Comme le phénix, je renais de mes cendres


C'est surprenant comme les choses sont allées vite ce jour-là. Oui, je me rappelle l'allure à laquelle se sont déroulées les dernières minutes de mon ancienne vie. Pas très clairement bien sur, par bribes. Les images qui me reviennes sont floues, embrumées et lointaines. Je peine à les retrouver, les mettre en ordre, en voir les détails. J'aurais du me les remémorer quand il en était encore temps, les emprisonner dans ma nouvelle mémoire d'immortelle afin de les garder pour toujours. Mais, hélas, je me rends bien compte à présent que ce n'était pas l'une de mes plus importantes préoccupations en ces temps-là.

Je me souviens avec embarras de toutes les fois où j'ai essayé de fausser compagnie à ma nouvelle famille, afin de me trouver un en-cas autrement plus appétissant à mes yeux qu'un élan ou un cerf, qui ne satisfaisaient jamais ma soif. Pire encore, j'avais l'impression que cette diète ne faisaient que titiller mon appétit, exciter davantage mon envie. Quelle sensation affreuse et suffocante que cette soif que je ne pouvais apaiser ! cette envie de sang humain qui me consommait de l'intérieur et qui ne me laissait aucun moment de répit, monopolisant la moindre de mes pensées… Comment aurais-je pu alors penser à quelque chose d'aussi futile que tâcher de garder mes souvenirs intacts? Avant que mon nouveau cerveau ne les juge trop altérés pour qu'il daigne les sauvegarder. Mon tout nouvel organisme est comme une technologie de dernier cri qui semble considérer tout ce qui l'a précédé –y compris mes souvenirs les plus chers- comme obsolètes et impropres à l'utilisation. Mon cerveau s'est empressé de faire le ménage dans ces derniers et je fis de mon mieux pour lui arracher ce que j'ai pu parvenir à sauver in extremis, au tout dernier moment. Pas grand-chose, j'ai du m'y résigner.

Quelqu'un m'avait prévenu, je m'en rappelle. Quelqu'un avait précisé que mes vieux souvenirs allaient m'échapper au profit des nouveaux ; ceux si vifs, si complets, si parfaits qu'ils n'occultaient aucun détail, pas le moindre. Ceux que je voyais avec mes nouveaux yeux. Quelqu'un m'avait mise en garde, qui? Alice, ou bien Esmée ?...Je ne m'en rappelle pas parce que je ne les entendais pas, ni ne les voyais d'ailleurs, ce qu'ils me disaient ne m'intéressait pas. Je n'avais d'oreilles que pour cette chose tapie au fond de moi qui répétait inlassablement: "Sang!…Sang!…Sang!". Elle demandait, non, plutôt exigeait de moi que je me débrouille pour en trouver dans la seconde et se mettait dans une colère noire quand on m'en empêchait, et on m'en empêchait. Pour mon bien me disait-on, mais je ne le comprenais pas encore.

Je n'ose même pas imaginer la culpabilité qui me hanterait pour le restant de mes jours –pour l'éternité- si ma nouvelle famille ne s'était pas reliée jours et nuits auprès de moi pour m'empêcher de faire une bêtise, commettre l'irréparable. J'étais si forte quand je n'étais encore qu'un nouveau-né qu'ils devaient s'y mettre à deux, parfois à trois afin de me surveiller. Laissant de coté leurs projets pour tenir compagnie à une folle furieuse, dangereuse et assoiffée. Si bien qu'Edward ou Alice -l'un deux en tout cas- faisait toujours partie du groupe de surveillance, car même s'ils me supplantaient en nombres, je ne manquais pas d'imagination.

Il fallait qu'Edward soit là pour déjouer mes stratagèmes -qui tournaient tous autour d'une seule et même idée: 'Du sang humain, Tiède et parfumé, à tout prix et aussi vite que possible!' Car même si je n'en ai jamais savouré le goût, j'en devinais la texture, l'odeur, l'arome délicieusement envoûtant. Et quand j'y pensais de cette manière l'envie me procurait encore plus de force et deux gaillards tels qu'Emmett et Jasper devaient fournir plus d'efforts que d'habitude. Ils devaient user de plus de prudence, car si eux faisaient attention à ne pas me blesser, moi je n'aurais pas hésité une seconde à leur arracher la tête.

