Bonjour!
La suite... Il va sans dire que j'ai adoré vos spéculations, merci de jouer le jeu, vous ne pouvez savoir combien cela me touche de lire vos commentaires, vous connus et anonymes (inscrivez-vous que nous puissions papoter!). Merci!
Bonne lecture!
La mort vous va si bien 2
Holmes déambulait dans les rues depuis un temps infini, sans but aucun. Il faisait nuit, rasait les murs, se perdant dans les méandres de Londres. Il faisait froid sous un crachin continu, il était trempé. Il n'avait aucune idée de l'endroit où il se trouvait, il s'en moquait. Il ne voyait rien, juste un visage figé par la mort, imprimé dans sa mémoire d'exception. Il ne parvenait pas à oublier, ne le pourrait jamais, tel était son génie et son fardeau.
Ses pas le conduisirent vers un endroit qu'il connaissait bien, le portier le laissa entrer et descendre au sous-sol. Là, une foule braillarde entourait une arène faite de bric et de broc. Il ôta ses vêtements pour ne garder que pantalon et chaussures. Et il épiait les spectateurs: cette homme alcoolique avec son nez rouge, cette femme prostituée et malade qui se tenait le ventre, ce soudard qui avait perdu son travail, cet homme marié qui se fichait que son alliance soit abîmée par les coups qu'il donnait. Un géant.
Holmes observait, déduisait en une fraction de seconde, tout pour oublier que tout était sa faute.
Ma faute!
Il balança un billet au bookmaker et entra dans le cercle d'où on évacuait la dernière victime du colosse, même pas effleuré par le perdant.
Il se planta devant son adversaire, releva le menton... et prit le premier coup, sans chercher à l'éviter un seul instant et atterrit contre la rambarde de bois qui répercuta le choc dans ses côtes. Il avait besoin de cette douleur, celle des coups pour oublier celle qui lui broyait le corps et la tête.
Ma faute!
Des bras le repoussèrent au centre et il se prit dans son élan un deuxième coup, sa lèvre s'ouvrit sous le choc. Du sang, rouge, qui s'écoulait, preuve qu'il était en vie. Celui de Watson était déjà figé dans son corps devenu marbre livide.
Ma faute!
« T'aurais dû amener un pote si c'est tout ce que t'as dans le ventre! »
L'homme venait d'aboyer ces mots, il les avait entendus malgré les harangues de la foule. Ce fut un électrochoc, un coup au cœur, un direct dans son cerveau malmené. Et il se redressa et se retourna.
Ma faute!
Si Watson n'était pas là, le seul ami qui aurait pu l'accompagner dans ce genre d'endroit, c'était sa seule et unique responsabilité, son péché capital que ce soit au nom d'un Dieu qui n'existait pas ou simplement de celui de sa conscience. Et personne n'avait le droit de parler de lui. Même sans savoir. Même sans prononcer son nom.
Un coup d'œil et tout était clair, limpide, logique, imparable.
Primo : Détourner l'attention. Lui bloquer son coup en aveugle. Répliquer par crochet sur joue gauche.
Il saisit un chapeau d'un spectateur et le lui balança au visage, son avant-bras se leva pour arrêter un coup et de l'autre poing, il cogna la pommette et l'oreille. L'autre chancela.
Désorienté, étourdi, il va tenter d'asséner un coup décisif. Parer du coude. Frapper au foie. Bloquer gauche puissante.
Le géant secoua la tête et grogna sa hargne. Il balança toutes ses forces dans son poing droit, arrêté en pleine course pendant qu'il se pliait en deux sous la force de frappe dans son ventre. Son bras gauche partit comme un réflexe, frappa dans le vide.
Fragiliser mâchoire droite. Puis, fracturer, casser côtes déjà fêlées. Atteindre le plexus. Disloquer mâchoire entièrement. Coup de talon au diaphragme.
Et là, Holmes explosa, ses coups s'enchaînèrent avec rapidité et précision, menton, flanc, sternum. Puis encore une fois dans les dents qui cédèrent dans un craquement exécrable. Un dernier assaut et il lui donnait un coup de pied en pleine poitrine qui l'envoya au tapis, sonné pour le compte. S'il s'était relevé, il l'aurait tué.
En résumé : oreilles qui sifflent, mâchoire cassée, trois côtes fêlées, quatre cassées, hémorragie du diaphragme.
Récupération physique : 6 semaines.
