal plutôt intéressant, non ?

– Non. Je ne me mettrai pas en danger pour que tu puisses publier un stupide livre. J'ai encore cinq ans à taper entre ces murs. Si on me voit avec le texte d'un autre détenu, ou si on comprend que c'est moi qui te fournit le papier, je risque de sérieux ennuis. Et je ne tiens pas à prolonger ma peine de quelques mois pour qu'un peu de ta gloire passée rejaillisse sur toi.

Le visage de Lockhart se décomposa pièce par pièce. Draco aurait pu lui donner un coup de poing que sa réaction n'aurait pas été bien différente.

– Très bien, dit Lockhart, dégoûté. Je trouverai forcément quelqu'un d'autre.

Sa tête disparut de la rangée de livres bien alignés. Pendant trois heures, Draco organisa son rayon par thème et ordre alphabétique en attendant qu'on l'appelle pour sa tournée en Max. En général, c'était le surveillant Podmore qui s'occupait du transfert. Draco avait toujours apprécié Podmore. C'était un homme juste, qui ne se mêlait jamais de ce qui ne le regardait pas. Tout le contraire de Flint ou de Rusard, par exemple, qui s'entendaient comme deux joyeux lurons. Peu avant midi, le surveillant Podmore apparut dans la bibliothèque et embrassa la pièce d'un regard avant de trouver la chevelure blonde argenté de Draco. Il lui fit un discret signe de la main et le jeune détenu abandonna sa tâche pour le suivre à l'extérieur. Le chariot de livres avait déjà été soigneusement chargé des ouvrages autorisés par l'administration pénitentiaire. Après avoir été fouillé de la tête aux pieds, Draco se mit à le pousser, Podmore sur les talons. Ils passèrent plusieurs portiques de sécurité et grillages pour enfin arriver dans un endroit humide et silencieux comme un tombeau. Draco détestait ce lieu et espérait toujours que cela se termine le plus rapidement possible. Le protocole était toujours le même : 1. Le gardien tapait deux gros coups contre la porte blindée et intégralement vitrée afin d'attirer l'attention du détenu. 2. Le détenu s'approchait, bras levés au-dessus de la tête pour regarder la sélection de livres posés sur le chariot. 3. Il prononçait de manière intelligible le titre qu'il voulait. 4. Draco passait ledit ouvrage à Podmore. 5. Podmore feuilletait, secouait, reniflait le livre. 6. Si tout était bon, Podmore glissait le bouquin dans l'interstice verrouillé à double-tour par où on passait habituellement la nourriture. 7. Le détenu ne devait bouger sous aucun prétexte, attendant que Podmore ait tout refermé et que le chariot soit reparti vers la cellule voisine.

Les cellules étaient les unes après les autres, longeant le même côté du couloir. Jamais il n'y avait de cellule occupée du côté droit, afin d'empêcher toute communication – même visuelle – avec d'autres détenus. Certains possédaient un véritable don pour lire sur les lèvres...

Draco redoutait une cellule de la Max plus que les autres : celle qu'occupait Grindelwald. Cet homme y était enfermé depuis trente ans et avait complètement perdu la raison. Il n'était plus qu'une âme vagabonde, à la recherche de la moindre parcelle d'humanité sur laquelle se greffer. Un jour, Grindelwald avait affirmé être victime des assauts répétés d'une flaque de vinaigre. Tétanisé par la peur, le détenu avait hurlé au secours de longues heures, debout sur son lit. À chaque fois, Draco ne savait pas dans quel état il retrouverait Grindelwald. Alors, quand il arriva juste devant sa porte vitrée, Draco eut un mouvement de recul. Grindelwald était nu. Entièrement nu. Son vieux corps fripé était collé à la baie vitrée. Ses yeux exorbités étaient vrillés dans leur direction. Podmore s'arrêta net, la main sur sa bombe lacrymogène. Grindelwald se mit à leur faire de grands signes, comme s'ils se situaient de l'autre côté d'une rive.

– Grindelwald, je vais vous demander de vous rhabiller, ordonna Podmore. Nous sommes ici pour vous apporter un livre. Donc veuillez coopérer.

Le vieillard éclata de rire, dévoilant une dentition aussi explosée qu'une bataille navale.

– Je ne vous le répèterai pas une troisième fois. Allez au fond de votre cellule pour vous rhabiller !

Draco, tout comme Podmore, savait parfaitement que plus rien n'était à tirer de Grindelwald. Cet homme avait besoin de soins psychiatriques, d'écoute et d'attention. Pas d'être enfermé là seul comme un animal en cage. Le truc, c'est que jamais Grindelwald ne sortirait d'ici, pas même pour se rendre à l'hôpital. Il était accusé d'avoir participé à un génocide, alors condamné à être rongé par la folie. Podmore activa son talkie-walkie pour réclamer du renfort. Grindelwald dansait nu dans sa cellule en produisant des pépiements d'oiseaux.

– Restez sur le côté avec votre chariot, Malfoy, ordonna Podmore. Je ne veux pas que ça dégénère.