Alors, quand Edward n'était pas présent, Alice prenait la relève, scrutant mon avenir immédiat, pour éviter tout dérapage. Pourtant et malgré toutes ces précautions, des dérapages il y'en eut. Mis à part les dégâts matériels considérables- nombres de meubles et d'objets précieux, dont certains avaient accompagné la famille dont tous ses déplacements n'avaient pas survécu à cette période là, si bien qu'à la fin, la pièce dans laquelle on me retenait prisonnière restait vide. Sauf quand arrivait l'heure de mon repas, où un animal quelconque était introduit dans la pièce, hagard et désorienté par la course qui l'avait amené si loin de son habitat naturel. La bête n'avait pas plus de temps pour écarquiller les yeux que pour faire un pas, avant que mes crocs ne lui rompent le cou. Ce sang m'apaisait momentanément, mais ne me contentait jamais. Hélas mes crises n'avaient pas fait de mal qu'à la déco d'Esmée et c'était ça qui m'embarrassait le plus. Car, je faillis arracher un bras à un Emmett trop sûr de lui et réussis à mordre un Jasper pas assez prudent, ajoutant une cicatrice –comme une dédicace- à celles –nombreuses- qu'il avait déjà.

Comment ont-ils trouvé assez de patience pour supporter mon comportement pendant ces nombreux mois? Comment ont-ils résisté à l'envie de me démembrer, de m'arroser d'essence et de craquer une allumette?... Je me souvins que Rosalie avait proposé quelque chose dans ce genre-là et en ris dans un souffle. M'éloignant de ce souvenir clair et net comme de l'eau de roche, je me remis à scruter celui fragmenté et brumeux qui marqua la fin de ma vie de mortelle...

Il faisait chaud ce jour-là et le soleil de l'après-midi brûlait mes bras dénudés. Je redescendais doucement le long des rochers après mon escalade matinale. Andrew- mon ami et partenaire de grimpe- était déjà en bas et m'attendait afin de rappeler la corde. J'étais presque arrivée. Un harnais m'emprisonnait les flancs et les cuisses. Des protections entouraient mes coudes et mes genoux. Mes mains fourrées dans des gants tenaient la corde qui empêchait la gravité de me précipiter dans la rivière en-dessous de moi. Inclinant la tête légèrement vers le bas je m'étais permise un coup d'œil –mon esprit de contradiction m'incitant à passer outre le commandement qui stipulait qu'il ne fallait surtout pas regarder en bas. Ce petit coup d'œil vers les rochers acérés et les courants impitoyables de la rivière déclencha les frissons qui serpentèrent le long de mon corps. La peur, l'adrénaline, palpitât dans mes veines. Mon cœur s'affola ; soudain conscient du danger et j'éclatai de rire. Un rire que les falaises me renvoyèrent en plusieurs échos successifs. Pieds devant, je m'écartais de la roche pour y revenir en descendant à chaque fois de quelques mètres. La friction de la corde était absorbée par un accessoire fixé sur mon harnais d'alpiniste, me permettant ainsi de contrôler la vitesse de descente. Parfois, là où la roche aménageait des creux pour accueillir la faune des environs, je croisais le regard belliqueux d'un rapace qui me toisait avec curiosité et méfiance, l'air de se demander ce que diable je venais faire ici. J'essayais à ces moments-là de retenir mes éclats de rires ; de peur que l'aigle n'y voie une menace et qu'il ne veuille venir vérifier si le fait de me crever les yeux suffirait à protéger sa progéniture.

