* * * Voix-off Gossip Girl * * *

Ouh la la! Après avoir enterré la hache de guerre en même temps que la vie de jeune fille et de jeune garçon de Lily et Rufus, il semblerait que l'ambiance soit à couteaux tirés dans l'Upper East Side! Merci Keith, je commençais justement à m'ennuyer des bons sentiments affichés! Avec toi, l'ordre établi est bouleversé et mon petit doigt me dit qu'un sombre secret s'apprête à être déterré!

* * * Scène 1 * * *

La porte se referma sur le procureur.

- Maître Lee, je suis ravie de vous rencontrer. Je suis...

- … Serena Van Der Woodsen, comment pourrais-je l'ignorer? acheva celui-ci avec un sourire cordial. Et je suppose que vous êtes Mr Bass?

- Exactement, acquiesça Chuck en lui tendant la main. Enchanté. Votre interrogatoire était rondement mené, je ne manquerai pas de faire appel à vous si...

- Comment va-t-il? l'interrompit Serena, trop inquiète pour être polie.

Le jeune procureur éclata d'un rire séduisant.

- Vous me donnez l'impression d'être un chirurgien sortant du bloc opératoire!

Serena sourit, réalisant sa propre bêtise.

- Il va bien, la rassura-t-il. Le témoignage s'est bien passé: il était préparé et n'est tombé dans aucun des pièges tendus par l'avocat de la défense.

- Ca veut dire qu'il peut sortir maintenant? Qu'il ne court plus aucun danger?

Maître Lee hocha la tête.

- Oui. Maintenant qu'il a parlé, Hank n'a plus intérêt à le faire taire. D'autant plus que, si quelque chose lui arrivait, ça semblerait louche...

Le visage de Serena se fendit un large sourire tandis que tout son corps se détendait.

- Il vous attend...

La jeune femme hocha la tête. Elle se tourna vers Chuck et lui fit signe de la suivre. Maître Lee ouvrit la porte et annonça:

- Keith... Vous avez de la visite.

Se tournant vers Serena, il prit congé en quelques mots:

- Vous pouvez être fière de votre père.

Et il se retira sans bruit.

- Sery!

La voix était légèrement étranglée. Se tournant vers le petit bureau, Serena avisa son père, dos à la fenêtre contre laquelle la pluie tambourinait toujours, incessante. Un éclair illumina son visage à la fois heureux et plein d'appréhension.

C'est alors que Serena redescendit sur terre.

En voyant que son père allait bien, en sachant qu'il était sorti d'affaire et que ses jours étaient désormais hors de danger, elle sentit son inquiétude quasi-maternelle s'envoler pour laisser place à l'autre sentiment qui la tiraillait depuis une semaine: la colère.

Oui, Keith Van Der Woodsen avait bien raison d'appréhender leurs retrouvailles.

Comme elle ne bougeait toujours pas, Chuck prit les devants et s'approcha du quadragénaire pour le saluer avant que la tempête ne batte son plein.

- Mr Van Der Woodsen...

- Charles! Comme tu as grandi, c'est incroyable! Où est passé le petit bonhomme qui profitait des parties de cache-cache pour fouiller mon tiroir à écharpes?

Les lèvres de Chuck se retroussèrent à moitié.

- J'ai appris pour ton père l'an passé, reprit Keith à voix basse. Toutes mes condoléances...

- Je vous remercie.

Chuck se tourna vers Serena et l'encouragea d'un signe de tête. La transition était parfaite, qu'attendait-elle?

- C'est justement à cause du père de Chuck que nous sommes là, se lança-t-elle.

Keith haussa les sourcils. Parce que l'information le surprenait ou parce qu'il était étonné que ce soient là les premiers mots de sa fille, une semaine et une esclandre plus tard?

- Ton père? demanda-t-il, étonné, à Chuck.

Serena reprit la parole.

- Oui. Chuck a le souvenir d'avoir vu son père porter ce fameux tatouage et il aimerait savoir s'il participait lui aussi à ce genre de soirées... Lorsque Bart était vivant, il travaillait sans cesse et il n'avait pas beaucoup de temps à lui accorder. Chuck aimerait apprendre quel genre d'homme était son père.

D'un commun accord, ils avaient décidé de ne pas parler de la mort de Bart Bass et seulement de son éventuelle participation aux orgies. Keith Van Der Woodsen avait déjà prouvé à maintes reprises qu'il n'était pas un homme de confiance...

Celui-ci secoua la tête.

- Ca m'étonnerait... Malgré notre relation alambiquée, je dois reconnaître que Bart était quelqu'un de bien, un homme droit aux moeurs traditionnalistes. Ca ne lui ressemblait pas.