À l'autre du bout du couloir, le gardien Diggle et le surveillant Dawlish approchaient à pas pressés, remontant la ligne interminable de cellules aux murs de verres trempés.

– Que se passe-t-il ? demanda Diggle. Bonté divine...

Maintenant, Grindelwald se jetait ses propres excréments à la figure en riant.

– Hors de question que j'aille là-dedans, murmura Dawlish, pétrifié. Je ne suis pas suffisamment payé pour aller ramasser ce vieux débris qui se vautre dans sa propre merde. Oh ça non.

Les trois agents regardèrent au-delà de la baie vitrée, Grindelwald continuer son cirque. Draco, qui ignorait quelle attitude avoir puisqu'on l'avait totalement oublié contre le mur, se permit de jeter un œil par-dessus son épaule. Poings sur les hanches Podmore regardait le vieillard saccager sa cellule en éclatant de rire.

– Je crois que Ombrage ne va pas aimer ça du tout, dit-il après un long soupire. Qu'on le veuille ou non, on va devoir le sortir de là quand il sera calmé. On lui injectera de quoi faire dodo pendant quelques heures et je demanderai à Rusard de m'amener deux détenus pour le nettoyage.

– Ouais, approuva Diggle. Il faut bien que ces petits diables servent à quelque chose.

– Je vais contacter l'infirmerie pour qu'ils préparent une bonne dose de morphine, déclara Dawlish. Je reviens. Euh, au fait, on fait quoi de celui-là ?

Diggle, Dawlish et Podmore se tournèrent vers Draco qui n'avait pas bougé d'un pouce.

– On annule la distribution des livres pour ceux qui restent, décida Podmore. On reprendra demain. S'ils nous voient arriver avec une sale gueule, ils risquent de profiter de cette petite faille pour tenter quelque chose de stupide. Malfoy, retournez à la bibliothèque avec Dawlish.

Sur le chemin du retour, Dawlish semblait distrait. Si distrait que Draco aurait pu l'assommer au moins quatre fois. Il n'en fit rien. Une fois à la bibliothèque, il retrouva les autres à mettre de l'ordre parmi les encyclopédies.

– Déjà de retour ? s'étonna Higgs. Comment ça se fait ?

– Un détenu a commencé à faire n'importe quoi dans sa piaule. Alors Podmore a préféré arrêter là, informa Draco, encore dégoûté du spectacle auquel il avait assisté.

Jusqu'à l'heure du déjeuner, il fut incapable de retrouver l'appétit. Draco ne pensait plus vraiment à Grindelwald, mais à Goyle. Il touillait sa platée de macaronis quand Tom se colla à lui.

– Alors ? Tu as mon livre ?

– Ah, non, pas encore. Mais j'y retourne cet après-midi.

Jedusor était suivi de près par MacNair, l'expression plus lugubre encore que d'ordinaire.

– Que se passe-t-il ? demanda Draco.

– MacNair a été interrogé par Ombrage, à propos de la mort de Goyle, éluda Jedusor en essayant tant bien que mal de mordre dans son pain. Enfin, il n'est pas le seul. Tous les gars qui travaillent à la laverie ont été interrogé ce matin. L'administration veut savoir précisément les emplois du temps de tout le monde. La police scientifique a trouvé les empreintes d'à peu près tous ceux de la laverie sur la machine numéro 6. Personne d'autre. Du coup, Ombrage pense que forcément, c'est l'un d'eux qui a fait le coup.

Draco reporta son attention sur MacNair qui ne touchait pas à sa nourriture.

– C'est plutôt habile, comme meurtre, reprit Jedusor en glissant sa main sur la cuisse de Draco. J'y ai réfléchi toute la matinée dans ma cellule, et je pense que soit ce crime a été réalisé par le plus gros crétin de l'histoire de la prison, soit par son plus grand génie. Le tueur devait forcément se douter que les chances d'être accusé étaient proches du zéro puisque tout le monde touchait au matériel. En plus, qui irait chercher quelque chose de suspect dans une machine à laver au beau milieu de la nuit ? Le gardien aurait entendu du bruit, c'est clair, mais il n'aurait pas fait plus attention que ça... En fait, c'est une chance que Rusard ait trouvé le cadavre de Goyle avant le petit matin. Ça aurait très bien pu tomber sur un détenu pendant ses heures de travail.

MacNair leva ses yeux vitreux vers lui.

– Goyle a atterri tout seul dans la machine, dit-il. Personne n'a été vu aux abords de la laverie. Personne n'a pu quitter sa cellule au beau milieu de la nuit. Personne ne lui en voulait pour une noise, alors...

– Peut-être que Goyle n'était pas dedans depuis le soir seulement, supposa Jedusor en continuant de caresser la cuisse de Draco d'un air distrait. Peut-être qu'il était enfermé là-dedans depuis bien plus longtemps. Après tout, la dernière fois qu'on l'a vu, c'était à l'heure du déjeuner, non ?

– Mais tu oublies que nous, l'équipe de la laverie, on a bossé toute la journée d'hier, rappela MacNair, agacé. On aurait forcément vu un truc pareil, tu ne crois pas ? Je te le répète pour la dernière fois : la théorie selon laquelle Goyle est entré là-dedans comme un grand est la plus plausible de toutes !

