Bonsoir à toutes et à tous.
Une fois de plus, j'ai failli être en retard pour l'anniversaire de Dite. Ce n'est point ma faute : la rencontre avec quelques auteurs adorables il y a peu m'a pris du temps. Blâmez donc Talim, Scorpio-no-Caro et Chibi Goldfish, et la Japan Expo Sud bien évidemment. Merci de tout coeur à vous, Mesdames, pour ces excellents moments.
Mais j'y suis arrivée ! Il était temps que je lui écrive de nouveau un petit quelque chose, et comme bien souvent, il n'est pas seul, vous vous en doutez.
J'ai aussi beaucoup de retard en matière de réponse aux reviews, reviews et MPs. Comme toujours, ce sera rattrapé dans la semaine et le week-end, ne vous inquiétez pas.
Disclaimer: Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada.
10 mars : Aphrodite.
Rating : T.
RAPPEL : A toutes fins utiles, je répète que je n'apprécie pas les ajouts en follows/favoris lorsqu'ils ne sont pas accompagnés ne serait-ce que d'un tout petit mot pour dire que la fiction a été appréciée. Ce n'est pas parce que nous pouvons lire plus facilement qu'il faut oublier la personne qui se cache derrière le texte. Merci !
Il plongea les mains dans la boue, sans la moindre hésitation. Enfonçant ses ongles manucurés dans la terre humide, creusant, avidement, comme à la recherche d'une vérité connue de lui seul. Le regard un peu fou, maté d'une concentration certaine, il continuait de fouiller les tréfonds de son jardin, pour trouver l'endroit idéal, celui qui verrait grandir sa force. Près de lui, quelques tiges en bourgeons, sélectionnés après des semaines de réflexion, qu'il allait devoir planter lui-même. Son maître, mort quelques années auparavant lui avait confié cette ultime épreuve, pour ses seize ans : donner vie, à sa manière, au plan de roses qui n'appartiendrait qu'à lui.
Faire grandir, par son cosmos, ces fleurs qui se nourriraient de ses attentions autant qu'elles lui offriraient sa protection. Les aider à pousser, la première fois, jusqu'à ce qu'elles s'élèvent, et étouffent celles du précédent maître des lieux. Entraîner les magnifiques pétales à détruire quiconque chercherait à leur faire de l'ombre. Construire, enfin, cette relation d'interdépendance cruelle qui était la base même de la charge des derniers gardiens : aider à s'élever des roses rouge, rouge sang, vermeil, comme les tentures de ses draps, écrin de satin visant à rendre la beauté des chevaliers des Poissons plus éblouissante chaque nuit que les dieux faisaient.
Il avait respecté ce rite. Pourquoi ne l'aurait-il pas fait ? Si la tradition avait voulu qu'il plante sa rose dans le cœur de son maître de ses propres mains pour obtenir sa charge, il l'avait pourtant respecté et apprécié. L'un n'avait jamais empêché l'autre. Alors il creusait, en cet instant, ratissant le sol, salissant son visage, ses vêtements, cassant ses ongles sur les roches, s'ouvrant probablement les doigts sur des bordures saillantes dont il n'avait cure.
Car c'était là.
Il passa une langue distraite sur ses lèvres, avant d'enfoncer brutalement ses mains au cœur du trou qu'il s'éreintait à créer, laissant un rire inattendu s'échapper de ses lèvres peintes d'un bleu pâle, alors que quelques mèches azures venaient encadrer son visage.
Au loin, quelque part, des pas résonnèrent, apportant avec eux une fragrance venue d'ailleurs, aux accents d'un Sud différent de celui de Grèce. Mais rien n'aurait su le détourner de cet instant de pur bonheur, celui de fournir enfin l'espace approprié à ce qui deviendrait très bientôt ses propres roses sanguinaires. Jusqu'à ce jour, il n'avait fait usage que de celles de son prédécesseur, comme il lui avait été enseigné. A présent, l'heure était venue de donner naissance aux siennes.
« Dite… »
Pas de réponse de l'intéressé. Angelo retint un claquement de langue agacé. L'avait-il seulement entendu, perdu qu'il était dans la contemplation maladive de cette jeune pousse à l'unique bourgeon déjà rougeoyant qu'il s'apprêtait à mettre en terre ? Rien n'était moins sûr.
Les deux amis échangèrent un coup d'œil éloquent, laissant le douzième gardien déposer son précieux fardeau en terre, avant de l'entourer lentement. Ses doigts massacrés par les pierres et les épines vinrent caresser une feuille tendre, avant que ses lèvres, pleines et charnues, ne s'approchent du plan à peine né pour lui murmurer des paroles dont l'intonation secrète suffit à secouer les intrus en sa demeure.