Récupération psychologique entière : 6 mois.
Capacité à parler devant moi de mon ami : neutralisée. (*)
Holmes cracha de la salive rougie, ignora l'argent qu'on lui tendait et lui préféra une bouteille au liquide brûlant qui lui incendia la gorge et se rhabilla tout en continuant de marcher.
Pendant quelques secondes, il avait cessé de penser, juste le combat, la douleur physique qui remplace l'autre, si insidieuse, ingérable.
Ma faute!
Il répétait inlassablement ces mots, comme un leitmotiv pour se souvenir d'oublier.
OOOOooooOOOOooooOOOO
Ses pas le ramenèrent, il ne savait comment, à Baker Street. Il s'y enferma, ses poings étaient douloureux, son visage, ses côtes mais il s'en fichait, ce n'était rien par rapport à ce qu'il ressentait au plus profond de lui, un cancer de l'âme qui le rongeait petit à petit.
Mais une fois chez lui, les souvenirs affluèrent, Watson, son fauteuil attitré, lui ne s'y asseyait jamais, leurs discussions au coin du feu, son visage reposé quand il jouait du violon... leurs engueulades, les coups parfois, jamais violents mais qui savaient faire mal... son sourire, son rire... il était le seul avec qui il riait, de cet humour noir et sarcastique...
Et là, il avait besoin de le sentir, encore un peu, encore une fois. Et il alla dans sa chambre délaissée depuis des années, pourtant, il y avait dormi quelques jours plus tôt. C'était quand déjà? Hier? Avant-hier? Aucune importance. Il se saisit de l'oreiller, inspira. Son odeur était là, fugace mais bien réelle. Mais sa gorge était si serrée, sa respiration si hachée qu'il ne parvenait pas à s'en imprégner.
Et là, sa rage éclata. Il lança l'oreiller, arracha tout ce qui se trouvait sur le lit, couvertures et matelas, il renversa les meubles, les jeta contre les murs, brisa un carreau. Puis quand ça ne suffit plus, il frappa de ses poings encore et encore sur tout ce qui lui tombait sous la main, le bois cassé, le sol, les murs. À bout de forces, il s'effondra à genoux et hurla, un cri qui lui sortit des entrailles, lui érafla la trachée, lui vrilla les tympans. Un cri inhumain comme cette douleur l'était.
Puis le silence revint, plus accablant que tout et il retourna au salon, chancelant, s'accrochant aux murs. Il se laissa tomber dans son fauteuil et se prit la tête dans les mains.
Watson était mort. Le pire, il s'était suicidé. Ce ne pouvait pas, pas lui, pas de cette façon. Et pourtant, il avait tant changé sauf qu'il ne s'en était pas rendu compte. Il ne savait pas!
« Mais pourquoi maintenant?! »
Holmes parlait à voix haute, comme s'il attendait une réponse. Quand il spéculait, il faisait ainsi, Watson renchérissait, souvent à côté de la plaque mais dans un sens, il l'aidait à comprendre. Il n'y avait que lui pour saisir les subtilités d'un crime passionnel, tuer parce que l'on aime trop. Quelle idée! Pas si folle que ça tout compte fait, Holmes savait à présent ce que c'était que perdre quelqu'un, pouvoir tuer pour cette personne.
Son retour avait tout déclenché mais déclenché quoi ? Ça, il ne le comprendrait jamais, il ne comprenait même pas pourquoi il avait si mal alors. Cette douleur sourde et inconnue. Cette sensation de vide, d'être amputé d'une partie de soi.
La vue des cadavres ne le touchaient jamais, même pas ceux des enfants, Watson s'en offusquait souvent mais moins que les autres, il comprenait ce qu'il était. Seule la justice comptait, pas le corps sans vie. Et ce qu'on pouvait espérer de mieux, c'était d'arrêter le coupable, pour le mort, ce dernier n'espérait plus rien, n'était qu'une carcasse de viande qui pourrirait comme tout être vivant sur cette terre, bouffé par les asticots.
Un sociopathe ne ressentait rien, ni la culpabilité. Il ne l'était donc pas tant que ça, ces charlatans de psychanalystes... Holmes sourit car dans une dernière pirouette, il allait leur prouver qu'ils s'étaient tous trompés à son sujet, même si jamais ils ne s'en rendraient compte.
Ma faute!