Jedusor réfléchit un moment, puis dit :

– Ou peut-être qu'il n'y avait pas qu'un criminel, mais plusieurs. Et qu'un garde est complice de tout ça. Rusard a certes découvert le corps, mais c'est sans doute aussi lui qui l'a mis là-bas.

– Rusard ne pourrait pas maîtriser un colosse de la taille de Goyle, contra MacNair. Même s'il le voulait.

– Il n'a pas forcément besoin de le maîtriser. Il peut tout aussi bien le persuader de rentrer de lui-même dans cette machine.

Un silence de plomb régna autour de la table tandis que Tom dégustait sa cuillerée de macaronis.

– Rusard a tué Goyle, affirma-t-il.

– Pourquoi ? demanda Draco.

– Parce que c'est un psychopathe, comme nous tous.

oooooo

Même si Tom était un véritable génie du crime, Draco avait du mal à croire que Rusard y soit pour quelque chose dans la mort de Goyle. Le vieux gardien aimait beaucoup trop son emploi pour se mettre de lui-même en danger. Il n'était certainement pas idiot à ce point. Pour sa part, Draco pensait que tout cela n'était qu'un accident. Après tout, personne n'en voulait à Goyle. Et le responsable de son décès se planquait quelque part, terrorisé à l'idée de prolonger sa peine. En fait, Draco préférait le voir ainsi. Car s'il ne s'agissait pas d'un accident, alors là, il pourrait dire adieu au peu de tranquillité qui lui restait.

Au cours de la journée, tous les détenus travaillant à la laverie furent scrupuleusement interrogés. Stan Rocade – un ancien contrôleur de bus accusé d'agression antisémite – revint du bureau de Ombrage dégoulinant de sueur. Certains furent gardés un peu plus longtemps que les autres, comme Cattermole ou Mondingus, qui n'avaient pas vraiment d'alibis solides. Draco se sentirait plus serein si l'administration attrapait le coupable d'ici la fin de la semaine.

Évidemment, cela n'arriva pas. Plus les jours passaient, plus un climat tendu se répandait dans la prison. Les nouveaux détenus – reconnaissables à leur uniforme orange – chinaient des informations là où ils le pouvaient. Ils étaient excessivement peu nombreux à avoir rejoint Crawl Pills ce mois-ci. Sept, tout au plus. Puisqu'on ne connaissait pas encore leur niveau de dangerosité dans un milieu carcéral, l'administration leur avait confié les tâches ingrates comme nettoyer les toilettes et les douches. Plus tard, s'ils faisaient preuve de bonne volonté, les nouveaux pourraient rejoindre d'autres pôles d'activités. En les observant, Draco savait exactement par quelles phases de questionnement ils passaient : Est-ce que j'arriverai à survivre ici ? Sont-ils tous fous ? Deviendrai-je fou à mon tour ? Dehors, mes amis et ma famille m'oublieront-ils ?

C'était sans doute la dernière qui le torturait le plus. Même s'il recevait des visites fréquentes de sa mère, son père, lui, jugeait Crawl Pills indigne de son statut. D'ailleurs, il avait clairement fait comprendre à son fils que son incarcération nuisait fortement à son ascension politique. Draco se souvenait dans les moindres détails du jour où sa vie avait basculé.

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Leurs éclats de rire étaient tels qu'un pigeon prit son envol. Plutôt éméchés, le petit groupe remonta l'interminable avenue new yorkaise qui menait tout droit à l'appartement de Draco. Son loft – généreusement payé par ses parents après l'obtention de son diplôme – se situait dans l'un des immeubles les plus prisés du pays. Ses voisins étaient tous de riches entrepreneurs, des politiciens, des célébrités internationales ou des vedettes du petit écran.

Il n'était pas rare pour Draco de croiser ce joyeux petit monde dans l'ascenseur et ses amis semblaient tous verts de jalousie. Son père, le magnat des affaires et républicain Lucius Malfoy, espérait qu'en fréquentant déjà les hautes sphères de la société, cela lui faciliterait la tâche afin de prendre un jour la relève. En pleine campagne pour devenir sénateur, Draco et sa mère devaient le suivre meeting après meeting dans des gymnases puant ou des foires stupides. Le soir, au moins, Draco retrouvait sa liberté et pouvait à loisir profiter de l'imprévisible New York. Seigneur, qu'il adorait cette ville ! Il pouvait la contempler des heures durant depuis la fenêtre de sa cuisine et toujours y déceler un nouveau détail qui lui avait échappé jusqu'alors.

« Encore deux semaines, c'est ça ? » demanda Daphné, l'héritière de la licence Disney. « Tu dois t'ennuyer à mort. » Le concerné était bien trop imbibé pour répondre quoique ce soit de pertinent. Il se contenta de vaguement hocher de la tête. Draco avait hâte que tout ce cirque soit terminé. De toute façon, il ne comprenait pas pourquoi ses parents tenaient tant à montrer patte blanche alors que l'élection était déjà gagnée. Les sondages annonçaient son père vainqueur avec au moins 65% des intentions de vote. Donc qu'est-ce qui pourrait arriver de si terrible entre aujourd'hui et la fin du mois ? Que dalle.

