Loup
Chapitre un : Rencontre entre chasseurs
J'ai donc passé quelques temps (Mois ? Années ? Quelle importance ?) à errer entre Zaraki et Kusajishi. Je dois avouer, en toute modestie, que je devenais assez doué dans l'art d'éviter les humains : je fuyais comme la peste ceux qui furent autrefois mon espèce, et qui vivaient exactement comme moi bien des années plus tôt. Franchement, vu par les yeux de Loup, les humains passent surtout pour des imbéciles.
Et c'est très dur de le contredire.
J' étais à peu près dans cet état d'esprit quand je les ai rencontrés pour la première fois. Lui qui allait devenir pour moi comme un frère, et la petite qui resterait dans mon cœur comme… Peut être pas ma fille, mais surement comme une petite sœur aussi. Il faut replacer les choses dans le contexte, pour bien comprendre…
Aaaaaaaaaah, les joies de la chasse au Rukongai. Ici, en toutes saisons, les lapins pullulent, et ils sont tellement stupides qu'ils se jeteraient d'eux même dans mes mâchoires ! Si je ne n'avais pas fait attention, j'aurais fini rond comme une barrique !
Donc, je revenais d'une chasse bien fructueuse lorsque j'ai senti une odeur tout a fait inhabituelle et surtout totalement déplacée : celle d'un petit enfant. L'instinct de protection de Loup et mon stupide sens de la justice bondirent en même temps : je me ruais dans la direction de l'odeur, nez au vent et crocs au clair. Les humains ici étaient pires que des monstres : un petit finirait taillé en pièce, ou pire ! Même si je devais lutter contre une vingtaine d'entre eux, j'aiderais cet enfant !
Là, au cas ou personne n'aurait compris, c'est mon non moins stupide sens de l'honneur qui parle.
Il ne me fallut que quelques secondes pour atteindre le petit –la petite corrigeais je en voyant l'adorable bout de chou qui se tenait assise au milieu de la clairière. Je me tapis dans les buissons, car j'avais senti l'odeur d'un autre humain, un mâle adulte, non loin. Je calculais mentalement la distance qui me séparait de la fillette quand il surgit. Et là…
Whoah.
Si vous me permettez l'expression.
Jamais je n'avais vu d'humain aussi grand. Sans blague, c'était possible ? Il devait se cogner excessivement souvent aux branches basses !
Le grand humain s'approcha de la toute petite fille. Je commencais a me hérisser, prêt à bondir dès qu'il serait a portée : pour tout avouer, le long sabre a lame crénelée qu'il portait à la ceinture ne me rassurait que relativement peu, il ne sera certainement pas un lapin, ca non.
-« Tiens, gamine, c'est pour toi. »
Si je n'avais pas été tapi dans les buissons, j'en serais tombé à la renverse. L'humain tendait un, heu… un de ces trucs fait avec du riz, à la fillette qui le remercia d'un enthousiaste « Merci Ken-chan ! » et dévora la boulette à pleines dents.
Allons, bon. Un humain à peu près correct. Qu'en faire ?
J'en étais à ce stade de mes reflexions, quand le vent a tourné et m'as amené de nombreuses odeurs venant de l'est. Et se rapprochant d'ici. Je me suis coulé entre deux buissons, prêt a détaler : seulement l'idée de laisser la petite seule avec un humain, même s'il n'était pas trop mal, me mettait mal a l'aise, surtout quand une troupe de types furieux s'approche, tellement chargés d'envie de meurtre que je peux le sentir d'ici.
Bon, je reste. Advienne que pourra, je reste.
…
……………
……………………..
……………………………
En fait, je n'ai été que le spectateur. Le grand humains mâle réussit sans mal à mettre en charpie tous ses assaillants. Ils étaient une vingtaine, et à la fin, il en redemandait encore.
