Merci Clarisse, je suis touchée que ce premier chapitre t'ait autant émue…


Choix – ch2 : En finir avec la mort

— Monsieur, nous avons un signal. Elle se déplace mais pas en direction de l'aéroport, Quinn dit en entrant précipitamment dans le bureau de Saul.
— Quoi ? répondit Saul, levant la tête du carton où il rangeait les affaires qu'il s'apprêtait à ramener chez lui.
— Carrie a quitté l'hôtel.
— Merde, on y va.
Ils coururent jusqu'à la salle des opérations. Tout le monde savait que Saul venait d'être viré suite au fiasco de Téhéran mais personne ne protesta. Lockhart, le nouveau directeur, n'était pas encore là.
Un petit point vert clignotait sur l'écran où s'affichait une image satellite de Téhéran.
— Qui on a sur place ? demanda Saul
— Les deux types du Mossad sont en route. On dirait que le signal ne bouge plus.
Saul et Quinn échangèrent un regard inquiet : ce n'était pas bon signe.
La voix hachée d'un des deux Israéliens se fit entendre entre deux crépitements, la communication était mauvaise :
— Nous y sommes presque, nous l'avons sur le GPS.
— A quoi ressemble la zone ? C'est loin de l'hôtel ? demanda Saul.
— Environ 7 kms, c'est un quartier résidentiel, très calme.
— Peut-être qu'elle est chez Masud, proposa Quinn sans conviction.
— Nous y sommes. Le signal est tout près. Mais il n'y a rien.
— Comment ça, rien ? aboya Saul.
— C'est une grande avenue vide qui traverse une espèce de grand parc. Je crois que le signal vient d'une poubelle, là-bas.
Quinn serra les dents.
— Quelle taille le conteneur ? demanda Saul.
— Trop petit pour contenir un corps, pas de stress les gars.
Le claquement de la portière résonna dans la salle. Ils entendaient la respiration rapide de l'agent alors qu'il se dirigeait vers le conteneur.
— Merde.
— Quoi, bordel ? tonna Saul.
— Il y a un téléphone satellite dans le conteneur. Je le prends.
Le signal bougea très légèrement sur l'écran.
— Oui, c'est bien ça. Merde. C'est tout ? demanda Saul.
— Oui.
Saul se tourna vers Quinn :
— Envoyez quelqu'un à l'hôtel se renseigner.
— Mais vous n'êtes plus…. commença Quinn.
— MAINTENANT.


