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Douceurs du Hammam
PARTIE II : Et Douleur d'une Compagnie
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— Un problème, mon Pharaon ? demanda Seto en fronçant les sourcils, inquiet par les cernes qui s'étendaient sous les beaux yeux de son Roi.
Atem se contenta de nier doucement, les yeux fixés sur les divers parchemins de son bureau. En vérité, Seto trouvait que le Pharaon était plus posé, plus docile concernant les nombreuses tâches qui lui incombait, mais un peu tête en l'air. Il avait simplement l'air plus fatigué, comme s'il continuait de travailler encore une fois dans sa chambre.
Mais ô combien heureux.
— Très bien, dit-il en se courbant. Je vais de ce pas contacter notre messager pour régler cette affaire et je dirai à Simon que vous le quémandez pour un entretien.
Atem lui fit un vague signe de la tête, sans même le regarder, prit par ses pensées plus que ses documents. Il se demandait ce que pouvait bien faire Yûgi, lui qui râlait s'ennuyer à rester enfermé dans la chambre attenante au Pharaon. Atem convenait bien que ce devait être là plus qu'ennuyeux, mais il n'avait rien dit de la présence de Yûgi dans l'aile Royale, surtout car il ne trouvait jamais le moment d'aborder cela avec ses conseillers.
Partager sa couche avec un homme n'était pas la chose la plus surnaturelle qui soit, même si peu étendue, mais cela ne devait pas s'étaler sur une longue période. Il avait beau être Pharaon, il avait le devoir de fournir un héritier au trône pour les générations futures et Yûgi ne lui permettait pas cela. Il devait réfléchir à ce problème mais pour cela, il avait besoin de l'aide de Simon et de ses prêtres.
Parce que ce n'était pas une simple relation physique, mais de l'amour.
Il signa un nouveau papier quand, après quelques coups à la porte, cette dernière s'ouvrit doucement.
— Bien, Simon. Je termine cela et je suis tout à toi.
— Ne pouvez-vous pas être tout à moi dans l'instant ? souffla une voix au creux de son oreille alors que des mains taquines glissaient sur son torse.
Atem sursauta et se tourna vers Yûgi, un peu paniqué. Il gémit en sentant la bouche humide de Yûgi câliner sa gorge, embrasser sa peau, et posa vivement ses mains sur ses épaules.
— Que fais-tu ici ? Je t'ai dit de ne pas te balader ainsi sans moi !
— Diriez-vous que ma venue vous embête… ? susurra-t-il contre lui en entourant plaisamment son corps.
Atem le maudit silencieusement, cédant tout de même à ses caresses et à ses soupirs. Sa taille semblait si fine entre ses mains, cambré comme il était. Son pagne blanc ne le couvrait qu'à mi-cuisse, et la tunique blanche qu'il avait passée devait être à lui ; elle était si large qu'elle dévoilait sans pudeur une épaule ronde, brillante par les crèmes hydratantes.
Atem oublia les nombreux dossiers encore sur son bureau, son entrevue avec Simon, son passage parmi le peuple ; cédant complètement, il embrassa ardemment son amant en le poussant dans une pièce attenante, qui se révélait une archive de papyrus et de stèle de pierre gravé caché aux yeux de tous par une porte qui se fondait dans le décor du mur.
Yûgi était insatiable. Cela ne faisait que depuis la première moitié de Chemou[1] qu'ils avaient commencés leur relation, et à chacune de leur entrevue, ils finissaient par coucher ensemble. Non pas que cela dérangeât Atem – qui était même, il était vrai, parfaitement comblé – mais c'était bien là un des raisons de son épuisement. Outre cela, il n'arrêtait pas de penser à son jeune amant dès la chambre quittée, autant dire qu'il effectuait son travail à cadence réduite et se perdait souvent dans ses pensées – ce qui augmentait inexorablement ses tâches. Et à chaque fois qu'Atem se détendait sous ses doigts encore habiles tandis qu'il le massait, il ne pouvait s'empêcher de chercher encore plus de contact en entamant des caresses suggestives qui finissaient inévitablement en scène d'amour.
Quoiqu'ils fassent, ils étaient avides l'un de l'autre.