Je haussais un sourcil. Bon, bien, la petite est en sécu…
Je bondis sur mes quatre pieds en surprenant un mauvais humain surgir d'un autre buisson et se ruer vers l'enfant. L'autre, trop occupé à fanfaronner, ne l'a vu venir, et moi, je ne l'ai pas senti. J'ai envie de me foutre des claques, mais je n'avais ni le temps, ni le corps pour ça. En deux bonds souples, je fut sur l'ennemi. Mes machoires se refermèrent sur sa nuque et il m'a suffit de serrer un peu pour la sectionner. Une mort rapide et sans douleur. Une mort donnée par un chasseur.
Je me retrouvais à découvert au milieu de la clairière, en face des deux seuls humains survivants. La petite me regardait avec de grands yeux curieux, agrippée au bas du pantalon de son protecteur. Qui avait dégainé son sabre et semblait prêt à s'en servir. Avec un petit reniflement de dédain, je lui tournais le dos et commencais à m'éloigner.
-« Attends grand chien ! » fit une voix enfantine dans mon dos.
La petite s'avancait vers moi d'un pas hésitant, la main tendue.
-« T'es gentil, grand chien ? Merci d'avoir aidé Ken-chan, mais c'est le plus fort, tu sais ! Il avait pas besoin d'aide ! »
Mouais, fait lui quand même réviser le chapitre « Tact, délicatesse et stratégie de combat » de son manuel !
-« Yachiru, écarte toi. » gronde le dit Ken-chan en saisissant l'enfant –Yachiru ?- par le bras.
-« Mais, Ken-chan, je veux caresser le grand chien ! »
-« Ce n'est pas un chien, c'est un loup, et ca mange les petites filles comme toi. Viens. »
Hé, il y a diffamation, je ne mange pas les
petites filles !
Quoique, avec beaucoup de sauce, à la rigueur…
Je plaisante, pas de panique.
Yachiru me considérait d'un air concentré, j'aurais presque pu voir de la fumée sortir de ses oreilles. Je m'assis, puis m'allongeais, pour montrer que je n'avais pas l'intention d'être agressif. Cela ne rassura pas Ken-chan (quel drôle de nom, d'ailleurs !) qui tenait toujours la petite menotte dans sa grande main.
-« Mais il ressemble vraiment beaucoup à un gros chien. » déclara Yachiru d'un ton catégorique. (Merci pour la comparaison, je dirais rien ! Humpf ! prends un air vexé au possible) « Allez Ken-chaaaaaaaaaaaaaaaaaaan… »
-« Bon. » céda finalement le grand humain. Puis, en se tournant vers moi « Si tu montres un croc, je te tue. »
En réponse, je hochai la tête. C'est bien ce que je disais : Tact et délicatesse.
-« Regarde, il t'a dit oui ! Il est super intelligent ton loup, Ken-chan ! Je peux te caresser, dis, Loup ? S'il te plaiiiiiiiiiit…. »
Comment ne pas craquer devant ces joues roses et ses
yeux pleins d'étoiles ? Je hochai de nouveau la tête
et elle se jeta à mon cou avec une force que l'on ne
soupsonnerait pas chez une enfant si jeune : elle arriva à
me faire tomber à la renverse, moi qui suis presque cinq fois
plus massif !
Elle
fourragea ses doigts dans la fourrure épaisse de mon cou et,
comble du bonheur, me gratouilla derrière les oreilles. Je
frottais doucement ma tête contre son épaule pour la
remercier, et elle serra mon museau dans ses bras. Elle passa
quelques minutes à me papouiller en gazouillant, sous le
regard sceptique de Ken-chan. Qui s'accroupit devant moi au bout
d'un moment.
-« Tu comprends vraiment ce que je te dis ? » demanda t il au bout d'un moment
Je ne répondis pas, roulant sur le dos pour que Yachiru puisse me gratter le ventre.
-« Peuh, en fait, t'es qu'un clébard débile… »
GNAP !
C'est
a peu de chose près le bruit que font mes mâchoires en
se refermant sur sa cheville.
