Deuxième partie

Lisbon pensa que peut-être Jane ne reviendrait pas ce soir-là. Elle commençait à se faire à l'idée qu'elle devrait passer une nuit blanche mais à vingt-deux heures, on frappa à sa porte.

- Jane, c'est vous ?

- Oui, c'est moi.

Elle ouvrit la porte pour le laisser entrer.

- Si ça avait été un membre de l'équipe, il se serait vraiment demandé pourquoi vous pensiez que c'était moi à cette heure-ci, lui fit remarquer Jane avec un grand sourire. Désolé pour le retard mais je commence un peu à fatiguer alors j'ai fait une petite sieste avant de venir.

- Jane, vous n'auriez pas du revenir…

- Pourquoi ? lui demanda celui-ci en allant se préparer un thé.

- Parce que cette situation ne peut pas durer indéfiniment.

Il se retourna pour la regarder.

- Moi j'aime bien vous observer dormir.

- Super, sourit Lisbon, maintenant je n'oserai même plus fermer les yeux…

Elle s'approcha de lui et se positionna à côté pour l'observer préparer son thé. Il avait cette manie d'arrêter la bouilloire toujours quelques secondes avant que l'eau ne boue.

- Jane, écoutez-moi.

- Non, pas ce soir, les discussions on les garde pour le matin, c'est plus…

Avant qu'il ne puisse terminer sa phrase, il sentit l'index de Lisbon se poser sur sa bouche pour le faire taire. Ils se fixèrent un instant puis elle enleva son doigt et déposa un léger baiser sur sa bouche.

- Whoua…, chuchota Jane.

- Ecoutez, ça fait des jours que j'essaie de vous remercier et vous ne m'écoutez pas, se justifia Lisbon, les joues légèrement rosées. Je ne savais vraiment plus comment faire... Alors ça voulait dire merci. Voilà. Buvez votre thé maintenant.

Jane se pencha vers elle et lui déposa un baiser sur la joue.

- De rien, dit-il en s'éloignant avec sa tasse.

Lisbon se glissa dans son lit et s'endormit avant même que Jane n'ai finit de s'installer. Toute la nuit, Jane écouta son souffle dans l'attente d'un changement qui montrerait qu'elle entrait dans son cauchemar. Il n'entendit rien. Absolument rien d'autre que son souffle régulier et apaisé. Comme tout semblai bien se passer et qu'il sentait la fatigue venir, il descendit son oreiller et s'allongea à son tour, mit le réveil pour sept heures, puis par précaution, il saisit la main de Lisbon. Si elle faisait un mauvais rêve, il le sentirait immédiatement.

Lisbon sortit de son sommeil quelques minutes avant que le réveil ne sonne. La première chose qu'elle réalisa était que quelque chose empêchait sa main de bouger. Perdue entre les songes et la réalité, elle paniqua et retira sa main en se mettant assise brusquement.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Paniqua à son tour Jane en se réveillant en sursaut.

Lisbon comprit alors qu'elle s'était emballée pour rien.

- Ce n'est rien, j'ai… Je n'ai pas…

- … l'habitude qu'on vous tienne la main la nuit ? Compléta Jane en lui souriant.

Ses cheveux rebiquaient de partout, elle avait la trace de l'oreiller sur la joue et les yeux à peine ouvert mais il la trouva adorable.

- Ne me regardez pas comme ça, lui dit Lisbon.

- Comment ?

- Comme si je descendais de Neptune.

- Je vous regarde comme quelqu'un qui n'a même pas réalisé qu'elle avait dormit toute la nit sans cauchemars, lui fit remarquer Jane.

Sa bouche s'entrouvrit et elle resta béate un moment. Jane éclata de rire.

- Félicitations, agent Lisbon, vous avez réussi cette épreuve ! S'exclama-t-il et il ne pu résister plus longtemps à lui ébouriffer les cheveux.

- Arrêtez, dit-elle en lui repoussant la main mais avec le sourire. Qu'est-ce que vous faites encore là d'abord, vous devriez être en train de préparer le petit déjeuner !