Il le souleva de terre pour écraser leur corps l'un contre l'autre, et le plaqua doucement contre le mur pour ravager convenablement sa petite bouche purpurine. D'un geste compulsif, il détacha son pagne blanc liseré de perle et empoigna ses cuisses pour le maintenir à son niveau.
Haletant, ils s'observèrent longuement, les lèvres s'effleurant par moment, les yeux obsédés.
— Quelle bestialité, mon Pharaon… gémit Yûgi en se mordant la lèvre inférieure.
Yûgi était libéré avec lui, ne se sentait pas le devoir de le respecter à outrance ou d'effectuer mille gestes ou paroles dont nécessitait la bienséance. C'était presque comme s'ils s'étaient toujours connus, camarade de jeu et ami d'enfance, dont la complicité était si forte qu'elle avait inévitablement débouché sur un lien plus charnel.
— Désirerais-tu plus d'amour ? s'enquit Atem en embrassant sa gorge, avec douceur.
Yûgi eut un petit rire, ses mains décoiffant les cheveux exceptionnels de son Roi.
— Ne vous arrêtez pas en si bon chemin voyons, contrecarra Yûgi en caressant ses larges épaules. Je pensais que j'étais vôtre, complètement… soumis… aux désirs de mon Roi…
Il sentait délicieusement bon, un mélange d'amande et de myrrhe, et il devinait un léger soupçon de vin. Yûgi n'aimait pas vivre reclus dans l'aile du palais, mais Atem ne voulait pas que la rumeur de sa relation avec un homme ne naisse. Il savait bien que les rapports entre homme n'étaient pas complètement rares mais il avait une réputation importante à tenir, en tant que Pharaon.
Tout en l'embrassant, il défit son pagne et sa ceinture d'or pour libérer son propre membre, et passa doucereusement ses mains sur les fesses douces de Yûgi. Il le caressa doucement, affectueusement, appréciant la rondeur de sa chair contre sa paume, et effleura tout juste sa raie. Il prit soin de sucer goulûment sa gorge, taquinant sa jugulaire jusqu'à la rougir, avant de doucement prendre possession de son corps. Sa chaleur était toujours un délice pour le Pharaon, un réconfort intense d'amour et de plaisir.
Et sentir ce corps se tendre contre le sien était excessivement plaisant.
Délicatement, il saisit son corps fin et se recula pour le poser sur ce qui semblait être une table. Mains crispées sur la pierre, il effectua un mouvement en avant et observa le trémoussement de Yûgi, ses soupirs voluptueux et ses petits gémissements. Il regarda, à travers la pénombre, son visage rouge se tordre dans tous les sens, ses mains l'agripper, le caresser, le griffer.
C'était la deuxième fois, aujourd'hui.
— Sur la pierre… des Dieux, mon Pharaon ? geint Yûgi, se moquant, apparemment, de son empressement.
En effet, ils étaient en plein sur une stèle de prière, en l'honneur de Râ, Osiris et de l'Obélisque. Alors ils se trouvaient dans la pièce sacrée de son bureau, il aurait dû s'en rendre compte.
— Les Dieux comprendront…
Et ils reprirent fiévreusement.
X
Atem avait prit soin de porter un large collier d'or qui lui masquait son cou pour dissimuler les nombreux suçons que ce coquin de masseur lui avait fait. La séance d'hier avait vite dérapé, comme à chaque fois qu'Atem quémandait un massage. Il n'avait pas résisté à ses caresses, à son regard, à sa proximité, et ils avaient fini par faire l'amour, encore et encore, comme deux personnes désespérées.
Yûgi, en fait, était un petit coquin, bien loin de l'innocent garçon qu'il avait connu il y avait quelques mois.
Il pénétra dans la grande salle, aux côtés de ses prêtres, et prit place à table, sur le trône. Les servants se chargèrent d'apporter nourritures et boissons pour qu'ils puissent se sustenter. Atem saisit négligemment la coupe de vin qu'on lui offrait et la tendit vers ses prêtres qui imitèrent ses gestes. Il prit une gorgée, ce qui signa le début du repas.
Le Pharaon était, depuis peu, légèrement las. Il était fatigué de devoir garder sa relation secrète, de devoir sans cesse se cacher pour aimer Yûgi – et il sentait que Yûgi en était fatigué aussi. C'était compréhensible, le Pharaon lui-même avait demandé à ce jeune esclave de devenir son amant, se voir relégué ainsi à un statut de cachotterie était insultant. Mais Atem ne savait que faire, il devra donner un héritier à l'Égypte, se choisir une compagne, mais il ne le voulait pas.