Ils avaient tous voulu faire de lui un tueur.
Quand il s'était engagé dans l'armée, il était convaincu que c'était une bonne chose de se battre pour son pays, même si cela impliquait de tuer d'autres êtres humains. Il aurait même droit à une jolie médaille ou à un plus bel uniforme. Ah ah ah.
La vérité, c'était qu'il était avide de reconnaissance, et imaginait le regard plein d'amour et d'admiration de Jess et des enfants lorsqu'il reviendrait à la maison en héros. Il avait des attentes simplistes à l'époque… Il n'était pas encore revenu, deux fois, de l'enfer.
Et puis son chemin avait croisé celui d'Abu Nazir. Qui l'avait transformé en une brute sans âme capable de frapper son ami Walker à mort. Du moins, c'est ce qu'il avait cru. Et il l'avait fait. Pour sauver sa peau. Et l'avait vraiment tué quelques années plus tard dans un tunnel glauque de Washington. Après avoir achevé le tailleur dans la forêt.
Au moins le terroriste kamikaze qu'il croyait être devenu avait échoué. Grâce à Dana, grâce à Carrie… Un minuscule fil d'amour l'avait retenu et la vie avait pris le dessus. Et cela avait tout changé.
Sauf qu'il avait dû tuer à nouveau. Le vice-président des États-Unis qui était un salaud, et pas seulement en tant qu'homme politique. Mais salaud ou pas, il ne voulait pas le tuer… Il ne voulait plus tuer personne. Mais ce démon d'Abu Nazir, qui ne le lâchait pas, voulait toujours sa revanche, et avec Carrie à sa merci, il n'avait pas eu le choix. Il ne pouvait pas la laisser mourir. Carrie l'aimait, même le Brody qu'il était devenu. Elle n'avait pas peur.
Elle l'avait percé à jour dès le départ, et avait toujours su voir ce qui restait encore de bien en lui, même si ce n'était pas grand-chose. Elle l'avait sauvé. Il ne pouvait pas l'abandonner. Il ne pouvait pas la perdre.
C'était aussi pour cela qu'il avait accepté cette mission à Téhéran. Non pas qu'il ait vraiment eu le choix. Saul, cet enfoiré, était venu l'extirper de la cellule puante où il était en train de crever dans cette tour, immonde verrue purulente de Caracas, uniquement pour se servir de lui comme d'une marionnette tueuse — une fois de plus. Mais au moins, il pouvait cultiver l'espoir qu'un jour, peut-être, Carrie et lui seraient réunis…
Alors il était parti pour Téhéran, et avait joué le jeu qu'ils attendaient de lui. Sans prendre le temps de réfléchir, il avait pris la seringue de cyanure, bloquant de son esprit l'odieuse image de la Mort qui l'invitait à nouveau dans son abominable royaume.
Le plan avait échoué et ce fut un soulagement.
Enfin, il pouvait se reposer un peu.
Il endossa le rôle du poseur de bombe de la CIA, un traître envers son pays et un héros en Iran, se pavanant de plateaux de télévision en émissions de radio pour y cracher son dégoût des États-Unis. Il s'en était plutôt bien sorti mais n'avait pas grand mérite : Abu Nazir lui avait tellement bien lavé le cerveau que ça lui fut facile de prendre le rôle d'un fou d'Allah éructant sa haine du Grand Satan.
Il avait ainsi pu gagner un peu de temps. Après tout ce qu'il avait enduré, il avait apprécié de pouvoir mener une vie à peu près normale, où il rencontrait des gens, allait à la mosquée, dormait et mangeait correctement, se détendait au soleil et écoutait les oiseaux chanter. Oui, toutes ces petites choses simples qui signifiaient qu'il était encore en vie.
Et par-dessus tout, il avait eu le temps de réfléchir.
Il avait rapidement décidé qu'il refuserait le plan d'extraction et ne retournerait pas aux États-Unis. Pour quoi faire ? Là-bas, tout le monde était convaincu que c'était un poseur de bombes. Sa fille le haïssait, et il ne connaissait pas son fils. De plus, il dépendrait entièrement de la CIA. Cela voulait dire qu'il devrait obéir à tel ou tel plan qu'ils concocteraient pour lui, et il en avait assez qu'on lui dise ce qu'il avait à faire. Il voulait reprendre sa vie en main.
Il ne voulait plus être la marionnette tueuse de qui que ce soit.
Il ne voulait plus jamais tuer qui que ce soit.
Il en avait fini avec la mort.

Lorsqu'il avait reçu cet appel de Carrie à la mosquée le prévenant qu'ils s'apprêtaient à le tuer, ça lui avait brisé le cœur de refuser de s'enfuir avec elle. Mais fuir était inutile.
Il avait autre chose en tête, et le temps d'agir était venu.
Sa plus grande crainte désormais était la réaction de Carrie. Il pouvait la perdre pour toujours. Sa gorge se serra à cette perspective. Mais étonnamment, il avait le sentiment qu'elle comprendrait, qu'elle aussi serait prête.
C'était un pari risqué et il allait bientôt savoir s'il avait remporté la mise. Elle serait là dans moins d'une heure.

Le lever de soleil sur la mer Caspienne était douloureusement sublime.
Brody emplit ses poumons d'air chaud et salé, et, de l'imposante terrasse de la villa d'Akbari sur l'île d'Ashuradeh, il sourit à un vol majestueux d'oiseaux marins qui passaient au-dessus de lui dans un froissement infini d'ailes et de plumes.