- J'y vais, maîtresse, vos tartines seront prêtes dès que vous aurez terminé votre toilette, dit Jane en lui baisant la main.

Une fois qu'il fut sortit de la pièce, elle soupira. Jane l'avait beaucoup aidé mais il fallait que ça s'arrête. Cette complicité de plus en plus présente bousculait tout dans sa tête et il lui semblait que la limite qu'elle s'était fixée vacillait dangereusement. Elle devait mettre les choses au clair avec lui avant qu'il ne fasse n'importe quoi. Une bonne douche allait l'aider à lui remettre les idées en place.

Elle sentit l'odeur des tartines grillées avant même d'arriver dans la cuisine. Ils s'installèrent face à face et commencèrent déjeuner tranquillement.

- Vous avez bonne mine, dit Jane en dévisageant Lisbon. Je vous préfère comme ça.

- J'me préfère comme cha auchi, répondit cette dernière la bouche pleine.

« Lance-toi, Lisbon, c'est le moment » se dit-elle à elle-même.

- Jane.

- Mm ?

- Tout ce temps qu'on a passé ensemble, j'ai réfléchit et je ne veux pas que ça change quoi que ce soit dans notre travail.

Le plus dur était fait, elle avait entamé la conversation.

- C'était… juste une passade, je veux dire… Désormais, on rentrera chacun chez soi. Le soir. Après le travail, ajouta-t-elle en voyant l'air effaré de Jane.

- Donc, vous ne voulez plus qu'on soit… amis ? L'interrogea se dernier.

- Bien chûr que chi ! Pardon… Bien sûr que si, mais… seulement ami.

- Ah, dit Jane d'un air soulagé. D'accord. Mais pourquoi vous me dites ça, maintenant ?

- Parce que, dit Lisbon en articulant, je ne voudrais pas… qu'on… gâche tout… en…

Elle cherchait ses mots et rougissait à vue d'œil et cela déclencha un sourire chez Jane.

- Quoi ?

- Non, rien, poursuivez.

- J'en étais où ?

- Vous ne voudriez pas qu'on gâche tout en… ?

- En faisant n'importe quoi, termina-t-elle.

Elle cacha ensuite sa tête dans son bol pour boire son café. Lorsque qu'elle le reposa et qu'elle regarda Jane, il était en train de rire et levait les yeux au ciel en secouant la tête de gauche à droite.

- Quoi ? Arrêtez, j'ai l'impression que vous pensez que je dis n'importe quoi.

- Mais vous dites n'importe quoi, Lisbon. Vous êtes presque en train de me demander de ne pas faire ce que vous avez fait hier soir. C'est avec vous-même qu'il faut que vous ayez cette conversation, ce n'est pas moi qui vous ai embrassée, je vous rappelle, insista Jane en la pointant du doigt. Je rentre chez moi prendre une douche, en attendant, discutez avec vous-même.

- Je ne vous ai pas… c'était pour vous remercier ! s'indigna Lisbon.

Jane se pencha et l'embrasse juste un peu plus longtemps qu'elle ne l'avait fait la veille.

- Je ne vous ai pas embrassée, c'était pour enlever la confiture qui se trouvait sur vous lèvres, expliqua-t-il en se levant de sa chaise. A tout à l'heure au bureau !

Lisbon ne termina pas son café. « Quel nul !» se répétait-elle en pensant à Jane. « Mais quel nul, il comprend rien… » Puis lorsqu'elle enfila ses chaussures et son manteau et qu'elle se regarda dans le miroir de son entrée, elle murmura : «C'est toi la nulle. ».

Elle commença à se détendre lorsqu'elle arriva à son travail. L'enquête suivait son cours et tout se passait à peu près bien. Son équipe se donnait à fond et depuis qu'elle arrivait un peu à dormir, elle les dirigeait mieux. Alors qu'elle rangeait quelques papiers dans des étagères, Cho l'appela. Elle retrouva tous les membres de son équipe dans la cuisine, y comprit Jane.