Il n'y avait que Yûgi qui comptait.
Il sursauta en sentant quelque chose toucher sa cuisse mais releva les yeux en entendant Seto l'apostropher.
— Mon Pharaon, commença-t-il de son habituel visage grave, le peuple attend encore, ils espèrent voir bientôt une promise à votre bras.
— Je le sais, je le sais, dit Atem.
— Vous semblez assez sombre ces derniers temps, Pharaon, s'immisça Shada. Nous avons procédés à une sélection de belles jeunes femmes…
Atem sentit à nouveau ce contact à sa cuisse et regarda discrètement sous la table.
Il se retint de sursauter violemment en croisant le regard de Yûgi.
— Mon Pharaon ? Allez-vous bien ?
— Oui oui, euh, c'est très bien.
Il n'avait pas écouté ce qu'ils avaient dit, mais leurs expressions soulagées restaient encourageantes. Il passa sa main propre[2] sous la table pour repousser le contact de son amant mais se confronta à un entêtement déterminé. Il le sentit clairement défaire sa ceinture et passer ses doigts sous son pagne.
— C'est entendu alors, sourit Simon, debout près de la porte. Je les ferais venir.
Atem hocha vaguement la tête et s'empressa de prendre une bouchée pour taire ses possibles gémissements. Il trembla brièvement lorsque la main de Yûgi se referma sur son membre pulsant et faillit s'étouffer avec la viande. Dieu, il sentait parfaitement, au souffle qui venait de s'échouer contre lui, que Yûgi riait de son impuissance.
— Outre cela, Pharaon, nos soldats demandent une plus grande subvention, pour renouveler leurs armes.
Atem écouta vaguement ses prêtres lui parler, mais oublia bien vite leur présence lorsque, pour le moins soudain et impensable, son membre se retrouva englober dans quelque chose de chaud et humide. Yûgi s'était-il retourné pour s'empaler de lui-même ? La chose semblait impensable ! Irréalisable ! Il n'y avait pas suffisamment d'espace, et il ne sentait rien contre ses cuisses…
Dieux, était-ce une langue qu'il venait de sentir ?
— Notre nouvel ingénieur espère également vous rencontrer pour vous parler des avancés technologiques de notre peuple.
Par Osiris, c'était sa bouche ! Il était en train de gober son sexe, de sucer sa peau, de lécher son membre ! Que se passait-il dans l'adorable petite tête de son amant pour qu'il en vienne à faire quelque chose d'aussi nouveau et peu naturel ! Il se mordit férocement l'intérieure de la lèvre pour ne pas gémir et passa fébrilement sa main sous la table pour empoigner les cheveux de Yûgi. Il n'arrivait pas à croire qu'il puisse faire cela devant tant de gens, si impudiquement. Il se sentait, lui, terriblement gêné mais aussi diablement excité.
Et à en juger par les faibles gémissements qu'il percevait, lui aussi.
Il rêvait de voir son visage, en ce moment même, concentré sur son entrejambe ; il voulait soulever la nappe immaculée pour détailler ses traits et le voir besogner, observer ses lèvres rouge et suintantes de salive aller et venir avec malice. Dans quel état pouvait-il être pour avoir osé quelque chose de ce genre ? Atem l'imaginait terriblement excité, désireux, mais étant restreint, se contenter de satisfaire de son mieux le Pharaon…
Atem, soudain embarrassé, tâtonna à l'aveuglette pour boucher le nez de Yûgi et le forcer ainsi à se retirer. Il craignait qu'on ne les entendît, quitte à finir frustré, il ne pouvait pas permettre que quelqu'un le découvre dans une posture si fâcheuse.
Mais, surprenant, Yûgi chassa sèchement sa main, comme si elle ne faisait que le gêner et reprit sa manœuvre avec naturel.
Atem crût mourir.
— Vous êtes rouge mon Pharaon, s'exclama Aisis en fronçant les sourcils. Voulez-vous sortir prendre l'air ?
Voyant tous les regards concentrés sur lui, Atem se redressa et refusa la proposition, buvant une gorgée de vin. Il était si difficile de rester de marbre quand son amant faisait… ça ! Il n'aurait jamais songé à une telle pratique, comment – mais comment ! – Yûgi avait pu avoir l'envie de le faire ?