Hypnotisée par le paysage, j'emplissais mes poumons plus que nécessaire. L'air pur des altitudes me transportait de bonheur, je ne connaissais rien de plus grisant que ce mélange de peur et de plaisir. Je me sentais bien, heureuse et satisfaite. Jusqu'à ce qu'une excroissance rocheuse que je n'avais pas remarquée me déviât de ma trajectoire, la corde ne tombait plus droite et me portait deux mètres à gauche ; rien de bien alarmant. Reprenant mon souffle, maudissant à flot de gros mots la saleté de protubérance, j'essayai calmement de me souvenir de la marche à suivre dans ces cas-là: "contourner la saillie et continuer de descendre!" telles étaient les instructions. Je m'y appliquai alors, utilisant mes doigts et mes chaussures à semelles de crêpe pour m'agripper et prendre appui sur de minuscules rebords ou entailles dans la roche. J'avançai latéralement, prenant la même direction dans laquelle la roche en surplomb avait fait dévier ma corde, de façon à pouvoir me balancer après avec le maximum d'élan afin de la contourner et finir ma descente. J'aurais pu continuer sans me tracasser de l'alignement de ma corde -cela ne posait aucun problème- mais je voulais faire les choses bien et puis « rien n'urgeait ! » avais-je pensé à ce moment-là, mieux valait que j'apprenne à affronter les obstacles au lieu de les éviter. Il n'y avait aucun danger, j'avais la situation sous contrôle.

La force avec laquelle mon élan me renvoya vers l'excroissance rocheuse au lieu de m'aider à la contourner me prit par surprise, et la violence de la collision fut si vive que je sentis mes os craquer sous le choc. Stupéfaite par l'ampleur de la douleur, j'hurlai si fort que mes oreilles sonnées bourdonnaient. Et puis, dans l'espace de quelques secondes, plusieurs événements se succédèrent si rapidement que j'en eus le souffle coupé. Quelque chose dans mon équipement craqua, le harnais grinça et je chutai dans le vide de plus en plus rapidement, toujours attachée à la corde mais sans pouvoir freiner ma descente, la friction de celle-ci était si forte qu'elle fumait comme si elle allait s'enflammer. Le procédé qui me permettait de descendre à une allure raisonnable ne fonctionnait plus et j'allais m'écraser en bas comme une météorite. Ce n'était plus qu'une question de secondes avant que je ne sois réduite en bouillie. J'allais mourir cela ne faisait aucun doute. Une mort si rapide que je ne la sentirais même pas venir. Mais, je ne voulais pas mourir, non! Pas comme ça! Je me rappelle l'intensité avec laquelle je refusais d'affronter la mort. Seulement, que pouvais-je bien y faire? C'était fini, il n'y avait plus d'échappatoire possible.

Dans un geste désespéré, je ramenai ma main – celle qui n'était pas en mille morceaux- sur la corde pour essayer de freiner ma chute. La corde entama tellement le gant puis la chaire qu'elle faillit me couper la main en deux. Je criai à m'en décrocher la mâchoire. La douleur était intolérable et j'allais m'évanouir. Je le savais, je le sentais ; mon organisme refusait d'affronter un tel supplice. Je n'avais plus de temps et c'était cela avant tout qui m'avait donné le courage de tenter quelque chose de plus désespérée et de plus stupide sûrement. Une idée qui faisait passer celle d'attraper une corde qui roulait à plusieurs kilomètres par heure pour du pur bon sens. J'allais mourir de toute façon alors, pourquoi pas? La rivière valait sûrement mieux que la terre ferme…

Je poussai mon corps aussi loin que possible de la roche, avec mes deux jambes -qui ne tardèrent pas elles aussi à craquer comme du petit bois, étant donnée la vitesse à laquelle je chutais. Criant encore plus fort, luttant pour ne pas perdre conscience, je décrochai mon harnais –d'une main tremblante, et sanguinolente- de la corde, quand je me trouvais le plus loin de la roche, le plus près de l'étendue grisâtre qu'était la rivière et je tombai dans le vide. J'eus l'impression que la chute n'avait durée qu'une demi-seconde, avant que je ne m'écrase sur la surface de l'eau. J'avais eu tors. À cette vitesse la rivière ne valait pas mieux que la terre ferme, car j'eus l'impression ahurissante de heurter de plein fouet un mur en béton. Je ne lutai même pas contre les courants, n'essayai même pas de retrouver la surface, ou de tenter de garder un peu d'oxygène. Je m'évanouis.

