Mon Ame Est Tienne

Chapitre 2

Le temps s'écoulait lentement, au royaume sylvestre.

Mais le Prince Thranduil ne le voyait pas passer, occupé à écouter ses précepteurs lui dicter la conduite à suivre.

Un Prince se devait de rester digne, en toute circonstance.

Il ne devait pas sourire mais prêter attention à la personne qui se tenait devant lui, quelle qu'elle soit.

Mais s'il tentait d'acquérir la prestance de son père et son intelligence, il savait que quand il retrouvait Alana, il redevenait simplement Thranduil.

Ah, Alana...

Elle seule arrivait à le faire sortir de ses gonds aussi vite.

Mais il n'y avait qu'elle pour le calmer avec un regard, un geste.

Là où les Elfes de noble lignée montraient un visage sans émotion au sourire figé, elle était naturelle... et vivante.

Elle n'avait pas peur de le contredire, répliquant avec vigueur et conviction.

Et toujours, elle le rejoignait pour s'entraîner.

Oui, elle était devenue très chère à son cœur...

Il arriva dans la clairière où ils s'entraînaient quotidiennement.

Mais alors qu'il s'apprêtait à aller chercher Alana, il entendit son rire retentir.

Et il la vit, au bras d'Antras, un Elfe promis à un brillant avenir militaire.

Mais pour l'instant, le Prince ne voyait que le fait qu'Alana était avec lui, semblant hautement s'amuser.

On le disait souvent dénué de toute émotion.

Mais en ce moment, il ressentait les affres de la jalousie, l'œil sombre et les poings serrés.

N'était-il rien, pour elle ?

Apparemment pas...

Oo*oO

Alana avait vu Thranduil, immobile.

Elle avait aussi vu sa mâchoire se crisper en la découvrant en compagnie d'Antras.

Mais avant qu'elle puisse dire quoi que ce soit, il se détourna, sa chevelure si claire scintillant sous les rayons du soleil.

Elle soupira et ferma les yeux durant quelques instants.

Un sourire étira à peine ses lèvres comme elle s'excusait auprès d'Antras.

Il tenta de la retenir, elle le fusilla du regard et il retira sa main de son bras.

L'instant d'après, elle s'élançait à la suite de Thranduil, se maudissant d'avoir accepté d'accompagner le filleul de son père en promenade.

Évidemment, ses pas l'avaient menée à leur clairière.

Et maintenant, le Prince devait s'imaginer bien des choses, toutes totalement fausses, évidemment.

Mais ça, il l'ignorait !

« Thranduil ! »

Bien malgré lui, il s'immobilisa, restant dos à elle.

D'un ton plein de morgue, il fit mine de s'étonner :

« Ne devriez-vous pas être avec Antras ? »

« Thranduil, écoutez-moi. »

« Non ! Pourquoi vous écouterais-je ? Tout ceci n'était que mensonge. »

« Non ! »

La colère grondait dans la voix d'Alana.

Il la sentit alors approcher, aussi gracieuse et silencieuse qu'un chat.

Une main fut posée sur son épaule, il se retourna à contrecœur.

Les grands yeux émeraude qu'il s'était surpris à chérir un peu plus chaque jour étaient graves et sérieux, il sut qu'il devait l'écouter, pour le bien de cette... relation ?

« Thranduil, vous devez me croire. Antras n'est rien, pour moi. »

« Vraiment ? Étrangement, j'ai du mal à vous croire. »

Elle soupira :

« Écoutez, il... il est le filleul de mon père. Comme il était en permission, il nous a rendu visite. »

« Et vous riiez avec lui parce que... »

« Parce que j'étais polie. »

Un sourcil fut arqué, elle roula des yeux.

« Je... je ne voulais pas le froisser, c'est vrai. »

« Et pourquoi cela ? »

« Parce qu'il a toujours espéré que... lui et moi... »

Un ricanement échappa à Thranduil et elle sourit.

Penchant la tête sur le côté, il s'enquit alors :

« Et que va-t-il se passer, quand il vous demandera de l'accompagner à tel bal, dans tel jardin ou... »

« Je lui dirai non. »

« Vraiment ? »

« Mais oui. Cela n'est pas aussi compliqué. »

« Peut-être pas, en effet. Mais... pourquoi ? »

« Parce que je ne chéris pas son amitié comme je chéris la vôtre, mon Prince. »

Il ne s'attendait pas à cette réponse, elle le voyait dans ses yeux azur.

Mais elle n'ajouta rien, tendant simplement la main vers lui.

Alors des doigts plus grands, chauds et calleux se refermèrent sur les siens et elle sourit, se sentant enfin détendue.

Tout irait bien, elle le sentait...


Bonus chapitre 3

* Alana avait bien tenté de ne pas y prêter attention mais comment le pourrait-elle quand la forêt entière bruissait, alertée ?

** Alors pour la dernière fois avant longtemps, un regard azur se plongea dans un autre, de la couleur de l'émeraude.

Regard long et désespéré s'il en fut, recelant de promesses pour l'avenir.

Si avenir il y avait...

*** Un bras dur enserra sa taille comme il l'adossait contre sa poitrine.

Elle le sentit murmurer, le visage enfoui au milieu de ses boucles acajou.

Et comme elle relevait la tête, elle sentit son autre main recouvrir son poing fermé.

* Mais sept jours plus tard, comme elle le voyait approcher, son armure étincelant sous le soleil et sa longue chevelure blonde flottant dans le vent, elle ne put retenir ses larmes.