Il ramassa au sol sa veste qu'il avait jetée à terre en entrant et en sortit son revolver. Depuis ces trois ans, il ne le quittait jamais car Watson n'avait plus été là pour le lui apporter quand il l'oubliait.
Ma faute!
Jamais il ne saurait combien il lui avait manqué tous ces mois d'errance. Il vérifia qu'il était bien chargé, les gestes sûrs, sans trembler.
Ma faute!
Il aurait dû lui dire, lui parler, le forcer à l'écouter. Il aurait dû...
Ma faute!
Il colla le canon contre sa tempe, ferma les yeux, imprimant sur ses paupières closes son ami qui lui souriait.
Ma faute!
« Holmes, qu'est-ce que vous fabriquez encore?! »
Sous la surprise, il avait failli appuyer sur la détente. Il ouvrit les yeux et les dirigea vers la porte d'où venait la voix. Et il faillit s'étrangler.
« Watson? »
Car c'était bien lui appuyé contre le chambranle, son visage, son regard inquiet, sa voix... Il délirait, aucun doute pourtant, il n'avait pas pris de drogue. Peut-être une commotion cérébrale?
« Holmes, voulez-vous bien lâcher cette arme? Qu'est-ce qui vous est encore passé par la tête, bon sang?! »
Ce ton moralisateur, ce ne pouvait être que lui, son cerveau ne l'engueulerait tout de même pas. Si? Dans le doute, le détective posa sagement le pistolet sur la table.
« Que... qu'est-ce que vous faites là?
- Je ne savais pas où aller, j'ai des ennuis.
- Je ne vous le fais pas dire. Êtes-vous un fantôme? »
Cette fois, Watson le dévisagea, tout à fait incrédule.
« Qu'avez-vous encore pris cette fois? Héroïne, cocaïne, morphine? Les trois?
- Rien du tout, je vous assure. »
Puis Holmes remarqua enfin combien son ami était pâle (normal pour un mort) mais aussi transpirant (moins usuel). Aussi, il se leva enfin et s'approcha. Le médecin était accroché au montant, il tremblait, semblait à peine tenir sur ses jambes.
« Watson, vous allez bien?
- Je ne crois pas, non. On a tenté de me tuer. »
Il souleva sa main qui était posée sur son flanc droit et du sang s'en échappa aussitôt, sa veste en était imbibée. Holmes se précipita et n'eut que le temps de réceptionner son ami dans ses bras alors qu'il s'écroulait.
OOOOooooOOOOooooOOOO
Watson ouvrit un œil avec difficulté, totalement désorienté. Ses paupières papillotèrent quelques instants.
« Watson? »
Cette voix, il la reconnaissait et ce salon en parfait désordre aussi. Il était allongé sur un lit de fortune devant la cheminée.
« Watson, vous m'entendez?
- Oui. Je... qu'est-ce que je fais ici?
- Ça mon vieux, je serais le premier à vouloir le savoir.
- J'ai mal.
- Vous êtes blessé, j'ai fait ce que j'ai pu mais... je crois qu'il vaudrait mieux que j'aille chercher un médecin.
- Vous? Aller chercher un charlatan?
- Vous êtes le seul en qui j'ai confiance dans ce genre de cas mais là, vous êtes comme qui dirait indisponible. »
Watson soupira, les souvenirs lui revenaient, l'homme, la lame, la douleur fulgurante... Il bougea à peine et grogna sous la douleur. Holmes avait l'air terriblement inquiet aussi, il tenta de se reprendre.
« J'ai été poignardé.
- J'avais deviné. Par qui?
- Je ne sais pas, il faisait trop noir. Aucun de mes organes n'est atteint, à ce niveau, il aurait perforé le foie et je serais déjà mort. Vous allez m'aider, je vais vous guider.
- Moi?
- Oui, vous! J'ai laissé ma mallette dans l'entrée, allez la chercher. »
Holmes revint bientôt avec ce qu'il lui avait demandé et l'ouvrit.
« Prenez le désinfectant et faîtes-le couler directement dans la plaie. »
Le détective s'exécuta alors que le médecin grinçait des dents.
« Bien, maintenant, il faut juste recoudre.
- Je sais faire. Vous avez de la chance que je me sois entraîné si souvent sur moi.
- Je vous confirmerai ça après, voulez-vous ? Allez-y. »
Le logicien s'appliqua, fit six points puis un pansement. À la fin, Watson était en nage.
« Pas mal pour un détective consultant.
