Voilà donc où j'en étais. Seule en me laissant porter par un vent glacial faisant onduler une balançoire. Je ne sais pas combien de temps j'ai attendu je ne sais quoi à me demander ce que j'allais bien pouvoir faire. J'ai vu les derniers enfants quitter le square, les boutiques fermer et leurs vitrines s'éteindre peu à peu. J'ai vu les derniers clochards de la rue partir à la recherche d'un lieu à l'abri où passer la nuit. Il ne restait qu'une supérette 7/7 encore ouverte. J'ai vu un jeune homme éteindre la lumière, sortir et abaisser le rideau de fer dans un bruit de métal rouillé. Il était 2h30, je crois. Il a commencé à traverser le parc en enfouissant ses mains dans ses poches, et en enfonçant sa tête dans son écharpe. Il m'a vu et a hésité avant de s'approcher.
Il n'était pas très grand, mais assez maigre ce qu'il lui donnait une silhouette élancée. Il avait des cheveux courts qui semblaient blonds, même si la lumière de la lune pouvait me tromper. Son visage était à la fois simple et encore juvénile. Mais surtout j'avais le sentiment de l'avoir déjà vu quelque part.
- Sunny ?... Sunny c'est bien toi ? Que fais-tu là ?
Il avait une voix encore fluette, mais on entendait un timbre plutôt grave en fond. Et moi, toujours incapable de le reconnaitre. Il le vit et rigola doucement.
- Tu ne me reconnais pas, n'est-ce pas ? Ça ne m'étonne pas, je ne suis assez discret d'habitude. Je m'appelle Taylor, on est ensemble en cours d'économie…
J'imagine que j'aurai du dire un truc. Au lieu de cela, j'ai baissé la tête et regardé mes baskets. Je n'étais pas très à l'aise, mais rencontrer quelqu'un de mon lycée alors que je viens de fuguer ne me rassure pas trop. Surtout que bon nombre de personne ne s'intéressent à moi qu'à cause de mon nom de famille.
- Mais que fais-tu là ?... T'as l'air perdue, mais je pense que tu dois connaitre cette ville comme ta poche.
Nouveau silence. Je suis censée dire quoi ? Il commence à se balancer d'une jambe sur l'autre. Qu'est-ce qu'il fait froid !
- Ecoute, tu veux que je te ramène chez toi ?
- Nan, pas chez moi…
Et là il doit me prendre pour une folle.
- Tu ne veux pas rentrer chez toi ? Mais tu veux aller où ? Tu ne peux pas rester dans un froid pareil…
Je frissonne. C'est vrai que je ne m'étais pas rendue compte à quel point j'avais froid. Et les grognements de mon ventre n'arrangent pas mon état. Je tremble, mais ce n'est pas que le froid qui en est la cause. Des larmes roulent silencieusement le long de mes joues et viennent s'écrasent sur mes mains.
- Bon, bah je ne peux pas non plus te laisser comme ça ! Alors voilà ce qu'on va faire : tu vas venir chez moi, et quand tu iras mieux, tu pourras rentrer chez toi. D'accord ?
Sans me laisser le temps de répondre il attrape mon sac au sol, me met debout et me pousse doucement en avant. Le trajet se fait rapidement ? On entend juste le bruit du vent et de la ville endormie.
Lorsque nous arrivons chez lui, je découvre une petite maison un peu délabrée, dans un quartier connu pour être assez pauvre. Nous rentrons et l'intérieur est à l'image de l'extérieur, petit et spartiate. Une pièce principale avec une petite cuisine dans un coin, une petite table et six chaises totalement dépareillées, et un vieux canapé à moitié défoncé en face d'une télé datant des années 90. On peut également voir un couloir avec cinq portes. La chaleur d'un intérieur m'a manqué, et je suis tout de suite à l'aise dans cette petite maison. La fatigue me prend même rapidement et Taylor me propose donc de dormir sur le canapé. Il s'excuse plusieurs fois de l'état lamentable de celui-ci mais je n'y fait pas vraiment attention. Au moment où il s'éloigne vers le couloir, je murmure un minuscule « Merci. ». Il me sourit.
- Dors bien, on discutera demain.
Le lendemain, j'émerge d'une nuit reposante sans ouvrir les yeux. Plusieurs murmures fusent autour de moi et quand je les ouvre enfin je tombe face à quatre têtes aux cheveux clairs qui m'observent. Je me relève doucement tout en les fixant à mon tour. Un silence règne bientôt brisé par celui que je pense être le troisième plus âgé.
- Est-ce que tu es la petite amie de grand-frère ?
Et vite après plusieurs questions arrivent. Ils débattent entre eux à propos de moi jusqu'à ce que Taylor entre dans la pièce. Les quatre enfants se jettent alors sur lui et l'assaillent de toutes leurs questions. Il lève les yeux au ciel et les envoie tous « profiter du bon air de dehors ». Ils râlent tous mais obéissent et sortent. Même si on entend encore leur débat, prouvant qu'ils sont juste devant la porte, à attendre d'en apprendre plus sur la fille qui a passé la nuit sur leur canapé. Taylor sort quelques affaires du placard et m'invite à m'assoir à table pour manger un bout. Il me tend un bol de café.