L'un comme l'autre prirent le temps d'une longue inspiration, cherchant à masquer le tremblement qu'a provoqué la voix de velours chuchotant mille et une paroles d'amour qui ne les regardaient pas. La vision du Suédois, en plein acte de félicité proche de l'extase provoquait en eux une réaction dont ils peinaient à mesurer l'intensité, sans pour autant désirer la refréner de quelque façon que ce soit. Car il y avait quelque chose de fascinant dans sa manière d'agir. Une sensualité innée et inouïe qui finirait par avoir raison d'eux, ils en étaient certains.
Lorsqu' enfin Aphrodite sembla se détacher de cette arme en devenir, Shura s'autorisa un contact, tendant la main jusqu'à effleurer l'épaule de son ami. S'accordant même le droit de serrer plus qu'il ne l'aurait dû l'épaule pâle entre ses doigts mats. Il savoura l'instant pour ce qu'il représentait, sachant pertinemment qu'il ne pourrait durer.
La réaction fut brutale : pas de sursaut, non. Mais sa tête se tourna violemment vers eux, alors que son expression changeait, comme s'il était choqué de les trouver en ce lieu. L'auraient-ils surpris dans quelque moment intime qu'il aurait eu sensiblement la même expression, Angelo n'en doutait pas. Personne n'avait le droit, en temps normal, de s'approcher de son jardin. Ils en étaient les rares privilégiés. Pourtant, en ce jour, Aphrodite leur avait interdit de mettre un pied en ces lieux, pour cette date si importante à ses yeux.
« Qu'est-ce que vous faites ici ?
Sa colère était justifiée, oui. Mais ils devaient poursuivre.
— On a quelque chose pour toi.
— Je n'ai pas le temps. »
Il se détourna, s'approchant déjà du second plan de roses auquel il devrait donner vie. Concentrant son cosmos, sa force et son amour entre ses doigts, pour en faire bénéficier cette plante qui ne saurait vivre sans lui. La paume calleuse de l'Italien sur sa main interrompit son geste, avant qu'il ne se tourne d'un air mauvais, presque féroce, à l'idée qu'un autre ne touche à ses précieuses fleurs.
« Quoi encore, bon sang ? »
Saisi par la beauté de ses traits autant que par leur férocité, le Cancer ne sut que répondre à la question de son ami. Ce fut Shura qui prit les devants. Une fois de plus. Pour caresser du bout des doigts le visage de leur camarade, se teintant de boue à son tour.
« Nous avons quelque chose pour toi, Aph', murmura le Capricorne.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Un cadeau. »
Voyant qu'il avait l'attention de son ami, l'Espagnol s'autorisa un demi-sourire, alors qu'il faisait signe à Angelo de tendre lui aussi un écrin en verre dans lequel se trouvait une rose aussi noire que la sienne était blanche. D'un même mouvement, ils tendirent tous deux leur rose, la présentant au dernier gardien avec une peur toute matinée de gêne. Interdit, le Suédois observait les fleurs comme s'il était incapable d'en comprendre le sens. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il saisit précisément où les deux chevaliers voulaient en venir. N'osant croire à ce qui se passait, tout en l'espérant avec tout l'égoïsme dont il était si fier. Lentement, il leva les yeux vers les deux hommes qui lui offraient un présent inestimable, ne pouvait croire ce qui se jouait devant lui.
Car ils ne lui donnaient rien de moins que leur promesse d'être à jamais à ses côtés. D'appartenir, à leur manière, aux attaques et à la défense d'Aphrodite, remplaçant les fleurs choisis par le Suédois par les leurs.
Lentement, avec une délicatesse que nul ne lui aurait soupçonnée, il s'empara des deux jeunes plans, frôlant les mains de ses amis tendues vers lui, avant de porter les corolles à son nez, s'enivrant de leur fragrance respective. Il s'en détacha à regret, à l'image des regards de ses amis, puis s'agenouilla de nouveau dans la terre, plantant les cadeaux qui lui avaient été faits. Offrant autant d'amour, si ça n'était même plus, à ces inconnues en son Sanctuaire. A ces apatrides du jardin des douzièmes gardiens, qu'il se ferait un bonheur sans nom de faire grandir et dévorer tout autre fleur que celles qu'Aphrodite désirait.
Déjà, mu par une très légère onde de cosmos, le bourgeon central s'ouvrait, laissant entrevoir une rose d'un rouge flamboyant, comme pour rattraper ses deux camarades plantés à ses côtés. Chaque fleur, plantée près d'une colonne de marbre, semblait déjà savoir quel serait son rôle. Nul doute que viendrait rapidement le jour où elles seraient inextricables… Entrelacées. Imbriquées les unes aux autres, protection ultime de leur maître et esclave.
A l'image des membres qui vinrent se refermer sur les siens alors qu'il contemplait son jardin. A sa droite, la stature droite et fière de Shura, dont la main chaude était abîmée par des entraînements inlassables. A gauche, Angelo, aux doigts solides, puissants, de celui qui avait déjà versé le sang.
Un sourire presque doux étira les lèvres du dernier gardien qui se retint de justesse de se jeter à leur cou, lorsqu'à ses oreilles résonna dans deux langues différentes un « Joyeux anniversaire » aux allures de promesse faite au Ciel.