Une fois en bas de son immeuble, un portier les laissa passer après leur avoir souhaité une excellente journée. Les premières lueurs de l'aube se fracassaient contre les gigantesques murs de verre, comme des prismes étincelants. Draco et le petit groupe s'engouffra dans l'ascenseur qui grimpa aussitôt jusqu'au dix-septième étage. Leur soirée au Oak Club fut tout aussi réussie que les autres. Ils avaient dansé avec fièvre sur la piste, l'esprit électrisé par les quelques grammes de substance pris au coin d'un lavabo. Astoria – la sœur de Daphné – riait très fort, signe de son ébriété. Dans quelques heures seulement, elle devrait retourner à l'aéroport où son jet-privé l'attendait pour filmer son prochain clip vidéo.

Pansy était la seule à ne pas avoir pris la moindre goutte d'alcool. Elle fixait ce spectacle désolant d'un air consterné, les bras croisés contre sa poitrine. Les trois filles suivirent Draco jusqu'à la porte de son appartement. Les rideaux avaient tous été tirés dieu merci. Le jeune homme se laissa tomber sur son immense canapé en cuir, exténué. Et dire que son père ne tarderait pas à l'appeler dans la matinée... « Demain, tu as quelque chose de prévu ? » demanda Daphné, à la limite du sommeil. « J'en sais rien », répondit Draco d'une voix caverneuse. « Traîner ». Les sœurs Greengrass, pelotonnées l'une contre l'autre, s'endormirent en un claquement de doigts. Pansy, en revanche, restait assise droite fixant Draco de ses yeux verts étincelants. « Quoi ? » demanda-t-il, agacé. « QUOI ?! » « Rien », répondit-elle en haussant des épaules. « Je me dis juste que ça me fera bizarre une fois que ton père sera élu. » « Pourquoi ? » « Eh bien, vous n'irez pas tous vivre à Washington ? »

La phrase de Pansy lui fit l'effet d'une bombe. Draco n'avait jamais abordé le sujet avec ses parents qui se gardaient bien de le tenir informer de la phase post-investiture. Les maigres détails dont il avait pris connaissance se distillaient encore au compte goutte. Si la plupart des sénateurs américains vivaient dans leur circonscription, d'autres faisaient le choix de passer le plus clair de leur temps dans la capitale. Et quoi de mieux que Washington pour étancher la soif de pouvoir de Lucius Malfoy ?« Mon père, sans doute. Mais pas moi. Moi, je veux rester à New York. » articula péniblement Draco. « Je sais. » À certains moments, sa tête devenait lourde. « Mais s'il advenait que tu partes à Washington », continua son amie d'un air anxieux, « Tu essaieras de venir ici souvent, hein ? » « Ouais, aussi souvent que possible. » Pansy lui adressa un sourire radieux.

« Tu as mon cadeau d'anniversaire ? » Draco se massa lentement les tempes. Putain, il avait failli oublier. Cette nuit, Pansy venait de célébrer ses vingt-et-un an âge de la majorité légale aux États-Unis. Elle avait préféré le fêter en petit comité dans une large fête. Quoi de mieux pour obtenir un semblant d'intimité ? « Je dois avoir ton cadeau quelque part », dit Draco, avec l'ombre d'un sourire. « Viens. » Il lui tendit la main, la contraignant à le suivre jusque dans sa chambre. Elle aussi était plongée dans l'obscurité.

Draco marcha droit vers son énorme dressing. Il en sortit une boîte en velours qu'il tendit à sa meilleure amie. Dès qu'elle l'ouvrit, une rivière de diamants roula entre ses doigts. « Tu... Tu n'as pas osé ? » « Si », prononça Draco, très fier de lui. « Allez, mets-le. » De ses doigts tremblants et maladroits, Pansy essaya d'attacher le collier à son cou, en vain. « Attends, je vais t'aider ». Draco attacha le fermoir d'un geste rapide et précis. Ses doigts s'égarèrent le long de sa nuque dévoilée par son carré plongeant. « J'ai fait un bon choix, hein ? » « Choix dicté par les 14 SMS que je t'ai envoyé à propos de ce satané collier », rigola Pansy. « Merci Draco. » Elle le serra dans ses bras et il resserra son étreinte.

Instinctivement, la bouche de Draco se posa sur la joue de Pansy qui gloussa de rire. Puis son nez. Puis sa bouche... Le baiser d'abord rapide fut suivit d'un second plus langoureux et haché. « At-Attends, qu'est-ce que tu fais ? » demanda Pansy, comprimée entre ses bras. Draco passa une main dans ses cheveux bruns qu'il mit en désordre. Il mordilla son cou ainsi que son lobe d'oreille. Pansy se mit à rire, mal à l'aise. « Ok, ok, stop. Ce n'est plus très drôle, là. » ses mains essayèrent d'arrêter celles de Draco. « Draco, stop, ok ? » Ce dernier éclata de rire à son tour. « Pansy, arrête de faire genre... » Celle-ci lui jeta un regard de pure incompréhension. « Tu en as d'envie depuis le collège. », expliqua Draco en caressant ses hanches. « Je ne vois pas ce qui est dérangeant là-dedans. Je suis plutôt beau mec en plus, non ? » Les lèvres de Draco se retrouvèrent plaquées contre celles de Pansy qui n'eut même pas le temps de réagir, encore sous le choc.

