Bonjour à tous, je voudrais déjà adresser un grand merci à tous ceux qui m'ont lu jusqu'à présent ! J'ai été plus que surprise de voir l'engouement autour de cette petite histoire qui, au final, ne comportera que peu de chapitres ! De base, ce ne devait être qu'un OS... Mais au final, j'ai voulu lui donner plus de consistance et j'espère sincèrement que cette suite vous charmera !

Merci à tous pour vos reviews !


Une brise légère soufflait avec douceur contre mon visage endormi. Tandis que la caresse de l'air purificateur chatouillait jusqu'au moindre de mes cils, poussant mes yeux à s'ouvrir sur l'espace qui m'entourait. Néanmoins je patientais, laissant à mon corps le temps de se reprendre. Je me sentais vivante. Ce sentiment qui semblait m'avoir déserté depuis tant de temps ne m'avait jamais semblé aussi présent. Ballotée calmement contre un matelas moelleux, je ressentais jusqu'au moindre craquement de bois qui s'infiltrait entre les fissures du navire. Mes sens étaient exacerbés, alors que je prenais conscience du moindre élément m'entourant, jusqu'à la plus fine particule.

Ainsi assoupie, je ne pensais plus à rien, mon esprit tourné sur l'instant présent et sur la magie de l'acte passé. Car je le ressentais jusqu'au plus profond de mon être, là où mon cœur s'était remit à battre… J'étais en vie ! Une nouvelle âme m'habitait et apaisait les tourments qui auraient dû être miens. Je n'aurais pas su me l'expliquer, pourtant rien au monde n'aurait pu me faire sortir de cet état de bien être. Je possédais cette impression rassurante d'être intouchable, une privilégiée dans un sentier sinueux.

Une chaleur se rependait depuis le dôme de ma main, comme une présence douce et rassurante qui souhaitait me guider à travers les voiles de ce nouveau destin. Un pouls. Faible, mais bien présent, battait au cœur de ce touché spectral.

Il ne m'en fallut pas plus et, laissant l'ébauche d'un sourire parcourir mes lèvres, j'ouvris les yeux.

Une faible lueur filtrait à travers les verres rebondit d'une petite lampe dont la flamme ne périssait jamais. Projetant des cristaux lumineux contre la cabine meublée, elle était seule source de lumière. Divers commodes étaient disposées ça et là dans la pièce, toutes finement sculptées, elles étaient un mélange d'arabesques et de lianes formant un doux motif. Je n'avais jamais vu un tel mobilier et la poésie du travail exercé m'émerveilla, car il ajoutait à la scène cette touche fantastique et féérique que j'appréciais. Le lit contre lequel je reposais était d'une tout aussi élégant, s'élevant en de fines volutes jusqu'au plafond, il semblait former un cocon protecteur et accueillant qui réchauffait le corps assoupis en son cœur. Doucement, j'avançais ma main contre le bois fin, effleurant le matériau marmoréen d'une caresse distraite.

- Vous êtes enfin réveillée, murmura une voix suave à mes côtés.

J'ignorais comment il était possible que j'aie pu ignorer la présence de l'homme à mon chevet. Pourtant, l'intervention calme eu le don de focaliser toutes mes pensées contre cet être à la beauté céleste. Si la pièce n'était que faiblement éclairée, l'individu semblait émaner sa propre aura, sa propre lumière qui faisait étinceler ses yeux bleus. Ils étaient semblables à un ciel nocturne, bien que d'une clarté incroyable et parsemés de milliers d'étoiles chatoyantes dont les éclats se reflétaient contres ses cils humides. Le visage dur et chaleureux était si pâle que je crû en de la porcelaine, pourtant les fines cicatrices qui barraient sa joue gauche me détrompèrent. Il déposa sa main aux côtés de la mienne. Parcourue d'un subit frisson, je ne détachais pas mon regard du sien alors qu'il s'avançait légèrement, ses longues mèches blondes coulant le long de son torse.

Cet ange que j'avais vu sur le pont... Mon souvenir n'était qu'un pâle reflet de la réalité, car j'omettais le fait que l'homme sublimait le lieu dans lequel il se trouvait. La lumière semblait se réfléchir contre lui, comme attirée par cet être dont l'existence semblait compromise.

- Ai-je longtemps dormi ? demandais-je avec délicatesse.