- Depuis le temps que je vous dis que les médecins, à part vous la plupart du temps, ne sont que des escrocs. Ils se vantent d'un statut alors que n'importe qui peut faire aussi bien qu'eux. Je vais vous injecter un peu de morphine.
- Pas trop, hein.
- Juste ce qu'il faut. Vous devez vous reposer à présent. »
Peu de temps après l'injection, le docteur ne tarda pas à s'endormir. Holmes vérifia son pouls, presque surpris de le trouver. Cette histoire n'avait aucun sens mais peu lui importait, Watson était là. Et il s'installa sur son fauteuil pour le veiller. Et pour une fois, son cerveau ne chercha pas d'explication, il se contentait d'imprimer l'image du gisant, chaque grain de peau, chaque cil, chaque tressaillement qui l'animait, preuve de vie. Rien d'autre n'était plus stimulant que ça à cet instant.
OOOOooooOOOOooooOOOO
Watson s'éveilla à nouveau, se sentant reposé mais aussi comme s'il était passé sous un train, il avait mal partout. Il grimaça mais en se rendant compte qu'il n'était pas seul, il reprit un visage de marbre.
« Holmes, quelle heure est-il?
- Un peu plus de quinze heures.
- Déjà? Je ne sais pas comment vous faites pour dormir sur cette peau de tigre, j'ai un mal de dos épouvantable!
- C'est souvent quand je ne suis guère en état de regagner ma chambre. Puis cette pièce m'apaise d'une certaine façon. »
Watson pensait exactement la même chose. Quelque part, le chaos qui y régnait ne rappelait aucune norme, aucune obligation, il n'était qu'un autre objet échoué, sans droit ni devoir. En paix. Pourtant, ça ne pouvait pas durer, bien qu'il aurait tout donné pour que ce ne soit pas le cas. Rester, reposer son corps fatigué, son âme blessée, la plaie toujours ouverte, incapable de se refermer.
« J'ai hâte de me retrouver dans mon lit. Pourriez-vous faire appeler un fiacre, je voudrais rentrer chez moi.
- Désolé mon vieux, mais ça ne va pas être possible.
- Ce n'est plus à vous de décider ce que je dois faire. Je vous suis reconnaissant de m'avoir aidé mais maintenant, je veux juste partir et je n'ai pas besoin de votre permission. »
Aussitôt, il rejeta les couvertures, se redressa et se figea. Un bref coup d'oeil et il vit sa chemise ensanglantée près de la cheminée ainsi que son pantalon, il ne portait alors que son caleçon. Il ne s'était même pas rendu compte que Holmes l'avait débarrassé de ses vêtements poisseux, encore embrumé par la morphine. Par réflexe, il se couvrit à la hâte.
« Watson, vous allez devoir m'expliquer ça! »
Le médecin se passa une main sur le visage, au désespoir. Holmes avait vu, il avait compris, aucun doute en avisant son regard noir. Et la pudeur n'avait rien à y voir.
« Je n'ai rien à vous dire. »
Cette fois, le détective jaillit de son fauteuil comme un diable sort de sa boîte, s'agenouilla auprès de lui et arracha la couverture pour mettre à jour une cuisse bleuie et tailladée, de fines coupures que l'on pouvait dater à la couleur des cicatrices, crouteuses pour les plus récentes, de minces traits blancs pour les plus anciennes, très anciennes.
« Vous vous êtes mutilé, ça ne peut être que de votre fait. Expliquez Watson. Et maintenant! »
Le médecin se couvrit à nouveau dans un geste rageur, voulant plus que tout cacher la preuve de sa pathétique existence.
« Bon sang Holmes, ça ne vous regarde pas! Rien ne vous regarde plus depuis que vous m'avez abandonné, volontairement!
- Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour vous! Mais ça, vous l'avez fait contre vous! Expliquez!
- Je ne peux pas, car vous ne comprendriez pas. Vous ne savez pas ce que c'est de souffrir à ce point, vous ne savez pas ce que c'est que ce vide, vous ne savez pas que parfois, pour soulager l'esprit, il faut juste remplacer la douleur par une autre, physique, tangible.
- Si, je le sais. Depuis hier. Depuis que je vous ai vu mort, pendu à une poutre au bout d'une corde.
- Quoi? Vous délirez?
- Non, je ne délire pas. Je vous ai vu! Vous étiez mort! C'était vous, votre visage, je ne me l'explique pas mais je l'ai vu! Lestrade aussi, Clarkie, Mary...