Il malaxa sa poitrine et, tandis qu'elle se débattait, il réussit à glisser ses doigts dans sa petite culotte. « D-Draco, non. S'il te plaît, non. » Comme une bougie sur le point de s'éteindre, Pansy semblait peu à peu se vider de toute énergie. Elle n'essayait même pas de se débattre, comme si le combat était perdu d'avance. Alors Draco, qui la voyait restée allongée sous lui, ne chercha pas non plus à comprendre. Elle en avait forcément envie sinon, elle ne resterait pas là, hein ? Et puis, tout le monde savait que certaines nanas adoraient inventer des scénarios tordus au lit. Pansy avait toujours eu un côté tordu.

Draco savait – au fond de lui – qu'elle adorait ça, mais que ça lui coûtait cher de l'admettre. Entre ses cuisses non plus il ne rencontra aucune résistance. Pansy avait la tête tournée vers la porte, comme si plus rien autour d'elle n'existait. Que Draco n'était pas là. Que son anniversaire n'avait pas eu lieu. Que New York endormi ne faisait que parti d'un rêve. Le pantalon à moitié défait, Draco continuait ses assauts de plus en plus vifs afin d'obtenir une réaction de Pansy. N'importe quoi. Mais à aucun moment elle ne lui fit cet honneur. Finalement, Draco ressentit une légère décharge et il se vida en Pansy. Il déposa un dernier baiser sur sa joue et souffla : « Joyeux anniversaire, ma puce. » Lentement, il roula sur le côté, exténué. Il ne prit même pas la peine de remettre son caleçon. Pansy l'avait déjà vu nu une bonne dizaine de fois, de toute façon.

En se réveillant quelques heures plus tard, Draco constata que son loft était vide. Les filles étaient parties. Il s'apprêtait à prendre une bonne douche quand il remarqua que le collier offert à Pansy trônait sur la table-basse, au-dessus d'un morceau de papier. Draco attrapa le bijou entre ses doigts puis lut la note : « Étouffe-toi avec, connard. »

Ne comprenant pas, Draco fronça des sourcils. Qu'est-ce qui avait bien pu mettre Pansy dans cet état ? Les pierres n'étaient pas assez grosses ? Draco attrapa son téléphone portable et constata alors que la batterie était complètement à plat. Blasé, il le mit à charger pendant qu'il prendrait sa douche. Une fois complètement propre, il se rua vers son smartphone et composa son code de sécurité. Il vit sa messagerie être littéralement bombardée, dont la majorité provenant de son père. Il activa le haut-parleur, décidé à tous les écouter pendant qu'il s'habillerait dans sa chambre.

« Vous avez vingt-six nouveaux messages. Message reçu à 8:02 : '' Draco, c'est moi. Réponds immédiatement. C'est urgent.'' Pour rappeler votre correspondant faites le 1. Pour supprimer le message, faites le 2. Pour le réécouter, faites le 3. Pour passer au message suivant, faites le 4. Pour tout autre renseignement, faites le... » (Draco appuya sur le 2) « Message reçu aujourd'hui à 8:26 : ''Draco, prends ton satané téléphone. Il faut qu'on parle immédiatement. J'ai reçu un appel confidentiel du procureur de New York. Il voudrait te voir à propos d'une affaire dérangeante. Rappelle-moi. Il me faut impérativement ta version des faits.'' Autre message : ''Draco, ta mère est morte d'inquiétude, et moi aussi par la même occasion. Que s'est-il passé avec Pansy ? Réponds-moi tout de suite !'' ''Draco, habille-toi. La police va bientôt débarquer chez toi pour te faire subir un interrogatoire. J'ai pris le premier vol pour New York. Je serai là d'ici quelques heures. Je t'ai envoyé un avocat. Ne dis rien tant qu'il n'est pas là. Je ne crois pas que l'on pourra retenir des charges contre toi parce que...''

On tambourina à la porte de son loft. « POLICE ! Ouvrez ! » La bouche extrêmement sèche, Draco resta planté au milieu de la pièce, torse nu. « POLICE ! » Les jambes tremblantes, Draco déverrouilla la porte. Un agent bondit sur lui, le mettant aussitôt à terre. On le menotta et lui récita ses droits. Ignorant encore tout de ce qu'on lui reprochait, Draco suivit la brigade d'un air ahuri. On ne lui laissa même pas le temps d'enfiler une chemise. En bas de l'immeuble, des paparazzis s'acharnèrent à le mitrailler de flashs...