L'heure n'était pas aux interrogations, pensa-t-il soudainement en sentant Yûgi taquiner son gland.
Il va sans dire que le dîner lui parut extrêmement long. Tant et si bien que, vindicatif, il ordonna soudainement à ses prêtres de le laisser seul et de quitter la pièce sans plus tarder. Les serviteurs aussi durent partir et, attendant quelques secondes pour être sûr que personne ne viendrait le déranger, il empoigna les cheveux de Yûgi et le révéla.
— Trop passionnel, mon Pharaon ? susurra Yûgi, encore à genoux devant lui.
Atem ne répondit même pas pour fondre sur sa bouche gouttant de salive et léchant ses lèvres comme un chat laperait son bol de lait. Mais, encore troublé, frémissant, Atem dit, tout contre ses lèvres rouges :
— Refais-le…
Et il le vit redescendre, sans hésitation, pour embrasser son sexe. Il le vit, son visage rouge et ses yeux embrumés, sa bouche grande ouverte pour accueillir tendancieusement son lourd membre humide, constata l'excitation incommensurable de son amant qui, éperdu, effectuait sa tâche avec joie et plaisir. La veste de perle d'Atem lui collait à la peau, ses bijoux lui semblaient trop lourds, encombrants, il voulait être nu, il voulait déshabiller Yûgi, le renverser sur la table et lui faire l'amour.
Mais la vision était trop belle pour oser la perturber.
Lorsque, n'y tenant plus, il jouit dans un éclaboussement brusque, Yûgi s'étouffa un peu par cette soudaine et violente intrusion et cracha un petit mélange de sperme et de salive par terre. Atem ne lui en voulait aucunement, il trouvait déjà cela fort courageux de prendre son sexe en bouche !
— Mon Pharaon, commença Yûgi sans le regarder, je sais que vous avez des devoirs.
Atem fronça les sourcils et tendit sa main pour la glisser sous le menton de Yûgi, relevant ainsi son visage. Ses yeux améthyste brillaient mais le regardaient avec une tendresse infinie, qui ému particulièrement le Pharaon.
— Je sais que vous avez le devoir de vous marier et d'avoir un enfant, un fils, et cela ne me dérange pas.
Atem se crispa soudainement et pinça ses lèvres. Il ne voulait pas aborder ce sujet, et certainement pas avec Yûgi.
— Non, pardon, je mens, bien sûr que ça me dérange, mais… Mais je ferais en sorte que cette femme ne soit rien pour vous, mon Seigneur, reprit Yûgi en se redressant sur ses genoux, plongeant profondément ses yeux dans ceux d'Atem.
Yûgi détailla son visage, passa ses bras sur les épaules du Pharaon et caressa sa chevelure. Dieux, il aurait tant souhaité que le Pharaon ne soit qu'à lui ! qu'il ne soit pas Roi mais homme, mortel ! Imaginer qu'une femme posât ses lèvres immondes sur sa bouche charnue, sur son corps parfumé, l'imaginer se fondre avec lui et lui offrir… un enfant… lui blessait tant le cœur !
Il avait cru que chaque prêtre qui abordait le sujet, pendant qu'il gâtait sensuellement le Roi, lui retournait manuellement le cœur avec une cruauté affichée. Il n'avait jamais autant regretté de n'être qu'un homme, jamais autant regretté de ne pouvoir offrir à son Pharaon ce que cette future épouse pourra lui offrir. Il se sentait si impuissant face à tout ce que son Roi méritait !
— Il n'y aura que moi dans votre cœur, n'est-ce pas ? murmura faiblement Yûgi en fixant ses lèvres.
La discussion était douloureuse pour chacun et Atem ne trouva pas la force de répondre. Avec une délicatesse poignante, il se pencha pour embrasser Yûgi, d'un baiser aérien et terriblement sensuel.
— Il n'y aura toujours que toi, Yûgi…
Et le petit sourire de Yûgi lui arracha le cœur.
X
— Mon Pharaon, où allez-vous ? s'écria Ismène en se redressant.
Atem ne lui répondit pas et passa les doubles portes. Il ne faisait que la fuir, sans cesse. Ismène était belle, de noble ascendance, de prestigieuse richesse, son paraître était exemplaire et digne d'une reine, ses yeux bleus étaient des joyaux.
