Part 1, Découvrir.
Light.
Battu, j'étais vaincu.
Moi, Kira, le nouveau Dieu de notre monde, j'étais vaincu. Comment est ce que ce petit idiot de Near avait-il réussi a contrer mon plan ?! J'avais eu tord de le sous estimer.
Maintenant, Ryuk s'est occupé de mon cas, et a écrit mon nom dans son propre Death Note.
Il m'aura au moins évité la prison, et la honte publique de ma défaite magistrale.
A présent, tout est noir, vraiment noir. Je ne sens plus rien, et la dernière sensation dont je me souvienne est cette horrible douleur lancinante qui atteignit mon coeur quelques temps auparavant. Je me souviens seulement de cette douleur atroce, comme si mon coeur avait été transpercé par une lame trempée dans l'acide. Comme s'il avait voulu s'échapper de ma cage thoracique, tout détruire sur son passage, se libérer a tout prix...pour mourir plus loin.
Depuis combien de temps suis-je ici ? Des secondes, des heures, des années ? Je n'en sais rien, et qu'importe.
Je sais que je ne peux ni aller au paradis, ni en enfer. Les dieux tout puissants de l'au delà doivent surement être en train de délibérer de mon sort.
Moi, Light Yagami, celui qui a réglé leur compte a plus de malfaiteurs que n'importe quel tribunal, c'est au tour de mon compte d'être réglé, et je suis prêt.
Je savais, en commençant mon oeuvre, que je m'exposais a une sentence plus forte que n'importe quel courroux humain. Je m'y étais préparé, et maintenant, je dois assumer mes actes.
Le silence est entêtant. Le noir est plus profond que les océans, et je suis comme flottant au milieu. Je n'entend rien, rien du tout, mais j'ai la sensation d'être observé.
On m'observe, je le sens, et j'imagine très bien les rictus moqueurs se former devant ma défaite. Le même rictus que j'avais lorsque j'ai infligé sa propre défaite a L.
L
L
L.
L.
L.
L.
L.
L.
L.
L.
L.
L.
L.
...
Peut être qu'il me regarde avec ce même sourire, d'où il est. Peut être même qu'il saute de joie en me voyant ici, prisonnier de mes pensées. Plongé dans l'oubli. Abandonné dans les gouffres les plus profonds du néant.
S'il peut vraiment me voir, je suis certain qu'il jubile vraiment. Si seulement je pouvais savoir ou il est...
Non, en fait, je ne veux pas. Surtout pas. Je l'ai éliminé il y a bien longtemps déjà, ce n'est pas pour le ravoir dans les pattes maintenant.
Je suis mieux dans mon silence.
Je ne peux ni bouger, ni parler. Ni hurler. Je voudrais hurler, rompre le silence assourdissant dans lequel je suis plongé.
Mes pensées me font mal au crâne et coulent comme de l'acide dans mon cerveau. Je deviens fou, complètement fou. Je perd toute notion du temps, ou de l'espace, parce que tout est grand et petit a la fois. Tout est rapide et si lent en même temps.
Tous mes souvenirs, tous mes plans, toutes mes manigances, tout tourne en moi comme un mauvais film qui retracerait l'histoire de ma vie.
Le temps passe, rapide, ou lent, je n'en sais rien, rien du tout. Sont-ce des mois, des années, des heures, des minutes ou des secondes ?
Soudain, un cri déchirant perce le néant. Une longue plainte suraiguë, qui transperce mon crâne, comme une lame d'acier.
Il dure, et ne semble jamais s'arrêter. Mon cerveau va exploser, je ne peux toujours pas bouger. Le hurlement s'intensifie, monte en puissance alors qu'il semble deja avoir dépassé le paroxysme du possible. Le son augmente, augmente, augmente augmente augmente augmente augmente encore encore encore encore et encore.
Je ne sais toujours pas combien de temps cela dure, cela semble une éternité. C'est donc cela, ma punition ?
Bientôt, alors qu'elle semble s'apaiser, la plainte est rejointe par des centaines d'autre, plus stridentes les unes que les autres.
Certaines sembles plaintives, d'autres désespérées, je peux presque deviner chaque sentiment qui émane de chaque voix.
Je ne peux pas supporter cela, c'est impossible, les cris, les cris encore les cris.
Plus rien d'autre ne me parvient. Je suis piégé entre les mailles des cris.
Les cris de ...
Soudain je comprends.
Ces voix, ces plaintes, ces hurlements... Ce sont les âmes de tous ceux que j'ai supprimé. Tous ces malfaiteurs qui ont atterris dans les gouffre de l'enfer auquel je n'ai pas le droit. Ce sont eux que j'entend !
Comme ils semblent souffrir... A partir de la, ma souffrance devient moins grande lorsque j'imagine la leur, et leurs cris ne sont plus qu'une douce mélodie pour mes oreilles.
J'ai fait payer le prix a tous ces criminels, et maintenant je suis condamné a les écouter purger leur peine. Quelle douce prison dans laquelle je suis coincé !
Le temps s'écoule, toujours aussi indistinct, et je n'ai pas la moindre idée de la durée depuis laquelle je suis ici, mais je m'en contrefiche a présent, parce que je peux enfin contempler le fruit de mon oeuvre monumentale. J'étais un dieu, j'ai fait ce qu'aucun autre homme n'aurait eu le cran de faire, j'ai fais régner la justice !