- Vous seule pouvez le savoir, ma Dame, car si vous désirez plus de repos je peux sans nulle contrainte accéder à votre requête.

- Merci… mon seigneur, mais il me semble avoir déjà trop profité de ce sommeil dont il ne faudrait pas abuser.

Je lui souris doucement, remerciant son geste attentionné.

- Votre arrivée à été pour le moins surprenante, commença le roi en se levant et marquant une pause, sauriez-vous me dire qui vous êtes ?

- Je, je m'appelle Meï, balbutiai-je les sourcils froncés.

- Très bien, d'où venez-vous Meï ?

- Je, je...Je ne sais plus ! répondis-je choquée, je ne m'en souviens plus !

La panique venait de me gagner doucement, sous mon incapacité à répondre devant une question aussi simple ! Au sein de mon esprit, tout était confus, je me souvenais des limbes, de cet univers infini dans lequel je naviguais. Je me souvenais de la douceur du vent, de la clameur des étoiles... je me remémorai la magnificence de l'astre lunaire, du chant des vagues dans le lointain. Je me souvenais de tant de sensations et de tant de faits indéfinissables, mais en aucun cas mon identité ne m'était dévoilée. J'étais comme une inconnue dans cette terre inconnue. Ma mémoire n'était plus, arrachée, seulement remplacée par l'illusion de la quiétude solitaire.

Je tremblais doucement, les mains ramenées contre mon corps, mon regard se perdit dans la vaste pièce en cherchant un point auquel me relier… sans réussir à le trouver. Je soufflais pour tenter de calmer les soubresauts effrénés de mon cœur. Je n'arrivais plus à comprendre§ Le roi s'aperçut de mon trouble, si bien qu'il s'approcha de moi, un sourire rassurant glissé sur ses lèvres rosées.

- N'ayez crainte, mon enfant, vous êtes en sécurité ici. Nous vous aiderons à vous souvenir.

- Pourquoi suis-je ici ?

- Je l'ignore, mais toute présence à une raison et je n'ai aucun doute que nous découvrirons la votre.

Il laissa un sourire planer sur son visage alors qu'il inclinait la tête, son regard azuré ne cessant pas de me fixer. Il aurait pu être effrayant, pourtant je me sentais rassérénée sous cette vision, comme s'il me guidait à travers les limbes de ma pensée. Pourquoi étais-je ici ? La seule certitude qui m'envahissait encore était que j'étais morte. A un moment donné, mon âme s'était retirée de mon corps et, à l'inverse de toutes mes convictions, je demeurais ici.

Le roi se redressa alors qu'il s'apprêtait à glisser hors de la pièce, comme pour me laisser le temps de comprendre ce qu'il m'arrivait.

- Je...

Les mots moururent sur mes lèvres alors qu'il se tournait à nouveau vers moi. Sa grâce ne m'apparut que plus violente, tous ces gestes étaient emprunt de finesses, si bien qu'il semblait danser à travers les particules l'entourant.

- Je suis morte, lui dis-je simplement. Avant d'être ici, j'étais morte.

Il me renvoya un regard compréhensif et désolé, sans pour autant être surpris. Néanmoins, il était aisé de comprendre que son corps s'était tendu à cette annonce. Dérangeante vérité qui bravait les fils du destin. J'avais apprit au fil des années à comprendre que chaque personne percevait le trépas d'une manière différente. Pour certains, elle était leur peur la plus profonde, à tel point qu'ils pouvaient se confondre dans la folie, alors que la vie brillait devant eux. Pour d'autre, ce n'était pas tant la mort qui était symbole de terreur, mais bel et bien la façon de mourir. Serions-nous le héro victorieux dont nous avions tant rêvé, ou ces songes s'échapperaient ils avant que la Grande ne vienne nous faucher ?

Et pourtant, j'étais là, bien en vie. Privée de ma mémoire et de mon souvenir, mais présente. Le souffle qui m'animait était telle une tempête destructrice, de celles que l'on admire à travers les voiles ténébreux du lointain. Cette force qui germait en moi était inconnue, pourtant elle étreignait mon cœur à l'image d'une mère rassurante, séchant les larmes de l'incompréhension et attisant la flamme de l'espoir.

- La mort n'est qu'un passage, souffla-t-il cependant, il suffit d'un élément pour la braver et d'une personne pour la conquérir. Ne vous perdez pas dans de funestes pensées, embrassez plutôt le lendemain.