Serena vit Chuck réprimer un sourire moqueur. Bart Bass participait à ces orgies depuis au moins 2000, les invitations qu'il avait retrouvées dans le coffre-fort familial l'attestaient. Dans tous les cas, une chose au moins était certaine: Keith ne l'avait pas vu cette nuit-là...

- Mais quand même, y aurait-il un moyen d'en être sûr? insista Serena.

- Les vidéos? intervint Chuck. Pourrait-il figurer dessus?

Keith secoua la tête.

- Tous les participants sont masqués.

- Mais quand même... reprit Chuck. Peut-être y aurait-il un détail...

Keith comprit tout à coup. Il planta ses grands yeux sérieux dans ceux du jeune homme.

- Tu veux visionner les bandes.

Chuck acquiesça.

- Oui. Mais, croyez-moi M. Van Der Woodsen, ma démarche n'est pas celle d'un voyeur. J'ai vraiment besoin de savoir si ces soirées sont bien les mêmes que...

- Les mêmes que quoi?

Chuck s'arrêta et regarda Serena, hésitant. Percevant son trouble, Keith réfléchit un instant avant de sortir un papier et un crayon de sa poche. Tout en griffonnant, il reprit:

- Je ne sais pas ce que vous me cachez, mais je crois que le moins que je puisse faire c'est de vous accorder ma confiance.

Il tendit le papier à Chuck.

- C'est l'adresse de mon appartement secret. Personne ne connaît son existence, pas même le FBI, et j'aimerais qu'il en reste ainsi. Il y a le double des bandes dans le coffre-fort derrière le Picasso dans le bureau. J'ai noté le code. J'espère que ça prouvera ma bonne volonté malgré tout le foutoir dont je suis à l'origine depuis quelques jours...

Chuck sourit et tendit la main quand une autre, plus rapide, s'empara de l'adresse.

- Merci pour ton aide, lança Serena. Mais n'espère pas que ce simple bout de papier va rattraper tout le mal que tu as fait avec ta déclaration d'amour pathétique la semaine passée.

- Sery je...

- Non! Pas maintenant. Jusqu'à aujourd'hui j'étais inquiète pour toi, je savais combien ce jour était primordial alors j'ai refusé de sombrer dans la colère comme Eric. Mais maintenant je n'ai plus de raison de me faire du souci, alors je vais pouvoir faire ce qui est juste et m'inquiéter pleinement pour qui de droit: maman. As-tu la moindre idée du mal que tu as fait?

- Je suis désolé. J'avais trop bu et...

- Depuis quand l'alcool est-il une raison valable? « Excuse-moi d'avoir bu Sery chérie, mais vois le bon côté des choses: au moins je n'ai pas replongé dans la coke »?

Elle réajusta la lanière de son sac sur son épaule.

- Je vais m'occuper de la véritable victime de cette histoire. Enfin LES victimes, parce que ce n'est pas comme si tout ça n'avait pas affecté Eric! Et que dire de Rufus? De Dan, de Jenny? Bref, je vais m'occuper de rattraper tout ce « foutoir » comme tu dis si bien et si j'y arrive, alors peut-être, je dis bien peut-être, aurai-je alors envie de t'adresser à nouveau la parole. Chuck, on y va.

Le jeune homme ne se fit pas prier. Il salua rapidement Keith Van Der Woodsen du chef avant de sortir dans le couloir, se gargarisant: heureusement, il avait eu le temps de sauver les informations les plus précieuses avant le passage de l'ouragan Serena...

* * * Voix-off Gossip Girl * * *

Paraîtrait-il que Bébé a fait une vilaine, vilaine chose... Et si on jetait un coup d'oeil aux activités parascolaires de Little J?

* * * Scène 2 * * *

Jenny poussa un petit soupir d'aise tandis que Nate, allongé sur elle, passait sa langue sur le lobe de son oreille, descendait le long de sa nuque et s'arrêtait sur son omoplate, faisant descendre la bretelle de son débardeur et celle de son soutien gorge pour mieux embrasser sa peau nue.

L'adolescente gémit et attira goulûment sa bouche contre la sienne, plaquant sa main derrière sa nuque pour le rapprocher encore un peu plus d'elle, se cambrant sous l'effet du plaisir.

Tandis que le baiser se faisait plus profond, Nate posa sa main sur sa jambe à moitié repliée, qu'il entreprit de remonter peu à peu. La paume de sa main était calme, chaude, assurée, et elle passa sous la jupe de la jeune fille, caressant l'intérieur de sa cuisse albâtre pour arriver à...

- Jenny, Nate, à...