Combien de secondes s'étaient-elles écoulées avant que je ne me retrouve étalée par terre? Maintenant que je sais qui m'a sorti de là je dirais, même pas une seule. Quelque chose d'aussi froid que de la glace, mais d'aussi doux que de la soie s'était gentiment posé sur mes lèvres et envoya une bouffée d'air à travers ma bouche vers mes poumons ; de l'air - si incroyablement frais et délicieusement parfumé que je crus halluciner- gonfla ma poitrine. Une main glacée m'effleura le visage, le tourna sur le coté, la seconde même ou je crachai et toussai, un flot d'eau me sortant par la bouche et le nez. Au fur et à mesure que je reprenais conscience de mon corps, la douleur elle aussi se réveilla, plus vive que jamais, elle n'épargnait aucune partie.

- Elle se réveille, elle souffre beaucoup.

La voix veloutée semblait irréelle. Une voix masculine, la plus belle que mes oreilles aient jamais entendue. Cependant, gâchée par un cri strident, qui me semblait plus proche – plus ingrat- et qui couvrait tout le reste. Je me souviens avoir mis un moment pour comprendre que c'était le mien. Il n'allégeait pas ma peine, il l'aggravait plutôt. J'avais l'impression qu'à chacune de mes respirations on me plantait un couteau en pleine poitrine, encore et encore, car je ne pouvais m'empêcher de respirer.

- Je sais! répondit une autre voix, et je sus que je m'étais trompée.

C'était celle là la plus magnifique, tellement irrésistible que je sentis une envie absurde d'ouvrir mes yeux sur-le-champ. Malgré la souffrance, je voulais voir le visage de celui qui avait parlé, peu importe l'effort qu'il me faudrait fournir.

- Emmett ne va pas tarder à revenir avec la morphine, continua la voix, si douce, si belle, si préoccupée.

Mon envie d'ouvrir les yeux fut décuplée, car cette fois le souffle de l'homme me fouetta le visage et je devinai qu'il s'était penché sur moi. Son odeur si divinement tentante venait me chatouiller les narines, il me suffirait d'entrouvrir les yeux… mais, je n'arrivai pas à reprendre mes esprits suffisamment longtemps pour réussir à le faire. J'entendis hurler encore.

- Je crois qu'elle délire, elle voudrait voir ton visage, reprit la première voix. Il me semblait y déceler une once d'incrédulité.

Je me rappelle m'être demandée comment on avait pu deviner mon envie. Maintenant, je comprends ; c'était Edward.

- Elle a du mal à respirer. C'est normal, elle à plusieurs cotes cassées.

La voix la plus magnifique poursuivit et Carlisle semblait se parler à lui-même. Soudain quelque chose de glacé m'effleura les cotes, si rapidement et si doucement que ça n'accentua point ma douleur.

- Je crois que la quatrième lui à perforer le poumon droit.

Et j'appris plus tard que quand Carlisle disait "je crois", ça signifiait plutôt qu'il le savait très bien.

- Elle va s'évanouir encore! affirma Edward.

- Non! lança Carlisle dans un murmure.

Sa voix était si pressente, suppliante, que je m'efforçai de l'entendre encore, plutôt que de me laisser glisser vers l'inconscient qui m'ouvrait grand ses bras, m'attirant dans son abîme, m'offrant une échappatoire à la douleur.

- Reste éveillée, tu seras bientôt soulagée ! me promit-il. Sa main se promena sur mon front, écartant au passage les mèches qui couvraient mon visage. Encore un petit peu de patience!

Je crois bien que je répondis par un autre cri de souffrance, ce qui signifiait que j'obtempérais et que je ne me laissais pas aller à la solution la plus facile : tomber dans les pommes.