Sans un mot, il sortit de la pièce en me laissant seule. Je dus rester plusieurs minutes prostrée, mon esprit tout droit dirigé sur les paroles de ce roi dont je ne connaissais toujours pas le nom. Enfin, je me décidais à me lever et, après avoir revêtu une longue robe déposée contre une petite commode, je m'engageais à l'extérieur de la cabine. Je ne savais pas où aller, pourtant la curiosité était si forte qu'elle me poussait à découvrir les recoins de ce navire dont les splendeurs m'étaient inconnues.

L'ensemble de l'édifice semblait tressé. De hautes poutres de bois et de lianes s'élevaient, maintenant un plafond dont les motifs me rappelaient de la dentelle, partout, la finesse d'un travail minutieux relevait l'éclat du bateau. Si bien que plus j'avançais à travers les dédalles de couloirs, plus l'impression d'entrer dans un monde féérique se faisait omniprésente. Les pièces étaient silencieuses, bien que je devinais certaines présences aux ombres projetées contre les murs et cette vision me fascinait. Belles et allongées, les silhouettes graciles étaient faites de finesse, à l'image du lieu qui les accueillait.

Dévorée par la curiosité, je m'approchais à pas feutrés et le martèlement de mes pieds nus se fit inaudibles. Je contournais une haute poutre où le lierre courait par petites germes, puis enfin je découvris une jeune femme. S'attelant à replier du linge en désordre, une longue chevelure blonde et tressée coulait dans son dos comme autant de fils d'or. Ses mains diaphanes semblaient douces, à l'image de son visage où un sourire angélique était figé. Elle semblait absorbée dans sa tâche, ses beaux iris verts tournés contre le tissu soyeux qui glissait entre ses doigts.

Je n'osais pas l'avertir de ma présence, trop émerveillée par l'aura qu'elle dégageait pour m'imposer. Pourtant, elle sembla m'apercevoir car délicatement, elle releva son visage qui désormais affichait une moue surprise. La pureté de ses traits m'envoutait et elle eût une moue amicale à mon égard. Subtilement, elle s'approcha de moi et tendit sa main vers la mienne, le saisissant dans une étreinte accueillante.

- Je ne vous avez pas entendue arriver, souffla-t-elle simplement.

- Je ne voulais pas perturber votre travail, veuillez m'excuser...

- Oh non, n'ayez aucune crainte, le seigneur Thranduil m'a prévenu de votre présence et m'a tenu à charge de vous guider.

- Le seigneur Thranduil ? m'exclamai-je surprise.

- Oui, notre roi, celui qui vous a trouvée, sourit-elle, l'homme qui dirige notre peuple et ancien souverain d'Eryn Lasgalen.

Je restais mutique un instant en tentant d'assimiler ses paroles, perdue devant mon ignorance. Je ne connaissais aucun de ces noms, aucun de ces peuples. Je n'étais qu'une étrangère sur les berges d'une terre inconnue et si mystérieuse qu'elle en devenait magnifique. Je respirai doucement, calmant les battements frénétiques de mon cœur.

- Je ne comprends pas, murmurai-je.

- Vous devez être perdue, constat-elle en déposant une main contre ma joue, venez faire quelques pas avec moi !

Dans un sourire de remerciement, je la suivais. La jeune femme me guida à travers les couloirs, nous montions des escaliers alors que nos robes trainaient sur le sol, soulevant les fines particules de poussière qui s'élevaient en de petites volutes à notre passage. Nous croisions parfois un homme ou une femme qui nous salua avec chaleur, ce qui m'intriguait chez ses êtres n'était pas leurs oreilles anormalement pointues, mais bel et bien leur prestance et leur grâce. Ils semblaient avoir vécu milles vies alors que leur visage ne possédait pas les marques de l'âge, seules les lueurs de l'épuisement dans l'attente d'une délivrance prochaine.

Doucement, elle me mena à l'extérieur du compartiment et je souris lorsque l'air matinal se glissa entre mes mèches châtain. J'avançais un peu plus vite, me détachant de la jeune femme et rayonnant face à la lumière qui perçait par delà les brumes argentées. Ecartant les bras, je ressentais tout. L'air qui filtrait entre les tissus de ma robe, les infimes variations du temps et de l'espace, jusqu'au clapotis des poissons qui suivaient le sillage de l'embarcation. Tout n'était que murmure et poésie, égaré dans cet univers chatoyant, je me laissais bercer par le clapotis des vagues et ma respiration paisible.

