Chapitre 2 : Tant va la cruche à l'eau

Rodorio, vingt-quatre décembre au matin. Le soleil est au beau fixe et le thermomètre indique quelque chose de largement au-dessus de zéro. L'hiver grec est plutôt clément avec son peuple. Mais pas le temps de s'extasier sur la météo de sa chère patrie. Milo a bien d'autres choses à faire.

Alerté par les cris de stupeur des passants, le chevalier du Scorpion décide de passer par les toits pour aller plus vite vers ce qu'il pense être sa destination. Tuile après tuile, gouttière après gouttière, il s'approche du lieu du scandale. Le Pope en a fait sa véritable priorité, c'est une mission de la plus haute importance. Milo doit être à la hauteur – sans mauvais jeu de mots quant à sa position géographique actuelle. Il doit les retrouver. Les arrêter. Avant qu'une nouvelle guerre n'éclate.

Puis soudain, deux chevelures vert d'eau entrent dans son champ de vision. Ni une ni deux, l'homme à l'ongle venimeux bondit vers ses proies et en fait tomber une à la renverse. L'autre s'arrête, hébétée, puis pose calmement l'espèce de cruche qu'elle avait sous son bras.

- Bordel, t'y as déjà goûté ! T'en veux encore, de mes piqûres ?

- Mais lâche-moi ! J'te dis que c'est urgent !

- Et moi j'te dis que c'est de la folie pure !

Les deux ennemis se débattent comme des porcs dans la boue, tandis que le troisième, impassible, élève sa voix pour les arrêter.

- Ça suffit ! Milo, nous n'avons d'autre choix que de faire ce que nous nous apprêtons à faire.

- Mais Camus, tu te rends compte là ou pas ? Tout ça pour quoi, je vous le demande !

- Bah laisse nous t'expliquer !

- Non, Kanon ! Non ! Je ne veux aucune explication venant de votre part, bande d'aliénés ! Alors maintenant je vous ramène au Sanctuaire, on trouve ce que vous avez pris pour avoir une idée pareille et on v…

- … Non !

Le refus est catégorique pour les deux nouveaux traîtres du Sanctuaire. Exaspéré, Milo soupire et laisse ses épaules tomber. Il lève les yeux au ciel.

- Les gars… Réveiller Poséidon pour qu'il remonte les marées et geler tout ça pour en faire de la neige et une patinoire géante, je suis désolé, mais c'est ce qu'on appelle une opération suicide.

Kanon hausse les épaules.

- Oh bah tu sais, on s'y fait, p'is le suicide c'est la norme ici…

- Kanon, fais pas le con avec moi !

Camus, l'air soudain affolé, attrape son homologue du Huitième par les épaulettes de l'armure – vous savez, les espèces de cornes en haut…

- Tu ne comprends pas, Milo ! Hyôga va arriver au Sanctuaire d'une minute à l'autre ! Et s'il n'y a pas de neige, je ne donne pas cher de sa santé mentale ni de notre peau !

- Allons, allons, susurre le Scorpion en tapotant la tête de son ami, ne t'en fais pas. J'ai déjà convenu avec Dohko d'un plan infaillible. Ton élève sera très content.

- Tu es sûr ?

- Certain.

- Je n'aime pas ton sourire…

- Il n'y a pas de quoi, voyons, tu verras ! Allez, maintenant on rentre tous les trois, on rend l'urne sacrée au Grand Pope et tout se passera bien ~

- D'accord Milo mais tu peux sortir de sur moi ? Pas qu'ça me dérange, mais tout le monde nous regarde…

- …

- Ah, oui. Désolé Kanon.

Une fois nos trois compères réconciliés et la catastrophe évitée, les Chevaliers rentrent au Sanctuaire et Milo peut enfin mettre son plan à exécution…

Quelques heures plus tard, les Bronzes arrivent devant le Premier temple, comme convenu. Après de brèves salutations à Mû et à Aldebaran, les yeux de Hyôga percutent quelque chose. De blanc. De froid. De haut et de lisse. Laissant tous les autres en plan, il se jette sur ce qu'il a vu.

- Oooooh ! Un bonhomme de neige !

Le blond met son écharpe autour de la montagne d'eau gelée et s'amuse comme un petit fou quand Milo et Dohko, sous son apparence juvénile bien sûr parce qu'il faut être sur son trente et un et non sur son deux cent soixante et un, arrivent tranquillement vers lui.

- Alors, il te plait ? commence Milo.

- Et comment ! Merci beaucoup !

- Et encore, t'as pas tout vu ! pouffe le gardien du Septième. Approche-toi un peu : il parle !

- Ah ?

Le russe colle son oreille contre la neige et entend effectivement un marmonnement. Les deux chevaliers se jettent un regard complice.

- Mais… Mais il parle en français ! s'étonne Cygnus.

- T'as vu un peu c'te classe internationale ? glousse Milo. Oh puis tu connais le proverbe, hein : tant va la cruche à l'eau qu'à la fin y'a de la glace ...