Mais elle n'était pas Yûgi.
Leurs fiançailles s'étaient déroulés il y avait déjà trois mois, et leur mariage s'était concrétisé. Yûgi, à cette période, avait beau conserver son sourire et encourager Atem, il voyait à quel point ce devoir leur pesait à tous deux. Il avait vu, avec moult inquiétude, son amant maigrir et souffrir de son éloignement. Il l'avait vu pleurer, se lamenter, se perdre dans ses bras avec fougue et possessivité. Atem avait été accaparé par les préparatifs de mariage, les demandes de ses prêtres, son devoir constant, et n'avait pu passer autant de temps qu'habituellement avec son amant.
Dieux, ce qu'il lui avait manqué !
Et la douleur était d'autant plus forte lorsque, la nuit, il voyait cette femme rejoindre sa couche. Lorsqu'au lieu de se blottir contre Yûgi, d'embrasser sa gorge douce et de sentir son parfum, il recevait ce corps inconnu et étrange contre lui. La douleur était d'autant plus forte que la grossesse tardait à venir, et il souffrait d'autant plus qu'il devait cacher son amour dévastateur pour Yûgi.
Oh oui, qu'il l'aimait !
Ils ne pouvaient se voir qu'à chemin détourné, en secret et rapidement. Atem souffrait de cet éloignement – mais c'était terminé à présent. Ismène était enceinte, qu'elle lui fiche la paix ! Il allait dédier son corps, son âme, son cœur, à Yûgi. Pour toujours et à jamais.
— Yûgi ! dit-il en passant les portes.
Après la venue d'Ismène, ils avaient dû changer la chambre du jeune masseur pour l'éloigner de la demeure royale. La chambre était moins luxueuse, plus petite, mais agréable tout de même. Il avait pris soin, en tout cas, de faire apporter un grand lit – car Dieux savaient à quel point ils pouvaient être tempétueux.
Sortant précipitamment, Yûgi apparu près de la porte de la salle de purification et observa son Pharaon. Il s'était à peine couvert d'un tissu et son corps était encore trempé. Atem su qu'il avait compris lorsque, en larmes et tremblant, il se jeta dans ses bras pour l'embrasser à en perdre haleine. Ses larmes intarissables et ses geignements fendirent le cœur d'Atem. À quel point désespérait-il ? À quel point attendait-il enfin la fin de tout cela ? Yûgi avait dû le détester si fort…
— Je t'aime, je t'aime, je t'aime, répéta Yûgi contre sa bouche entre deux baisers comme pour effacer sa dernière pensée.
Il le déposa sur le lit encore défait, avec précaution et mille gestes d'amours, et ancra son regard dans le sien. Longuement, ils s'observèrent, encore emportés par la joie inéluctable, le soulagement impromptu qui noyait leur cœur. Yügi ne lui parut jamais aussi beau, si désespérément soulagé, les yeux baignés de larmes et les joues rouges, les lèvres tremblantes de joie ou d'accablement.
Tant pis pour cette pauvre Ismène ; elle n'aurait jamais son cœur.
— C'est vraiment fini ? demanda tout de même Yûgi d'une voix faible et tremblante.
Atem embrassa sa tempe, son front, glissa vers l'arête de son nez en étalant ses larmes et se rendit au coin de ses lèvres. Il était chaud dans ses bras, brûlant d'une fièvre maladive ou érotique, Atem ne le sut pas vraiment.
— Cela ne fait que commencer pour nous, mon amour.
Et Atem lui fit l'amour comme s'ils n'allaient plus jamais se voir, avec une passion et une douceur qui les submergèrent entièrement. Cacher son amour pour Yûgi n'était pas dérangeant, ni pour lui ni pour le masseur, mais ne pouvoir se retrouver qu'en des périodes restreintes et rapidement était terriblement douloureux. Il aimerait tant pouvoir se balader dans le palais avec Yûgi, tenir sa main et l'embrasser sans pudeur…
Mais encore une fois, il était Pharaon, et il n'était pas aussi libre qu'on pût le penser.