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Draco avait désormais l'interdiction formelle d'écrire à Pansy ou de tenter par n'importe quel moyen d'entrer en contact avec elle. Même son avocat lui avait déconseillé de tenter une manœuvre aussi dangereuse. Pourtant, Draco aurait aimé entrer en contact avec elle. Il avait une foule de questions à lui poser. Encore aujourd'hui, Draco avait du mal à saisir comment leur rapport ait pu être interprété comme un viol. Il voulait simplement lui faire plaisir, s'amuser un peu. Son père lui-même refusait de croire la version du juge et disait à qui voulait l'entendre que Pansy n'était qu'une délurée s'inventant une vie afin de se rendre intéressante pendant quinze secondes. En fait, il valait mieux pour la famille Malfoy de se tenir à cette version. Car l'affaire du viol atteignit sérieusement leur réputation. Lucius Malfoy perdit son élection et dût se retirer de la vie politique pendant un moment. Narcissa fut destituée de son titre de présidente des Épouses presbyteriennes de St-Pancras. Et Draco, bien qu'en prison depuis trois ans, récoltait continuellement des lettres virulentes de féministes.

Actuellement, Draco recevait la visite de son avocat afin de faire appel de la décision de justice allant à son encontre. Il construisait un dossier en béton armé, visant à décrédibiliser une à une les soi-disantes preuves apportées par Pansy : des photos montrant leur évidente proximité, les messages ambigus laissés sur son téléphone, les témoignages de quelques partenaires de Pansy parlant de sa sexualité débridée... Tout faisait l'affaire. Il n'y avait plus d'amitié qui tienne. Draco ne laisserait rien ni personne lui barrer la route vers sa liberté. Huit ans de prison pour un présumé viol était une peine extrêmement lourde et intolérable pour les Malfoy. Lucius espérait donc voir son fils sortir de là d'ici quelques mois, voire un an. Quand il serait libéré, Draco était bien décidé à récupérer la place qu'il occupait autrefois. Pansy l'avait détruit. Maintenant, c'était à son tour.

Allongé sur son lit les bras derrière la nuque, Draco attendait l'extinction des feux. Tom était assis sur la banquette du dessus, sifflotant un air guilleret. Apparemment, Gilderoy Lockhart avait entendu dire que Jedusor cherchait un truc à lire car ce dernier feuilletait le premier chapitre de son nouveau manuscrit. De temps à autre, Tom ricanait bruyamment en tournant les pages remplies d'une écriture fine et serrée. ''Chroniques des Frottements du Temps'', songea Draco. Avait-on déjà trouvé un titre plus débile ? Soudain, Tom éclata d'un rire tonitruant. Son codétenu leva les yeux, remarquant que les ressorts du lit s'agitaient.

– La ferme ! s'écria Flint en tapant sa matraque contre la porte ouverte de leur cellule.

Tom se tut et ses yeux se plissèrent de malveillance tandis que le jeune garde continuait sa ronde.

– Un jour, je vais le tuer, promit-il tout bas. Il ne t'énerve pas, toi ?

– Si, admit Draco tout en restant allongé dans sa couchette.

– Dommage qu'il n'ait pas été à la place de Goyle...

Draco ressentit une espèce de pincement au cœur. Même s'il essayait d'oublier le décès de son ami, toute la prison s'évertuait à le lui rappeler de manière plus ou moins détournée. Une sirène retentit à quatre reprises, annonçant l'imminente extinction des feux. Toutes les portes des cellules se refermèrent en même temps puis l'obscurité toute entière les engloba. Draco se glissa sous sa couverture, sachant pertinemment que le premier compte de la soirée serait pour bientôt. Les yeux fermés, il écouta le silence pesant de la prison. Tom ne dormait pas. Il ne dormait jamais jusqu'à ce qu'il ait obtenu ce qu'il voulait. Alors Draco patientait. Une longue et courte attente débutait. Finalement, un surveillant passa juste devant leur cellule ('click click', fit le compteur à main) et poursuivit sa route.

Dès lors, Tom s'extirpa avec lenteur de ses draps. Avec la vivacité d'un cobra, il se glissa dans la couchette de Draco, tapis dans la pénombre. Comme anesthésié, Draco ne bougea pas, sachant pertinemment qu'il n'y avait aucune issue. Ses doigts longs et fins s'engouffrèrent sous son tee-shirt, retraçant les contours de son torse. Draco ferma les yeux quand sa langue serpenta sur sa clavicule. Le corps glacé de Tom se pressa contre lui. Avec lenteur, Tom baissa l'élastique de son caleçon puis appuya sa queue contre son cul. Draco demeura silencieux. Et tandis que Tom le pénétrait, Draco serra les dents. Tout le monde à Crawl Pills savait que Jedusor le baisait. Et personne ne disait rien, tant ils le redoutaient. Draco pouvait maintenant se considérer en sécurité. Bien plus en sécurité que lorsque Flint respectait les termes de son contrat. Au moins, depuis que Tom l'avait choisi, plus personne ne l'emmerdait. Draco utilisait le peu de cartes qu'il avait en main.

ooooo

Draco roula en boule les draps bleu, afin de les envoyer à la laverie. Perché sur sa couchette, Tom avait reprit la lecture de « Chroniques des Frottements du Temps ». Il riait aux éclats quand Dolohov entra dans leur cellule, la mine grave.