- Grand-père? demanda une voix féminine. Ça ne serait pas mieux si elle perdait conscience? Elle semble souffrir plus que nécessaire, et si on doit l'emmener à l'hôpital…

- Elle à une commotion cérébrale très sérieuse, l'interrompit le docteur. Si elle perd connaissance maintenant, elle risque de ne plus se réveiller, et puis… Il semblait hésiter et je compris avec le recule qu'il voulait m'épargner, mais quelque chose le décida à continuer. À l'hôpital ils ne pourront rien pour elle, il sera trop tard. Il soupira, attristé. Elle a une hémorragie interne très grave, plusieurs cotes fracturées, un poumon perforé, sa jambe est cassée et son flan droit est en milles morceaux. Je n'arrive même pas à croire qu'elle soit encore en vie et c'est un vrai miracle qu'elle soit restée consciente…

Traduction: j'étais foutue.

- Si j'attends Emmett ce n'est pas pour l'emmener à l'hôpital…je veux qu'elle reste consciente quand je soulagerai ses douleurs. De cette manière je pourrai lui exposer les différentes options qui s'offrent à elle, pour qu'elle puisse faire son choix.

- Ce n'est pas sérieux! s'indigna une nouvelle voix, envoûtante elle aussi.

Et avec tout ce que je sais aujourd'hui sur ma nouvelle famille, j'étais prête à parier ma chemise que ce fut Rosalie. Car, même si on avait reparlé de cette journée, on n'était pas rentré dans les détails les plus superflus, et mon souvenir restait celui d'une humaine qui avait les yeux clos. Je ne pouvais que deviner qui avait dit quoi.

- Carlisle! Tu ne peux pas sauver tous les humains que tu rencontres, c'est de la folie! Imagine tous les ennuis que ça peut nous valoir de la transformer…

Des ennuis j'allais en causer, cela ne faisait pas de doute, mais ni elle, ni moi, n'en connaissions encore l'ampleur. Carlisle n'avait pas relevé, et la seconde d'après il soupirait de soulagement.

- Ah Emmett! lâcha-il, délivré. Tu t'es fait désirer.

Aussitôt, je sentis sa main froide s'enrouler autour de mon bras - celui dans lequel la corde avait creusé une plaie béante, me coupant pratiquement la main en deux. Sans sentir l'aiguille, je commençai à mieux respirer, mon rythme cardiaque retrouva des battements plus au moins normaux. Je sentis mes membres s'engourdir et la douleur s'estamper. Mais, je savais que ce n'était qu'un leurre, avec ce qu'avait mentionné Carlisle, je n'avais plus que quelques minutes à vivre. Alors, pourquoi avait-il parlé d'alternatives, de possibilités? Et que voulait dire cette autre qui refusait une transformation? Je commençais à me poser des questions, car je pouvais penser à autre chose qu'à la douleur.

J'ouvris enfin les yeux, il fallait à tout prix que je les vois. En premier lieu j'eus l'impression de n'avoir rien fait tant ma vue était obscurcie, des nuages noirs voltigeaient devant mes yeux. Puis la lumière m'aveugla et les points sombres qui voilaient ma vue disparurent peu à peu. Et là j'eus le souffle coupé, pas parce que j'avais de nouveau mal, non! Plutôt, parce que j'avais devant moi la chose la plus époustouflante, la plus magnifique que mes yeux aient jamais rencontré. Les rayons du soleil dansaient sur son visage, réfléchis en de milliers de reflets chatoyants et irisés. C'était le visage d'un ange à ne pas en douter. Il n'avait ni ailes, ni halo, mais c'était bien un ange. J'en avais la certitude. Mon cœur se serait arrêté sec si je ne lui avais pas rappelé de battre. J'aurais voulu tendre la main à sa rencontre, mais je me rappelais être fracturée de partout.

- Veux…pas...mourir!

Chaque mot me tirait une grimace de douleur ; la morphine ne suffisait pas à m'épargner autant de souffrance. De plus, mes efforts me semblèrent vains, car il était clair que si je voyais des anges, j'étais dors et déjà morte.