Non, décida-t-il en détaillant le corps alangui de Yûgi, aux joues encore rouge et aux yeux gonflés. Atem avait plus de considération pour Yûgi que pour ses prêtres et la douce Ismène, et même si l'avenir de son peuple et de ses sujets lui tenait à cœur, sacrifier le bonheur de Yûgi pour cela plongeait son cœur au fin fond de ses entrailles. Il ne pouvait, de par son statut, s'exhiber stupidement, mais alléger un peu le poids du masseur serait un tel soulagement…
Il devait en parler à Simon.
X
La discussion fût bien sûr assez mouvementée. Le Pharaon disposait d'un (voire de plusieurs) Ipèt-nésout[3] où devait siéger ses épouses, ses concubines et les membres féminins de sa famille et ses enfants, mais il s'agissait des appartements privés des femmes du Roi, pas d'un harem. Il y était même aménagé une « maison des enfants » où nourrices se chargeaient d'élever dignement les descendant du Pharaon.
Simon n'avait jamais entendu parler d'un concubin.
La chose était beaucoup plus discrète, jamais dévoilée, mais entendre Atem – jeune garçon qu'il avait lui-même élevé à l'époque ! – quémander la présence de Yûgi, le jeune masseur qui avait disparu de la salle d'eau royale, était plus que perturbant.
Il n'avait su que répondre.
Atem n'en demandait pas tant pour l'instant, simplement de pouvoir garder Yûgi dans ses propres appartements, maintenant qu'Ismène était enceinte, en espérant que personne ne puisse souiller le sol de son logement et risquer de découvrir sa présence. Le regard ferme et déterminé du Pharaon l'avait fait céder, bien sûr, et Ismène s'était vite fait relégué dans l'Ipèt-nésout pour laisser la place à Yûgi.
— Je vais rester ici ? s'enquit celui-ci en regardant autour de lui l'énorme chambre toute d'or et d'opale couverte.
Atem acquiesça, le cœur encore lourd, et prit doucement ses petites mains délicates entre les siennes. Simon avait dû prendre quelques dispositions : il avait mis les servantes personnelles du Roi sous la confidence et les avait restreint à cette partie du palais pour ne pas que l'affaire ne s'ébruite. Atem les connaissait depuis tout petit, il avait confiance en leur silence.
— Je suis désolé, je sais que tu aurais voulu plus, mais je ne peux faire mieux que cela…
Yûgi le fit taire d'un baiser rapide sur les lèvres. Ses grands yeux brillaient et ses lèvres, d'un grenat aphrodisiaque, s'étiraient en un sourire concupiscent.
— Il n'y a que moi, pas vrai ? murmura-t-il. Plus jamais tu ne… plus jamais…
Atem ne lui laissa pas le temps de terminer et lui ravit les lèvres avec son habituelle passion. Non, il ne toucherait plus personne d'autres, peu import les circonstances, il ne délaisserait plus Yûgi et lui accorderait toute l'attention qu'il méritait, et même s'il était déchiré entre son devoir monarchique et sa condition d'homme, il ne ferait plus autant souffrir Yûgi pour maintenir l'image d'un Roi de bonne facture.
— Et… si c'est une fille ? osa Yûgi, l'œil apeuré et les membres tremblants.
L'idée même eut tôt fait de déchirer la poitrine d'Atem sans pour autant qu'il ne change son expression. Il avait envisagé cette situation sans réellement s'y attarder et il ne savait aucunement ce qu'il pourrait faire dans ce cas-là. Il était seulement convaincu que jamais plus il ne pourrait tenter à nouveau d'enfanter.
— J'ai prié nuit et jour pour qu'ils m'offrent un garçon. Je prie à présent pour leur considération.
Yûgi pensa rapidement au moment plus qu'intime qu'ils avaient passé sur la stèle de prière des Dieux et espéra que cette mésaventure n'allait pas leur porter préjudice – et peut-être son souhait fût-il entendu.
Car l'enfant né fût un garçon.
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[1] (ou Shemou) « Chaleur » (été, saison des récoltes et de leur taxation) (Cf Wikipédia)
[2] Ben, ils mangent avec les mains, non ?
[3] De ce que j'ai lu, c'est ainsi qu'on nommait le harem du Pharaon.
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Voilà ! Ce sera tout pour cette petite histoire ! Je sais qu'on peut continuer longtemps comme ça, et tout, mais je ne pense vraiment pas le faire... J'espère que ça vous aura plu en tout cas.
Karrow.