Puis d'un simple mouvement de tête, je
renversais le quatre-vingt-dix kilos et quelques du Ken-chan.
Bizarrement, la seule chose qui me vint à l'esprit, ce fut : Olé !
D'ou est ce que ca vient, ça, je n'en sais rien.
-« Espèce de…. ! » fit l'humain en se relevant, après que j'eus laché sa cheville.
Moi, pas effrayé pour deux sous, donnait un coup de langue sur la joue de la petite qui se mit à protester : « Arrete, ca chatouiiiiiiiille ! »
-« Ok, j'abandonne, vous êtes tarés tous les deux ! » fit Ken-chan en s'éloignant un peu.
-« Méé, Ken-chan, pars pas ! » Paniqua aussitôt Yachiru en le rejoignant.
Je me levais également pour me placer à ses côtés, puis avec un clin d'œil narquois commencais à marcher devant lui.
J'aime Kenpachi car je n'ai pas besoin de parler pour qu'il me comprenne.
Il savait que j'étais avec eux à partir de maintenant.
En fait, ce n'était pas du luxe pour eux ! Quand ils ne croisaient pas d'ennemi, ils devaient jeûner, car Ken-chan volait sa nourriture à ses victimes. Grâce à moi et mes talents de chasseur, ils avaient viande fraiche tous les jours. Je réussit à enseigner à Yachiru quelles plantes étaient comestibles et à Kenpachi les bases de la chasse, bien qu'avec sa taille, ce soit particulièrement difficile de chasser correctement. (Et avec son caractère aussi.)
Les premiers jours furent particulièrement éprouvants : on errait dans le Kusajishi, sans but précis. A la fin de la semaine, lorsque la nuit tomba, on se réunit autour d'un bon feu, les deux humains dévorant leur dîner et moi faisant ma toilette après des heures de chasse éprouvantes.
-« Dit, Loup… » fit soudain Yachiru en arretant de ronger un os du daim que je leur avais ramené. « Tu as un nom ? »
Un nom ? En fait… non. Je ne suis pas Misha, mais pas Loup non plus. Comment est ce que je m'appelle ? Je crois que j'aimerais avoir un nom.
Mon absence de réaction sembla suffire à Yachiru : avec son adorable sourire qui me fait fondre sur place, elle se tourna vers Kenpachi.
-« Ken-chan, donne un nom à Loup ! »
-« Et pourquoi je devrais donner un nom à ce clébard débile ? »
Depuis le temps, « clébard débile » était devenu mon surnom officiel : Kenpachi ne se lassait pas de manger de la boue après l'avoir prononcé, j'avais donc du me faire une raison.
-« S'il te plaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit, Ken-chan ! Loup est super gentil avec nous ! S'il te plait, S'il te plait, S'il te plait, S'il te plait ! »
-« Rah, d'accord mais tais toi ! » Il me considéra un moment « Sac à puces ? »
GNAP.
-« Je crois qu'il n' aime pas, Ken-chan ! »
Quelle prescience elle a, cette petite quand même !
-« Bon, ca va, ca va… Pourquoi moi, d'abord, hein ? »
-« Parce que tu es super doué pour trouver des noms ! »
-« Humpf… » De nouveau, il me regarda, avec un air tellement concentré que pour le coup je lachais sa cheville.
-« … Kurocho… »
-« Hein ? » fit Yachiru, résument mon état d'esprit.
-« Kurocho, le papillon noir. A cause de ça » Il posa un doigt sur mon front, là où s'étalait ma marque caractéristique. « Et de ça » ajouta l'humain en touchant mon poil .
Kurocho, Kurocho… Oui, parfait. Cela me convenait parfaitement.
Sachant que Ken-chan n'avait jamais été très câlin, mais voulant le remercier quand même, je placais ma tête sous sa grande main. Il me caressa un peu, avant de la retirer. Ce que les humains peuvent être coincés quand même !