- Tout semble indiqué que c'est sa femme qui l'a tué, résuma Cho. Même leur fille est prête à témoigner que sa mère frappait son mari.

- Très bien, dit Lisbon en mordant dans une madeleine. Van Pelt, vérifiez que le témoignage de leur voisin concorde.

- Bien, patron.

Jane fit quelque pas dans sa direction.

- Vous avez…, commença Jane en approchant sa main de la bouche de sa patronne.

Celle-ci recula brusquement et se tapa le coude dans le plan de travail, répandant le café qu'elle tenait dans la main sur son pantalon et sur le sol. Tout le monde la regarda d'un air ahurit.

- Tout va bien ? Vous pensiez qu'il allait vous taper ? Rigola Rigsby.

- Non, répondit Jane en regardant Lisbon dans les yeux. Elle pensait à tout autre chose.

Aucun membre de l'équipe ne comprit sur le coup mais pour Cho, tout devint clair lorsqu'il vit sa patronne s'empourprer.

- Allez, on a du boulot, dit-il aux autres en sortant de la cuisine.

- Je voulais juste vous dire que vous aviez une miette de madeleine sur la joue, je n'allais pas vous embrasser, expliqua Jane une fois que tout le monde fut partit.

- Je sais bien. Espèce d'idiot, à cause de vous, j'en ai partout, dit Lisbon en frottant son pantalon avec un chiffon.

Jane la regarda se démener pour enlever les tâches de café en souriant.

- Je n'y suis pour rien, c'est vous qui imaginez des choses… ajouta-t-il en haussant les épaules.

- N'importe quoi !

- Patron ! Appela Van Pelt.

- J'arrive ! répondit Lisbon, en sortant de la pièce.

- Attendez, dit Jane en lui saisissant un bras.

Elle se retourna et leur deux visages étaient soudain beaucoup trop prêts Son cœur s'accéléra et elle sentit ses jambes vaciller, tout comme la limite qu'elle s'était fixée.

- Je reviendrai veiller sur vous cette nuit, ce n'est pas une proposition, c'est comme ça et pas autrement.

- Je fermerai ma porte à clef. Lâchez-moi maintenant, j'ai du travail.

Ils s'évitèrent tout la journée mais malgré l'avertissement de Lisbon, Jane avait bien l'intention de veiller sur elle encore une nuit. Cela n'avait rien à voir avec les sentiments qu'il commençait à éprouver pour elle mais il avait peur que la nuit qu'elle avait passé ne soit qu'une pause et qu'elle retombe dans ses cauchemars. Tout le travail qu'ils avaient effectué partirait alors en miette.

Dès que la nuit fut tombée, il frappa chez elle. Il vit la lumière de son salon s'éteindre et se mit à rire. Soit elle était vraiment fâchée contre lui, ce dont il doutait fortement, soit elle était mal à l'aise de ce qu'il s'était passé ce jour-là et dans ce cas, il entrerait coûte que coûte à l'intérieur.

- Lisbon ? Laissez-moi entrer ! Il fait vraiment froid, dehors, dit-il même si la température était plus qu'agréable en cette saison. Allez, vous ne me détestez pas à ce point ?

Il se tut et contourna la maison. « Trop facile », pensa-t-il en voyant que la fenêtre de sa salle de bain, située au premier étage, était restée ouverte. Il aperçu une échelle qu'il n'avait jamais remarqué avant, s'en saisit et l'appuya le plus doucement possible contre le mur. Il atteignit la fenêtre sans problème et se glissa dans la maison. Il marcha d'un pas de loup dans le noir et trouva la porte de sa chambre.

- Lisbon ? Appela-t-il en collant sa bouche contre la porte. Lisbon, vous dormez ? Je sais que vous ne dormez pas j'ai vu la lampe de votre salon s'étendre. Lisbon ? Quelle tête de mule, chuchota-t-il en se retournant.

- Je ne vous permets pas.

- Oh Lisbon, vous m'avez fait peur !