- N'essaye pas de parler! Me somma Carlisle, contentes-toi de penser à ce que tu veux dire.

Je ne parvenais pas très bien à comprendre ses intentions à ce moment-là, mais si un ange me demandait quelque chose, je me figurais que la moindre des politesses était de lui obéir.

- Elle croit que tu es un ange, affirma Edward.

Je ne me retournai pas pour le voir. Quand bien même j'en aurais été capable, je ne l'aurais pas fait. Comment aurais-je pu prendre le risque de perdre l'ange des yeux pour regarder quoi que ce soit d'autre?

- Suis-je morte?

- Non, tu n'es pas morte.

- Ça tombe bien, parce que je ne veux surtout pas mourir …je ne veux pas mourir…faites quelque chose!

Dire que quelque chose tombait bien en un pareil moment me ressemblait assez. Je ne prenais jamais pleinement conscience de la gravité des choses. Mon manque de sérieux chronique était une sorte de subterfuge pour échapper à ce genre de situations, bien que je n'aurais jamais cru me voir un jour embarquer dans un pétrin pareil.

- Elle ne veut pas mourir, elle nous demande de l'aider.

- Je crois qu'on n'a pas d'autre choix, renchérit Carlisle et au contact de ses mains mon cœur cogna fort contre ma cage thoracique détruite. Son rythme cardiaque n'est pas régulier, son cœur bat trop vite, elle recommence déjà à souffrir, elle n'en a plus que pour quelques minutes.

- Je pense que la souffrance y est sûrement pour quelque chose, mais là, c'est plutôt toi qui lui fais ça.

Le médecin tourna la tête vers son fils, perplexe.

- Ah! dit-il, saisissant enfin, il faut faire vite tout de même… à ton avis comment pourrais-je m'y prendre pour lui expliquer la seule alternative à la mort?

- Peut importe ! Pourvue que je reste en vie…et que je reste avec l'ange… si je vis cela signifie-il qu'il disparaîtra?

Edward rit pour de bon et Carlisle tourna vers lui son visage à la perfection alarmante, interdit face à sa réaction.

- Elle dit qu'elle accepte n'importe quelle option, pourvue qu'elle ne meurt pas et qu'elle ne soit pas séparée de toi, s'expliqua-il.

- Hum, ça m'étonnerait qu'elle saisisse l'ampleur de cette option. Comment s'appelle-elle?

- Angie!

- Angie! avait répété Edward tout haut.

- Eh bien Angie, il faut que tu saches que si je te sauve… tu ne seras plus…plus humaine. Il paraissait peiné.

- Ça voudrait dire que je deviendrai un ange moi aussi?

Quelqu'un avait rit encore, Edward a ne pas en douté, le seul capable de m'entendre. Je le comprenais, je riais de moi-même aussi en ce moment, me remémorant la fin de ma première vie.

Carlisle se retourna encore vers lui et je lui en voulais de monopoliser ainsi son attention. Je ne voulais plus qu'il me quittât des yeux !

- Elle croit que tu vas la transformer en ange. Sa voix avait repris tout son sérieux, comme si le sujet ne portait plus à la plaisanterie.

- Non, tu ne seras pas un Ange, plutôt un vampire…

- Un vampire? Je me souviens combien j'avais trouvé ce mot décalé, déplacé dans la conversation.

- Je sais que tout cela doit te sembler complètement insensé Angie, mais il faut que tu y réfléchisses bien, si je te… sauve, tu ne pourras plus voir ta famille, ni tes amis …et le procédé est très, très douloureux.

Tous les traits de son visage étaient contractés. Je n'aimais pas du tout qu'il soit préoccupé ainsi.

- Je ne verrais plus ma famille?

- Non, ça sera comme si tu étais morte pour eux, avoua Edward.

Cette fois-ci l'ange ne s'était pas retourné et j'en fus contente. Mais pourquoi avait-il l'air si…si triste ? Comme je ne pouvais croire à un truc pareil, je poursuivis mes questionnements sur fond de pure hypothèse.