- Vous voyez bien que ça n'a aucun sens, je suis là, devant vous, pas au meilleur de ma forme mais si j'étais mort étranglé, je m'en souviendrais... C'est pour ça que je vous ai trouvé avec un pistolet sur la tempe? Holmes, je ne comprends rien à ce que vous me racontez mais le suicide est puni du châtiment divin.
- Amen!
- Et vous ne feriez jamais ça, vous êtes bien trop égoïste pour ça.
- Il faut croire que vous et moi nous soyons trompés à ce sujet. Je... je me rends compte à présent du mal que je vous ai fait et je vous assure que c'était totalement non délibéré de ma part. Je ne savais pas. »
Le détective avait vraiment l'air désolé, perdu et Watson culpabilisa une seconde. Enfin, pas plus que d'habitude, la culpabilité était devenue une seconde peau pour lui. Coupable de ne pas l'avoir sauvé trois ans plus tôt, coupable de ne pas l'avoir poussé à revenir plus tôt, coupable de ne plus savoir faire avec lui.
« Holmes, n'en parlons plus, voulez-vous? Si ce que vous me dîtes est vrai, je dois rentrer, rassurer Mary.
- Non, vous allez rester ici. Tout le monde vous croit mort, au même moment, on tentait de vous assassiner. Si vous ne réapparaissez pas, votre agresseur croira que vous avez trépassé dans un coin, ça nous laissera un peu de temps pour agir.
- Je ne veux pas rester près de vous.
- Vous allez devoir faire avec. Ce pendu avait vos traits dans les moindre détails, rappelez-vous à Reichenbach, c'était la même chose, comme René, le frère de Simza. Nous ne pouvons faire confiance à personne.
- Qui me dit que vous êtes bien Holmes alors ? »
Ce dernier haussa les sourcils.
« Votre cuisse est tailladée finement, un scalpel, normal pour un médecin, à côté, ce sont des coups donnés avec le poing, on peut reconnaître la marque des jointures. Hier, vous avez mangé chez Luigi, ce petit restaurant italien, j'ai reconnu l'odeur de sa sauce tomate à l'origan sur le revers d'une de vos manches. Vous avez encore joué, bu, vous sentiez l'alcool mais pas très loin d'ici, vos vêtement n'étaient pas assez trempés et vous êtes venu vous réfugier dans l'endroit le plus proche. Vous avez dû vous cacher pour être sûr que votre agresseur ne vous suive pas, vous aviez de la poussière et des toiles d'araignées sur votre veste, l'entrée d'une cave sans doute, aux relents de moisi. Vous ne m'auriez jamais mis en danger en venant ici si vous saviez que vous pouviez être suivi.
- Stop! Je vous crois, c'est bien vous. Mais... comment savez-vous que je suis moi?
- Car si vous vous étiez suicidé, vous ne l'auriez pas fait à mon retour mais bien plus tôt si j'en juge par votre cuisse, donc c'est un autre. Et je ne pense pas que vous vouliez assez vous venger de moi pour me faire traverser ce que vous avez vécu. »
Cette fois, le médecin se permit un triste sourire.
« En effet, je ne le souhaite pas à mon pire ennemi. Bien, et que faisons-nous à présent ?
- Votre enterrement a lieu demain, cette nuit, il faut que j'aille voir le corps de votre alias.
- Très bien, j'irai avec vous.
- Vous n'êtes pas vraiment en état.
- Eh bien, je me débrouillerai pour l'être. En attendant, je veux vraiment me mettre dans un lit. Et passer des vêtements. »
Holmes alla lui chercher un de ses pantalon et une chemise qu'il l'aida à enfiler puis le soutint jusqu'à son ancienne chambre pour découvrir le carnage par la porte ouverte.
« Mon dieu, qu'est-ce que c'est que ça?!
- Oh, j'avais oublié. Je fais quelques... travaux.
- De démolition?
- Vous allez vous installer dans mon lit, ce sera plus simple. »
Watson s'allongea enfin avec soulagement, ces quelques pas l'avaient vidé, il avait perdu beaucoup de sang la veille. Holmes le borda comme on le ferait d'un enfant.
« Voulez-vous une autre injection de morphine?
- Non, c'est supportable. Et je voudrais garder l'esprit clair. Et vous demander une chose.