– Que se passe-t-il ? siffla Jedusor en déposant le rouleau de feuilles sous son oreiller.

– Je reviens tout juste de chez Ombrage. Elle croit que je l'ai fait, que c'est moi qui ait tué Goyle.

Il était de réputation notoire que Dolohov avait le sang chaud. D'ailleurs, maintenant qu'il y repensait, Draco l'avait vu avoir une altercation avec Goyle au début de la semaine. Et comme s'il n'était pas suffisamment aidé, Dolohov travaillait aussi à la laverie... Ce dernier jeta un rapide coup d'œil par-dessus son épaule avant de s'approcher.

– Ils vont me faire interroger par la police, dit-il. Et je n'ai aucun alibi, alors...

– Draco dira que tu étais avec lui, trancha Jedusor. N'est-ce pas, Draco ?

Pris au piège, le jeune homme acquiesça lentement en baissant la tête.

– Tu n'as rien à craindre. C'est déjà réglé, conclut Tom.

Pourtant, Dolohov ne paraissait pas du tout tranquille. Il s'approcha un peu plus de Draco, ses yeux noirs comme du mazout s'agglutinant aux siens :

– Si tu ouvres ton clapet, Malfoy, je te détruis pièce par pièce. Ton pote Goyle est mort comme le gros crétin qu'il était. Ce qui lui est arrivé, il le méritait après tout. Il était bien trop stupide pour avoir vu venir sa propre mort. Il est hors de question que je passe une journée de plus dans ce trou à rats par sa faute. C'est clair ? Donc quand Ombrage t'interrogera, tu diras que j'étais avec toi toute la sainte journée s'il le faut.

– Tu l'as fait ? demanda Jedusor avec une pointe de curiosité dans la voix.

Dolohov leva les yeux vers son chef.

– Putain que non. Déjà, ce mec est tellement inutile qu'il n'en vaudrait pas la peine. De deux, je ne suis pas assez musclé pour l'enfermer dans une machine. Et de trois, j'étais occupé ce jour-là à faire la transaction sur laquelle on s'était mis d'accord.

– Alors tu pense que c'est l'œuvre de qui ?

Son ami haussa des épaules et fit mine de réfléchir.

– Franchement, à ce stade, je ne sais plus trop. Pendant que Ombrage me parlait j'avais comme l'impression qu'elle aussi aurait pu faire le coup. Après tout, c'est l'une des rares à avoir les clefs de toute la prison. Goyle a dû voir un truc pas net. Mais vu qu'il est stupide comme une limace, il n'a pas dû comprendre de quoi il en retournait. Et par mesure de sécurité, on l'a zigouillé.

Tom réfléchit.

– Mmh, ou peut-être que c'était une erreur. Peut-être qu'on ne voulait pas tuer Goyle, mais Crabbe.

Draco le dévisagea, pétrifié.

– Tu te souviens, poursuivit Tom. Crabbe devait pas mal d'argent à des gars d'ici avant d'être transféré à Pelican Bay ? Suffisamment pour que ça en mette certains en rogne. On a dû les confondre vu qu'ils ont le même air benêt, le même cou épais et le même cerveau en gélatine. (Dolohov caqueta de rire) Une belle bévue, en somme... (Tom se tut, cette fois l'air incroyablement sérieux) Cette petite enquête m'a amusé ces deux derniers jours. Mais là, ça ne me fait plus rire du tout. J'ai besoin de savoir qui a fait le coup, Antonin. Parce que l'administration va finir par s'impatienter. Je viens tout juste de sortir de la Max. Je suis donc un suspect de choix pour eux, et ça me contrarierait de retourner là-bas pour un crime que je n'ai même pas eu l'honneur de commettre. Trouve-moi ce fils de pute avant la fin de la semaine.

Antonin Dolohov acquiesça et repartit aussi furtivement qu'il était venu. Jedusor posa son regard perçant sur Draco qui n'avait cessé de fourrer les uniformes sales dans leur sac de linges. Le ramassage était prévu dans une heure, tout au plus. Mondingus était celui de leur étage qui s'en chargeait. Inconsciemment, Draco espéra que Fletcher ferait irruption dans la pièce afin de le sauver des pulsions dangereuse de son codétenu.

– Tu as des infos à faire partager ? demanda Tom.

– Non.

– Ne me mens pas.

– Non, je ne sais rien.

Tom sauta du lit superposé, se plantant juste en face de lui.

– Ne. Me. Mens. Pas, articula-t-il, sa main posée sous sa gorge.

Draco détourna les yeux, la mâchoire tremblante.

– Omb-... Ombrage m'a demandé de trouver le coupable. Elle m'a dit de tout aller raconter à Shacklebolt si je trouvais quelque chose.

– Et tu allais le faire ?

– Non ! (La poigne de Jedusor se referma autour de son cou, comme une pince de métal) Non, je te le jure. Jamais je n'aurai été complice de l'administration, protesta-t-il. Tu le sais très bien ! Et de toute manière, je ne sais rien. Je n'ai aucune idée de ce qui a pu se passer ce soir-là ! Celui qui a fait ça à Goyle a bien préparé son coup, comment j'aurai pu être au courant ? Tom, crois-moi.