- Et si vous ne me transformez pas, qu'est ce qui va m'arriver?

- Tu mourras.

Cette information que je connaissais déjà, ne manqua cependant pas de me glacer d'effrois.

- Alors, transformez-moi! Je ne veux pas mourir…vous m'écoutez? Je m'en fous de la douleur, JE NE VEUX PAS MOURIR!

- Elle est terrorisée à l'idée de mourir ...

- Il faut qu'elle sache, alors. Il faut qu'elle soit préparée, soupira Carlisle résigné, Angie?...Il s'était emparé de ma main, sans me causer de douleur. C'est très, très douloureux… Ça ne me plait pas de te dire ça, mais je me dois de te prévenir…ce serait comme si tu brûlais vive.

Je sentis quelque chose de tiède coulé le long de ma joue, brouillant ma vue. Je battis des cils pour tenter d'éclaircir ma vue ; pour rien au monde je n'aurais voulu altérer l'image de l'ange à cause de mes stupides larmes. Mes dernières larmes.

- Je n'ai pas le choix.

- Elle pense ne pas avoir le choix.

Je recommençai soudain à souffrir et je voulus dormir. Je devais lutter pour ne pas clore mes paupières.

- On a toujours le choix! avait répliqué Carlisle.

- Je ne veux pas mourir, faites ce qu'il faut !…sauvez-moi !

J'entendis à peine Edward répéter mes paroles. J'avais fermé les yeux, pourtant je m'étais juré de ne jamais perdre l'ange de vue.

Je me suis dite sur le moment, que peut-être -quand je me réveillerai de nouveau, tout cela n'aurait été qu'un cauchemar. Un de ceux qui sont, si intenses, si réels, qu'on a l'impression de les ressentir, de les vivre pour de vrai. Mais, voulais-je réellement que l'ange disparaisse, qu'il ne soit que le fruit de mon imagination?

- On va procéder comme pour Bella. C'avait l'air moins douloureux pour elle.

Quelque chose de froid s'empara délicatement de mon bras et comme en réponse, une autre voix, empreinte d'une légère gêne me parvient de très, très loin.

- Euh, Carlisle? Je sais que j'aurais du vous dire ça depuis longtemps, mais la morphine n'a pas réellement aidé…

La main qui tenait mon bras le redéposa doucement. Un souffle m'avait alors effleuré le cou et malgré mes efforts je ne pus rouvrir les yeux et voir Carlisle une dernière fois, incliné vers moi. Cependant, et avec le recul c'était aussi bien que je ne puisse pas le faire.

- Je suis désolé ! avait-il murmuré à mon oreille.

Une telle sincérité s'écoulait de ses mots que je fus prête à tout lui pardonner d'avance. Mais je ne savais pas encore pourquoi il s'excusait et j'ai du reconsidérer mon pardon durant les jours qui suivirent. Car, je dus expérimenter l'expression « renaître de ses cendres ».

mme pour Bella. C'avait l'air moins douloureux pour elle.

Quelque chose de froid s'empara délicatement de mon bras et comme en réponse, une autre voix, empreinte d'une légère gêne me parvient de très, très loin.

- Euh, Carlisle? Je sais que j'aurais du vous dire ça depuis longtemps, mais la morphine n'a pas réellement aidé…

La main qui tenait mon bras le redéposa doucement. Un souffle m'avait alors effleuré le cou et malgré mes efforts je ne pus rouvrir les yeux et voir Carlisle une dernière fois, incliné vers moi. Cependant, et avec le recul c'était aussi bien que je ne puisse pas le faire.

- Je suis désolé ! avait-il murmuré à mon oreille.

Une telle sincérité s'écoulait de ses mots que je fus prête à tout lui pardonner d'avance. Mais je ne savais pas encore pourquoi il s'excusait et j'ai du reconsidérer mon pardon durant les jours qui suivirent. Car, je dus expérimenter l'expression « renaître de ses cendres ».