Elle se tenait debout devant lui, les mains sur les hanches, et son regard accusateur brillait dans l'obscurité. Jane parvint à deviner qu'elle était vêtue d'un débardeur et d'un simple d'un short de pyjama.

- C'est vous la tête de mule ! J'étais sûre que vous feriez n'importe quoi pour entrer. Vous auriez pu vous blesser en grimpant sur cette échelle !

- Vous ne pensez pas ce que vous dites, se défendit Jane. Vous avez laissé la fenêtre ouverte exprès et vous avez aussi placé l'échelle de façon à ce que je la trouve !

- Mais bien sûr ! S'énerva Lisbon

- Ne mentez pas !

La tension montait et elle s'avança vers Jane comme si elle avait l'intention de le réduire en bouillie.

- Vous ne pensez pas que tout aurait été plus simple si je vous avais ouvert ? lui demanda-t-elle en le regardant fixement.

- Là, je suis d'accord avec vous.

- Très bien !

- Très bien !

Jane sentit qu'elle allait céder et il ne fit aucun geste et ne dit plus rien de peur qu'elle ne lui échappe. Il compta lentement dans sa tête sans lâcher son regard : cinq, quatre, trois, deux, un. Il ne lui fallu pas une seconde de plus. Elle approcha son visage du sien, posa sa main sur son torse et l'embrassa de façon tendre et impatiente la fois. Il répondit à son baiser en la laissant quand même mener la danse. Elle ne pourrait l'accuser de rien après coup. A bout de souffle, elle recula d'un petit centimètre et fixa sa propre main qui tenait fermement la veste de Jane.

- Qu'est-ce que j'ai fait…

- N'importe quoi, comme d'habitude, répondit Jane en la regardant avec un sourire charmeur et moqueur à la fois.

- Je savais que ça finirait mal…

- Vous exagérer, je ne suis même pas tombé de l'échelle alors tout va bien.

- Taisez-vous, je réfléchis.

Jane attendit, immobile et silencieux, dans le noir. Pendant ce temps, Lisbon se positionna dos à lui pour mieux réfléchir et essayer de remettre tout en ordre dans sa tête. Sans ses yeux bleus qui la fixaient, ce serait plus facile. Lentement, Jane s'approcha d'elle et tenta le tout pour le tout. Soit elle le foutait dehors, soit… . Une fois qu'il ne fut plus qu'à quelques centimètres, il fit glisser doucement la bretelle de son débardeur le long de son épaule, déposa un baiser sur sa peau chaude et d'autres le long de son coup. Envahie par le désir, Lisbon pencha la tête et se laissa faire. Elle vit la limite qu'elle s'était fixée se volatiliser et à la place se dessina des boucles blondes et des yeux bleus magnifiques. Jane s'arrêta un instant et murmura dans son cou :

- Vous avez placé l'échelle de façon à ce que je la trouve, n'est-ce pas ?

Lisbon se retourna et lui décocha son plus beau sourire.

- Vous ne le saurez jamais…, lui répondit-elle avant de l'embrasser une nouvelle fois.

Alors qu'elle approfondissait son baiser, Jane l'interrompit.

- Vous avez réfléchi ?

- A quoi ?

- Eh bien, je ne sais pas, vous étiez en pleine réflexion quand je vous ai… distraite.

- Oui. Je me demandais comment est-ce que je pourrais me débarrasser de vous.

- Dites-moi que vous n'avez pas trouvé.

- Non parce qu'on m'a distraite.

- Je crois que je n'ai plus qu'à vous distraire jusqu'à la fin des temps afin d'éviter toute réflexion de votre part, proposa Jane.

Elle garda le silence et continua de le fixer quelques secondes.

- Quoi ? demanda Jane.

- Je réfléchis.

- Pas question.

Sur ces mots, Jane l'embrassa, la souleva puis marcha jusqu'à sa chambre. Il abaissa la poignée et ils pénétrèrent dans la pièce collés l'un à l'autre, débarrassés de toutes limites. Lisbon ne referait pas de mauvais rêves de si tôt.