– Est-ce que tu penses que c'est moi qui l'ait fait ? (Draco fit non de la tête) Alors prouve-le moi.

Draco s'approcha en douceur et embrassa langoureusement Tom Jedusor. Quand il eut fini, Tom le repoussa en s'essuyant la bouche tout en souriant largement. Il avait adoré, mais redoutait de le laisser paraître.

– Ok pour cette fois. Mais si tu t'avises de me cacher encore un truc (Sa main lui tordit le poignet), je te défonce, Malfoy. Entendu ?

Draco hocha de la tête, puis sortit de leur cellule avec leur paquet de linge sale. Mondingus Fletcher était au bout du couloir, talonné par un surveillant. Draco attendit son tour puis déposa son sac. Peu après, il descendit au second étage là où se situait l'infirmerie. Il avait rendez-vous avec le médecin de la prison à 14H pour une visite. L'aile médicale était en permanence surveillée par deux gardiens. Il était hors de question que les détenus mettent la main sur du matériel ou des substances pouvant mettre en péril la sécurité d'autrui ou d'eux-mêmes.

L'infirmière Pomphresh le laissa entrer après Dirk Cresswell, réputé pour son asthme.

– Asseyez-vous, dit-elle. Bien, j'ai étudié vos analyses de sang et... Je dois vous transmettre une nouvelle importante. Monsieur Malfoy, vous avez été atteint par la syphilis. Vous l'avez contractée récemment... Je sais que la prison n'autorise pas la distribution de préservatifs car elle redoute que certains les utilise comme sacs de drogue. Mais si vous avez un partenaire sexuel régulier ici, je peux vous en fournir spécialement. En attendant, vous allez débuter un traitement. La syphilis est parfaitement curable si elle est bien prise en main. Tout ce que je vous demande, c'est d'éviter autant que possibles les rapports à risque, et aussi de convaincre votre... partenaire de venir ici, pour se faire soigner. C'est crucial.

– Je ferai de mon mieux, mentit-il.

Au fond, Draco n'en ferait rien. Il ne dirait à personne qu'il était contaminé, et surtout pas à Jedusor... Car s'il gardait le secret suffisamment longtemps, Tom développerait des séquelles irrémédiables de la maladie. Il pouvait en mourir s'il ne savait pas que cette saloperie le bouffait de l'intérieur. Mais, comment éviter d'avoir de nouveaux rapports avec lui ? Il fallait à tout prix le tenir éloigné... Draco monterait un stratagème pour que Tom retourne à la Max sans rien voir venir. Et qu'il y crève, ce salopard.

– Relevez votre manche, ordonna Pomphresh. Je vais vous faire votre injection. Cela sera rapide et sans douleur. Dans une semaine vous reviendrez pour que l'on voit si une autre est nécessaire.

Docile, il la laissa faire sa piqûre puis dissimula son pansement sous la manche de son uniforme gris. Pomphresh lui adressa un maigre sourire puis l'autorisa à rejoindre sa cellule. Sur le pas de la porte, un détenu patientait d'un air nerveux, se balançant sur la pointe des pieds. Pomphresh sortit de son cabinet, un dossier en main. Elle appela :

– Arthur Weasley ? Entrez.

Draco continua sa route, un immense sourire aux lèvres...

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Note de fin: … Donc, vous en pensez quoi ? Je veux tout savoir. Absolument TOUT.

On va directement passer à la phase du vote parce que je n'ai pas envie de vous influencer dans un sens ou un autre.

Je rappelle d'abord les règles :

1. A la fin de l'histoire, un seul détenu sera libéré de manière légale (donc passage devant un juge qui revoit sa peine).

2. Le détenu choisi sera celui ayant accumulé le plus de votes en sa faveur tout au long de l'aventure.

3. Vous avez onze chapitres pour pouvoir voter.

4. Dès qu'un nouveau chapitre est posté, les votes ne sont plus comptabiliser pour le précédent. Vous pouvez toujours commenter pour donner votre avis. ;)

5. Aussi, vous n'êtes pas non plus obligé de participer au vote. C'est comme vous voulez.

Voici le classement provisoire après publication du chap 1 :

Sirius : 9 voix / Harry : 7 voix / Arthur et Draco (ex-aequo) : 5 voix / Severus : 4 voix / Théodore : 3 voix / Barty et Remus (ex-aequo) : 2 voix / Blaise : 1 voix / et Gilderoy et Tom : aucune voix.

Ce n'est que le début ! Donc la tendance peut s'inverser à tout moment. Par exemple, toute la semaine, Arthur a été premier, puis Harry ! Ce n'est qu'à la dernière minute que Sirius les a déclassé... Bref, vous êtes maîtres aux commandes donc profitez-en. Je mets régulièrement à jour les résultats sur mon groupe facebook « The Baba O'Riley ». N'hésitez pas à faire un tour.

A la fin de votre review, n'oubliez pas de voter pour l'un d'eux (si vous le souhaiter) : Remus – Tom – Théodore – Gilderoy – Barty – Sirius – Blaise – Arthur – Severus – Draco – Harry.