Seulement, une plainte sort du lot, un espèce de gémissement sourd, des sanglots peut être, je ne sais pas trop. Comme si une douleur qui traversait cette ame était si insoutenable qu'elle l'empêcherait de hurler.
Sauf que contrairement aux autres, cette douleur, cette torture subie c'est… Insoutenable, c'est pathétique, il n'y a pas de mots pour décrire cela.
Comment peut on gémir a ce point ?
Comment est-ce possible ?
-IL FAUT QUE ÇA S'ARRÊTE
Je peux hurler ! C'est incroyable, j'ai réussi a parler !
Soudain je sens mon corps, je sens tout, de la pointe de mes cheveux jusqu'au bout de mes orteils. Je sens mon coeur battre, je sens mes doigts se plier et se déplier au fil de mes mouvements, je peux a présent bouger, je ne suis plus prisonnier. Cette sensation est incroyable, vraiment, on ne se rend pas compte de la chance que l'on a de pouvoir bouger, remuer, frémir.
Je me rends aussi compte que je suis allongé, sur un sol dur, inégal, rugueux.
Ma main effleure ce par terre inconnu. Du bout des doigts, je prends connaissance de ce support inconnu. Je sens comme des graviers, des cailloux. J'en prend un que je fais rouler entre mes doigts. J'appréhende ses formes, ses courbes, ses creux, son toucher lisse et poreux a la fois. Je me demande alors si je peux ouvrir les yeux, pour voir ce qui m'entoure. Je ne me rappelle pas les avoir fermés, et pourtant, je constate que mes paupières sont closes. En une seconde, j'y remédie.
Je vois.
Après quelques secondes le temps que mes yeux s'habituent, je vois. Je ne vois pas le plafond, je vois seulement une brume grisâtre autour de moi.
Tout ça n'a prit qu'une seconde. Ou une éternité, je n'en ai aucune idée. Le temps est toujours aussi flou. Mais les lamentations n'ont pas cessé. Elles se sont même amplifiées, et je ressens chacune des âmes que j'ai envoyée ici. Elles pèsent sur mon coeur comme une lourde enclume.
Mais il y a autre chose. Des pleurs d'enfants, de femmes, de fillettes, de familles entières. Je n'ai jamais tué d'enfants, Jamais. Il ne peut s'agir de personnes que j'ai tuées .. Alors qu'est ce que cela peut il bien être ?
Lentement, je me relève. Je redresse mon buste pour m'asseoir, je replie ensuite mes jambes étendues, et je m'aide de mes mains pour me mettre debout. Contrairement a ce que je prévoyais, mes membres ne sont pas engourdis.
Autour de moi, je ne distingue qu'un espèce de fleuve gris, entouré de brume. Un décor saisissant, macabre, presque morbide. Je m'approche pour regarder l'eau, peut être que je découvrirais ou je suis, ou peut être ne verrais-je que mon reflet.
Lorsque je me penche pour mieux voir, je constate que c'est un liquide gris, opaque qui coule dans ce lit. On dirait presque de la fumée, un long fantôme qui s'étirerait pour former un fleuve. Intéressant.
J'ai une curieuse et irrépressible envie de plonger ma main dedans pour vérifier mes suppositions. Découvrir si cette étrange substance est vraiment ce qu'elle semble être. De toute façon, que puis-je risquer ? Je suis déjà mort ! Je tend alors ma main et effleure la surface.
A peine l'ais-je effleuré que quelque chose de gluant, de répugnant, de visqueux me saisit l'avant bras. Une forme infâme est sortie de l'eau et me tire a présent vers le fond. Je n'ai pas tout de suite le réflexe de me dégager et je manque de tomber. Heureusement, je suis plus fort que cette masse immonde et j'arrive a reprendre mon équilibre pour me dégager.
Ma main est pleine d'une sorte d'algue gélatineuse, verte et dégoûtante. Beurk. Je me demande quelle est cette chose qui m'a aggripé. Cette fois ci, je vais prendre des précautions. Je ne veux en aucun aucun cas je ne veux toucher une nouvelle fois cette … Chose.
Alors je prends un des cailloux qui ornent le sol, et je le jette dedans. Presque tout de suite, une main sort de l'espèce de lac, et cherche dans le vide quelque chose a attirer. Une main. Une main, c'est répugnant. Je n'ai pu l'apercevoir que brièvement, mais j'ai reconnu la forme d'une main humaine.
Je recommence mon essai, plusieurs fois, pour être sur. A chaque fois la même chose recommence. Une main visqueuse sort de l'eau pour tenter de l'attraper. Elle semble a chaque fois plus pale, comme si c'était la main d'un cadavre. Non, pas comme si, c'est la main d'un cadavre.
Il y a des cadavres dans le fleuve. Je suis condamné a vivre parmi les cadavres.
Répugnant. C'est donc cela mon sort, moi, Kira, ce dieu craint par tout le monde, j'allais passer le reste de mon éternité dans cet endroit misérable, avec pour seule compagnie les hurlements du monde des morts.
Soit. De toute manière, je ne m'attendais pas a une destinée meilleure que cela. A vrai dire, j'avais supposé quelque chose de pire encore. Un scénario dans lequel je brûlais éternellement dans les flammes de l'enfer par exemple.
Si seulement ces cris pouvaient s'arreter !