Sur le seuil de la porte, la bouche de Dan se figea en une grimace comique.

- … table, finit-il.

- Dan! hurla Jenny en remontant la bretelle de son soutien-gorge, tandis que Nate roulait sur le côté. On t'a jamais appris à frapper aux portes?

Dan posa la main sur ses yeux.

- Crois-moi soeurette, de nous deux c'est moi le plus traumatisé dans cette histoire... Je vous dirais bien de reprendre, mais le chili de papa n'attend pas.

Et il referma la porte derrière lui, les yeux toujours couverts.

Jenny leva les yeux au ciel, excédée.

- Ca craint! grogna-t-elle en se tournant vers Nate.

Nullement gêné, celui-ci était adossé aux barreaux du lit et l'observait, l'air assez content de lui.

- Pourquoi? Tu crois que Dan pense que nous jouons aux cartes lorsque nous allons dans ta chambre? D'après toi, pourquoi est-il entré sans frapper?

- Et d'après toi, maintenant que la chose est avérée, qui va se charger de te faire un cours sur le respect de la vertu de la fille Humphrey: lui ou mon père?

Le sourire goguenard de Nate disparut.

- Ca craint...

Jenny hocha la tête en gloussant.

- Tu les as appelés? demanda Rufus en goûtant une dernière fois le contenu de la marmite.

- Yep. Mais je suis au regret de t'informer que cette petite incursion dans leur tête-à-tête m'a coupé l'appétit...

Rufus arqua un sourcil tandis que, à table, Lily et Eric gloussèrent.

- Ca sent bon! s'exclama Serena avec un enthousiasme un brin exagéré en ouvrant la porte du loft, Chuck sur les talons.

- Pile à l'heure! lança Eric sur le même ton.

Depuis une semaine, les deux familles avaient pris pour habitude de dîner ensemble, en alternance à Manhattan et à Brooklyn. Un témoin peu familier des us et coutumes de l'Upper East Side aurait vu là un témoignage supplémentaire de bonne entente, mais un observateur plus avisé aurait surtout conclu à une tentative désespérée d'espionnage mutuel.

- P'pa, Nate peut rester dîner? demanda Jenny en déboulant dans le séjour.

Tandis que Serena et Chuck se débarrassaient de leurs pardessus trempés, Rufus grogna une réponse inaudible.

- Son assiette est déjà prête, lui répondit Lily en souriant.

Tout le monde passa à table et Rufus apporta la cocotte fumante.

- Comment s'est passée votre journée? demanda Lily tandis qu'il faisait le service.

Les silences gênés étaient devenus une habitude lors des repas de famille et elle avait décidé de rompre cette tradition fort déplaisante. Comme Jenny et Dan gardaient le silence -comme toujours réservés depuis la fête-, et que Serena se faisait discrète depuis qu'on avait appris que c'était elle qui avait rapporté des îles Fidji un souvenir de vacances dont on se serait bien passé, Eric déploya une fois encore des trésors de bonne humeur pour animer la conversation.

- Nickel! s'exclama-t-il. La surprise que Jonathan et moi organisons pour votre mariage avance super bien, on devrait être prêts pour samedi!

Si l'adolescent avait essayé de créer un sentiment de coalition en parlant de la future union de sa mère et Rufus, il fit chou blanc. Pire: un silence gêné s'abattit sur la table. Tout ce qui avait trait au mariage était désormais tabou, et la tendance n'avait pas l'air prête à s'inverser.

La raison était fort simple: si Lily n'avait donné aucun signe indiquant qu'elle souhaitait annuler la cérémonie, elle n'avait pas non plus clamé sur tous les toits que ses projets n'avaient en rien changé, ce que toute fiancée dotée d'un minimum de jugeotte aurait aussitôt fait à sa place. Or Lily Van Der Woodsen avait beaucoup de jugeotte.

Voilà pourquoi depuis une semaine stagnait une atmosphère de doute, de gêne et de méfiance dans la future famille recomposée. A supposer qu'il y ait un jour famille recomposée.

Lily toussa, gênée, et se tourna vers sa fille pour tenter de changer de sujet.

- Et toi Serena? Ta journée?

- Hum... Tu sais, j'étais... Enfin Chuck et moi on a assisté … au témoignage de papa.

- Oh. C'est vrai, j'avais oublié.

Croisant les mains, Lily décida que conserver le silence était finalement la meilleure des options.

Tandis que Daniel et Rufus observaient Jenny en catimini, que Charles tentait de capter le regard de Nathaniel -résolumment concentré sur son assiette-, et qu'Eric lançait à sa soeur un regard lourd de reproches, Lily s'autorisa à pousser un soupir.

Le dîner allait être long...