Snape était tranquillement reparti dans ses quartiers directoriaux, sans plus se soucier de Granger. Il supposait qu'elle était toujors en train de pleurnicher dans son bureau, mais pour plus de sûreté il lança un sortilège d'impassabilité sur la gargouille, plongée dans le noir. Au cas où elle voudrait sortir.

Il entra dans le salon, anciennement décoré par Dumbledore dans les tons référant à toutes les maisons. Cependant, Snape s'était autorisé à placer une bannière de Serpentard au dessus de la cheminée. Il se servit un verre de Vieil Odgen, et le sirota tranquillement, assis sur son canapé. Il ne s'en voulait pas -presque pas. Après tout, cette saleté de gamine s'était montrée particulièrement insolente et insupportable. De plus, il avait tous les droits. Il était un Mangemort. Contre son gré, certes, mais il ne serait pas poursuivi.

Pour plus de facilité, il avait déplacé le grand portrait de Dumbledore sur un de ses murs. D'ailleurs, il était vide. Le vieux fou avait dû décider de se promener ailleurs. Tant mieux, il n'avait pas besoin de reproches.

Ah, tiens, il avait peut être parlé un peu trop vite. Dumbledore le toisait, bras croisés, le regard sévère.

- Severus.

Snape releva la tête, et soupira en voyant qu'il s'apprêtait à le sermonner.

- Ce que vous avez fait est intolérable.

- Je sais. Je n'aurais jamais dû la ramener ici, dit Snape, sarcastique.

- Ne vous moquez pas de moi, Severus Snape ! tonna Dumbledore. Je veux que vous l'installiez dans vos quartiers, ajoutez-y une chambre. Une salle de bain. Ce que vous voulez, mais cette petite a vécu trop de choses horribles de votre part pour que vous ne lui donniez pas un peu de confort.

- Merlin, venez-moi en aide.

- Severus !

Snape finit son verre, et se leva lentement du canapé. Il fusilla Dumbledore et ouvrit rageusement la porte de son bureau.

- Granger, venez ici. Quelqu'un veut vous parler.

La gamine pleurait toujours, comme il l'avait laissée. Cela ne lui fit rien.

- Nous n'avons pas toute la soirée !

Hermione se leva, et le fusilla du regard avant de passer devant lui. Elle eut une exclamation de surprise devant le tableau de Dumbledore.

Snape referma la porte derrière elle, et se rassit dans son canapé, indifférent.

- Professeur Dumbledore ! Comment est-ce possible ? Qu'est-ce que vous faites ici, dans les appartements de ce traître ?

Hermione n'avait pas réalisé que Snape était encore dans la salle, mais il se contenta de lui lancer le regard le plus haineux qu'il avait de derrière son verre. Cela n'eut pas le moindre effet, puisque Hermione lui tournait le dos.

- Miss Granger, il y a certaines choses que vous ne savez pas. Severus ne m'a pas assassiné, je lui ai demandé. Il m'a rendu ce dernier petit service, parce que le Horcruxe que j'ai passé au doigt l'année dernière me tuait à petit feu. Il est toujours loyal à l'Ordre du Phénix. Il m'a déplacé dans ses quartiers pour que je puisse continuer à lui donner des instructions loin des oreilles indiscrètes de mes prédécesseurs.

Hermione fronça les sourcils. Comment était-ce possible ? Que l'homme qu'ils considéraient comme le pire des salauds soit en fait un homme de bien ? Elle se retourna vers lui, toujours sur la défensive.

- Alors pourquoi est-ce que vous m'avez tirée de chez le Manoir Malfoy, au risque de ruiner votre couverture ? Vous auriez dû attendre de pouvoir sauver Harry.

- Potter est absolument incapable en Occlumencie, et je suis sûr que Weasley n'est pas mieux. Je peux vous enseigner l'occlumencie, et vous pourrez feindre la folie devant Lestrange et le Seigneur des Ténèbres. Il ne faut pas qu'ils voient les informations de votre esprit, sinon c'en est fini de Potter et de l'Ordre. Et je vous enverrai transmettre des informations à Potter en temps voulu.