- Tout ce que vous voudrez.
- Soignez-vous. Vous vous êtes battu et votre visage et vos mains sont dans un piteux état.
- J'ai tout désinfecté, comme vous me l'avez appris. Il n'y a plus qu'à laisser Dame nature faire son œuvre.
- Vous vous êtes mis dans cet état à cause de moi?
- La douleur qui remplace une autre, votre concept, je crois? »
Watson grimaça. Il était touché par ce qu'il voyait, ce qu'il comprenait. S'il n'était pas arrivé, Holmes serait mort, quelques secondes de plus et c'est lui qui aurait trouvé son cadavre, sa cervelle tapissant les murs. Cette fois, il n'y aurait pas survécu. Il ne faisait que le rejeter depuis qu'ils s'étaient retrouvés mais là, il n'en avait tout bonnement plus la force.
« Vous avez l'air épuisé. Venez.
- Dans votre lit ?
- C'est le vôtre au demeurant. Et puis, ce n'est pas la première fois que nous en partageons un, nos enquêtes nous ont parfois obligés à pire que ça. Venez. »
Holmes s'installa tout habillé sous les couvertures, sur le côté pour être en face de son ami qui avait déjà fermé les yeux.
« Watson, je suis désolé. »
Il rencontra le regard azur qui, pour la première fois, exprimait de la tristesse et pas que ce froid glacial.
« Moi aussi Holmes. Car rien ne sera plus jamais comme avant. »
Le dernier mot murmuré, il dormait déjà. Holmes se permit alors d'effleurer sa joue du bout de ses doigts, un geste inhabituel pour lui mais pourtant dont il avait envie, besoin. En fait, pour la première fois, il se rendait compte que son ami était bien plus qu'un esprit qu'il adorait, une compagnie qu'il estimait. Mais aussi un visage qu'il trouvait beau, un corps chaud qui lui contaminait sa chaleur, dont le sang pulsait dans les artères à fleur de peau sur son cou. Il était vivant.
Devenu Lui...Tout ce qu'il pouvait regretter était qu'il lui ait transmis cette souffrance intérieure, celle qui n'avait pas de nom et qui le rongeait depuis l'enfance. Il était très jeune quand il avait entendu parler de lui dans le terme ''différent''. Seul Mycroft semblait le comprendre, l'esprit toujours aiguisé, sans repos avec le besoin perpétuel de le stimuler pour ne pas mourir d'ennui. Sauf que son frère savait jouer, un acteur né qui savait s'accommoder à son milieu tout en y laissant sa marque.
Lui était juste différent car il ne parvenait pas à le cacher. Alors, dès l'âge de six ans, moqué par les autres enfants, parfois diabolisé par les parents à force de constater ses frasques (inventives comme la fois où il avait fait exploser une bombe de sucre et chlorate de soude dans la cour de l'école), il s'était mis à part, préférant la solitude.
Les années avaient passé, les études avortées quand il s'était rendu compte qu'enquêter le comblait d'une joie intense, première sensation de bonheur dans la réalisation de sa vie.
Puis la rencontre avec Watson. Lui aussi le trouvait différent mais en même temps, il l'admirait, le complétait d'une certaine façon. Et enfin, depuis treize ans, il n'était plus seul, même lors de ces années passées loin de lui car il savait qu'il le retrouverait.
Et pas un instant, il n'avait pu songer que ce soit le médecin qui serait alors différent. Que tout serait différent, jamais plus comme avant. Qu'avait-il voulu dire? Peu importait, Holmes ferait en sorte de retrouver son ami qui avait eu le courage de survivre, chose qu'il n'aurait pas eu, en témoignait la veille, il n'avait pas tenu quatre heures sans lui. Il s'endormit sur ces pensées.
(à suivre)
(*) J'ai repris les phrases du film.
Et suite à un commentaire... je précise que c'est fait exprès, un hommage à l'oeuvre originale (le but de la fanfiction je crois), même scène dans un contexte différent. Réfléchissez un peu avant de critiquer, bordel!
J'en entends déjà dire ''mais c'est bien sûr!''. Moi tuer Watson? Mais vous n'y pensez pas!
J'en profite pour me faire de l'auto-pub (Brian, je vais te commander une campagne XD) mais j'ai publié sur Fictionpress une histoire de mon cru, avec des loups-garous alors si ça vous dit... le lien est en bas de mon profil.
Et une review fait toujours plaisir...