-« C'est génial, Kuro ! Ouais, Kuro ! Tu joues avec moi ! »
Je dus faire face à l'assaut d'une petite Yachiru en mode « exatique » : il faut dire que je me laissais vaincre facilement. Je roulais sur le dos, offrant mon ventre à ses caresses, sous le regard bienveillant (oui, oui, bienveillant, il suffit juste d'être TRES observateur pour s'en apercevoir !) de Kenpachi qui finissait son repas. Jamais je n'avais été plus heureux.
Cela dura un an complet. Un an de chasse pour les nourrir, de combat pour les protéger. J'ai versé le sang aux côtés de Kenpachi, qui était un frère pour moi à présent. Un an à m'appeler Kurocho et à ne jamais le regretter. Un an pour être aussi libre et sauvage que je le désirais, avec ma meute derrière moi. Un an de parfait bonheur.
Puis un jour, Kenpachi regarda vers le sud, vers le Sereitei. La nuit était tombée depuis longtemps, notre feu se mourait, et Yachiru dormait, roulée en boule contre mon flan. Lui, silencieux, s'était tourné vers les blanches lumières de la demeure des shinigamis et restait assis à les contempler, son sabre appuyé sur l'épaule. Je soupirais légèrement, avant de reposer ma tête sur mes pattes et de me rendormir.
Le lendemain matin, quand je le reveillais après mon tour de garde, son regard se fixa aussitôt vers le sud : il répondit à peine au salut enthousiaste de Yachiru. Moi, c'était lui que je fixait en essayant de faire passer le nœud que j'avais à l'estomac.
Un an de bonheur, pour beaucoup c'est déjà trop.
Nous étions proches de la frontiere entre le Kusajishi et l'Inuzuri : à midi, Kenpachi l'avait atteinte et il avait tué les gardes qui tentaient de l'empecher de passer.
-« Ken-chan, où on va ? » Demanda alors Yachiru, de sa petite voix fluette
-« Chez les shinigamis. Je vais devenir le plus puissant d'entre eux et comme ça, on aura une belle vie. Viens, on y va. »
-« Oui, Ken-chaaaaaaaaaaaaaaan »
Yachiru ne pouvait rien refuser à Kenpachi (sauf qu'il s'éloigne d'elle pour une durée indéterminée) et je suis a peu près sur qu'elle n'avait pas compris le quart de ce que lui avait dit son protecteur. Mais elle irait.
Ils ont commencé à s'éloigner, franchissant la frontière d'un bon pas, foulant le corps des gardes morts. Il leur fallut quelques secondes pour s'apercevoir que quelque chose manquait.
Que je ne suivais pas.
-« Tu viens, Kuro ? » demanda gentiment la petite en me fixant de son grand regard interrogateur (le numéro 4, après le regard-plein-d'étoile-qui-vous-fait-fondre-sur-place)
Je fis doucement « non » de la tête.
-« Mais… »
-« Laisse, Yachiru. Les clébards débiles n'ont pas leur place là où on va. C'est pas leur territoire de chasse, ils y mourraient »
J'aime Kenpachi car je n'ai pas besoin de parler pour qu'il me comprenne, je l'ai déjà dit.
-« Viens, gamine et regarde où tu mets les pieds » fit le grand humain en reprenant sa marche.
-« Mais… » répondit la petite en me regardant.
-« Regarde devant toi ! »
Oui, c'est vrai, j'aime Kenpachi. Parce qu'il avait compris que si Yachiru avait vu les larmes qui coulaient sur mes joues, elle ne serait jamais partie.
Il avait compris qu'elle avait plus besoin de lui que de moi.
Et que ce serait là-bas, qu'elle serait heureuse et en sécurité.
Oui, Kenpachi est beaucoup, beaucoup plus sensible et intelligent qu'il n'y paraît.
N'est il pas mon frère après tout ?
Merci à dja-chan or nekosan de son avalanche de compliments, même si je suis restée coincéee en dessous, difficile de s'en remettre ! Ja na !