Hermione se retourna vers Dumbledore, perdue.

- Vous devriez le faire, Miss Granger. C'est important pour tout le monde, pour que Harry gagne le duel qui l'opposera á Voldemort.

- Mais je ne comprends pas... Comment est-ce que je pourrai donner des informations à Ron et à Harry s'ils sont prisonniers des Mangemorts ?

- Oh, je ne pense pas qu'ils seront prisonniers très longtemps, dit Dumbledore avec un sourire malicieux et un petit clin d'œil.

Hermione n'était pas d'humeur à rire, et détourna le regard vers Snape, qui fixait toujours la cheminée d'un air buté.

- Je suppose que je n'ai pas trop le choix, mais... Qu'en est-il des Carrow ?

Snape ne daina même pas lui accorder un regard lorsqu'il marmonna :

- Je suppose qu'ils penseront que j'abuse de vous pour mieux vous affaiblir. Ça ne m'étonnerait pas d'Amycus Carrow.

Hermione réprima un frisson devant l'étendue de la perversion des Mangemorts.

- Alors, Hermione, vous voulez bien nous aider ? demanda Dumbledore avec espoir.

- Je suis prête à tout pour aider Harry.

- Magnifique ! Très bien, Severus, vous allez maintenant pouvoir ajouter une chambre et une salle de bain à vos quartiers !

Hermione dévisagea Dumbledore, se demandant si elle avait bien entendu. Dans les quartiers de qui, exactement ?

- Pardon ?

- Ah, je ne vous ai pas prévenue ? Vous allez vous installer ici le temps où vous demeurerez à Poudlard.

Un 'groumpf' étouffé parvint du côté de Snape mais hermione ne s'en préoccupa pas et restait devant le tableau, bouche bée.

Derrière elle, Snape sortit sa baguette, murmura un sort d'agrandissement invisible et une porte apparut sur un pan de mur.

Hermione lança un regard furieux au tableau et ouvrit la porte d'un geste brusque. Une chambre simple apparut à ses yeux, aux couleurs neutres, et une porte de l'autre côté devait mener à la salle de bains. Une petite bibliothèque occupait un coin de la pièce, et elle était déjà remplie de livres. Hermione ressortit et se planta devant Dumbledore.

- Combien de temps ?

- Hé bien... C'est variable, commença Dumbledore, embarrassé.

- La chambre n'est pas à votre goût ? questionna Snape, la voix dégoulinante de sarcasmes.

*Et voilà*, pensa Hermione.*Le Snape habituel revient à la charge...*

- Oh, vous, épargnez moi vos sarcasmes, et fermez-la un peu ! Ça vous changera !

- Je vous prierai de me parler sur un autre ton !

Hermione s'apprêtait à répliquer, furieuse, mais Dumbledore les interrompit, mains levée en signe de temps mort.

- Écoutez, Hermione, je vous propose d'aller prendre un bain et de vous reposer. Nous reparlerons de tout cela plus tard, en attendant évitez de vous insulter. Ça vaut aussi pour vous, Severus.

Hermione se dirigea vers la porte de sa chambre, non sans avoir fusillé Snape du regard. Elle se planta devant le miroir de sa petite salle de bains, qui était dans les mêmes tons que la chambre.

Elle grimaça devant son état. Elle était sale, ses cheveux étaient emmêlés et crasseux, elle avait les bras et les jambes recouverts de bleus. Hermione décida de prendre une bonne douche dans un premier temps. L'eau chaude lui fit un bien fou, et elle était plus détendue lorsqu'elle se retrouva devant le miroir une demi heure plus tard.

Elle s'attaqua alors à la masse indompable qui lui servait de cheveux. Cela prit bien dix minutes, mais au moins elle était propre et ressemblait moins à un lion.

Elle retourna dans la chambre. Elle avait remarqué que des peignoirs étaient rangés dans un des placards de la salle de bain, et elle était parfaitement détendue lorsqu'elle s'allongea sur son lit. Malgré ses contrariétés, elle s'endormit rapidement, n'aspirant qu'à un sommeil réparateur.