J'ouvris les yeux sur ce lendemain et la clarté de l'horion m'éblouit. Pourtant, à l'image de la veille, une silhouette se détachait sur le bord du navire. Accoudé à la rambarde, le roi semblait absent.

Je m'approchais imperceptiblement, mes mains se tordant l'une contre l'autre, gênée de l'audace dont je faisais preuve. Je ne masquais pas ma venue tandis que le vent balayait ma traine derrière moi. La jeune suivante ne me suivit pas, se contentant de me regarder curieusement alors que j'errais toujours. Arrivé à la hauteur du souverain, je déposais ma main près de la sienne, contre la rambarde alors que son regard se figeait sur mes doigts frêles. Son regard semblait absent alors que ses traits tentaient de masquer une grande tristesse. Qui était ce roi dont la solitude semblait infinie ? Dont la splendeur était ternie par les maux de l'âge et du temps ?

- Vous semblez si triste, murmurai-je.

Il détacha ses prunelles de mes doigts pour figer son regard dans l'azur de mes iris. J'étais incapable de déchiffrer les tourments qui gangrénaient son âme. Pourtant, je me refusais à le laisser ainsi, cela me semblait inconcevable, au delà de toute conscience.

- Vous ne devriez pas vous inquiéter pour moi, Meï.

- Si je ne le fais pas, alors pour qui me soucierai-je ? demandai-je avec un sourire.

Il détourna son regard, bien qu'une étincelle de malice vienne s'y glisser. Silencieux, nous observions l'horizon calme où quelques oiseaux poursuivaient leur course gracile.

- Pourquoi êtes-vous parti de votre demeure ? demandai-je sous son expression surprise.

- L'âge des elfes n'est plus, le temps des Hommes est à son apogée, ma Dame. Notre existence touche à sa fin et nous devions voguer vers des terres plus clémentes.

- On vous a chassé ?

- Non, commença-t-il, nous sommes partis de notre plein gré. Plus les années passent, plus l'appel de la mer se fait puissant, jusqu'au moment où nous laissons derrière nous notre vie dans les forêts les plus accueillantes et les souvenirs des guerres ayant déchiré notre terre. Nous prenons le large et apprécions l'hospitalité de ces territoires qui s'ouvrent à nous.

- Est-ce pour cela que vous semblez tous si... fatigués ? demandais-je avec tristesse.

- Certainement.

Sa voix s'était faite plus dure alors que ses traits étaient désormais tirés, en proie à des souvenirs que j'étais incapable de déchiffrer, je m'en voulu de cette indiscrétion qui me caractérisait.

- Pardonnez-moi...

Il sembla surpris.

- Ne vous blâmez pas pour une chose dont vous n'êtes pas responsable.

- Mais la jeune femme...

- Aëndel.

- Aëndel, semblait si épuisée.

- Nous le sommes tous, Meï, mais une fois arrivé à destination, la vie des elfes Sylvains n'en sera que plus belle. Ne vous tourmentez pas d'un fait pour lequel notre peuple est né.

- Vous êtes des elfes... J'ignorais cela possible.

- Vous nous venez de très loin, petite humaine, sourit-il.

Une nouvelle fois, il s'approcha de moi alors que je le vis afficher un visage parfaitement serein, comme délesté de tous les malheurs qui l'accablaient jusqu'à présent. Je lui souris en retour, soulagée de le voir en paix.

- Nous reparlerons plus tard, m'annonça-t-il avant de se détourner.

Pourtant, avant de me quitter, sa main frôla mon avant bras alors que son regard se perdait contre les voiles du navire. A cet instant, mon cœur loupa un battement. Ce n'était pas de ces pressions qui font en sorte de vous réchauffer le corps et engourdissent vos sens. De ces touchers qui vous donnent de l'espoir et font éclore des brasiers passionnels. Non, c'était un arrêt douloureux et brutal que je n'arrivais pas à expliquer. Que m'arrivait-il ? Je déposai une main contre ma poitrine, alors que mon cœur reprit son battement serein et me laissa surprise de cette réaction.

Alors je détournais le regard et rivais celui-ci au ciel désormais nocturne. Eblouie devant ces milliers d'étoiles qui parsemaient l'infinie volupté de l'espace, comme autant d'espoir réchauffaient ma essence.