- Désolé, il doit pas être super bon, par rapport à ce que tu prends d'habitude j'imagine…
En effet, le café est à la fois sans goût et très amer, mais il me convient parfaitement à cet instant.
- Sinon, je pense qu'il faut qu'on discute un peu…D'hier soir… Je sais que ça ne doit pas forcément être simple pour toi de me faire confiance, mais quand je t'ai vu hier dans ce square, totalement dans le vide, je n'ai pas pu juste te laisser là. Si tu veux parler, je t'en prie. Après tout, on est dans la même classe !
Il résume vite, mais bon. Ne sachant pas par où commencer, je regarde juste mon reflet sur la surface du café noir.
- Je vais commencer alors. Je m'appelle Taylor Martins et comme t'as pu le remarquer, je ne croule pas sur l'or. Je vis dans cette humble demeure avec ma mère et les quatre affreux qui se planquent derrière la porte. Mon père était soldat, mais il est mort quand j'étais jeune. Ma mère a eu quelques compagnons, tous plus idiots les uns que les autres. L'un l'a abandonnée quand il a appris qu'elle était enceinte, et un autre est parti jouer tout notre argent aux jeux, puis n'est jamais revenu. Et nous voilà tous maintenant à lutter pour survivre. Mais ça va, tous ensemble on s'en sort pas trop mal ! Je pourrai dire quoi d'autre… Ah oui, je travaille tard la nuit pour aider ma mère, je cumule un peu les petits boulots et j'adore la photographie.
Autant de bonne humeur après tout ce qu'il vient de m'avouer, à moi, une fille assez inconnue, me fait me poser des questions. Il a été sincère avec moi, je peux l'être avec lui. Surtout qu'il me fait me sentir importante, et en confiance, ce qui ne m'arrive pas si souvent. J'ouvre la bouche pour prendre la parole lorsque la porte d'entrée s'ouvre et qu'une femme d'une quarantaine d'année entre dans la pièce.
- Taylor, les enfants m'ont dit que tu avais une invi… Oh bonjour mademoiselle.
- Maman, voici Sunny. Je l'ai trouvée cette nuit dans un square, donc je l'ai ramenée ici.
- Tu as bien fait, il commence à faire vraiment frais en ce moment !
Taylor dépose une tasse de café à une troisième place et sa mère s'installe avec un grand sourire à mon égard.
- Sunny allait me raconter son histoire, je lui ai raconté la mienne.
Je ne suis pas très à l'aise, mais les Martins sont vraiment gentils, et je leur doit bien une explication, alors je me lance.
- Je m'appelle Sunny Stark. Quand mes parents se sont mariés il y a environ 20 ans, ils ont voulu avoir des enfants. Mais à cause d'un problème médical, mon père n'était pas censé pouvoir en avoir… Et pourtant quelques années après, ma mère est tombée enceinte, ils ont considéré ça comme un miracle. Mais ils étaient juste heureux. Leur souhait s'est réalisé et ils ont eu deux jumelles, ma sœur et moi. Nous nous sommes vite rendu compte que ma sœur avait hérité du génie de mon père pour la science, alors que moi j'étais juste maladroite. J'ai grandi dans l'ombre de ma jumelle. Je l'aime beaucoup, mais mon père n'a jamais eu d'yeux que pour elle, pour son intelligence. Et moi je n'ai jamais été que la sœur de l'enfant prodige. Ma mère a essayé de lui faire prendre conscience de son attitude, mais je crois qu'il ne s'en est jamais vraiment rendu compte. Après tout, c'est à elle qu'il peut transmettre tout son savoir, qu'il peut s'amuser à créer des choses… Je pense que je suis juste ennuyeusement normale pour lui. Et chez les Stark, personne n'est normal d'habitude.
Bonjour bonjour!
J'espère que ce chapitre vous plait! Le début est toujours un peu dur, mais personnellement, je suis assez contente.
Sinon, je vais vous expliquer un peu comment je fonctionne : ma fiction est divisée en plusieurs parties (qui sont actuellement au nombre de 8). Chaque partie est divisée en au moins deux chapitres (ça en fait pas mal...). Cela est confus? Normalement, ça passera tout seul quand vous lirez. Et si vous avez du mal, n'hésitez pas à me le dire!
Je publie la première partie rapidement, afin que vous puissiez mieux comprendre l'histoire, l'intrigue et les personnages.
Je commence à me faire à la publication sur , et je tiens d'ailleurs à m'excuser pour la présentation du prologue. On n' arrive pas très bien à différencier le texte et mon message... Encore désolé, j'espère que ça ira mieux cette fois!
Merci à celles qui ont laissé une review. J'adore! Et les nouveaux lecteurs peuvent eux aussi me laisser un commentaire sur leurs impressions!
Bises à tous, et à bientôt ;)
C'est compliqué, et surtout long, de dire quels personnages sont à moi et lequels ne le sont pas. Mais j'ose espérer que vous pouvez les différencier... ;)
