Quelques minutes plus tard, Raito ouvrait la porte de sa maison et rentrait chez lui. Une délicate odeur de riz et de poisson lui parvenait aux narines : sa mère préparait sûrement un dîner délicieux. Il s'aperçut alors qu'il était affamé ; il avait oublié de passer à la boulangerie comme il le faisait tous les jours pour acheter quelque chose à grignoter.

Raito sentit son estomac se contracter sous l'effet de la surprise : était-ce dû ça aussi à sa "rencontre" dans la bibliothèque ?

Tandis qu'il se déchaussait, il songea qu'on ne pouvait pas vraiment définir ce qui s'était passé il y a quelques heures comme une "rencontre". Il avait juste heurté quelqu'un (ou plutôt, il avait été heurté par quelqu'un) et avait brièvement aperçu le visage de la personne. Pourquoi s'obstinait-il à qualifier cette petite aventure comme une rencontre ? Est-ce que quelque part, au fond de lui, il sentait que ce qui venait de lui arriver était important ?

...Important ?

– Bonsoir m'man.

Le visage rond de sa mère apparut dans l'entrebâillement de la porte de la cuisine.

– Oh, bonsoir mon chéri ! Tu rentres tard ! Il s'est passé quelque chose ?

– Non m'man, rien du tout.

– Et ce contrôle de maths ?

Raito eut un petit sourire.

– Comme dhabitude, m'man.

Sa mère lui sourit à son tour et déposa un petit baiser sur la joue de son fils.

– Ton père et moi sommes si fiers de toi, Raito.

– Je sais, m'man.

Il prit son sac et commença à monter les escaliers vers sa chambre. La voix de sa mère lui parvint aux oreilles :

– Le dîner est bientôt prêt, Raito.

Il tourna la poignée et ouvrit la porte.

– J'arrive tout de suite.

Il jeta son sac sur son lit, s'assit sur son fauteuil et croisa les jambes, les coudes appuyés sur son bureau et la joue droite contre la paume de sa main. Il resta quelques minutes dans cette position, essayant de mettre de l'ordre dans ses pensées. Puis il se leva et sortit de sa chambre. Il croisa sa soeur en bas des escaliers, qui sourit ironiquement en le voyant.

– Onni-chan, pourquoi t'es rentré si tard ?

– Je suis passé à la bibliothèque.

Le sourire de sa soeur s'élargit encore plus.

– Je suis sûre que t'étais avec ta petite copine, onni-chan.

Raito la dévisagea sans rien dire. Ce qu'elle pouvait être gamine, celle-là. Mais si c'était ce qu'elle voulait entendre, pourquoi ne pas lui donner raison ?

– Tu as deviné, dit-il en souriant. J'étais avec Kazumi. Mais ne dis rien à maman.

Sa petite soeur eut un sourire complice. Puis elle fit demi-tour et se dirigea vers la cuisine. Raito la suivit en silence.

Ce fut un dîner comme tous les autres : sa soeur parla des notes qu'elle avait eu et de futures sorties avec sa classe, ses parents discutèrent des horaires de travail impossibles de son père, Raito écouta et ponctua de temps en temps les discussions avec des remarques brèves et pertinentes.

Il était tout de même légèrement absent ; son esprit vagabondait sans qu'il en eût vraiment conscience, comme dans une sorte de rêve.

Une fois le dîner finit, il aida à débarasser la table et remonta ensuite dans sa chambre.

Quelques heures plus tard, alors qu'il était dans son lit et sur le point de s'endormir, Yagami Raito réalisa qu'il navait jamais été à ce point intrigué par un garçon.